Cinétique et non-cinétique : ce que sera (peut-être) la cyberguerre

We have to understand better the electromagnetic spectrum. Cyber, our radar and communication, everything. If you control the electromagnetic spectrum, you control the fight”. [1] Contrôler le spectre électromagnétique serait donc devenu le saint Graal des forces armées américaines. Partant de cette hypothèse, cet article se demande, à travers un scénario fictif, quelle pourrait être la réaction de la Maison Blanche face à une cyberattaque dont les conséquences, sur l’une de ses infrastructures critiques, seraient majeures ?

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Gageons que si celle-ci serait sans doute violente et rapide, elle pourrait combiner des effets cinétiques classiques mais aussi des effets non-cinétiques. L’emploi de la palette complète irait des moyens de guerre électronique, en passant par des cyberattaques et jusqu’à l’utilisation d’armes électromagnétiques.

18 juillet 2022 – Contre-attaque iranienne…

En réponse à la troisième attaque israélienne en moins de cinq ans contre ses installations nucléaires, l’Iran décida d’une riposte à la hauteur de ses compétences asymétriques dans le cyberespace, des compétences secrètement développées. Il faut dire que depuis Stuxnet en 2010, deux opérations majeures d’opérations aériennes israélo-américaines et une demi-douzaines de charges malveillantes cybernétiques sophistiquées réussirent à fortement ralentir le programme de recherche nucléaire. Cette nouvelle attaque aérienne massive à coups de F35 et de missiles de croisière israéliens fut appuyée par des opérations au sol d’unités de forces spéciales. Une réussite totale à la mesure d’une humiliation que le régime des ayatollahs ne pouvait laisser impunie.

…sur les infrastructures critiques israéliennes et américaines !

Leur décision fut rapide et à la mesure de la préparation minutieuse dont ils avaient fait preuve depuis presque une décennie. Ordre fut donné aux unités militaires spécialisées aux opérations offensives de lancer des vagues de cyberattaques vers les réseaux de production et de transport d’électricité en Israël et aux États-Unis.

Paradoxalement, les nombreuses – et souvent inédites – attaques massives par BotClouds [2] portèrent leurs effets en moins de trois heures aux États-Unis. Et ce, en dépit des efforts financiers, réglementaires et techniques colossaux de la décennie écoulée [3][4]. Inversement, et même si les infrastructures d’Israël furent soumises à rude épreuve,  elles firent également preuve d’un niveau de résilience insoupçonné. Les conséquences furent moindres et le fer fut porté essentiellement envers le “grand Satan” [5].

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Une partie du réseau de production et de transport d’électricité de la côté Est des États-Unis mais aussi de la côté Ouest et, pire, la totalité de la Californie se retrouvèrent paralysés : moyens de communication, de transport, hôpitaux, bâtiments fédéraux, le pays se trouva brutalement à l’arrêt. A la fin de cet épisode tragique, la centaine de morts consécutifs aux impacts de cette perturbation majeure fut considérée comme une sorte de miséricorde divine. La vile agression n’avait pas engendré la panique recherchée, la population fut surprise mais garda un calme qui allait faire le bonheur des sociologues et des psychologues durant des années.

Stupeur et déchaînement

Succédant au deuxième et dernier mandat de la présidente Hillary Clinton, l’ancien acteur Léonardo Di Caprio était en fonction depuis 18 mois. Alors qu’il se trouvait pour quelques jours de repos à Martha’s Vineyard, le président Di Caprio fut expressément mis dans Air Force One afin de rejoindre au plus vite Washington.

Durant le trajet de retour, le président et ses proches conseillers eurent la stupéfaction de constater la réussite des cyberattaques iraniennes. Et ce, malgré la somme de rapports rassurants des diverses agences de renseignement sur les capacités en la matière d’un régime « moribond, isolé et sans réel savoir-faire technologique ni volonté stratégique en la matière ». Le constat d’une nouvelle faillite, 21 années après l’événement qui marquait la fin d’une époque et le début d’une nouvelle ère [6] ne fit que redoubler la colère que l’équipe présidentielle ressentit.

La condamnation internationale fut immédiate et une résolution des Nations Unies fut adoptée en un temps record. La tenue d’élections démocratiques en Iran dans les deux mois ainsi que l’arrêt immédiat du programme nucléaire étaient exigés sous peine de mesures de rétorsion militaires.

La résolution laissait trois jours au président iranien pour annoncer que le régime se conformait à la résolution. La réponse dans les heures qui suivirent ne fut que l’habituelle litanie mélangeant principes de légitime défense, droit au développement de l’énergie nucléaire civile et manipulations d’Israël qui était évidemment à l’origine des attaques sur son territoire et celui des États-Unis ! Qui étaient fin prêts et n’attendaient plus que l’ordre de leur commandant suprême.

(Source)

22 juillet 2022 – La foudre, les éclairs…

Le démarrage de l’opération Forstchen [7] eût lieu lorsque le Cyber Command lança des milliers de cyberattaques coordonnées à partir de ses propres entités, des unités cyber des autres armes mais aussi de ses alliés proches. De nombreux membres de l’OTAN mais aussi l’Australie, le Brésil, le Japon ou l’Inde participèrent aux actions offensives dans le cyberespace. Ces alliés furent une aide précieuse par le partage d’informations et la somme de ressources et de compétences mises en jeu.

Ce fut aussi le moment choisi pour activer les composants électroniques piégés et les charges malveillantes dormantes ou insérées [1][9] afin de perturber les réseaux physiquement séparés de l’Internet. En quelques minutes, l’ensemble des réseaux informatiques gouvernementaux et militaires iraniens devinrent entièrement inopérants. Les réseaux civils continuèrent à fonctionner partiellement  tout en étant devenus entièrement contrôlés par les forces de la coalition. Contestataires et opposition politique purent ainsi relayer les informations de l’intérieur tandis que le régime et ses affidés furent systématiquement localisés et réduits au silence électronique !

…et le retour à l’âge de pierre !

Des vagues d’EA-18G Growler neutralisèrent les dispositifs anti-aériens, des radars aux batteries sol-air en passant par les réseaux informatiques associés. Démonstration fut faite que ce système d’arme très particulier était essentiel aux types d’opérations anticipés par les USA plus d’une décennie auparavant [9].

La seconde phase fut le lancement de missiles de croisière EMP par les sous-marins d’attaque tapis au fond du Golfe Persique mais aussi par les dizaines de B2 de Guam et de F35 catapultés tirant des salves de missiles CHAMP [8]. Ces missiles à impulsion électromagnétique se chargèrent de réduire également au silence les centres et les moyens de communication sélectionnés et ceux des casernes, bases aériennes et ports militaires. L’ensemble des sites et des unités ayant trait au programme nucléaire firent aussi partie des cibles principales.

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Malgré les dénégations officielles des États-Unis, de nombreux spécialistes considèrent qu’il y eut également l’emploi massif de drones et l’insertion de forces spéciales en vue de neutraliser certains objectifs stratégiques ou de coordonner certains réseaux de résistance.

En quelques heures à peine, les forces armées, les gardiens de la révolution, les forces Qods et le programme nucléaire venaient de repasser à l’âge de pierre avec l’emploi minimaliste de forces sur le terrain ! S’ensuivit la prise de contrôle pacifique et populaire des institutions accompagnant l’écroulement d’un régime corrompu dont la plupart des caciques purent cependant fuir hors du pays. Les mandats d’arrêt du Tribunal Pénal International allaient permettre d’en rattraper la majorité au bout de plusieurs années de procédure. Pour les autres, de nombreux “suicides” étranges et “accidents” à coup de mines magnétiques [10] vinrent clôturer ce sombre chapitre de la longue et respectable histoire du peuple perse.

Sivis Pacem

[1] in http://www.defensenews.com/article/20121216/DEFREG02/312160002/Cyber-8217-s-Next-Chapter-Penetrating-Sealed-Networks
[2] http://si-vis.blogspot.fr/2012/11/le-botcloud-ou-lusage-malveillant.html
[3] http://si-vis.blogspot.fr/2012/11/hyper-vitesse-securite-adaptative-et.html
[4] http://stratrisks.com/geostrat/9212
[5] http://fr.wikipedia.org/wiki/Satan_%28rh%C3%A9torique_iranienne%29
[6] Des analystes ainsi que des historiens considèrent que les attentats du 11 septembre 2001 marquèrent la fin du 20ème siècle en clôturant la période transitoire issue de la chute du système soviétique et en marquant réellement l’entrée dans le 21ème siècle
[7] Clin d’œil et hommage appuyé à l’article de SD pour le dossier thématique « électromagnétisme » de l’Alliance géostratégique
[8] Counter-electronics High-powered Microwave Advanced Missile Project (Projet de missile avancé à haute-énergie micro-ondes anti-électronique – De nombreux articles en anglais traitent du sujet. Par exemple, ici ou )
[9] http://si-vis.blogspot.fr/2011/01/armes-us-non-cinetiques-2010-2020.html
[10] http://si-vis.blogspot.fr/2012/01/iran-sanctions-stuxnet-et-mines.html

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2 Responses

  1. Sélim dit :

    Très bon! Di Caprio il fallait oser…

  2. Kouak dit :

    C’est très Shock and Awe comme scénario.

    C’est un récit de fiction, mais je trouve paradoxal d’avoir un Iran capable de lancer une vaste attaque informatique, mais qui soit aussi vulnérable à des frappes électromagnétiques.

    On peut penser qu’en étudiant les réseaux de l’Occident, l’Iran a trouvé des failles qui existent dans son propre réseau, et qu’intelligemment il les a comblé.

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