La dame de fer

Written by Olivier Kempf on février 20, 2012 – 7:45 -

Je suis entré dans la salle de cinéma avec du scepticisme, et en suis ressorti convaincu. Voici donc un film, La dame de fer, qui peut être propice à la réflexion, malgré ses apparences. Bon, d’accord, c’est un peu soap, mais pas seulement.

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1/ Ce film aurait pu être plus directement « politique » : aussi bien sur la scène intérieure (la révolution néo-libérale, la grève des mineurs, la gestion de l’IRA) que sur la scène extérieure (pour la période, la discussion avec l’Europe, la Perestroïka, la guerre des Malouines). Or, délibérément, le film ne raconte pas cette histoire là : en ce sens, il ne s’agit pas d’un documentaire. Ce qui ne signifie pas que ces événements sont absents : juste qu’ils sont en arrière-plan, et qu’ils ne sont pas le « sujet ». Le sujet, c’est Margaret Thatcher.

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Au commencement était la guerre…11/From the Halls of Montezuma… to the sands of Vietnam (1)

Written by Stephane Mantoux on février 18, 2012 – 8:00 -

Le film We were soldiers (2002) de Randall Wallace, avec Mel Gibson, a popularisé l’idée selon laquelle la 1st Cavalry Division, unité de l’US Army, aurait livré le premier grand combat de la guerre du Viêtnam, en novembre 1965. Cela est vrai dans le sens où les hommes de la division à l’emblème du cheval affrontent des unités de l’armée régulière nord-viêtnamienne (NVA, North Vietnamese Army, en anglais). Pourtant, ce sont les Marines de la III Marine Amphibious Force qui livrent le premier combat d’envergure de la guerre du Viêtnam, non pas contre la NVA mais contre le Vietcong, la branche armée du Front National de Libération, créé en 1960 et soutenu par Hanoï. Ce premier affrontement d’envergure, c’est l’opération Starlite, du 17 au 24 août 1965, déclenchée officiellement par les Marines pour mettre un terme à la menace que constitue le 1er régiment vietcong sur la nouvelle base aérienne de Chu Lai. L’opération Starlite n’a pas reçu le même traitement historiographique que la bataille de Ia Drang, qui l’a un peu éclipsée. Elle a trouvé son historien avec l’ancien Marine Otto Lehrack, qui a signé le seul ouvrage en anglais, relativement complet, sur la question. Récemment, le blog L’écho du champ de bataille abordait l’opération Starlite, reprenant l’idée selon laquelle les Marines ne font que réagir à la supposée menace du 1er régiment vietcong contre Chu Lai. Pourtant, est-ce vraiment le cas ?

Le prisme que constitue notre vision souvent américanocentrée du conflit -en raison des sources disponibles- ne conduit-elle pas à adopter un peu trop vite le point de vue de l’USMC ? Qu’en est-il si l’on prend en compte, aussi, le point de vue du Vietcong ? Cette étude en deux parties vise à comprendre comment les Marines se sont retrouvés sur le terrain, au nord du Sud-Viêtnam, comment s’est déroulée leur rencontre initiale avec le Vietcong, mais aussi comment celui-ci s’était installé dans la région et comment il réagit à l’arrivée des Américains. Enfin, il s’agit de tirer les enseignements de l’opération Starlite, l’un des premiers engagements d’envergure du conflit.

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Rééditer Fortitude à l’ère de l’Internet

Written by SD on février 11, 2012 – 7:50 -

Les principes des opérations de déception qui pourraient être préparées et conduites actuellement ont peu évolué depuis quelques siècles. L’essor récent des technologies de l’information ne change pas fondamentalement cela. L’étude de l’opération Fortitude montre que si les moyens et les objectifs peuvent être différents, les voies restent analogues. Le point le plus sensible des opérations de déception, au niveau stratégique ou opératif, s’avère l’intégration politico-militaire.

En 1101, Robert II de Normandie, dit Robert Courteheuse[1], de retour des croisades, est en guerre avec son frère Henri. Il mène une opération de déception à grande échelle qui lui permet de traverser la Manche, en juillet 1101, grâce à 200 navires, 270 cavaliers et des unités d’infanterie. Malgré une défaite diplomatique ultérieure, ce franchissement reste un exemple historique de déception réussie, pour préparer un débarquement. Plus de huit siècles plus tard, les Alliés vont planifier et conduire une opération, en sens inverse, avec des objectifs et des moyens relativement différents. Les principes paraissent similaires. Ils s’appuient sur le contre-renseignement, de fausses concentrations de forces et des opérations menées dans la profondeur de future zone d’opérations[2]. L’essor des technologies numériques, leur démocratisation et l’émergence d’une « société de la transparence » [3], laissent penser à certains que ce type d’opérations n’est plus possible. Même s’il faut convenir que les déceptions sont risquées et difficiles à mettre en œuvre, elles peuvent être préparées et conduites dans des conditions analogues. Après avoir décrit les opérations alliées de déception en appui d’Overlord, il est nécessaire d’exposer leurs principes généraux et d’examiner ce qui pourrait être reproduit.

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Au commencement était la guerre…10/« De la fureur des hommes du Nord, protège-nous Seigneur » : mythe et réalité des raids vikings en Europe occidentale du Haut Moyen Age

Written by Stephane Mantoux on février 4, 2012 – 6:58 -

La période des raids vikings s’étale en gros sur trois siècles, de 789 à environ 1100. Les attaques des Vikings en Europe surviennent à un moment où celle-ci connaît un regain de prospérité sans précédent depuis la chute de l’Empire romain d’Occident, sous le règne de grands souverains comme Charlemagne ou Offa de Mercie. Ces attaques choquent aussi car les Vikings, païens, ne respectent aucune des règles traditionnellement en usage dans les guerres entre chrétiens. Par ailleurs, à ce tableau bien sombre s’ajoute la surprise : les navires extrêmement bien conçus des Vikings leur permettent de frapper vite et fort sur les côtes ou dans les rivières navigables. Les premiers raids touchent des communautés côtières ou des monastères dans un but de pillage : richesses, esclaves à vendre ou captifs à monnayer contre rançon. Ce n’est que dans un second temps que les Vikings entreprennent la conquête de territoires et leur colonisation.


L’ampleur géographique des raids vikings est considérable, s’étendant à presque l’ensemble du monde connu de l’époque, voire en repoussant les limites. Toutes les côtes d’Europe de l’Ouest, mais aussi celles de Méditerranée connaissent leurs déprédations. A l’est, les Vikings traversent la Russie jusqu’à la mer Noire et à la mer Caspienne, vers Constantinople, l’Empire byzantin et les Abbassides. Ils traversent l’Atlantique, s’installent dans les îles Féroé, en Islande, au Groënland, découvrent l’Amérique sans parvenir à s’y implanter durablement. Le mot viking s’applique indistinctement à tous les Scandinaves de la période : pourtant, il est basé sur le mot signifiant « pillard », alors que la plupart des hommes du Nord étaient plutôt des marchands ou des artisans. Le pillage n’est pour certains qu’une façon de s’enrichir ou d’avoir des terres dans leur pays. Par ailleurs, de nombreux étrangers se joignent aux Vikings pendant leurs raids : Irlandais, Anglo-Saxons, Francs… le terme est aujourd’hui communément accepté, mais dépasse l’acceptation simple de « pirate ».

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Défense et des bulles – janvier 2012 : Une histoire de l’Empire américain

Written by JGP on janvier 22, 2012 – 4:56 -

Un tel titre annonce la couleur, forcément un peu rouge. Je voudrais signaler l’adaptation en bande-dessinée du best seller d’Howard Zinn, Une histoire populaire des États-Unis (paru pour la première fois en 1980).

Au passage, le titre a donc changé et a perdu sa neutralité. De quoi s’agit-il ? Tout simplement d’un retour sur l’histoire des États-Unis depuis la fin du XIXème siècle, plus précisément 1890 et la bataille de Wounded Knee.

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Sun Tzu est-il encore d’actualité ?, par Yann Couderc (Sun Tzu France)

Written by admin on janvier 8, 2012 – 4:00 -

Yann Couderc, animateur du blog Sun Tzu France, aborde ici l’actualité de la pensée du célèbre auteur chinois, développée dans son ouvrage L’art de la guerre, écrit il y a environ 2500 ans.



Sun Tzu est manifestement plus présent que jamais. Si ses premières applications au monde de l’entreprise et de l’économie remontent maintenant à quelques décennies, force est de constater que L’art de la guerre est aujourd’hui décliné dans absolument tous les domaines, de l’architecture à la médecine en passant par l’éducation des enfants ou la prochaine campagne présidentielle… Si je trouve assez amusant de recenser toutes ses extrapolations plus inattendues les unes que les autres, une question m’est souvent posée : « Mais au fond, Sun Tzu est-il encore d’actualité ? » La question s’entendant sur le plan militaire, application somme-toute originelle du traité…

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Au commencement était la guerre…9/Les larmes du soleil-Réflexions sur le massacre de Nankin (1937)

Written by Stephane Mantoux on janvier 7, 2012 – 9:36 -

Le suicide d’Iris Chang1, auteur d’un ouvrage à succès sur le massacre de Nankin, avait relancé, en 2004, l’intérêt pour l’historiographie des violences japonaises pendant la guerre du Pacifique et provoqué un débat particulièrement vif entre les chercheurs spécialistes du sujet. L’ouvrage de Chang, Le viol de Nankin, sorti en 1997, replaçait sur le devant de la scène ce massacre souvent minimisé par l’historiographie japonaise et même occidentale, alors qu’il était devenu en Chine un des hauts lieux de la guerre sino-japonaise. En 2004, l’éditeur du manga Le pays brûle, écrit par Hiroshi Motomiya, refuse de publier cette oeuvre sous la pression des ultrantionalistes japonais, ulcérés par les pages montrant les soldats japonais passant au fil de la baïonnette la population de Nankin. Ces mêmes ultranationalistes avaient également fait pression pour que la traduction japonaise du livre d’Iris Chang ne soit pas publiée ; peu de temps après, celle-ci met fin à ses jours. La diplomatie japonaise a en tout cas cherché à éviter toute publicité à ce livre et à son auteur en insistant sur les imprécisions qu’il contenait.

Ce qui change alors pour le Japon, ce n’est pas le refus d’accepter un passé récent, toujours présent, mais la mise au jour de ce déni d’histoire, et ce sur d’autres exemples que celui de Nankin : en 1998, on parle de plus en plus de la question des « femmes de réconfort » et de l’unité 731 et de ses expériences monstrueuses près d’Harbin, en Mandchourie. Dans son livre, Iris Chang fait plus oeuvre d’engagement que d’historienne, ce qu’elle n’est d’ailleurs pas du tout. Elle a une confiance sans doute trop aveugle dans ses sources, et ne connaît pas bien l’histoire de l’archipel japonais.

La dénonciation masque donc les causes profondes de l’événement lui-même. Les reproches faits à l’ouvrage d’Iris Chang, la querelle sans fin sur les chiffres du massacre, cachent souvent un fait évident : l’horreur du massacre, la déshumanisation totale des victimes par les Japonais, à l’image des nazis à l’égard des Juifs, et surtout la stratégie militaire qui est à l’origine du massacre. Ce billet apporte quelques éléments de réflexion dans un débat ô combien fourni et passionant.

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Défense et des bulles – décembre 2011 : Nankin, de Nicolas Meylaender et Zong Kai

Written by JGP on décembre 25, 2011 – 7:56 -

Ce mois-ci, je signale la BD Nankin, de Nicolas Meylaender et Zing Kai, aux éditions Fei. Pas spécialement adapté au jour de Noël, cet ouvrage revient sur le massacre de Nankin commis en 1937 et 1938 par les troupes japonaises dans l’ancienne capitale de la Chine nationaliste.


En quatre couleurs (noir, blanc, gris et rouge), nous suivons un avocat chinois qui, 75 ans après les évènements, tente de retrouver la trace de la petite Xia Shuqin, une survivante de Nankin – âgée de quelques années au moment des faits – et va rencontrer plusieurs témoins (soldat, « femme de réconfort », simple citoyen) qui eux aussi ont subi l’horreur suite à la défaite de l’armée de Jiang Jieshi (qui déménage alors sa capitale à Wuhan).

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Au commencement était la guerre…8/L’art opératif à l’épreuve de la guerre en Géorgie (août 2008)

Written by Stephane Mantoux on décembre 17, 2011 – 7:58 -

Depuis près d’un siècle, les militaires soviétiques ont mis au point et théorisé une nouvelle forme de combat : l’art opératif. Les campagnes menées par l’URSS puis la Russie reflètent les succès et les échecs de cet art opératif, la conception militaire qu’en ont les Russes et sa capacité à remplir des objectifs stratégiques fixés par le pouvoir politique. La guerre russo-géorgienne d’août 2008 ne fait pas exception à la règle. Elle révèle la maîtrise actuelle de l’art opératif par les forces armées russes, à la fois dans ce que celui-ci a de classique, mais également à propos des innovations qui ont pu être introduites depuis la fin de la guerre froide. Les réformes annoncées après la fin du conflit témoignent de la volonté d’améliorer la capacité des forces armées à remplir les objectifs stratégiques de la Russie. La guerre des Cinq Jours, comme on l’a baptisée, est sans aucun doute un moment important de l’histoire de l’armée russe.



L’art opératif : histoire d’un concept


L’art opératif, théorisé dans les années 1920 et 1930, est issu des réflexions soviétiques sur l’expérience militaire de la Première Guerre mondiale et de la guerre civile russe1. Des théoriciens aboutissent à la conclusion que la Révolution française et l’industrialisation des sociétés ont radicalement changé la nature de la guerre. La distinction très nette entre stratégie -vue comme l’art de gagner les guerres- et la tactique -vue comme l’art de gagner les batailles- perd de son sens. Les Etats sont désormais capables de mettre en ligne des armées nombreuses, bien équipées avec des armements modernes qui augmentent la létalité et l’envergure du champ de bataille. L’art opératif est, selon la définition de ces penseurs militaires, « une composante de l’art militaire, qui concerne l’élaboration de la théorie et de la pratique pour conduire des opérations au niveau du front2 et de l’armée dans les différentes branches des forces militaires. L’art opératif est le chaînon manquant reliant la stratégie à la tactique. A partir des exigences de la stratégie, l’art opératif détermine les méthodes pour préparer et conduire les opérations permettant la réalisation de buts stratégiques, et sert de point de départ pour la tactique, qui organise la préparation et la conduite de la bataille des forces combinées en accord avec les buts et les missions de l’opératif. » . Pour les Soviétiques, l’art opératif n’est pas un concept abstrait, mais bien le produit de facteurs historiques, économiques, culturels, etc. L’art opératif correspond d’ailleurs aux forces et aux faiblesses de l’URSS, ainsi qu’à ses aspirations politiques. Les penseurs soviétiques s’affrontent d’ailleurs sur plusieurs grands débats théoriques : ainsi Toukhatchevsky l’emporte-t-il sur Svietchine, en proposant une stratégie d’annihilation face à celle d’attrition de son concurrent. Toukhatchevsky impose également la mécanisation massive de l’armée, seul moyen selon lui de conduire des opérations décisives dans une guerre totale.

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Au commencement était la guerre…7/Locked at An Loc (13 avril-20 juillet 1972)

Written by Stephane Mantoux on décembre 3, 2011 – 9:00 -

Le 13 avril 1972, pendant l’offensive dite de Pâques 1972, l’armée du Nord-Viêtnam attaque la ville d’An Loc, capitale de la province de Binh Long, au Sud-Viêtnam. Pendant les trois mois suivants, 3 divisions nord-viêtnamiennes vont s’acharner à prendre cette ville contre des défenseurs sud-viêtnamiens beaucoup moins nombreux, soutenus par une poignée de conseillers militaires américains. Les 66 jours de siège vont être marqués par des pertes colossales de part et d’autre, mais le succès final des Sud-Viêtnamiens empêche le Nord de s’ouvrir la route de Saïgon. Les Américains jouent un rôle-clé dans cette bataille, qui intervient après le début de leur désengagement progressif du pays : les conseillers militaires épaulant les Sud-Viêtnamiens dirigent l’appui aérien fourni par les Etats-Unis, qui va se révéler déterminant.


Cependant, ce succès trompeur de l’ARVN aura des conséquences désastreuses sur l’appréhension des capacités de l’armée sud-viêtnamienne par le président Nixon et ses proches conseillers, qui vont monter cette réussite en épingle pour poursuivre le retrait américain du conflit.

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