Je vais maintenant décrire le TCD NG tel que je l’avais défini précédemment (début de l’article ici):
Quelle conception pour un tel navire ?
Le TCD NG distinguerait par :
- une bonne capacité d’emport en carburant ;
- un radier plus grand que celui du Mistral (environ 110 m de long pour l’accueil de 3 EDAR, ou 2 EDAR XL ou 2 SMX-26 ou 2 patrouilleurs d’environ 50 m) ;
- une capacité d’emport en personnels supérieure à celle du BPC (environ 900 personnes) ;
- une capacité aéronautique inférieure (de 4 à 10 appareils) ;
- aucune ou très peu de capacités en matière de commandement ou médicales ;
- un espace pour l’emport de conteneurs (comme sur le BRAVE).
Voici le TCD NG tel que je le verrais :
Maintenant si on détaille un peu :

Le pont d’envol (noir) a été fractionné en deux parties :
• la première, la plus basse permet la mise en oeuvre de 4 aéronefs avec 2 spots d’appontage,
• la seconde possède trois spots pour 6 aéronefs.
La raison ? Dans son rôle de TCD auxiliaire, le navire permettra la mise en œuvre de 10 hélicoptères moyens, mais quand il sera utilisé en mode navire atelier, ravitailleur ou encore navire humanitaire, cette capacité sera superflue et le pont d’envol supérieur pourra servir d’aire de stockage pour des conteneurs ou des modules.
La partie atelier (violet) communique avec le pont d’envol et le radier par l’ascenseur du navire. Elle accueille diverses machines-outils pour la maintenance des navires de la flotte (mais pas celle des aéronefs, assurée à bord des BPC). Les ateliers permettent aussi la maintenance des équipements du détachement de l’armée de Terre.
La zone de stockage des véhicules (orange) communique avec le radier par deux rampes (seule l’une est visible, l’autre est cachée par la coupe). Un quai de chargement situé le long du radier du côté des rampes permet le chargement des chalands par transbordage.
Le radier (bleu) mesure 110 mètres de long et peut donc accueillir 3 EDAR, 2 sous-marins SMX-26, 2 EDAR XL (d’environ 50 mètres de long) ou encore deux patrouilleurs (d’environ 50 mètres de long). Sa largeur est d’environ 20 mètres pour permettre l’accueil des patrouilleurs ou des SMX-26.
La zone d’habitation (jaune) permet de loger deux fois plus de personnes qu’un BPC et dans des conditions de confort similaires, grâce au bossage situé à l’avant et récupérant l’emplacement du spot numéro 1.
La coque est quasiment identique sauf pour la largeur, en augmentation pour contenir le radier agrandi, le quai de chargement et les réservoirs de fluides/stocks de pièces, de munitions et de vivres. L’appareil propulsif est le même.
L’armement comprendrait :
- 4 mitrailleuses de 12.7 mm (repérées en vert)
- 2 canons de 20 mm (repérés en rose)
- 1 CIWS à base d’un canon RapidFire de 40 mm (voir article) et de missiles MICA VL (plus performants que les Mistrals) implanté à l’emplacement orange. Ce CIWS sera éventuellement complété par des lanceurs Simbad ou Tetral.
Ce navire peut donc être considéré comme un mélange entre le BPC-moins de Benoist Bihan et un ravitailleur-navire de débarquement comme le Karel Doorman de la marine néerlandaise.
Quel pourrait être le rôle de ce navire ?
Les missions actuelles des BCR :
- sa mission principale est de ravitailler à la mer en combustible, vivres ou munitions divers navires
- une autre mission est d’accueillir un État-major (seulement pour les trois derniers navires).
Les missions du bâtiment-atelier Jules Verne :
- le soutien technique (maintenance, assistance en cas d’avarie de combat)
- le ravitaillement (pièces de rechange, en munitions et gazole)
- le soutien médical (un hôpital complet de 240 m2 : 1 bloc opératoire, 16 lits, un caisson de décompression).
Les missions des BSM :
- soutien guerre des mines
- soutien mécanique et électricité
- soutien médical
- à mentionner aussi, des missions de soutien électronique et de soutien de sous-marins (je dis à mentionner, car si c’était la mission initiale, ces bâtiments ont surtout été utilisés en tant que navires-ateliers)
- il est important de dire que tous ces bâtiments avaient des capacités additionnelles de ravitaillement.
Le Bâtiment de Soutien Mobile (BSM) Loire ravitaille à la mer l’aviso Jean Moulin en 1983.
Le soutien médical est pris en charge par les BPC et leur hôpital très performant (750 m2 de pont, comprenant 2 salles d’opération, une salle de radiologie et 69 lits), de même que les fonctions de commandement. À la limite, une zone comme le Hangar hélicoptère pourra être configurée pour ces missions additionnelles.
Reste donc :
- le ravitaillement (carburant, vivres, eau, munitions et pièces détachées)
- le soutien technique avec divers ateliers
- le soutien auprès d’un groupe de guerre des mines.
Maintenant il y a deux possibilités :
1) sacrifier le BPC 4 et un BRAVE : dans ce cas, l’objectif serait d’acheter 3 TCD NG, un par BPC. Les 3 ravitailleurs classiques restant serviraient au soutien du ou des GAN, du groupe de guerre des mines et éventuellement des grosses opérations amphibies.
2) l’autre option est de sacrifier un BRAVE supplémentaire pour acheter quatre exemplaires du BPC-moins, les 3 premiers opérant de concert avec les BPC et le dernier étant utilisé soit en autonomie, soit pour le soutien du groupe des mines. Cette proposition est motivée par le fait avéré que nous n’aurons jamais plus de deux porte-avions dans la Marine Nationale et jamais les avions pour en équiper deux à la fois au maximum de leurs capacités (32 Rafale et 3 E-2 pour le PA2) (cf. article). Dans ce postulat, deux ravitailleurs (a fortiori plus grands que les classes Durance actuels) devraient suffire au soutien du/des groupes aéronavals.
Quel que soit le choix qui sera fait, on est assuré (du moins avec la commande de deux PA pour remplacer le Charles-de-Gaulle) d’avoir en permanence un groupe aéronaval et deux groupes amphibies complets : presque de quoi gérer un conflit majeur et une crise mineure – ce qui a failli se produire entre la crise de Côte d’Ivoire (décembre 2010/janvier 2011) et l’opération Harmattan (mars 2011/octobre 2011).
Vers une nouvelle doctrine d’emploi pour la guerre amphibie ?
Le but affiché est de permettre par l’union dans une même escadre d’un BPC, d’un TCD et de deux frégates de projeter et surtout de soutenir plus efficacement une opération amphibie :
• les ateliers internes permettent la maintenance des navires du groupe amphibie. Le bâtiment en assure aussi le ravitaillement ce qui permet à l’escadre de durer à la mer ;
• les logements supplémentaires permettraient d’embarquer potentiellement un GTIA entier, ce que ne pouvaient faire deux BPC, limités par un faible emport de troupes (les San Antonio américains embarquent par exemple 1,5 fois plus d’hommes que les BPC plus légers il est vrai de 5000 tonnes). Au cumul des capacités, il serait sans doute possible d’atteindre 1200 personnes embarquées soit quatre SGTIA ;
• la surface des hangars des deux bâtiments permet d’emporter énormément de matériels. Or tout matériel en plus que ce soit des munitions, des vivres ou encore des véhicules augmente tout autant l’efficacité des troupes débarqués. De plus, on constate dans le secteur terrestre un alourdissement général des matériels (le VBMR de 20 tonnes est prévu pour remplacer un VAB en pesant 15). Le passage à ce type de structure en atténuera les effets ;
• les deux navires étant assez semblables, on peut imaginer que durant une phase molle de l’opération, un des deux navires quitterait l’escadre pour aller échanger des troupes ou du matériel depuis un port allié (où ils auraient été acheminés par voie aérienne). L’autre bâtiment étant suffisant pour soutenir les troupes déjà engagées.
On assisterait en fait à une remise en cause de la stratégie amphibie : le TCD deviendrait le navire central de l’opération durant la partie débarquement (notamment grâce à son grand radier) et il cèderait cette place au BPC durant la partie soutien aux troupes débarqués à cause de ses absences pour aller se ravitailler afin de lui-même pouvoir ravitailler. Cette structure serait même potentiellement plus économique car elle requerrait 2 navires (BPC et TCD) contre 3 pour une structure classique (BPC, BPC ou TCD et ravitailleur).
Maintenant, revenons sur les configurations de ce bâtiment :
• le soutien aux BPC, dans ce cas, Le bâtiment accueille 10 hélicoptères de l’ALAT, 3 EDAR classiques ou 2 EDAR XL (d’environ 50 mètres de long) ainsi que divers matériels et personnels de l’Armée de Terre ;
• le soutien à une opération de déminage, dans ce cas, le radier accueille 2 chasseurs de mines Tripartites ou plus tard des drones. Les divers espaces de stockage abritent des locaux médicaux (soin aux plongeurs-démineurs), du matériel de déminage et des ateliers capables de la maintenance des chasseurs de mines (notamment de leur coque en fibre de verre). Le TCD a aussi une fonction de ravitaillement et de commandement des unités de guerre des mines. Les BCR ont aussi parfois cette mission.
Ravitaillement la mer en 1986 pour le chasseur de mines tripartites Pégase et le dragueur océanique Berneval. Au centre, le Bâtiment de Soutien Mobile Loire.
• une configuration où le bâtiment est seul ou navire principal de l’escadre est aussi possible (dans le cadre de la mission Corymbe, de la mission Atalante ou encore de la mission Jeanne d’Arc), même si les futurs BMM seront sans doute mieux dimensionnés pour cette mission. Il aurait dans ce cas, une mission de ravitaillement et/ou de commandement ;
• enfin, il y a une possibilité d’action en zone littorale : emport de deux sous-marins de poche type SMX-26 (si toutefois le radier le permet) qui pourraient permettre d’économiser nos précieux SNA, malheureusement sur-utilisés comme le reste de la Marine (qui avait dû accepter de ne pas déployer de SNA dans l’Océan Atlantique pendant Harmattan), de commandos et éventuellement de missiles de croisière conteneurisés à travers des modules placés sur le pont d’envol. Les SNA pourraient peut-être même être soutenus par ce bâtiment.
Le SMX-26, nouveau concept de sous-marin de DCNS – Crédits : DCNS
Les SMX-26 ou d’autres submersibles/sous-marins pourraient-ils constituer tout ou partie
du futur programme NCF de remplacement des La Fayette ? (cf. article)
Maintenant que le concept est défini, il serait peut-être possible de l’appliquer à l’échelon inférieur avec les programmes BATSIMAR, BMM et le remplacement des Floréals. Peut-être l’objet d’un prochain billet ?
Aurélien Joncour / Frost










janvier 4, 2013 à 5:12
Il faut prendre en compte les difficultées budgétaire, tout le monde peut faire des schémas de ce qu’il aimerait bien en disant qu’il faut acheter ceci ou cela mais cela ne se passe pas ainsi.
La France prévoit 1 groupe amphibie et 1 groupe aeronavale comme epine dorsale de sa marine.
La question du jour est « est ce qu’on va commander un 4e BPC pour remplacer le TCD, ou rester a 3 BPC? »
De plus, la France s’engage aux côtés de ses partenaires européen, alors que vous, vous regardez la France comme seule et devant se substituer a elle même.
On constate les différents exercices avec nos alliés, pour comprendre qu’on forme une coalition.La France ne se lancera pas seul a l’assaut d’un pays qui necessiterait des moyens amphibie considérable.Notre BPC sera le centre du dispositif amphibie, nos alliés anglais ou italiens contribueront avec leurs TCD, sans oublier les américains.Le ravitaillement en mer ne nécessite pas forcémment des navires français, en face de la Somalie, on peut s’approvisionner auprès des néerlandais s’ils ont un navire sur zone, on payera plus tard.
Pourquoi dans un groupe amphibie multinational, on aurait pas côté français 1 BPC et une FAA, du coté anglais 2 TCD et 1 FASM, un soutien espagnol ou italien?
Ce sera ainsi de toute façon.
En dehors de ces critiques ou infos, je trouve vos analyses et votre concept pertinent, malheureusement cela ne se passera pas ainsi, je pense qu’on restera a 3 BPC
janvier 4, 2013 à 8:52
« Cette structure serait même potentiellement plus économique car elle requerrait 2 navires (BPC et TCD) contre 3 pour une structure classique (BPC, BPC ou TCD et ravitailleur). »
Une flotte à 3 navires, c’est aussi plus d’hommes, de matériels, de carburant, de réserve, puisqu’il y a plus de place à bord des bâtiments.
Sinon pour répondre à mamour, le fait d’agir en coalition n’interdit en rien de voir grand. Puisque celui qui pèse au sein d’une coalition (et donc celui qui oriente l’action en fonction de sa vision) est celui qui amène les matériels les plus nombreux ou les plus performants.
janvier 4, 2013 à 10:02
Vous avez totalement raison et mon concept ne sera sans doute jamais mis en pratique. Toutefois, quelques remarques :
- Au niveau des difficultés budgétaires, le fait est que je pense que mon concept pourrait être appliqué à budget constant : On a deux BRAVE remplacés par deux TCD et le 4ième BPC remplacé par un TCD. Vu qu’en plus on est censé repartir d’une base éprouvée pour les TCD, à moins d’un gros problème, le budget devrait être tenu, non ?
-Je considère la France seule et vous avez raison de dire que la France ne se lancera jamais seule sur un assaut amphibie à grande échelle. Par contre, lors de l’opération Harmattan, il s’agissait plus d’un groupe amphibie français et un anglais agissant de concert plutôt que d’un seul grand groupe multinational si j’ai bien compris. Dans ce cadre, la possibilité d’avoir un groupe amphibie franco-français autonome ne serait-elle pas justifiée ?
En revanche et je le redis, vous avez raison de souligner qu’une telle organisation ne dépassera jamais le stade du projet.
janvier 6, 2013 à 1:36
Un tel navire, bien que reprenant des éléments des BPC, exige une conception.
Ce serait 2 miniséries de 3 TCD et 2 ou 3 ravitailleurs.
A la limite, une seule série de ravitailleurs dotés de capacités amphibies serait aussi une solution. Et avec l’avantage d’avoir une seule classe de navire.
PS : Les illustrations sont très chouettes. Beau boulot !
janvier 6, 2013 à 3:51
C’est vrai de dire qu’une flotte de trois navires est plus performante qu’une de deux. Toutefois, hors escorte, une flotte amphibie est plus souvent composée de deux navires (Pour l’instant un BPC/TCD et un pétrolier-ravitailleur)que de trois et justement, c’est là que je trouve la justification de mon concept : échanger des capacités d’emport de carburant contre un atelier permanent, un pont hélicoptère, des logements et des hangars. En effet, dans mon esprit, les navires du groupe amphibies sont peu mobiles durant la phase de débarquement/soutien aux troupes débarquées (par opposition au groupe aéronaval) et donc consomment moins de carburant. (Après c’est peut-être faux). Mais ma réponse précédente était, et vous avez raison de le souligner inexacte.
Quant au prix, eh bien je ne sais pas. Les ravitailleurs constitueront sans doute une mini série (même si ce ne seront pas les seuls, voir le PA ou le Siroco). Par contre on peut, peut être profiter de la communalité des pièces entre les TCD et les BPC …
Votre solution est sans doute aussi valable par contre, là, on se retrouve avec des capacités amphibies qui ne servent à mon avis, pas à grand chose pendant l’accompagnement du GAN.
Quoi qu’il en soit merci du compliment !