Au commencement était la guerre…16/La neige et le feu : Kielce, 12-16 janvier 1945

L’opération Vistule-Oder, lancée par les Soviétiques le 12 janvier 1945, demeure sans aucun doute un chef d’oeuvre de l’art opératif. Les mémorialistes allemands qui ont largement inspiré la vision occidentale de l’Armée Rouge pendant la guerre froide ne voient pas l’intérêt d’évoquer les grandes opérations des années 1944-1945. A quoi bon en effet parler d’une période de la guerre où l’armée allemande est vaincue par le nombre et par les erreurs d’Hitler, en dépit de sa supériorité tactique ? Côté soviétique, au contraire, l’opération Vistule-Oder, considérée comme un modèle du genre, a donné lieu à une abondante littérature. Les combats autour de la ville de Kielce (12-16 janvier 1945) sont l’une des premières grandes batailles de chars de cette énorme offensive. Le 1er front d’Ukraine de Koniev ouvre le bal en assaillant les positions allemandes à partir de la tête de pont de Baranov-Sandomierz1, détruisant la 4. Panzerarmee au cours de violents combats. Ce ne fut pourtant pas chose facile face à une Wehrmacht moins diminuée qu’on ne l’a dit et animée de «l’effet Nemmensdorf »2 sur le front de l’est. Il n’empêche, autour de la ville polonaise de Kielce -plus connue pour avoir été le théâtre d’un pogrom en juillet 1946-, un corps blindé allemand -le XXIV. Panzerkorps-, comprenant deux Panzerdivisionen à pleine puissance (les 16. et 17.), est littéralement découpé en morceaux par deux armées de chars, plusieurs corps blindés et autres unités plus petites du 1er front d’Ukraine. Retour, donc, sur une de ces batailles méconnues de l’année 1945 de l’Ostfront.


Et la tête de pont de Sandomierz fut…

La tête de pont de Sandomierz est conquise par le 1er front d’Ukraine lors d’une offensive lancée le 13 juillet 1944 -dans la foulée de l’opération Bagration qui détruit le groupe d’armées Centre allemand. Les Soviétiques repoussent le groupe d’armées allemand Nord-Ukraine à l’ouest. Fin juillet, le groupe d’armées allemand est coupé en deux : la 1. Panzerarmee est poussée sur les contreforts des Carpathes tandis que la 4. Panzerarmee est rejetée au-delà de la Vistule. Le 28 juillet, Koniev ordonne à ses troupes de préparer le franchissement de ce fleuve imposant. Le lendemain, la 13ème armée soviétique et deux brigades de la 1ère armée de chars de Katoukov sont déjà à pied d’oeuvre pour la traversée. Le 30 juillet, la 350ème division de fusiliers du 24ème corps de la 13ème armée franchit le fleuve et s’empare sur la rive droite de la localité de Baranov. Pour renforcer la position, Koniev dirige sur place les 3ème et 6ème brigade de pontonniers. Au 31 juillet, les 24ème et 27ème corps de la 13ème armée ont accompli le franchissement de même qu’une division de la 1ère armée de chars. D’autres groupes mobiles soviétiques avancent au-delà du fleuve, 40 km plus au nord de la tête de pont, mais se heurtent à une farouche résistance allemande. A la fin du mois, les troupes de Koniev ont débordé par le nord et par le sud la ville de Sandomierz, mais celle-ci reste toujours entre les mains des Allemands.

La résistance intérieure polonaise offre un appui appréciable au passage de la Vistule par les Soviétiques. Pendant que ceux-ci traversent le fleuve à hauteur de Baranov, ils sont couverts au nord par le 2ème régiment d’infanterie légionnaire de l’Armée de l’Intérieur. Mais deux semaines plus tard, avec l’insurrection à Varsovie et sous la menace d’être arrêtés par les officiers du NKD, les Polonais retraitent plus à l’ouest, même si les Soviétiques restent appuyés par les « bataillons de paysans » et par l’Armée Populaire polonaise qu’ils ont levée. Ces partisans, de par leur connaissance du terrain, permettent de localiser les forces allemandes et parfois de couper leur approvisionnement. Les Polonais vont cependant bientôt être déçus par le traitement qui leur est réservé par le NKVD : le désenchantement sera vite palpable à l’égard des « libérateurs »…

Les Allemands sont conscients de la menace que fait peser, à terme, l’existence de têtes de ponts soviétiques sur la Vistule. Des troupes de réserve sont rassemblées, des Kampfgruppe constitués à la va-vite pour freiner l’avance de l’Armée Rouge. Herman Balck3 prend la tête de la 4. Panzerarmee. Pour combler le trou entre les deux composantes du groupe d’armées Nord-Ukraine créé par l’offensive soviétique, les Allemands insèrent la 17. Armee du général Schulz. Balck reçoit l’ordre de rejeter les Soviétiques au-delà de la rivière et la promesse de renforts, en particulier blindés. De fait, les 3. et 23. Panzerdivisionen arrivent rapidement du groupe d’armées Sud-Ukraine. La 6. Luftflotte se montre particulièrement active et gagne une supériorité aérienne locale en profitant de la proximité de ses terrains et de l’éloignement de ceux des VVS4. C’est une course contre la montre : Koniev tente d’élargir au maximum sa tête de pont et d’amener le plus de renforts à partir de Lvov, tandis que Balck doit refouler au plus vite les Soviétiques avant qu’ils n’obtiennent la supériorité numérique et aérienne.

Le 3 août, une attaque massive est lancée contre la tête de pont au niveau de Baranov. Les combats s’étalent sur trois jours. La 3ème armée de chars de Rybalko, arrivée en renfort de l’est, y joue un rôle clé. Son 9ème corps mécanisé arrête l’offensive de la 23. Panzerdivision. Les Soviétiques s’emparent de Tarnobrzeg et nettoie la rive droite de la Vistule de toute présence allemande. La tête de pont s’agrandit et Koniev y masse de nombreux éléments antichars, des portions de la 5ème armée et de la 3ème armée de chars. Les Allemands, quant à eux, ne coordonnent pas leurs forces et les engagent au compte-gouttes, faisant feu de tout bois. Cela s’avère catastrophique pour certaines unités, comme le s. Panzer-Abteilung 501, premier bataillon de chars lourds équipés de Tigres II à être engagé sur le front de l’est. Entre les 11 et 13 août, le 6ème corps blindé de la Garde de la 3ème armée de chars prend en embuscade puis affronte les Königstiger près de Staszow-Ogledow. Pas moins de 14 Tigres II sont capturés ou détruits par les tirs de T-34/85, de canons d’assaut ISU-122 et de chars lourds IS-2. Le 11 août, Balck attaque encore la tête de pont avec le III. Panzerkorps, sans succès.

Le 14 août, la 1ère armée de chars et la 13ème armée investissent Sandomierz. Le 17 août, avec l’aide du 22ème corps de la 3ème armée de la Garde dans sa tête de pont d’Annopol, elles encerclent le XXXXII. Korps (4 divisions d’infanterie). Sandomierz tombe le lendemain. Balck arrête alors sa contre-attaque et dirige ses blindés au nord pour relever le corps d’infanterie. La manoeuvre réussit. A la mi-août, les Allemands jettent aussi dans la bataille le XXXXVIII. Panzerkorps, provenant de la 1. Panzerarmee. Balck comprend alors qu’il n’est plus en mesure d’éliminer la tête de pont soviétique. Pour empêcher son agrandissement, il s’accroche sur la position de Stopnica. Les deux camps sont par ailleurs épuisés par les combats. Les Soviétiques du 1er front d’Ukraine passent eux-mêmes à la défensive dès le 29 août. La tête de pont mesure alors 75 km de long sur 50 km de large. Koniev n’est pourtant pas satisfait car il comptait entrer dans Cracovie et en Silésie en juillet ; par ailleurs l’expansion des opérations rend nécessaire la création du 4ème front d’Ukraine, qui va lui ponctionner des unités. Les Allemands, quant à eux, ne mesurent pas forcément le danger qui s’annonce : Guderian pense que Balck a sauvé la situation, von Mellenthin parlant de même de « gains limités » pour les Soviétiques…

Le calme avant la tempête…

Profitant de l’arrêt des opérations, les Allemands vont tenter de bâtir un système défensif pour contrer la prochaine offensive soviétique. A l’est, c’est la première fois que la Wehrmacht tente de se reposer sur un « mur défensif » dont le bagage doctrinal remonte en fait à la Grande Guerre5. L’année 1944 a cependant porté des coupes sombres au potentiel allemand : manque de munitions et d’armes légères malgré une production d’armement en hausse, perte des usines françaises, du pétrole roumain, nombreux tués (plus de 500 000 sur le front de l’est en juin, juillet, août !), dégradation de la discipline et du moral au sein de la troupe… malgré la levée du Volksturm en septembre 1944. Guderian s’active cependant : le 25 septembre, le groupe d’armées A remplace le groupe d’armées Nord-Ukraine. Il comprend la 9. Armee de von Luttwitz, la 4. Panzerarmee de Gräser et la 17. Armee de Schulz. Le général Harpe6 prend la tête du groupe d’armées -Balck est redirigé sur le front de l’ouest. Les Allemands ne prévoient pas de contre-attaque dans le secteur : le rapport du Fremde Ost, le service de renseignements à l’est, indique le 7 octobre que l’Armée Rouge se concentre sur les ailes -investissant Belgrade, la Lettonie au nord et encerclant les 16. et 18. Armee dans la péninsule de Courlande. Par ailleurs, les Allemands sont surtout soucieux de défendre les frontières de Prusse-Orientale devant lesquelles arrivent les Soviétiques. En conséquence, 5 Panzerdivisionen s’en vont en Hongrie, tandis que trois autres quittent la Pologne centrale. La 9. Armee ne reçoit en compensation que la 251. Infanterie Division et la 331. Volksgrenadier Division, la 17. Armee recevant pour sa part la 320. Volksgrenadier Division. La 4. Panzerarmee ne dispose en fait que de deux corps, les XXXXII. et XXXXVIII. Le premier défend le secteur nord près de la boucle de la Vistule, mais n’a de blindé que le nom : il compte 4 divisions d’infanterie et une brigade de sapeurs. De même que le XXXXVIII., à l’ouest de la tête de pont, qui n’aligne que trois divisions d’infanterie ! Avec pas loin de 200 km de front à défendre, il faudrait un minimum de 19 division d’infanterie pour couvrir chacune 7 à 10 km de front…

Guderian cherche à renforcer ce dispositif en prévoyant pour chaque armée un corps blindé à disposition pour combler les bréches éventuelles. La 9. Armee reçoit donc le XL. Panzerkorps avec les 19. et 25. Panzerdivisionen. La 4. Panzerarmee reçoit le XXIV. Panzerkorps tiré de la 1. Panzerarmee. Pour rendre la défense du groupe d’armées plus souple, ces corps blindés relèvent du commandant de groupes d’armées. Cependant ils sont placés bien en retrait du front, derrière chacune des grosses têtes de pont soviétiques. Mais Hitler s’en mêle et exige de placer les blindés sur la ligne de défense tenue par l’infanterie, mettant les chars à portée de l’artillerie soviétique. Par ailleurs, tout transfert devra lui être soumis pour accord préalablement, ruinant la souplesse désirée. Cependant, le concept de Guderian lui-même est obsolète : ces corps sont trop faibles, et même avec la dispersion de canons d’assaut et de chasseurs de chars pour soutenir l’infanterie sur sa position défensive, rien n’est en mesure d’arrêter les armées de chars soviétiques.

La plus grosse concentration de blindés allemands réside alors dans le XXIV. Panzerkorps du général Nehring, face à la tête de pont de Baranov-Sandomierz. Ce corps aligne les 167. et 178. Panzerdivisionen et la 20. Panzergrenadier Division9. Ces forces sont dans le secteur depuis l’été. Le corps blindé aligne certainement entre 300 et 350 chars et canons d’assaut, soit une centaine de véhicules par division. Les deux Panzerdivisionen sont donc des forces respectables équivalentes à un corps blindé soviétique chacune, assez au-dessus de la moyenne de la Panzerwaffe en 1945. Sachant aussi que le manque d’équipages qualifiés pose problème pour pourvoir tous les blindés tout comme l’absence de carburant suffisant. Les deux Panzerdivisionen comptent d’ailleurs, en fait, 60% de canons d’assaut… Sur ordre d’Hitler, le 24. Panzerkorps est donc dépecé : la 16. Panzerdivision est dans les forêts au nord de Pierzchnica, la 17. Panzerdivision dans celles près de Chmielnik, et la 20. Panzergrenadier est essentiellement dans la forêt de Wykus. La 4. Panzerarmee dispose aussi de la 17. Flak Division et de la 3. Nebelwerfer Brigade. Le s. Panzer-Abteilung 501, rebaptisé 424 en décembre 1944 lors de sa réaffectation au XXIV. Panzerkorps pour tromper le renseignemernt soviétique, aligne 51 Tigres I ou II10. La 4. Panzerarmee comprend aussi trois brigades de canons d’assaut, et le groupe d’armées A a deux brigades d’artillerie en réserve.

Des fortifications de campagne sont construites par des détachements du génie sous les ordres du général Strauss, basé à Francfort-sur-Oder. La première ligne de défense est appelée « Hubertus » : elle couvre la tête de pont pour empêcher les Soviétiques d’en sortir. Trois lignes de défense sont ainsi bâties devant la tête de pont soviétique, avec fossé antichar, fils barbelés et champs de mines. Les réserves sont placées derrière la principale ligne de défense qui comprend l’artillerie et les pièces antichars. Les lignes de fortifications établies plus à l’arrière, comme la ligne de groupe d’armée baptisée « A-1 », moins étoffées -en utilisant parfois des ouvrages datant d’avant la guerre-, sont partiellement occupées par des troupes de garnison. Au total, la 4. Panzerarmee comprend 150 000 hommes, 474 chars et canons d’assaut, 596 canons de campagne et 300 pièces antichars. La grande inconnue reste l’axe d’attaque des pointes blindés soviétiques. Les canons de 88mm sont ainsi positionnés au sud de la tête de pont. En effet, le colonel Gehlen, s’il pense que l’offensive soviétique interviendra bien dans le secteur du groupe d’armées A ou du groupe d’armées Centre, n’arrive pas à déterminer les axes d’attaques et le but de l’offensive : il pense ainsi que les Soviétiques mèneront une attaque en pinces pour se rejoindre et encercler les forces allemandes à partir des têtes de pont de Sandomierz et Magnuszew (1er front de Biélorussie), un point de vue très germanique. Par ailleurs les Allemands tombent dans le piège de la maskirovka tendue par Koniev, qui camoufle son axe d’attaque (cf ci-dessous).

De leur côté, à partir de septembre 1944, les Soviétiques passent également sur la défensive. Ils posent 560 000 mines (!) et installent 120 ponts de toute taille sur la Vistule. Koniev lui-même reconnaît que les forces sous son commandement ont beaucoup souffert de l’offensive d’été. A l’automne, Staline oriente l’Armée Rouge contre la Hongrie, mais la résistance acharnée des Allemands le conduit à revoir la possibilité d’employer la route directe en direction de Berlin, via la Pologne. En conséquence, les forces soviétiques sur place sont réorganisées. La 1ère armée de chars retourne au 1er front de Biélorussie. La 38ème armée est versée au 4ème front d’Ukraine. Du nord au sud, trois armées défendent la tête de pont de Sandomierz : la 3ème armée de la Garde, la 13ème armée et la 5ème armée de la Garde. La 4ème armée de chars de la Garde est positionnée derrière la 13ème armée. La 3ème armée de chars de Rybalko est retirée au-delà de la Vistule. La 60ème armée fait face à la 17. Armee. A l’automne le 1er front d’Ukraine est donc plus faible que pendant l’offensive d’été. Cependant, avec la réorientation stratégique choisie par Staline, Koniev et le 1er front d’Ukraine doivent appuyer l’offensive du 1er front de Biélorussie et viser la Silésie et Breslau, pour couvrir le flanc sud de Joukov.

Le plan de l’offensive soviétique sur la Vistule prévoit non pas d’encercler les forces allemandes en position défensive, en menant des attaques en pince, mais bien de désorganiser le système adverse en s’enfonçant dans sa profondeur, dans le plus pur style de l’art opératif. La ville de Kielce sera ainsi contournée par le nord et par le sud, et au sud de la cité justement, se situe la direction du gros des forces soviétiques vers Breslau. Le plan soviétique vise à détruire le gros du groupe d’armées A -9. Armee, 4. Panzerarmee et 17. Armee. En conséquence, le 1er front d’Ukraine se voit renforcé des 6ème, 21ème, 52ème et 59ème armées ainsi que de nombreuses unités plus petites de soutien. 125 000 recrues arrivent pour combler les pertes, parmi lesquelles nombre de citoyens soviétiques d’Asie Centrale ou de Moldavie, serrés de près par le NKVD. En janvier 1945 d’ailleurs, 166 000 hommes du 1er front d’Ukraine sont membres du parti -plus que l’effectif de la seule 4. Panzerarmee… à l’ouest de la tête de pont, la 3ème armée de la Garde de Gordov (3 corps de fusiliers et le 25ème corps blindé) doit enfoncer le XXXXVIII. Panzerkorps et filer sur Kielce, qui doit être abordée par le nord. Plus au sud, la 13ème armée, avec 3 corps de fusiliers et une brigade de chars, doit également s’emparer de Kielce parallèlement à la 3ème armée de la Garde. Encore plus au sud, la 52ème armée avec 3 corps de fusiliers, une brigade de chars et 3 régiments blindés indépendants, flanquée à son tour au sud de la 5ème armée de la Garde avec 3 corps de fusiliers et surtout l’appui des 4ème et 31ème corps blindés (488 chars et canons d’assaut). A l’extrême-sud de la tête de pont, la 60ème armée avec deux corps de fusiliers. Seule la 6ème armée, à l’extrême-nord, restera passive pendant l’offensive.

Koniev compte briser le front allemand avec ces unités avant d’introduire les éléments d’exploitation. La 3ème armée de chars de Rybalko se place derrière la 52ème armée, avec ses deux corps blindés et son corps mécanisé (920 chars et canons d’assaut). La 4ème armée de chars de Lelyoushenko, quant à elle, stationne derrière la 13ème armée, avec seulement un corps blindé, un mécanisé et une brigade indépendante de chars (750 chars et canons d’assaut malgré tout). En réserve, Koniev dispose encore de la 59ème armée, de la 21ème armée, du 1er corps de cavalerie et du 7ème corps mécanisé. La DCA est nombreuse au-dessus des concentrations soviétiques, par ailleurs couvertes par plus de 2500 appareils de la 2ème armée aérienne du général Krasovski. Koniev a également renforcé le punch de l’artillerie en première ligne en alignant le 10ème corps d’artillerie de rupture. Au total, le 1er front d’Ukraine comprend plus d’un million d’hommes (avec les services ; 755 000 combattants), plus de 3660 chars et canons d’assaut, plus de 2500 avions, plus de 9 000 canons, plus de 7 000 mortiers, plus de 1000 canons antiaériens et plus de 1000 lance-roquettes multiples. Pour tromper les Allemands sur l’axe d’attaque choisi, Koniev monte une opération de maskirovka (tromperie, dissimulation) laissant croire qu’il se prépare à avancer au sud de la Vistule, en aménageant de fausses positions avec des brigades de la 60ème armée et en utilisant les 200 chars du 4ème corps blindé de la Garde pour simuler deux armées de chars au complet.

Disposition des forces en présence à la veille de l’offensive Vistule-Oder, le 12 janvier 1945.

En décembre, le service de renseignements allemands à l’est, le Fremde Ost du colonel Gehlen, détecte les préparatifs soviétiques. Le 24, Guderian demande au Führer le renforcement du groupe d’armées A en vue d’une attaque qui semble imminente. Hitler met en doute les analyses de Gehlen et refuse d’acquiescer à sa requête – poussant son fameux coup de sang : « C’est la plus grande imposture depuis Gengis Khan ! ». Pire, il retire même de Pologne le IV. SS Panzerkorps pour l’envoyer tenter de dégager Budapest encerclée. Le général Harpe voudrait établir les réserves de Panzer en retrait, derrière les deux lignes principales de défense. Hitler, lui, va placer les Panzer à proximité de la ligne principale de défense pour ne pas permettre aux Soviétiques d’encercler les divisions d’infanterie qui la garnissent. Il rejette également les plans d’officiers du groupe d’armées A, comme le chef d’état-major de Harpe, von Xylander, plaidant pour un retrait anticipé (quelques heures avant l’attaque) de la ligne de défense et l’installation sur des positions plus en arrière. Cependant, ce plan de retrait anticipé pour lancer ensuite une contre-attaque contre les pointes blindées soviétiques néglige la tête de pont de Sandomierz, d’où va pourtant partir le premier assaut : le XXXXVIII. Panzerkorps aurait été abandonné à son sort. Initialement prévu pour le 9 janvier, l’assaut soviétique va être décalé, en fait, le 12, pour des raisons assez obscures -bien que Staline ait prétendu ensuite agir sur requête de Churchill, qui lui écrit une lettre le 6 janvier faisant le point sur la situation à l’ouest après la contre-offensive des Ardennes…

La suite de l’article sur Historicoblog (3), par ici.


1Comme souvent, l’appellation change en fonction du camp : les Allemands parlent de la tête de pont de Baranov, les Soviétiques de la tête de pont de Sandomierz.

2Le 21 octobre 1944, des unités du 2ème corps blindé de la Garde soviétique pénètrent dans le village de Nemmersdorf, première bourgade de Prusse-Orientale envahie par les Soviétiques. Ceux-ci commettent une série d’atrocités que la propagande de Goebbels se charge de mettre habilement en scène pour regonfler le « fighting spirit » des soldats allemands combattant sur le front de l’est.

4Voyenno-vozdushnye sily Rossii, l’aviation soviétique.

5Jean LOPEZ, Berlin. Les offensives géantes de l’Armée Rouge Vistule-Oder-Elbe (12 janvier-9 mai 1945), Paris, Economica, 2010, p.39-55.

7Décembre 1944 : 46 canons d’assaut StuG 40, 45 Panzer IV, 31 Panther (122 blindés ?). Jean Lopez lui donne 113 blindés en tout.

8Décembre 1944 : 44 Panzer IV, 28 Panther, nombre de canons d’assaut inconnu. Jean Lopez lui donne 114 blindés en tout.

9Décembre 1944 : 29 canons d’assaut StuG 40.

10Une source donne 18 Tigres II et 54 Tigres I au 30 décembre 1944, tous disponibles sauf 2 : http://www.axishistory.com/index.php?id=2160

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