40: Les as français de l’aviation (3) – Monomaniaques violents

Ces prédispositions et ce cercle vicieux créés par l’accumulation des sensations fortes par les combats ou les honneurs, aboutit, chez ces hommes de 20 à 26 ans, à des comportements de monomaniaques obsédés par la recherche du combat. Dans ses lettres, Guynemer ne parle que de « sa » guerre, le reste du front semble ne pas exister. Presque tous sont blessés et parfois à plusieurs reprises. Pourtant aucun n’en profite pour se faire réformer et tous reviennent combattre le plus vite possible y compris pendant leurs convalescences.


Le cas extrême est Charles Nungesser, le « hussard de la mort », très grièvement blessé le 29 janvier 1916 au cours d’un essai, qui part à Verdun deux mois plus tard, en béquilles et après avoir déchiré sa feuille de réforme. En décembre de la même année, il doit retourner à l’hôpital pour soigner ses blessures. Il refuse encore la réforme et profite de ses onze jours de convalescence, en mai 1917, pour abattre six avions, avant, épuisé, de retourner à nouveau à l’hôpital.

Il accumulera ainsi les blessures suivantes : fractures du crâne, commotion cérébrale, lésions internes, cinq fractures supérieures et deux fractures inférieures de la mâchoire, éclat d’obus dans le bras droit, genoux et pied droit déboîtés, éclat de balle dans la bouche, tendons inférieurs de la jambe gauche atrophiés, atrophie du mollet, fractures de la clavicule et du poignet. Le fuselage de son avion était orné d’un cœur contenant un cercueil, une tête de mort et des tibias et encadré par deux chandeliers. Chaput de son coté avait baptisé son avion « La mort subite ».

Le combat est devenu, pour beaucoup, une compétition sportive. Dans les mémoires de Fonck les hommes tués ne sont plus que des numéros, des mesures de performances.

Au début de ses succès, après avoir abattu un homme en pleine poitrine, il écrit : « c’était là du beau travail et si tous les jours ressemblaient à celui-là, les autres auraient fort à faire pour continuer à figurer devant moi parmi les as du tableau de chasse. »

En 1918, « Quelques jours après mon arrivée, onze boches dont sept officiels sont tombés sous mes balles […] Le 1er août 1918, à 11 heures du matin, je descends mon 57 eboche à la lisière du bois de Hangard. Le 11 août 1918, en 10 secondes, je réussis à abattre trois boches. Ce fut mon record au point de vue vitesse. »

Le 26 août, après avoir abattu six avions pour la deuxième fois en une journée, il note «  pour moi la journée avait été excellente : j’avais désormais officiellement 66 victoires à mon tableau. »

Dans ses lettres, Guynemer a des réflexions du même ordre : « Combat avec deux Fokker. Le premier, cerné, son passager tué, a piqué sur moi sans me voir. Résultat : trente-cinq balles à bout portant, et couic ! chute vue par quatre autres appareils […] ça va peut-être m’amener la croix. »

Le dimanche 5 décembre 1915, Guynemer abat un Aviatik d’observation près de Compiègne. L’avion s’écrase en forêt. De peur que sa victoire ne soit pas homologuée, il se pose près de l’Eglise où son père à l’habitude d’aller et fait appel à son influence. Celui-ci téléphone donc à tous les maires de la région pour que soit organisées des battues qui aboutissent finalement à la découverte de l’épave. Cela permet à Guynemer de faire le siège du service des homologations jusqu’à ce qu’il obtienne satisfaction, à grands coups de colère. Rares sont ceux qui échappent à cet état d’esprit. René Dorme, dont deux tiers des victoires ne furent pas homologuées car acquises en zone ennemie et donc non observables, est de ceux-là. Jusqu’à sa mort, le 25 mai 1917, il n’a jamais émis le moindre commentaire à ce sujet. Il y a également le cas de Léon Pourjade qui a participé à 67 combats en un an et a abattu une quarantaine d’appareils (surtout des ballons).

A la fin de son roman, Vercel décrit un capitaine Conan devenu alcoolique une fois rendu à la vie civile. A la différence des As des tranchées, les pilotes de chasse peuvent continuer à éprouver des sensations fortes soit en poursuivant une carrière dans ce qui n’est pas encore l’armée de l’air, soit comme pilote d’essais, acrobates aériens ou encore dans l’aéropostale. Certains, comme Nungesser aux Etats-Unis, reproduisent même leurs combats dans des meetings. Cette poursuite de la recherche de sensations finit d’ailleurs par tuer autant que la guerre elle-même. Sur les quarante premiers As français, dix sont tués avant la fin des hostilités et trois sont si grièvement blessés qu’ils ne peuvent plus rejoindre le front (ce qui évite à certains, comme Navarre, d’y périr certainement).

Sur les trente survivants, dix meurent encore dans un avion dans les neuf ans qui suivent, comme Madon, Deullin et Marinovitch tués dans des exhibitions ou essais aériens, ou encore comme Nungesser en essayant vainement de traverser l’Atlantique. Cette traversée apparaît d’ailleurs comme le nouveau grand défi. Fonck s’y essaye, mais son avion s’écrase au décollage tuant deux membres d’équipage. Navarre y pense également, comme il envisage aussi le passage sous l’Arc de Triomphe. Il se contente de s’écraser à Villacoublay. Védrines, le mentor de Guynemer, spécialiste des missions spéciales sur les arrières de l’ennemi, se pose en 1919 sur le toit des Galeries Lafayettes et se tue deux mois plus tard au cours d’un raid.

Michel Goya, La Voie de l’Epée

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4 Responses

  1. aramis dit :

    il faut rappeler à l’auteur ce qu’est la monomanie : une maladie mentale extrêmement grave, caractérisée par l’obsession d’idées délirantes, ayant pour trait essentielle d’obscurcir le jugement. On peine à trouver trace de cela dans le comportement de nos pilotes, héros de 14-18.
    Michel GOYA utilise un raccourci dont on se demande s’il relève de l’incapacité à comprendre l’âme du guerrier ou du sensationnalisme. En tout cas, un article un rien idiot.

  2. Michel Goya dit :

    Vu que je connais quand même un peu l’ambiance de la guerre, j’opte donc pour le sensationnalisme.

  3. aramis dit :

    moi aussi, monsieur. Je n’étais que caporal-chef marsouin para, mais je connais.
    Et surtout vous ne répondez rien sur le fond. Je persiste : ce que vous écrivez est con. Très con. De la branlette.

  4. Michel Goya dit :

    Amitiés coloniales.

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