L’informatique est souvent pense-t-on une chasse gardée des occidentaux, où les soviétiques n’auraient été que de pâles copieurs imparfaits. La réalité est malgré tout quelque peu différente, et la discrétion des autorités sur le sujet n’avait d’égale que leurs avancées en la matière.
L’AMSAT-France n’est plus depuis avril 2011 et la dissolution prononcée par assemblée générale nous apprend le site. Et c’est un réel regret que cette association née en 1996 dont l’objet était de promouvoir le service radioamateur en général et le service radioamateur par satellites en particulier, n’officie plus car ses articles, et traductions, étaient le plus souvent de qualité.
Le présent billet que je relaie ici provient partiellement du site officiel http://www.amsat-france.org encore laissé en activité pour consultation. Il s’attache à l’évolution en pleine guerre froide de l’informatique Soviétique au regard de son vis-à-vis Américain.
Dernière indication, si le site de l’AMSAT France est désormais sans maintenance, celui de la maison-mère demeure toujours actif : AMSAT.org.
À l’ombre des supercalculateurs, la micro-informatique vivota derrière le rideau de fer, bien que produisant quelques ordinateurs relativement atypiques comme l’Electronica BK-0010 (Электроника БК-0010) aux capacités particulièrement ridicules pour un 16 bits ou des copies à peine cachées de modèles de l’Ouest tel l’Agat 9 (Агат-9) qui n’était qu’un clone de l’Apple II. L’Union Soviétique fut bien plus en demeure de répondre aux problématiques d’unités de calcul très conséquentes pour leurs ambitions militaires, à commencer par la course à l’espace que de répondre à un quelconque essor ou demande en matière d’informatique domestique. C’est surtout sur ce plan que le CoCom (Coordinating Committee for Multilateral Export Controls), un organisme de contrôle et de blocage des exportations occidentales à l’égard de pays suspects comme l’Union Soviétique, fut le plus douloureux puisqu’il empêcha ce secteur de croître efficacement d’autant qu’il n’était pas une priorité de l’État d’investir dans les biens de consommation de cette nature. Or l’Union Soviétique possédait déjà un vivier de virtuoses du code qui allaient être bridés par les machines mises à disposition, et ne purent par conséquent mettre leur talent au service de leur patrie. Le système Soviétique révéla sur ce point, comme sur d’autres, une rigidité excessive ainsi qu’un manque de projection qui allait pénaliser toute une génération jusqu’à l’effondrement du système. Suivies des années Eltsine où nombre de codeurs durent pour survivre répondre au plus offrant, souvent au profit d’organisations criminelles où leur connaissance informatique allait se révéler profitable. Désormais, et comme l’allié Cidris l’a rappelé récemment au sein de son article consacré à la stratégie informationnelle Russe, les autorités ont à coeur d’asseoir non seulement leur souveraineté technologique mais aussi leur sécurité cyberstratégique. Notamment en prenant en grande considération la formation et l’emploi de spécialistes du secteur, y compris avec l’appui d’universités étrangères réputées comme le MIT (Massachusetts Institute of Technology) s’agrégeant au grand projet national Skolkovo.
Avant de clore cette note, je tiens à mentionner combien fut essentielle la figure de Sergeï Alexeïevitch Lebedev (Сергей Алексеевич Лебедев) dans le rôle des supercalculateurs , lui qui est considéré comme le père de l’informatique Soviétique, et plus précisément du premier BESM (БЭСМ), un supercalculateur mis en service en 1953 (déjà opérationnel bien avant). D’autant que son invention traitait les opérations de façon parallèle et non en série : remarquable avancée sur les recherches occidentales d’alors, et prenait en compte les virgules flottantes : un incroyable tour de force pour l’époque! Les machines BESM perdureront au fil des améliorations jusqu’au crépuscule de l’entité qui les avait vu naître, la dernière en date fut le modèle 6, sortie en 1965, et capable de traiter près d’un million d’instructions seconde, sans compter une miniaturisation de l’espace requis par une recherche sur l’interconnexion des unités de calcul. La production du BESM ne fut interrompue qu’en 1987 avant que le dernier exemplaire ne soit démantelé en 1995. N’omettons pas non plus de mentionner l’autre poids lourd des supercalculateurs Soviétiques d’alors : la série des Elbrous (Эльбрус) conceptualisé par Boris Babaian (Борис Арташеcович Бабаян), autre grand nom de l’informatique Soviétique, qui remplacèrent peu à peu les BESM par leurs capacités supérieures pour gérer les programmes spatiaux, nucléaires et militaires. Particularité : les Elbrous continuent d’exister, dont la tradition a été perpétuée par la compagnie MCST (МЦСТ) créée spécifiquement pour sauvegarder le savoir-faire d’alors en pleine tourmente des années 90. Une continuité tant dans la performance que dans la miniaturisation des unités puisque le modèle Elbrous-90Micro (Эльбрус-90микро) vit le jour en 1998 utilisant un système d’exploitation Solaris ou Linux et un processeur de type SPARC. De même qu’une unité portable professionnelle en partenariat avec la compagnie Elins (Элинс) fut particulièrement appréciée grâce à la présence de son système de navigation par satellite intégrée GLONASS.
Enfin je vous renvoie à mon article sur le projet SKIF / СКИФ, fruit de la collaboration entre ingénieurs Russes et Bélarusses, mis en service officiellement en 2000 et décliné en série suivant les améliorations successives. L’itération sortie en 2008, le MGU (МГУ [1] ), capable de traiter près de 60 téraflops. La dernière version en date, le SKIF Soyouz (СКИФ-СОЮЗ) prévoyant de dépasser le pétaflop (le programme ayant débuté en 2011 et devant s’achever en 2014) à dessein de remplacer l’actuelle génération SKIF Grid (СКИФ-ГРИД) dont fait par ailleurs parti le MGU. Une volonté des autorités des deux États de demeurer souverains technologiquement et ne pas dépendre entièrement d’importations étrangères, y compris sur le plan informatique. Un rapprochement semble cependant s’esquisser depuis décembre 2011 entre Russie et Chine pour mettre au point un nouveau supercalculateur fabriqué 100% avec des éléments locaux (même le tenant du record mondial de puissance 2010, le Chinois Tianhe-IA disposait de processeurs Intel Xeon et de nVidia Tesla de fabrication Américaine). Et ce avec le concours de la société Т-Платформы (T-Platforms). Ce sera la prestigieuse université de Lomonossov qui accueillera en ses locaux le « monstre », prévisionnellement en 2013.
[1] MGU désignant l’université des humanités de Moscou et hôte d’un supercalculateur de type SKIF.
Yannick Harrel / Cyberstratégie Est-Ouest







février 24, 2013 à 9:38
Moi j’ai connu des microprocesseurs des pays socialistes en 1984 en RDA, j’ai vu de mes yeux fabriquer des microprocesseurs à l’arséniure de gallium en phase gazeuse en 1986 à Dresde. Le programme Robotron produisait des micro-ordinateurs.
février 24, 2013 à 9:40
IZOT en 1974 atteignait les 125 mips
mars 7, 2013 à 8:33
Merci pour ces informations sur l’industrie électronique soviétique. On n’en parle guére par chez nous.
mars 8, 2013 à 3:19
@Ivan, merci pour ces informations complémentaires.
@Frédéric, oui l’informatique soviétique n’est guère connue mais si cela peut vous rassurer, je vais bientôt sortir mon ouvrage consacré au cyber russe d’ici quelques jours au sein duquel j’ai retravaillé cette partie consacrée à l’informatique soviétique.
Cordialement