Au commencement était la guerre…8/L’art opératif à l’épreuve de la guerre en Géorgie (août 2008)

Written by Stephane Mantoux on décembre 17, 2011 – 7:58 -

Depuis près d’un siècle, les militaires soviétiques ont mis au point et théorisé une nouvelle forme de combat : l’art opératif. Les campagnes menées par l’URSS puis la Russie reflètent les succès et les échecs de cet art opératif, la conception militaire qu’en ont les Russes et sa capacité à remplir des objectifs stratégiques fixés par le pouvoir politique. La guerre russo-géorgienne d’août 2008 ne fait pas exception à la règle. Elle révèle la maîtrise actuelle de l’art opératif par les forces armées russes, à la fois dans ce que celui-ci a de classique, mais également à propos des innovations qui ont pu être introduites depuis la fin de la guerre froide. Les réformes annoncées après la fin du conflit témoignent de la volonté d’améliorer la capacité des forces armées à remplir les objectifs stratégiques de la Russie. La guerre des Cinq Jours, comme on l’a baptisée, est sans aucun doute un moment important de l’histoire de l’armée russe.



L’art opératif : histoire d’un concept


L’art opératif, théorisé dans les années 1920 et 1930, est issu des réflexions soviétiques sur l’expérience militaire de la Première Guerre mondiale et de la guerre civile russe1. Des théoriciens aboutissent à la conclusion que la Révolution française et l’industrialisation des sociétés ont radicalement changé la nature de la guerre. La distinction très nette entre stratégie -vue comme l’art de gagner les guerres- et la tactique -vue comme l’art de gagner les batailles- perd de son sens. Les Etats sont désormais capables de mettre en ligne des armées nombreuses, bien équipées avec des armements modernes qui augmentent la létalité et l’envergure du champ de bataille. L’art opératif est, selon la définition de ces penseurs militaires, « une composante de l’art militaire, qui concerne l’élaboration de la théorie et de la pratique pour conduire des opérations au niveau du front2 et de l’armée dans les différentes branches des forces militaires. L’art opératif est le chaînon manquant reliant la stratégie à la tactique. A partir des exigences de la stratégie, l’art opératif détermine les méthodes pour préparer et conduire les opérations permettant la réalisation de buts stratégiques, et sert de point de départ pour la tactique, qui organise la préparation et la conduite de la bataille des forces combinées en accord avec les buts et les missions de l’opératif. » . Pour les Soviétiques, l’art opératif n’est pas un concept abstrait, mais bien le produit de facteurs historiques, économiques, culturels, etc. L’art opératif correspond d’ailleurs aux forces et aux faiblesses de l’URSS, ainsi qu’à ses aspirations politiques. Les penseurs soviétiques s’affrontent d’ailleurs sur plusieurs grands débats théoriques : ainsi Toukhatchevsky l’emporte-t-il sur Svietchine, en proposant une stratégie d’annihilation face à celle d’attrition de son concurrent. Toukhatchevsky impose également la mécanisation massive de l’armée, seul moyen selon lui de conduire des opérations décisives dans une guerre totale.

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Au commencement était la guerre… 4/Tonnerre de Brest ! Le siège de Brest-Litovsk, 22-30 juin 1941

Written by Stephane Mantoux on octobre 15, 2011 – 3:21 -

L’opération Barbarossa, l’attaque surprise d’Hitler sur l’URSS de Staline, ouvre sans aucun doute le plus grand affrontement de toute l’histoire militaire, celui du front de l’est, qui s’étale entre 1941 et 1945. L’armée allemande, aguerrie par les campagnes de 1939-1940, en Pologne et en France notamment, parvient presque, en quatre mois, à détruire l’intégralité du corps de bataille soviétique présent en juin 1941. Pour le Führer, l’objectif est de mener une nouvelle campagne-éclair vite conclue pour pouvoir se retourner contre les Anglo-Saxons : mais l’anéantissement du judéo-bolchevisme, au coeur du programme hitlérien, va transformer la nature de ce conflit. La déroute soviétique des premiers mois s’explique largement par l’effet de surprise, mais tient aussi à des problèmes de doctrine et de taille, sans parler de l’influence du régime stalinien. Pourtant, les Allemands ont gravement sous-estimé leur adversaire et n’ont pas préparé correctement ce qui est censé être la campagne ultime de la Wehrmacht, notamment sur le plan logistique1. Par ailleurs, dès les premiers jours des hostilités, les frontoviki2 vont faire preuve d’un esprit de résistance tenace. Parmi ceux-ci, les défenseurs de la forteresse de Brest-Litovsk, située sur la frontière germano-soviétique tracée en 1939, après le dépeçage de la Pologne, donnent un avant-goût aux Allemands du cauchemar qui les attend sur le front de l’est.



La forteresse de Brest-Litovsk


A l’origine, la forteresse de Brest-Litovsk est l’une des plus imposantes de l’empire des tsars. Elle est située à la confluence de deux rivières, la Mukhavets et le Bug, et elle couvre une surface de 4 km². Sa conception est due au général russe Opperman, vers 1830 : la construction initiale s’étale entre 1833 et 1842. Les fortifications sont modernisées et agrandies tout au long du XIXème siècle (1878-1888 en particulier3), avec notamment l’ajout de forts à côté du bâtiment principal. Les derniers travaux ont lieu entre 1911 et 1914, année du déclenchement de la Première Guerre mondiale, et la circonférence du périmètre fortifié est alors de 30 km.

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Le Haut-Karabagh : dégel du conflit au pays des jardins noirs

Written by Stephane Mantoux on mars 17, 2011 – 12:00 -

Le Haut-Karabagh (« pays des jardins noirs ») est une région autonome située à 270 km à l’ouest de Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan. C’est un territoire de 4 400 km² dont la capitale est Stepanakert.Il a été l’enjeu de l’une des guerres les plus meurtrières de l’espace post-soviétique, qui avait commencé en fait dès les dernières années de l’URSS. Peuplé avant la guerre d’une majorité d’Arméniens chrétiens (73 %), le Haut-Karabagh comptait cependant une importante minorité azérie (25 %).



Un conflit post-soviétique non résolu


Les tensions entre les Arméniens et les Azéris au sein de l’Azerbaïdjan, dont fait partie la région du Haut-Karabakh, ne remontent vraiment qu’à la fin des années 1980, malgré certains précédents historiques. Gorbatchev lance alors sa politique de « glasnost »1 et la « perestroïka »2 . Une pétition circule dès 1987 qui demande le rattachement du Haut-Karabagh à l’Arménie. Inquiet de cette poussée du nationalisme arménien, le pouvoir azéri organise une répression qui débouche sur plusieurs massacres de civils, en particulier celui de Soumgaït les 28 et 29 février 1988 (une trentaine de morts). C’est la crise de la « perestroïka » voulue par Gorbatchev. L’intervention de Moscou en janvier 1989 se solde par un échec ; en décembre, l’Arménie déclare que le Haut-Karabagh fait partie d’une « république arménienne unifiée » . Les Arméniens du Haut-Karabagh proclament alors l’indépendance de la république soviétique du Haut-Karabakh. Avec la chute de l’URSS, l’Azerbaïdjan annonce son indépendance le 30 août 1991, tandis que la région autonome du Haut-Karabagh instaure son indépendance le 2 septembre, plébiscitée à 90 % par la population lors d’un référendum en décembre de la même année.

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La guerre de l’Ogaden (1977-1978) : un conflit régional éclipsé par la guerre froide (3/3)

Written by Stephane Mantoux on mars 15, 2011 – 5:00 -

La guerre d’attrition (septembre-novembre 1977)


Une pause d’une semaine suit la prise de Jijiga par les Somaliens. Ceux-ci se retranchent dans la vallée de Daketa, construisant des tranchées et posant des mines, démolissant trois ponts importants. Ce faisant, ils perdent l’initiative, alors que les Ethiopiens se réorganisent, amènent des réserves fraîches et construisent eux aussi des bunkers. Les Somaliens opèrent alors un mouvement en pinces : l’une, vers le nord, doit s’emparer de Dire Dawa tandis que l’autre attaque Harar par l’est. La deuxième pince est la plus appuyée côté somalien, à partir de Karamara et Fik. Mais il faut plus de sept semaines aux Somaliens pour déboucher. La résistance éthiopienne se durcit, en effet, car les Soviétiques ont réalisé, fin septembre-début octobre, les premières livraisons de chars et d’avions à Addis-Abeba. Le contingent des conseillers militaires soviétiques est alors dirigé par le général Vasilii Pirogov1. Des conseillers militaires est-allemands forment les unités de milice éthiopiennes à la lutte anti-insurrectionnelle contre les menaces intérieures, et au combat urbain2. Les miliciens ont gagné en expérience et de nouvelles unités spéciales, comme celles dites paracommandos, formées à Tatek, arrivent sur le front. L’aviation éthiopienne a la maîtrise du ciel. Fin septembre, deux bataillons blindés sud-yéménites viennent renforcer la puissance de feu éthiopienne ; ces 2000 hommes sont encadrés par des conseillers militaires est-allemands. En octobre, une première division blindée équipée de chars T-34 peut être mise sur pied. Les Somaliens doivent maintenant faire face, sur le plateau, à une population hostile, qui soutient les Ethiopiens, alors même que leurs lignes de communications s’étendent et que leurs adversaires bénéficient d’un terrain montagneux idéal pour la défense.Leur composante mécanisée leur est de peu d’utilité.


Pendant quatre mois, les Somaliens lancent attaque sur attaque pour s’emparer d’Harar. Ils encerclent l’agglomération de 48 000 habitants au nord, au sud et à l’est. A deux reprises, cette ville importante, siège de l’académie militaire éthiopienne, manque de succomber. Mais les Somaliens ne font pas preuve de rapidité dans leurs manoeuvres et les Ethiopiens se défendent d’arrache-pied. Les assaillants essayent de réduire un saillant gardé par un détachement éthiopien au sud-est de la ville, en direction de Kore. Au total, 5 brigades mécanisées, une brigade blindée, une brigade d’artillerie, une brigade de commandos et même une ou deux brigades de la guérilla auront été engagées contre ce saillant. C’est la 3ème division éthiopienne qui en assure la défense, épaulée par la 74ème brigade mécanisée, le 2ème bataillon de chars, le 219ème bataillon Nebelbal, la 4ème batterie de défense anti-aérienne, deux bataillons de vétérans rappelés sous les drapeaux (21 et 23) et plusieurs bataillons de la Garde Révolutionnaire du Peuple. Pendant deux mois, les Somaliens attaquent avec les chars et leur artillerie, mais ils tombent sous les coups des canons antichars et de l’artillerie adverse sans réussir à mener une attaque concentrée. Des combats acharnés ont lieu, en particulier entre 17h le 18 septembre et 7h30 le 19 septembre. Les Somaliens essayent aussi de couper les Ethiopiens de leurs arrières en attaquant la 92ème brigade mécanisée à Gursum, sans succès. Les combats font rage autour du mont Dalcha, à quelques kilomètres au sud de Kore. La hauteur change de mains plusieurs fois avant que les Ethiopiens ne s’en emparent le 17 octobre. Les pertes somaliennes y auraient été de 2 000 hommes et celles des Ethiopiens, non connues, auraient été aussi importantes. Le 19 octobre, une tentative somalienne de reprendre le mont Dalcha se solde par 219 pertes et 2 chasseurs MiG-17 abattus. Deux unités se distinguent en particulier, côté éthiopien, sur le front de Kore : le 4ème bataillon d’artillerie et la 74ème brigade de miliciens3.

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La guerre de l’Ogaden (1977-1978) : un conflit régional éclipsé par la guerre froide (2/3)

Written by Stephane Mantoux on mars 7, 2011 – 9:00 -

La révolution en Ethiopie : l’URSS change de fusil d’épaule (1974-1976)

L’URSS continue cependant de favoriser la Somalie : le 11 juillet 1974, un traité d’amitié et de coopération est signé entre les deux Etats. Il fait suite à l’entrée de la Somalie, quelques mois auparavant, dans la Ligue Arabe, appuyée par l’Arabie Saoudite qui cherche à détourner Siad Barre des sirènes du communisme. Mais les Soviétiques vont être pris de court par un événement encore plus important : fin janvier 1974, une mutinerie éclate dans la 4ème brigade de l’armée éthiopienne au sud-ouest du pays, puis l’émeute se généralise à tout le pays.

Le 28 février, l’Empereur est obligé de faire démissionner tout le gouvernement. C’est pourquoi, convaincu que l’URSS doit muscler ses liens avec la Somalie en vue d’une crise avec le voisin éthiopien, les Soviétiques annoncent le traité du 11 juillet. Des livraisons de MiG, d’Il-28, de systèmes de défense anti-aérienne SA-2 et SA-3, de chars T-54 et d’artillerie suivent immédiatement.

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La guerre de l’Ogaden (1977-1978) : un conflit régional éclipsé par la guerre froide (1/3)

Written by Stephane Mantoux on février 27, 2011 – 7:48 -

Cet article fait suite à celui paru dans le n°32 de Champs de Bataille début 2010, et à celui mis en ligne sur ce blog au mois de juillet 2010, consacré au volet aérien de la guerre de l’Ogaden.

La guerre de l’Ogaden est d’abord un conflit frontalier opposant la Somalie du général Siad Barre à l’Ethiopie du colonel Mengistu, entrée en révolution en 1974. Elle trouve son origine dans des problèmes anciens concernant les délimitations de frontières au moment de la décolonisation. Elle est aussi provoquée par une opportunité qu’a saisie Siad Barre : celle du chaos et de la désorganisation supposée de l’Ethiopie, secouée par une révolution, et qui doit permettre aux Somaliens de reprendre la province de l’Ogaden. Elle marque surtout un renversement spectaculaire de la position de l’URSS, qui a soutenu jusque là le régime somalien, et qui va désormais appuyer l’Ethiopie agressée par son voisin. L’Armée Rouge profite d’un conflit qu’elle a en grande partie initié, par des livraisons d’armes aux deux camps, pour tester de nouveaux matériels et de nouvelles tactiques militaires sur le champ de bataille. Si la guerre de l’Ogaden s’inscrit parfaitement dans la dimension globale de la guerre froide, il n’en demeure pas moins que ses conséquences seront surtout importante pour les deux Etats africains concernés.

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Les Chœurs de l’Armée rouge : les paradoxes d’une armée sans armes ?

Written by Benedicte Tratnjek on avril 10, 2010 – 5:29 -

Le thème du mois se propose d’interroger « les peuples en armes ». Profitons de la tournée actuelle des Choeurs de l’Armée rouge pour réfléchir au pendant de la question : les armées sans armes. On se rappelle tous cette célèbre phrase de Staline : « le Vatican, combien de divisions ? ».  Pourtant, le Vatican est sans conteste une force géopolitique (voir le billet de Romain Mielcarek sur Actu Défense consacré à la « Géopolitique du monde chrétien : Les Eglises diplomates (3) ».


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Et aujourd’hui, l’Armée rouge, qui persiste à travers ces célèbres chanteurs, danseurs et musiciens, applaudis dans le monde entier, combien d’armes ? Queques éléments de réflexion sur l’existence de cette « armée » sans armes qui persiste malgré la disparition de l’Etat qu’elle servait.


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L’URSS et l’Europe occidentale (1953-1985)

Written by clarisse on mai 29, 2009 – 11:35 -

Cette analyse fait suite au résumé précédent d’un article traitant des relations entre l’URSS à la fin de l’ère stalienne et la construction européenne à ses débuts, entre 1947 et 1953.

Stéphane Mantoux (Historicoblog, Ifriqiya) étudie ici les rapports entre les deux pôles que sont l’Union Soviétique et l’Europe occidentale entre 1953, année qui voit la mort de Staline, et 1985, qui marque l’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev, homme d’État qui va conduire l’URSS à de profondes transformations, désirées ou non.
Il s’agit d’abord de voir comment la période où Khrouchtchev dirige l’URSS marque un premier tournant dans les relations soviéto-européennes. Puis ensuite, comment la période brejnévienne (qui inclut les règnes d’Andropov et Tchernienko entre 1982 et 1985 qui sont dans la continuité) se découpe en deux parties : une phase de détente jusqu’en 1978, puis une nouvelle poussée de guerre froide jusqu’en 1985.

I) Krouchtchev : un rendez-vous manqué ?

La disparition de Staline provoque un remaniement du pouvoir en URSS, qui se retrouve prise en main par une direction collégiale : Malenkov, Beria, Molotov et enfin Krouchtchev, qui prend la tête du Parti Communiste d’Union Soviétique (PCUS).  Read more »


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La construction européenne vue par l’URSS (1948-1953)

Written by clarisse on mai 8, 2009 – 9:27 -

Stéphane Mantoux (Historicoblog) participe au thème du mois en résumant cet article, qui cerne la confrontation de l’URSS aux prémices de la construction européenne, entre 1947 et 1953.

Cet article d’histoire contemporaine, tiré des actes d’un colloque, porte sur le regard de l’URSS vis-à-vis des débuts de la construction européenne. C’est le n°1012 (sur 1021 !) de la bibliographie d’Historiens et Géographes n°399 paru à l’été 2007.

Mikhaïl NARINSKI, La construction européenne vue par l’URSS de 1948 à 1953,
in Saki DOCKRILL, Robert FRANK, Georges-Henri SOUTOU et Antonio VARSORI (dir.), L’Europe de l’Est et de l’Ouest dans la guerre froide, 1948-1953, Paris, PUPS, 2002, p.61-72.

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