Sun Tzu a dit : « Tianhe-2 vaincra Titan »

« Or, si les estimations effectuées dans le temple avant les hostilités laissent présager une victoire, c’est que les supputations indiquent une puissance supérieure à celle de l’ennemi. Si elles annoncent une défaite, c’est que les supputations révèlent une puissance inférieure. En se livrant à de nombreux calculs, on peut gagner ; si l’on en fait trop peu, la victoire est impossible. Comme il diminue ses chances celui qui n’en fait aucune ! Grâce à ces calculs, j’examine la situation et l’issue devient évidente. » Sun Tzu – L’art de la guerre – Chapitre I – 28 – Traduction Francis Wang – Champs classiques.

Tianhe-2

La pensée Sun Tzu traverse plus de deux millénaires sans souffrir d’une quelconque usure, comme le montre aujourd’hui la récente et spectaculaire performance de la Chine en matière de calcul haute performance (HPC). La nouvelle est tombée le 17 juin lors de la séance d’ouverture à Leipzig de la conférence ISC13.

« Supercomputing 2013 »

La machine de calcul haute performance la plus puissante du monde est désormais une machine chinoise dénommée Tianhe-2 ou Voie Lactée-2. Il s’agit d’un supercomputer développé par la China’s National University of Defense Technology NUDT, offrant une performance de 33.86 petaflops / s soit 33.86 quadrillion d’opérations par secondes avec un pic de performance à 54.9 quadrillion d’opérations par secondes. Ce supercalculateur ravit la première place à la machine américaine tenante du titre TITAN Cray XK7 installée au sein du Department of Energy DOE, Oak Ridge National Laboratory qui offrait une performance de 17.59 petaflop/s.

Tianhe-2 est donc presque deux fois plus puissant que Titan et concrétise le duel en moyens de calculs haute performance que se livrent États-Unis et Chine. Pour un coût de 100 millions de dollars, Tianhe-2 sera opérationnel au sein du centre de calcul intensif de la ville de Guangzhou – province de Guangdong.

Il faut noter que c’est la deuxième fois que la Chine prend la pôle position dans le classement mondial HPC (Top500) : Entre novembre 2010 et juin 2011, Tianhe-1 est resté premier devant une machine japonaise. Côté technique, le numéro un Tianhe-2 comporte 16000 nœuds, chacun avec deux processeurs Intel Xeon IvyBridge et trois processeurs Xeon Phi pour une puissance de calcul totale de 3 120 000 cœurs de calcul. Le système d’exploitation est un Kylin Linux gérant 1 024 000 GB.

Au même moment, le site TOP500 publie le classement mondial-juin 2013 des machines HPC les plus puissantes. On y retrouve 26 systèmes dépassant en performance le petaflop/s.

La Chine occupe la deuxième position du classement global derrière les États-Unis et repousse le Japon au troisième rang. Tianhe-1 est classé au 10ième rang. On notera qu’Intel fournit 80,4% des processeurs des systèmes HPC classés par Top500. La puissance totale combinée des 500 systèmes classés atteint 223 Pflops/s contre 162 Pflops/s il y a six mois et 123 Pflops/s il y a un an ! On constate que la puissance de calcul globale mondiale a presque doublé en un an…

Les États-Unis restent les premiers consommateurs de systèmes HPC en classant 252 systèmes sur les 500 de la liste et représentent 50,4% de la puissance globale. L’ Europe quant à elle, avec 112 systèmes classés, se situe derrière l’Asie avec 119 machines.

La Chine place 66 systèmes dans le classement contre 30 pour le Japon. Royaume-Uni, France et Allemagne classent respectivement 29, 23 et 19 systèmes dans la liste.

La première machine française apparaît à la 11ème place avec Pangea – Total Exploration Production. La puissance de calcul HPC française stagne à 4,6% de la puissance globale pour 23 machines classées. La Chine, bien que numéro 2 mondial totalise seulement 13,2% de la performance totale.

Ces chiffres démontrent clairement la suprématie américaine en HPC mais également l’effort chinois visant à réduire ce déséquilibre. L’Europe aurait tout intérêt à fédérer son engagement en matière d’HPC : elle possède les compétences et les capacités lui permettant d’occuper une position stratégique ; mais en a-t-elle la volonté ?

Dans le même esprit, les événement récemment mis en lumière par l’affaire Prism doivent inciter l’Europe à « exister » dans le domaine de la collecte, du stockage et du traitement des données. Ayons conscience que le HPC et le Big Data constituent l’une des clés de notre souveraineté nationale et de notre ascension technologique.

Thierry Berthier est maître de conférences en mathématiques.

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