Stratégie et politique étrangère américaine (5): Coercition

Written by Stephane Taillat on février 1, 2012 – 11:12 -

Outil majeur de la politique étrangère américaine, la stratégie de coercition se distingue aussi bien de la dissuasion (par l’objectif qu’elle sert) que de la préemption (par son moyen et ses effets poursuivis).

Cet humble et court billet cherche à poser quelques jalons, à donner quelques rappels ou à poser quelques questions pour bien saisir la nature et les enjeux des stratégies de coercition, notamment dans l’optique d’une réflexion plus approfondie sur les drones.

1 – Influer sur la volonté politique de l’adversaire:

Contrairement à la dissuasion qui vise à maintenir un status-quo, la coercition cherche à modifier celui-ci. Autrement dit, il s’agit dans les deux cas d’influer sur le processus de prise de décision de l’adversaire en imposant sa volonté sur la sienne. Dans le cas des stratégies de coercition, l’objectif recherché est d’obtenir de l’autre qu’il fasse quelque chose ou qu’il cesse de faire quelque chose.

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Stratégie et politique étrangère américaine (4): mener des guerres « limitées »?

Written by Stephane Taillat on janvier 11, 2012 – 12:02 -

Le récent livre blanc stratégique des Etats-Unis révèle un tournant par rapport aux documents antérieurs, y compris ceux du Président Obama. Dans les Quadriennal Defense Review (QDR), le postulat concernant la posture américaine (combattre deux guerres « majeures » à la fois) supposait un effectif important. Réduit pour des raisons budgétaires, le niveau des forces armées -notamment terrestres- ne peut plus suffire qu’à un seul affrontement, tandis que les opérations prolongées sont exclues.

Néanmoins, cette modification n’est pas aussi radicale qu’elle semble l’être. En effet, la réduction des effectifs, l’appui sur des moyens technologiques avancés ou la recommandation d’user de moyens indirects renforcent plutôt qu’ils ne freinent la tendance à mener des guerres limitées. En théorie, celles-ci correspondent à des conflits menés par un acteur stratégique pour des objectifs limités et avec des moyens limités. Pour les Etats-Unis, il s’agit d’une large préférence que l’on peut comprendre aussi bien par des raisons internes (les choix des décideur, le résultat des marchandages bureaucratiques, les blocages constitutionnels, la réticence des sociétés à mener des guerres « totales ») qu’externes (absence de menace existentielle ou paralysie liée à la dissuasion nucléaire, délégitimation de la guerre). Le terme de « guerres limitées » s’applique donc particulièrement bien aux conflits de l’ensemble de la guerre froide et, plus largement, à toutes les opérations expéditionnaires.

Cette tendance de la politique américaine à ne mener que des guerres limitées est certes compréhensible politiquement et, dans une certaine mesure, elle est logique stratégiquement. Néanmoins, elle génère trois conséquences négatives qui tendent à se répéter, et parfois à se renforcer.

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Irak: tout est mal qui finit mal?

Written by Stephane Taillat on décembre 26, 2011 – 9:56 -

Depuis le départ des troupes américaines d’Irak, le fragile équilibre des pouvoirs en Irak semble s’être rompu. Accusations de despotisme par le Vice-Premier Ministre et le Vice-Président à l’encontre du Premier Ministre Nouri As-Maliki, mandat d’arrêt pour terrorisme contre le Vice-Président Hachimi -pour l’heure réfugié au Kurdistan Régional Autonome-, boycott des sessions parlementaires par le Parti Iraqiya -véritable vainqueur des élections législatives de 2010-, menace  de mettre fin au partage du pouvoir de la part de Maliki, séries d’attentats meurtriers dans Bagdad, souhait formulé par Hachimi de changer de Premier Ministre, tendances autonomistes croissantes dans la province de Diyala gouvernée par les Sunnites: la fragile trêve de la violence enclenchée à la suite du « sursaut » (surge) américain de 2007-2009 semble bien terminée. On pourrait même craindre l’éclatement final de l’Irak si les forces centrifuges l’emportaient.

Pour autant, ces évènements récents étaient-ils si imprévisibles? Le paysage politique irakien est le produit de près de 8 années d’occupation américaine, laquelle a souvent insisté sur le caractère ethno-confessionnel et fragmenté de la société irakienne. Il n’est donc pas étonnant que ce processus de fragmentation et de polarisation s’accélère avec la montée en puissance de forces politiques ayant fait du discours communautariste l’outil principal de constitution de leurs bases politique et sociale. Plus étonnant peut-être (quoique?) est la coïncidence entre le renouveau des tensions et le désengagement des forces américaines. Cela tendrait à montrer que la présence des Etats-Unis en Irak avait fini par devenir un facteur majeur de stabilisation. Pourtant, ce billet souhaiterait démontrer que la stratégie américaine est également à l’origine de la rupture de l’équilibre des forces entre les acteurs politiques irakiens.

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Stratégie et politique étrangère américaine (3): l’Irak, un lourd héritage

Written by Stephane Taillat on décembre 20, 2011 – 2:21 -

La politique étrangère d’un Etat peut également être analysée à travers l’articulation et la hiérarchisation de trois facteurs. Les contraintes externes à cet Etat, l’héritage des administrations précédentes et les préférences personnelles des décideurs modèlent en grande partie les choix politiques. Durant la Guerre Froide, la perception des contraintes externes et le poids des décisions antérieures ont été les variables clés expliquant en grande partie la permanence et la stabilité de la politique étrangère américaine, orientant les préférences des décideurs ou limitant leur expression ainsi que leur poids.

Elu sur un espoir de rupture, le président Obama n’a pas pu faire prévaloir l’intégralité de ses préférences. Outre l’importance des rivalités bureaucratiques et la tournure houleuse des relations civilo-militaires autour de la « contre-insurrection », il faut noter l’ombre portée par la décision de l’administration Bush d’envahir l’Irak afin de comprendre les déterminants de la politique étrangère de l’actuel occupant de la Maison-Blanche. En dépit de l’oubli relatif dans lequel se trouve plongé ce conflit, éclipsé par celui de l’Afghanistan, et du retrait des troupes d’Irak, la succession d’évènements débutée en mars 2003 continue de porter son ombre sur la politique étrangère des Etats-Unis.


La politique étrangère du Président Bush: une rupture?

Bien entendu, la relative stabilité de la politique étrangère d’un acteur aussi puissant que les Etats-Unis s’explique en grande partie par la persistance des interprétations dominantes du contexte externe, renforcées par les administrations successives. Il est donc relativement rare d’observer des changements significatifs de stratégie dans ce domaine, surtout pour ce qui concerne les fins. Néanmoins, certains évènements permettent de faire émerger des conditions propices à un basculement important. C’est le cas pour l’unilatéralisme assumé du président Bush après le 11 Septembre.

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Stratégie et politique étrangère américaine (2): face au « déclin »

Written by Stephane Taillat on décembre 1, 2011 – 11:52 -

« Deux ans s’étant écoulés, Pharaon eut un songe. Voici, il se tenait près du fleuve,  et voici que du fleuve montaient sept vaches belles à voir et grasses de chair, et elles se mirent à paître dans la verdure. Et voici qu’après elles montaient du fleuve sept autres vaches, laides à voir et maigres de chair, et elles vinrent se mettre à côté des vaches qui étaient sur le bord du fleuve.  Et les vaches laides à voir et maigres de chair dévorèrent les sept vaches belles à voir et grasses. Alors Pharaon s’éveilla. » (Genèse, 41, 1-4)

Second billet  sur la politique étrangère des Etats-Unis, et premier d’une série sur ses ajustements. Si la stratégie consiste à articuler les moyens et les voies aux fins poursuivies, elle doit également prendre en compte le contexte géopolitique. Pour un acteur tel que cette superpuissance, aux prétentions globales mais englué dans de multiples problèmes locaux et régionaux, la question des moyens peut être le point de départ d’une réflexion plus large sur ses choix stratégiques passés, présents et futurs.

Le consensus de Washington:

L’idée selon laquelle les Etats-Unis devraient jouer un rôle de leadership mondial est largement acceptée aujourd’hui au sein de la classe politique américaine. Face au chaos et à la pluralité du monde, seule la puissance américaine pourrait agir dans le but de la domestiquer. Hégémonie « bienveillante » qui ne serait contestée que par quelques « Etats-voyous » ou des acteurs prompts au désordre, l’Amérique aurait donc ainsi une justification toute trouvée à sa présence militaire globale, à ses capacités de projection inégalées et à sa stratégie d’intervention tout azimut. D’autre part, cette posture impériale serait rendue nécessaire par la nécessité de « sécurité nationale »

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Stratégie et politique étrangère américaine (1): la « nouvelle dissuasion »

Written by Stephane Taillat on novembre 15, 2011 – 8:00 -

Ce billet est le premier d’une chronique régulière concernant la politique étrangère américaine sous un angle stratégique. Analyser l’articulation entre les fins poursuivies, les voies empruntées et les moyens mis en oeuvre nécessite en effet de s’interroger non seulement sur leur cohérence, mais aussi sur la pertinence et les effets des stratégies poursuivies.

Dans un cadre plus large, il s’agit de comprendre la logique qui anime les acteurs en charge de la définition, de la formulation et de l’application de la politique étrangère. Cette logique articule souvent intérêts bureaucratiques, perception des problèmes et des solutions, rapports de force politiques.  Il importe aussi de saisir les tensions internes à ce processus  entre la compétence politique (l’autorité et la légitimité de la décision) et l’expertise technique (la connaissance et la préconisation des voies et des moyens).

La question de la lutte contre le terrorisme est au coeur de Counter-Strike. The Untold Story of America’s Secret Campaign against Al Qaeda rédigé par Tom Shanker et Eric Schmitt. Paru en septembre 2011, le livre s’appuie sur une série d’entretiens et de témoignages pour rendre compte de la stratégie contre-terroriste progressivement élaborée et appliquée par les Etats-Unis depuis le 11 Septembre. Il montre ainsi comment celle-ci s’est peu à peu élargie à tous les acteurs de la sécurité nationale. Mais également comment une stratégie initiale de coercition et de représailles  a fait la place à une stratégie dite de « nouvelle dissuasion ».

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La mort de Ben Laden

Written by Stephane Taillat on mai 2, 2011 – 9:25 -

La nouvelle est tombée cette nuit, de la bouche même du président américain: Ben Laden aurait été tué au Pakistan et son corps serait aux mains des Forces Spéciales US. Immédiatement, des foules immenses se sont rassemblées devant la Maison Blanche pour célébrer ce succès. Au-delà de l’évènement, et du symbole que représente la mort -tant de fois annoncée- de Ben Laden, il a semblé pertinent de revenir sur trois points pour en donner le sens.

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1) Comment expliquer ce succès après tant d’années d’efforts et d’échecs?

En dépit de la rhétorique du Président Bush, l’objectif contre-terroriste était progressivement passé à l’arrière-plan au regard de la contre-insurrection. Depuis mars 2009, le but politique de Obama a au contraire consisté à cibler Al Qaeda et son chef, dans l’idée de stabiliser le Pakistan. La longue, et douloureuse, révision stratégique de l’année 2009 semblait avoir consacré la victoire d’une stratégie contre-insurrectionnelle. Toutefois, l’idée d’une complémentarité avec le contre-terrorisme n’a jamais été abandonnée. Bien au contraire, l’évolution des opérations militaires -notamment depuis le remplacement de McChrystal par Petraeus- a montré que ce dernier volet passait progressivement au premier plan, les attaques de drones et les raids des forces de poursuite de la CIA se multipliant. Bien plus, l’idée d’amener le gouvernement et l’armée pakistanaise à coopérer et à lutter contre AQ a fait son chemin et est devenue l’axe d’effort de la stratégie « Af-Pak ». Dans ces conditions, l’évènement n’apparaît pas aussi incongru qu’au premier abord.

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Clones et Jedis: la vision tactique dans Star Wars-Clone Wars

Written by Stephane Taillat on juin 26, 2010 – 7:39 -

Rédiger une thèse est un travail abrutissant. Aussi a-t-on parfois la tentation de poursuivre la manoeuvre en visionnant quelques séries plus ou moins sérieuses. La vision tactique apportée par la série Clone Wars (un dérivé de Star Wars) m’a semblé intéressante à analyser.

Et c’est à la demande de mes enfants, eux-mêmes influencés par les scènes de bataille au point de vouloir les reproduire dans leurs chambres (option préférée des parents) voire dans le salon (option sévèrement réprimée par lesdits parents).

Ligne de bataille ou chaos

La première chose qui vient à l’esprit en regardant les batailles de la série (mais déjà dans L’empire contre-attaque) est l’apparente absurdité du modèle tactique choisi. En effet, celui-ci présente des hordes de soldats/clones/droïdes/machines en tout genre se ruant l’une contre l’autre dans un fracas indescriptible que tout béotien attribuerait plutôt à Azincourt ou à Poitiers. Pour tout dire, on a l’impression que le mode de combat reprend celui de la ligne de bataille comme aux jours des « guerres en dentelles » ou des victoires napoléoniennes.

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L’internet social et la guerre 2.0

Written by Stephane Taillat on février 4, 2010 – 12:06 -

L’interrogation sur les liens entre nouvelle conflictualité et Internet social est l’objet du livre de Thomas RID et Marc HECKER paru l’année dernière chez Praeger. Ils s’interrogent notamment sur la pertinence de l’idée selon laquelle le « web 2.0 » serait l’outil ultime des insurrections et de la contestation politique.


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Le livre de Rid et Hecker est ainsi l’occasion d’une plongée au cœur des opérations de communication menées par les mouvements insurgés et terroristes en ce début du 21e siècle, dans une gradation entre le plus localement enraciné (Hezbollah) et le plus global (Al Qaeda), les Talibans étant pris entre le « jihad global » et une stratégie locale. Notamment, l’enquête montre comment la combinaison évoquée plus haut, qui ressort autant d’une réminiscence des guerres « de libération nationale » de la seconde moitié du 20e siècle que de la pensée organisationnelle alternative (notamment l’idée d’organisations décentralisées et prenant la forme de rhizomes), offre autant d’opportunités que de risques.


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Pacification ? (mis à jour)

Written by Stephane Taillat on janvier 22, 2010 – 9:55 -

Une des prétentions de la contre-insurrection orthodoxe américaine est de pacifier les populations ou les situations politiques contre un insurgé considéré comme criminel et violent.


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Pourtant, une analyse empirique de la situation en Irak et en Afghanistan nous montre qu’il est nécessaire de critiquer cette approche pour essayer de considérer ce qui est vraiment « pacificateur« .


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