La Russie se dote d’outils pour la lutte dans le cyberespace !

Cette analyse a été conduite sur une version automatiquement traduite du texte original.

La Russie se dévoile dans le cyberespace en annonçant la création d’un cyber-command au sein des forces armées russes et en publiant une stratégie sur la sécurité de l’information. En sus d’assurer la défense des réseaux et systèmes d’informations des organisations militaires, celui-ci aurait un rôle complémentaire de protection des infrastructures nationales de l’information. Les communiqués annoncent également la création d’une entité de recherche qui aurait des buts comparables à la DARPA américaine et serait dotée d’un budget équivalent.

La stratégie russe se révèle être un document relativement court dont la lecture s’avère pourtant particulièrement intéressante. Son approche est globale et semble préférer les termes de guerre de l’information à toute notion de cyber. Reconnaissant son usage militaire grandissant, elle affirme qu’après avoir tiré les leçons des affrontements passés, la Russie est désormais capable d’user d’outils ou de capacité permettant de dissuader, prévenir et régler les menaces et affrontements dans l’espace informationnel. Rappelons que si cette stratégie donne un contenu officiel aux actions de lutte informatique, ces facultés sont acquises depuis plusieurs années maintenant.

Il est ainsi certain, à la lecture de ce texte, que de tels affrontements se sont produits ou se produiront. En témoignent les définitions données par la suite dont nous donnons quelques exemples ici :

- Guerre de l’information : l’affrontement entre deux ou plusieurs états dans “l’espace informationnel” ayant pour objet d’atteindre l’information, les systèmes, processus et ressource ou toute autre infrastructure critique qui soutiennent le système politique, social et économique. Elle peut également avoir pour objet une modification d’ampleur de l’état “psychologique” du pays et de ses habitants afin de déstabiliser l’État ou la société ou de contraindre les décisions de l’État.

- Armes informationnelles : Outils, technologies et méthodes utilisés dans le cadre de la guerre de l’information. Notez ici le rapprochement avec la destination : une arme l’est par son usage, pas immédiatement par sa nature dans cette approche, ce qui démultiplie la capacité à appliquer de telles qualifications.

- Espace de l’information : sphère de l’activité humaine qui a pour objet la construction, création, transformation, transmission, l’usage et le stockage des information ayant un effet perceptible sur la conscience personnelle et sociétale, la réalité ou les infrastructures de l’information.
Les actions des forces armées russes dans cet espace informationnel se conforment à 6 principes : légalité, priorité, complexité, interaction, coopération et innovation.

-  Légalité : les forces armées russes respecteront la loi russe ainsi que les lois, normes et coutumes internationales. Répondant à de nombreuses interrogations, le document évoque les normes internationales en question et en particulier le droit international (respect de la souveraineté, respect de la frontière des questions internes, droit collectif et individuel à la légitime défense) et le droit humanitaire (protection de civils, discrimination dans les objectifs…) comme références.

- Les autres points sont liés à ce que nous pouvons considérer comme la spécificité du milieu. Ainsi, la complexité fait-elle référence à la nécessité de disposer d’un haut niveau de compétence afin de pouvoir gérer tout les niveaux d’action. Ces capacités devront être intégrées et agir en interaction. L’innovation se conçoit elle-aussi comme la capacité à rester techniquement à la pointe.

- On accordera une place importante à la notion de coopération dont ce blog s’est déjà fait l’écho et qui concerne la construction d’un “régime” international relatif à l’information et à ses aspects offensifs.

Pour les moins habitués au domaine militaire, il est à noter qu’il existe une nuance fine mais forte entre “armées” et “sécurité/renseignement”. Si le second se nourrit de la ressource humaine du premier, les missions sont fondamentalement différentes… Et les règles aussi ! Très simplement, on me précisera si besoin, les armées ont un ensemble de mission qui ont trait à la défense du pays et qui s’inscrivent dans un cadre juridique et politique clair, public et connu. Les autres services s’affranchissent de ces règles pour en connaître d’autres.

Autrement dit, si l’on parle ici de cybercommand russe et de stratégie/doctrine militaire, on évoque alors l’usage de l’informatique comme une “arme” ou un moyen de “défense”, bref un outil militaire à part entière, multiple et complexe comme l’est un navire ou un avion de chasse.

Précisons encore cette nuance en accordant une attention soutenue aux derniers paragraphes de la stratégie. Ceux-ci traitent de l’application des principes importants de la doctrine militaire russe et en particulier : la dissuasion, la prévention et la résolution des conflits dans la sphère de l’information.

Il semble que l’usage du terme dissuasion ne soit pas circonscrit à sa version nucléaire mais soit plus générale et lié à la prévention des conflits. Ainsi, le paragraphe qui concerne la dissuasion relève aussi de la prévention et de l’ensemble des moyens permettant de mettre fin à un début de conflit ou d’en prévenir tout débordement. Sont évoqués : les liens avec l’ONU, l’OCS, la construction de systèmes de détection précoce de telles attaques ou encore l’identification de facteurs favorisant l’escalade des conflits.

La synthèse fournie ici de cette stratégie permet de déceler quelques points important de l’approche russe :

- le terme cyberespace se voit préférer la notion d’espace de l’information ou de sphère informationnelle

- seuls sont évoqués ici les aspects militaires, qui ne préjuge absolument pas des savoir-faire doctrines et capacités des services de sécurité ou de renseignement

-  sont pris en compte l’influence de l’information sur les populations, la subversion et l’usage agressif de l’information. Cet aspect n’est pas toujours présent dans les autres stratégies

- l’approche est très internationaliste et bien moins unilatéral que bien d’autres : les références très marquées à l’ONU, l’OCS ou aux principes du droit des conflits ou humanitaire sont particulièrement intéressant.

Très différente des textes américains, cette stratégie propose une approche nouvelle pour le “cyber” et en même très intégré dans le système international. Elle semble conforme aux positions diplomatiques russes que l’on a pu observer ces dernières années, en particulier sur l’usage de l’information. Demeurent cependant très nébuleux les usages réels et les capacités mises en œuvres dans le cadre de conflit, même si ces usages peuvent avoir pour but de stopper l’escalade vers un conflit plus grave…

Merci à Electrosphère (Charles Bwele) pour sa contribution graphique, à Cyberstratégie Est-Ouest (Yannick Harrel) pour sa relecture et à Si Vis Pacem pour avoir « divulgué » l’information.

Cidris Cyberwarfare

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2 Responses

  1. Julien Nocetti dit :

    Bonjour,

    Merci de cet éclairage fort intéressant. Quelques remarques pour faire suite à l’invitation qui m’a été faite de poster les commentaires écrits « à chaud » sur Twitter.

    Avant toute chose, la création de ce Cyber Command était espérée de longue date par les cyber-conservateurs en Russie, qui regroupent les structures de force (ministère de l’Intérieur, services de renseignement, ministère de la Défense, etc.), le parti au pouvoir Russie unie et certains centre de recherche de grandes universités moscovites. Cette communauté – non unie – a vu dans la formation du Cyber Command américain une réelle menace dirigée contre la Russie, d’où un certain complexe d’infériorité de la part des Russes dans le domaine numérique.

    La création de ce Cyber Command intervient de plus dans un contexte politique interne relativement tendu, après une séquence électorale qui a vu la base et le sommet « s’affronter » en ligne. Jusqu’à présent, l’opposition (le terme est flou, précisons-le) est nettement plus visible sur le Web russe que les partisans de Vladimir Poutine. Le « nouveau » président est régulièrement tourné en dérision par les internautes russes qui, semble-t-il, a enfin pris la mesure du « cyber power » (cf. certains de ses articles pré-électoraux). En tout cas, la cyber-sécurité est un thème à la mode à Moscou et s’apprête à faire l’objet de plusieurs conférences cette année.

    Vous mettez en relief l’importance de la terminologie dans le discours russe. Bien vu, car l’approche russe se distingue nettement de celle des Américains. Pour les Russes, la notion de cyberespace revêt une dimension plus politique voire philosophique, alors que l’aspect technologique prévaut largement chez les Américains. A cet égard, rappelons le dialogue bilatéral très dense entre Moscou et Washington, depuis trois ans, sur la terminologie d’Internet (qui a fait partie de l’agenda du reset). Toutefois, il est étonnant que les Russes aient privilégié le terme de « cyberespace » à « espace informationnel », ce qui est peu commun dans leur discours.

    Vous placez l’accent sur la lutte contre la subversion de la part des autorités russes. Pour aller dans le sens d’un récent article de Thomas Rid, paru dans Foreign Policy, il s’agit de la réelle « cyber-guerre » que mène la Russie (et la Chine). Le but est d’éviter un effet de contagion à l’instar de certains pays arabes, aussi bien en Russie que dans l’ »étranger proche » (Asie centrale, Caucase).

    L’approche internationaliste de Moscou, qui privilégie essentiellement le canal onusien, ne néglige pas pour autant le format BRICS et, surtout, l’OTSC. Là encore, avec cette dernière organisation, l’objectif est de sécuriser l’environnement centre-asiatique. L’ONU reste néanmoins au centre des initiatives de la Russie, laquelle s’active dans la rédaction d’une Charte internationale pour la sécurité l’information et peine encore à être force d’attraction.

  2. touba dit :

    commandant malien de l’informatique au sein de l’armé

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