Au commencement était la guerre…8/L’art opératif à l’épreuve de la guerre en Géorgie (août 2008)

Depuis près d’un siècle, les militaires soviétiques ont mis au point et théorisé une nouvelle forme de combat : l’art opératif. Les campagnes menées par l’URSS puis la Russie reflètent les succès et les échecs de cet art opératif, la conception militaire qu’en ont les Russes et sa capacité à remplir des objectifs stratégiques fixés par le pouvoir politique. La guerre russo-géorgienne d’août 2008 ne fait pas exception à la règle. Elle révèle la maîtrise actuelle de l’art opératif par les forces armées russes, à la fois dans ce que celui-ci a de classique, mais également à propos des innovations qui ont pu être introduites depuis la fin de la guerre froide. Les réformes annoncées après la fin du conflit témoignent de la volonté d’améliorer la capacité des forces armées à remplir les objectifs stratégiques de la Russie. La guerre des Cinq Jours, comme on l’a baptisée, est sans aucun doute un moment important de l’histoire de l’armée russe.



L’art opératif : histoire d’un concept


L’art opératif, théorisé dans les années 1920 et 1930, est issu des réflexions soviétiques sur l’expérience militaire de la Première Guerre mondiale et de la guerre civile russe1. Des théoriciens aboutissent à la conclusion que la Révolution française et l’industrialisation des sociétés ont radicalement changé la nature de la guerre. La distinction très nette entre stratégie -vue comme l’art de gagner les guerres- et la tactique -vue comme l’art de gagner les batailles- perd de son sens. Les Etats sont désormais capables de mettre en ligne des armées nombreuses, bien équipées avec des armements modernes qui augmentent la létalité et l’envergure du champ de bataille. L’art opératif est, selon la définition de ces penseurs militaires, « une composante de l’art militaire, qui concerne l’élaboration de la théorie et de la pratique pour conduire des opérations au niveau du front2 et de l’armée dans les différentes branches des forces militaires. L’art opératif est le chaînon manquant reliant la stratégie à la tactique. A partir des exigences de la stratégie, l’art opératif détermine les méthodes pour préparer et conduire les opérations permettant la réalisation de buts stratégiques, et sert de point de départ pour la tactique, qui organise la préparation et la conduite de la bataille des forces combinées en accord avec les buts et les missions de l’opératif. » . Pour les Soviétiques, l’art opératif n’est pas un concept abstrait, mais bien le produit de facteurs historiques, économiques, culturels, etc. L’art opératif correspond d’ailleurs aux forces et aux faiblesses de l’URSS, ainsi qu’à ses aspirations politiques. Les penseurs soviétiques s’affrontent d’ailleurs sur plusieurs grands débats théoriques : ainsi Toukhatchevsky l’emporte-t-il sur Svietchine, en proposant une stratégie d’annihilation face à celle d’attrition de son concurrent. Toukhatchevsky impose également la mécanisation massive de l’armée, seul moyen selon lui de conduire des opérations décisives dans une guerre totale.


Les Soviétiques cherchent aussi à surmonter l’impasse de la victoire tactique qui, faute d’exploitation, ne débouche sur rien. Comment soutenir une offensive jusqu’à ce que les buts stratégiques soient atteints ? Les penseurs comme Triandafillov développent l’idée d’opérations séquentielles, simultanées et plus tard celle d’opérations en profondeur. Ce concept explique l’investissement massif des Soviétiques dans de nouveaux armements ou de nouvelles formes de combat : troupes mécanisées, troupes aéroportées3, artillerie à longue portée, logistique avancée jouent un rôle clé dans la pénétration et l’enveloppement du dispositif ennemi. La Seconde Guerre mondiale valide ce concept : l’Armée Rouge mène des opérations séquentielles et simultanées, à l’échelle de plusieurs fronts, dans les dernières années du conflit en particulier4. L’expérience de la Grande Guerre Patriotique infléchit néanmoins l’art opératif soviétique. Le désastre de Barbarossa conduit l’URSS à planifier, prévoir, organiser, une guerre de théâtre à grande échelle en Europe. Les autres formes de guerre, plus limitées, ou moins conventionnelles, sont délaissées. L’arrivée des armements nucléaires pousse l’Armée Rouge à adapter l’art opératif à ce nouveau type de conflit. L’art opératif est censé, alors, obtenir des résultats immédiats dans la première phase de la guerre, celle où doivent se décider les objectifs stratégiques. Le plus important est donc d’acquérir la surprise opérative et stratégique par la maskirovka5, le rythme soutenu des opérations et par le déploiement de groupes de manoeuvres opératifs pouvant opérer dans la profondeur du dispositif ennemi, faisant s’écrouler sa volonté de résistance. Pour ne pas signaler à l’adversaire l’imminence de l’attaque par la mobilisation préventive, les penseurs de l’art opératif prévoient un acheminement rapide des forces sur le théâtre d’opérations au début de la campagne, ou bien l’acheminement de forces aéroportées sur la zone de combat. A la lumière de l’expérience américaine pendant la guerre du Golfe en 1991, juste avant la fin de l’URSS, de nouvelles idées émergent : diminuer les forces pour assurer plus de flexibilité dans l’achèvement de missions spécifiques, passer à des opérations air-sol au lieu d’opérations purement terrestres, établir des commandements unifiés sur une base géographique, créer des forces de déploiement rapides, développer des concepts pour combattre sur un champ de bataille non linéaire.

Avec la chute de l’URSS et les difficultés initiales de la Russie dans la décennie 1990, la plupart de ces idées nouvelles des années 80 tombe aux oubliettes. L’armée russe reste focalisée sur la guerre de théâtre à grande échelle, reposant sur une conscription massive et sur d’imposantes forces mécanisées. Incapable de soutenir une telle stratégie, les militaires russes s’embourbent dans le conflit en Tchétchénie. Les tentatives de réforme, sous Eltsine et Poutine, connaissent une série d’échecs en raison des difficultés financières, mais aussi faute de volonté politique. Les militaires restent prisonniers d’une vision de la guerre à haute intensité, à grande échelle. La guerre en Géorgie va permettre de modifier ce regard : elle donne aux militaires russes une expérience de ce que peut être la guerre du XXIème siècle.


Quels sont les objectifs stratégiques russes en Géorgie ?


Ils sont de deux ordres. Premièrement, ceux qui ne sont pas à proprement parler militaires. La Russie veut montrer au monde qu’elle est de retour dans le concert des grandes puissances, qu’elle est capable d’utiliser la force pour faire respecter ses intérêts. La Russie veut aussi faire comprendre aux anciens pays membres de l’URSS et à l’OTAN que ces anciennes républiques soviétiques font partie de la sphère d’influence russe. Le message est particulièrement clair pour l’Ukraine ou d’autres pays comme la Moldavie, qui comprennent d’importantes minorités russes sur leur territoire, avec lesquelles ils sont d’ailleurs souvent en délicatesse : Moscou peut s’en servir comme un tremplin pour son influence. Les objectifs militaires, quant à eux, sont directement reliés à la mise en oeuvre de l’art opératif. La Russie cherche à prendre le contrôle des deux régions séparatistes géorgiennes, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie. Elle veut également montrer la fragilité du gouvernement géorgien et sa capacité à gripper son économie. Enfin, elle souhaite détruire les forces armées géorgiennes pour ôter la menace pesant sur les deux régions séparatistes.

Les opérations d’août 2008 montrent clairement que ces objectifs sont à la base de l’art opératif mis en oeuvre. C’est ainsi que les forces russes ont vraisemblablement reçu l’ordre de manifester une certaine retenue, pour ne pas heurter la communauté internationale. Les blindés russes s’approchent ainsi de Tbilissi, la capitale géorgienne, mais n’y entrent pas. Cette présence des forces russes entraîne une tension certaine et une intense activité diplomatique, preuve de son utilité. De la même façon, les Russes n’ont pas touché aux grands pipelines traversant la Géorgie -tel le BTC6-, même si leurs forces étaient en position de les menacer, de la même manière. Prendre le contrôle des deux républiques séparatistes est, pour les Russes, un objectif ambitieux. Pour désorganiser l’économie géorgienne, l’armée russe doit s’emparer de la côte d’Abkhazie et de ses ports, afin d’isoler le pays. Il faut aussi menacer les principales infrastructures et voies de communication, ainsi que les pipelines, qui fournissent une bonne partie des rentrées de devises de la Géorgie. Sur le plan politique, l’opération est plus délicate à mener : il faut menacer la capitale russe, mener une campagne d’information pour décrédibiliser le président Saakachvili, et une cyberguerre pour semer la confusion dans le gouvernement. Les Russes veulent créer une crise politique en Géorgie et montrer que la communauté internationale ne peut sauver le pays, de façon à rendre le pouvoir géorgien plus sensible aux intérêts russes dans la région.


L’art opératif russe à l’épreuve en Géorgie


Du point de vue opératif, la guerre en Géorgie est un exemple à la fois classique mais mâtiné de nouvelles pratiques issues de l’observation des performances des armées occidentales. Le séquencement de plusieurs opérations pour arriver aux objectifs stratégiques, en déstabilisant l’ennemi et en empêchant sa concentration, est une pratique convenue de l’art opératif soviétique. En revanche, la véritable guerre de l’information et la cyberguerre menée à l’échelle opérative et stratégique constituent des nouveautés intéressantes, qui ont d’ailleurs fait l’objet de nombreuses analyses par les spécialistes7. Par ailleurs, pour la première fois, les Russes ont exécuté une opération interarmes, avec des forces terrestres, aériennes, navales et aéroportées, le tout sous un seul commandement unifié.

Le déroulement de la campagne montre que l’opération avait été soigneusement planifiée à l’avance. Un auteur avance même la date d’avril 2008 quant à la décision de l’opération, après un incident où des chasseurs russes abattent deux drônes géorgiens en mission de reconnaissance au-dessus de l’Abkhazie. Ce qui donnerait trois mois de préparation. Les Russes bénéficient en plus, outre de la durée des préparatifs, de plusieurs autres avantages. Après les conflits consécutifs à l’explosion de l’URSS en 1991, les forces armées russes ont contribuée aux troupes de maintien de la paix dans la région du Caucase. Grâce à cela, elles ont établi une coopération étroite avec les minorités russes locales, voire construit des forces irrégulières complètement inféodées à Moscou8.

En cas de conflit, il est prévu que les troupes du District Militaire du Nord Caucase, les troupes d’assaut aéroportées et la 4ème armée de l’air et de défense aérienne se chargent du problème9. Le District Militaire du Nord-Caucase comprend les troupes les plus aguerries de l’armée russe en raison de la participation de ces troupes aux guerres en Tchétchénie. Par ailleurs, c’est aussi le district où les réformes structurelles dans l’armée russe sont le plus avancées : en 2007 sont créées deux nouvelles brigades de fusiliers motorisés de montagne, dont les régiments sont capables de déployer rapidement des groupes tactiques sur la base du bataillon en 24h. Le District Militaire du Nord-Caucase est également celui où la proportion de soldats professionnels est la plus importante par rapport aux conscrits : la 42ème division de fusiliers motorisés de l’armée russe déployée en Tchétchénie est la seule unité entièrement composée ou presque de professionnels.

En revanche, le District souffre d’un manque d’équipements modernes assez patent. Au niveau des blindés, on trouve seulement quelques T-72 en versions améliorées et aucun T-80 ou T-90. La 42ème division de fusiliers motorisés aligne un grand nombre de T-62 qui peuvent servir à des opérations de contre-insurrection, mais ne sont plus adaptés à une guerre moderne. Au niveau des véhicules, les vieux BMP-1 et MT-LB sont encore dominants. La 4ème armée de l’air et de défense aérienne est elle aussi une force expérimentée par les combats en Tchétchénie. Elle dispose de trois régiments de chasse et d’une base en Arménie, de deux régiments de bombardiers tactiques, de trois régiments d’avions d’assaut, d’un régiment de reconnaissance, sans compter trois régiments d’hélicoptères et une base aérienne pour le transport militaire. Mais, là encore, son matériel est assez ancien. Seul le 487ème régiment d’hélicoptères de combat basé à Boudennovsk a reçu quelques Mi-24PN amélioré, tout comme le 367ème régiment d’aviation d’assaut lui aussi basé à Boudennovsk qui a acquis 10 Su-25SM modernisés.

Ces troupes russes sont dispersées dans tout le Nord-Caucase mais elles restent très supérieures à l’armée géorgienne en termes de nombre et de capacité de combat. Elles peuvent très vite être renforcées par les unités très mobiles des troupes aéroportées. Pour la Russie, ces forces doivent suffir à dissuader toute entreprise géorgienne. En 2006, celle-ci entame une série d’exercices de grande ampleur, le premier baptisé « Caucasus Frontier 2006 », qui seront renouvelés en 2007 et 2008. Ils impliquent la 58ème armée, principale force du District Militaire du Nord Caucase, et la 4ème armée de l’air et de défense aérienne, mais aussi les troupes aéroportées et des éléments de la Flotte de la mer Noire. La taille des exercices augmente chaque année : celui de 2008 a impliqué plus de 10 000 hommes et des centaines de chars et de véhicules blindés. Un groupe tactique du niveau bataillon de la 76ème division aéroportée de Pskov et des unités de la 7ème division aéroportée de Novorossiysk sont présents.

Dans le même temps, les premiers incidents interviennent avec l’Abkhazie survolée par des drones géorgiens et où les troupes de Tbilissi se massent à la frontière, tandis que les Russes sont impliqués dans la perte de trois des drones. Moscou est donc prête le cas échéant à déployer rapidement des troupes en Ossétie du Sud, malgré les difficultés posées par le terrain, et en particulier le goulot d’étranglement que représente le tunnel de Roki, seule voie d’accès ou presque à l’Ossétie du Sud. Les préparatifs russes ne signifient d’ailleurs pas qu’une action militaire contre la Géorgie est envisagée. Le haut commandement souhaite avant tout être au point si l’éventualité d’un conflit se présente. Des préparatifs pour une opération militaire majeure en Abkhazie sont cependant réalisés au printemps et au début de l’été 2008. Le 31 mai, des troupes russes spécialistes des chemins de fer sont envoyées réparer quelques 54 km de tronçons en Abkhazie ; leur travail sera achevé le 2 août. Des transferts massifs de troupes sont ensuite effectués via ces chemins de fer, essentiels pour un déploiement avancé des unités mécanisées russes.

Il faut revenir sur les préparatifs russes en Abkhazie qui montrent à l’évidence l’excellence du renseignement du côté de Moscou, ainsi qu’une volonté de planification et d’organisation des forces engagées en cas de conflit beaucoup plus poussée que lors des deux guerres en Tchétchénie, par exemple. Le 6 mars 2008, le ministre russe des Affaires Etrangères annonce la levée des sanctions économiques contre l’Abkhazie, qui avait été adoptées par la Communauté des Etats Indépendants en 1996. Cette mesure n’est, de fait, que la reconnaissance des liens étroits qui unissent déjà la Russie à cette république séparatiste géorgienne. Le 20 avril, un MiG-29 russe abat un drone de reconnaissance géorgien au-dessus de l’Abkhazie, sans doute pour empêcher Tbilissi d’observer à sa guise le déploiement de nouvelles forces russes dans la région.

La Russie décide en effet de renforcer le contingent de maintien de la paix en Abkhazie, pour le porter au chiffre maximum prévu de 3 000 hommes. En plus des trois bataillons de fusiliers motorisés déployés sur place (42ème bataillon indépendant de la 15ème brigade indépendante de fusiliers motorisés de Samara, et les 526ème et 558ème bataillons indépendants de la 131ème brigade indépendante de fusiliers motorisés Maïkop), la Russie envoie un autre groupe tactique du niveau bataillon appartenant au 108ème régiment aéroportée de la 76ème division aéroportée de Pskov. Deux compagnies de Spetsnaz de l’armée viennent également renforcer le dispositif. En revanche, les Russes ne touchent pas au déploiement effectué en Ossétie du Sud jusqu’au conflit d’août 2008. Notons toutefois que la force de maintien de la paix en Ossétie, qui théoriquement se compose d’un bataillon russe, d’un bataillon géorgien et d’un bataillon ossète sous commandement russe, a vu passer plusieurs fois dans ses effectifs le bataillon tchétchène Vostok, qui dépend du renseignement militaire (GRU). Pendant l’exercice « Caucasus Frontier 2008 », il y a cependant des changements notables avec, pour la première fois un exercice de débarquement d’une compagnie de fusiliers marins près de Sotchi, non loin de la frontière avec l’Abkhazie. Quelques Su-24M de bombardement tactique sont également redéployés sur la piste de cette dernière ville, et effectuent des vols d’entraînement. Puis c’est l’arrivée des 400 spécialistes militaires des chemins de fer qui vont réparer les voies nécessaires utilisées ensuite pour l’acheminement des troupes russes jusqu’en août. Plus précisément, elles s’occupent des voies, avec 20 tunnels ou ponts, au sud de la capitale abkhaze Soukhoumi à la ville côtière d’Ochamchire. Ce chemin de fer était hors d’usage depuis la guerre entre Géorgie et Abkhazie consécutive à l’effondrement de l’URSS. Les Russes se servent des voies ferrées pour acheminer des blindés et du matériel lourd, d’où l’existence de ce corps spécialisé dans la réparation des chemins de fer (dirigé ici par le général Sergei Klimets). Ces chemins de fer se terminent à quelques 35 km seulement de la ligne de séparation entre Géorgie et Abkhazie, juste hors de portée de l’artillerie géorgienne ; le corps de réparation, lui, est replié à proximité, au sud de Sotchi, en Russie, pour être prêt à se redéployer sur place en cas de guerre. D’autres renforts sont discrètement acheminés par rail fin juillet.

A partir du 15 juillet 2008, l’exercice « Caucasus Frontier 2008 » prend place dans les parties méridionales du district militaire du Nord Caucase, impliquant au moins 8 000 hommes, 700 véhicules et 30 avions de combat. Mais la presse russe soutient que le nombre d’hommes engagés a été sensiblement supérieur. La 58ème armée russe est la principale formation engagée dans cet exercice, avec sa composante aviation, la 4ème armée de l’air et de défense aérienne ; elle constitue le coeur du district militaire russe du Nord Caucase et c’est elle qui mènera, pour l’essentiel, l’opération en Géorgie au mois d’août. Des troupes aéroportées, motorisées et de montagne sont mises à contribution. On y voit aussi des éléments de la 76ème division aéroportée de Pskov, et des troupes de marine des flottes de la mer Noire et de la mer Caspienne. Les parachutistes sont déployés à proximité de la frontière avec l’Ossétie du Sud, près des passes montagneuses de Roki et Mamisoni. Ils sont bientôt renforcées par des troupes mécanisées et de montagne. Les troupes de marine de la mer Noire mènent des exercices de débarquement près d’Adler, au sud de Sotchi, appuyés par l’aviation, les navires de combat de la flotte de la mer Noire, qui conduisent des barrages d’artillerie et des tirs de missiles antiaériens. Le but officiel de l’exercice est de s’entraîner aux opérations contre-terroristes, mais une autre finalité de l’exercice est de préparer les troupes au maintien de la paix dans les zones de conflit. Plusieurs unités impliquées par la suite dans la guerre contre la Géorgie participent à cet exercice : des unités de la 42ème division de fusiliers motorisés de Tchétchénie (qui comprend 15 000 hommes en tout), de la 7ème division aéroportée de Novorossiysk, un régiment de la 20ème division de fusiliers motorisés de Volgograd et le grand navire de transport (BDK) Tsezar Kunikov, sans compter les troupes des garde-frontières et du ministère de l’Intérieur. Par ailleurs, certaines unités ne regagnent pas leurs lieux de départ : la 58ème armée russe du Nord Caucase reste en état d’alerte jusqu’au déclenchement du conflit.

La Russie avait mené des opérations aériennes pendant la guerre entre la Géorgie et la province séparatiste d’Abkhazie déclenchée en 1992. La base abkhaze de Gudauta est d’ailleurs toujours sous contrôle russe en août 2008. Le 19 août 1993, un missile sol-air SA-2 géorgien abat un Su-27 Flanker russe près de Goudaouta. Après la fin de la guerre, de nombreux incidents frontaliers interviennent entre les deux protagonistes, mais peu d’entre eux impliquent des moyens aériens. Les observateurs de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe notent néanmoins, entre 1999 et 2004, de fréquentes incursions aériennes russes au-dessus du territoire géorgien. En septembre 2002, les Russes renforcent la flotte aérienne du district militaire du Nord Caucase -base principale à Mozdok, Ossétie du Nord- dans l’éventualité de frappes sur la gorge de Pankisi, en Géorgie, utilisée par la rébellion tchétchène pour acheminer hommes et matériels. En août 2007, un appareil russe, probablement un Su-24, largue ce qui semble être un missile antiradar sur une station radar géorgienne. 2008 est une année tournant dans l’escalade des incidents. La Russie emploie délibérément sa force aérienne pour entretenir les tensions consécutives à la récente indépendance du Kosovo et aux affrontements entre Ossètes et Géorgiens dans la république séparatiste. Mais les Géorgiens réagissent également : le 5 avril, 2 Su-25 survolent une partie de l’Abkhazie. Le 8 juillet, 4 chasseurs russes survolent l’Ossétie du Sud. Mais ce sont surtout les drones utilisés par les Géorgiens au-dessus de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie qui vont devenir un enjeu et provoquer des incidents. Entre août 2007 et juin 2008, ce sont pas moins de 7 drones abattus que revendiquent les autorités abkhazes. Les 18 mars, 20 avril, 4, 8 et 12 mai, la mission des Nations Unies sur place signale des intrusions de drones géorgiens, dont 3 (des Hermes 450 de construction israëlienne) sont descendus, le deuxième l’étant par un missile air-air R-73 tiré par un MiG-29 ou un Su-27 russe. Le 6 août 2008, six appareils géorgiens (des Su-25 et sans doute un couple d’appareils d’entraînement L-39 Albatros) mènent des missions de reconnaissance au-dessus de l’Ossétie du Sud, ce qui est vu par les autorités locales comme un prélude à l’offensive déclenchée le lendemain.

L’armée russe disposait sans doute, également, d’espions bien placés à l’intérieur de l’Ossétie du Sud et dans le gouvernement géorgien. Ceux-ci ont prévenu des intentions belliqueuses du président Saakachvili et de sa volonté de reprendre Tskhinvali et toute l’Ossétie du Sud. Ces informations de première main ont permis aux Russes d’achever leurs préparatifs et de mettre en mouvement leurs unités. En outre, les Russes ont pu demander aux Ossètes de renforcer les défenses de leur capitale tout en assurant la sécurité du tunnel de Roki. Ainsi, la 58ème armée russe a pu entrer le tunnel, gagnant un élan opératif et permettant aux autres échelons de se déployer, tandis que l’armée géorgienne s’enlisait dans les combats urbains au milieu de Tskhinvali. L’armée russe a ainsi déployé 70 000 hommes en Ossétie pendant l’opération, soit un effectif double de celui des forces armées géorgiennes !

Les Russes, en Géorgie, ont réussi à maintenir la surprise à tous les niveaux, ce qui constitue un idéal de l’art opératif, rarement atteint dans les faits. En cinq jours, les Russes entrent en Géorgie et défont son armée, alors même que les dirigeants du monde ont les yeux braqué sur Pékin et les Jeux Olympiques. Pour prévenir la réaction occidentale, la Russie mène une guerre de la communication en évoquant un génocide en Ossétie du Sud, présentant son intervention comme une tentative de faire maintenir la paix. De même, les média russes exagèrent l’ampleur de l’attaque géorgienne sur Tskhinvali le 7 août, pour justifier l’entrée d’une force russe bien supérieure en Ossétie. Cette force est ainsi capable de réaliser les objectifs stratégiques : pénétrer en Géorgie, menacer la capitale, isoler le pays en coupant la grande route est-ouest entre Tbilissi et le port de Poti ainsi que la ligne de chemin de fer qui convoie le pétrole de Poti à l’Azerbaïdjan. Pour réaliser la surprise stratégique et opérative, les Russes se sont emparés du tunnel de Roki, la seule artère permettant de transférer leurs troupes sur le théâtre d’opérations si l’on exclut l’emploi de forces aéroportées. Ils ont également réussi à déployer correctement leurs forces depuis Vladikavkaz, en Ossétie du Nord, le point de rassemblement initial, jusqu’à Tskhinvali. Enfin, ils ont rassemblé, venant de toute la Russie, des unités militaires, notamment de parachutistes, pour obtenir un rapport de forces en leur faveur sans déclencher d’alerte chez l’adversaire.


L’entrée des forces russes en Ossétie du Sud (8 août 2008) : une réussite de l’art opératif


Le 1er août 2008, à 8h, un Toyota Hilux de la police géorgienne est détruit par un engin explosif improvisé dissimulé sur le côté de la route entre la Géorgie proprement dite et une enclave située au nord de Tskhinvali10. 5 policiers sont blessés. A 18h17, les snipers des forces spéciales du Ministère de l’Intérieur géorgien attaquent les checkpoints ossètes de leurs homologues, à la frontière. 4 Ossètes sont tués et 7 sont blessés. Dans la nuit du 1er au 2 août, des échanges de lance-grenades et de mortiers déchirent l’obscurité. 2 autres Ossètes sont tués dont un membre du bataillon de maintien de la paix d’Ossétie du Nord. Un policier géorgien est blessé. Le gouvernement sud-ossète ordonne alors l’évacuation vers la Russie de la population civile de Tskhinvali et des villages frontaliers. C’est le 2 août que se termine aussi l’exercice russe « Caucasus Frontier 2008 ». Le bataillon du 104ème régiment aéroporté de la 76ème division aéroportée de Pskov rembarque pour sa ville de garnison, le matériel suivant par voie ferrée. Seule la force de deux bataillons de fusiliers motorisés renforcés (un du 135ème régiment de la 19ème division de fusiliers motorisés, l’autre du 693ème régiment de la même division) reste à proximité de l’Ossétie du Sud pour fournir une couverture à la force de maintien de la paix, au vu des tensions récentes. Elle comprend 1 500 hommes, 14 chars T-72B et 16 canons automoteurs 2S3 Akatsiya de 152 mm. Elle est située sur un terrain d’entraînement à seulement 30 km du tunnel de Roki. 9 LRM BM-21 Grad russes sont également stationnés non loin du tunnel. Le 6 août, les échanges de tirs reprennent violemment à la frontière entre l’Ossétie et la Géorgie. Ces échanges continuent dans la nuit du 6 au 7 août, et 18 civils ossètes sont blessés.

Le 8 août, à 1h du matin, après le déclenchement de l’attaque géorgienne sur Tskhinvali, les Russes ordonnent aux deux groupes tactiques de niveau bataillon stationnés près de l’Ossétie du Sud de faire mouvement vers le tunnel de Roki : le mouvement commence une demi-heure après. A 2h, les premiers blindés du groupe tactique du 693ème régiment de fusiliers motorisés passent la frontière avec l’Ossétie. Le groupe tactique du 135ème régiment de fusiliers motorisés suit peu après. Les deux bataillons doivent d’abord sécuriser la route entre le tunnel et Tskhinvali pour permettre l’arrivée de renforts : le bataillon du 693ème régiment doit occuper la portion entre le débouché du tunnel et Djava, et celui du 135ème régiment doit avancer de Djava à Tskhinvali. La compagnie de reconnaissance du bataillon du 693ème régiment garde l’entrée du tunnel, tandis que des sections de fusiliers motorisés sont laissées en poste aux points stratégiques de la route. A 3h, le 503ème régiment de fusiliers motorisés de la 19ème division de fusiliers motorisés, basé à Troitskoye, et plusieurs autres unités du District du Nord-Caucase sont mis en état d’alerte. Le même ordre est transmis à la 42ème division de fusiliers motorisés en Tchétchénie (70ème et 71ème régiments de fusiliers motorisés, 50ème régiment d’artillerie autopropulsée). Le groupe tactique/bataillon du 104ème régiment aéroportée de la 76ème division de Pskov, tout juste rentré de l’exercice « Caucasus Frontier 2008 », est rappelé. 200 hommes de la brigade de Pechora du renseignement militaire (GRU) sont envoyés à Tskhinvali pour doubler la présence militaire russe sur place. Il faut noter la remarquable amélioration russe au niveau de l’acheminement des troupes, très supérieur à ceux des conflits précédents. En tout, c’est l’équivalent d’une division de fusiliers motorisés que l’armée russe lance en premier jet dans la bataille d’Ossétie du Sud. La première colonne russe qui pénètre en Ossétie par le tunnel de Roki est éclairée par des parachutistes et des Spetsnaz. Ces groupes de combat interarmes jetés par les Russes dans la bataille aux premières heures du conflit sont caractéristiques de l’art opératif : ils ressemblent aux « détachements avancés » qui précédaient la route du gros des armées blindées de la Garde lors de la Seconde Guerre mondiale.


Une « opération en profondeur » en Abkhazie (9-12 août 2008)


En fin d’après-midi du 8 août, un groupe tactique du 108ème régiment aéroporté russe embarque sur des LST de la flotte de la mer Noire à Novorossiysk11. Le Tsezar Kunikov est le premier LST à partir avec 150 hommes et 20 véhicules, à 19h, vers l’Abkhazie. Le LST Saratov est rappelé de Sébastopol vers où il faisait route : à 23h, il embarque le reste du bataillon, 450 hommes et 100 véhicules. A la tombée de la nuit, plusieurs navires de combat ont également quitté le port de Novorossiysk vers l’Abkhazie pour patrouiller le long de la côte et protéger le débarquement des forces russes. Le navire-amiral de la flotte de la mer Noire, le croiseur lance-missiles Moskva, commence également ses préparatifs pour prendre la mer.

Aux environs de minuit le 9 août, les forces russes stationnées à Ochamchire en Abkhazie lancent deux missiles Tochka-U contre la base navale géorgienne de Poti. Le bataillon de lance-missiles balistiques a été ramené discrètement sur place à l’automne 2007 (114ème brigade de lance-roquettes, district d’Astrakhan, équipée de missiles Tochka-U et Iskander). Les missiles équipés de têtes à fragmentation touchent le port militaire et la zone civile adjacente : 5 marins sont tués et 30 autres blessés. Les survivants préparent les navires géorgiens au départ pour rejoindre Batoumi. A 00h17, l’aviation russe frappe également la base de Senaki où s’effectue la concentration des réserves : 7 hommes du millier présent sont tués et des douzaines blessés. A 5h30, une force navale russe arrive dans la région d’Ochamchire : elle comprend deux grands LST, les Tsezar Kunikov et Saratov, une corvette lance-missiles, la Mirazh, une corvette anti-sous-marine, la Suzdalets, et deux dragueurs de mines, le Zheleznyakov et le Turbinist. Les deux LST transportent le groupe tactique/ bataillon du 108ème régiment aéroporté de la 7ème division -600 hommes et 120 véhicules. Pendant ce temps, à 7h, les forces abkhazes se concentrent dans les villages de Lata et Zemo-Lata pour investir la gorge de Kodori. L’après-midi, elles ouvrent le feu aux LRM et lancent des attaques avec les Mi-24 et Mi-8 dont elles disposent. Des L-39 bombardent les positions géorgiennes à 14h30. A 15h, l’armée abkhaze a installé tous ses postes de commandement. Dans l’après-midi du 9 août, la Turquie livre encore des véhicules blindés Nurol Ejder à la Géorgie : la vue des camions bâchés amenant ce matériel donne naissance à une rumeur selon laquelle l’OTAN serait intervenu aux côtés de Tbilissi. De la même manière, la flotte géorgienne qui stationne au large de Batoumi sans entrer dans le port laisse croire à certains que la Turquie à envoyer des fusiliers marins pour aider le pays. Du côté russe, à 16h40, le croiseur Moskva et le destroyer Smetlivy quittent Sébastopol pour rejoindre l’escadron qui se tient au large des côtes de l’Abkhazie. A 19h12, plusieurs bateaux géorgiens quittant Poti entrent dans la zone de sécurité des corvettes Mirazh et Suzdalets qui couvrent les LST russes. Les corvettes tirent deux missiles anti-navires SS-N-9 et 2 autres SA-N-4. Les Russes revendiquent la destruction d’un bâtiment géorgien, tandis que les autres font demi-tour, alors que les Géorgiens ne reconnaissent officiellement aucune perte.

L’opération en Abkhazie présente de nombreuses caractéristiques de l’opération en profondeur prévue par l’art opératif : débarquement à Ochamchire pour éviter l’observation par le QG de la force de maintien de la paix de l’ONU basée à Soukhoumi, mouvement des troupes par rail de nuit, utilisation de parachutistes pour favoriser la confusion avec la force de maintien de la paix russe, elle-même composée de parachutistes. Par ailleurs, l’opération en Abkhazie s’inscrit dans le principe des opérations simultanées pour désorganiser l’adversaire et l’empêcher de concentrer ses forces. L’opération rencontre d’ailleurs peu de résistance, l’armée géorgienne étant déjà débordée en Ossétie.


L’entrée de l’armée russe en Géorgie (11 août 2008)


Le 11 août, les forces russes entrent en territoire géorgien au-delà de la république séparatiste d’Ossétie du Sud. En marchant sur Gori, elles visent à menacer la capitale, Tbilissi, cherchant éventuellement à faire tomber le président Saakachvili. Elles veulent également couper en deux le pays, et en particulier la route et le chemin de fer reliant l’est à l’ouest. Enfin, par la conquête de ce territoire, l’armée russe espère former un glacis protecteur en avant de Tskhinvali, afin de mettre celle-ci hors de portée des armes géorgiennes et de renforcer son emprise sur la république séparatiste.

Dans la nuit du 11 août, l’aviation russe continue de bombarder la Géorgie et s’en prend au particulier au système de défense aérienne géorgien12. A 00h30, un missile antiradar détruit le radar militaire de la station située près de Gori. A 4h00, un autre missile détruit un radar civil près de Tbilissi. Une autre frappe vise le centre de commandement de la force aérienne géorgienne. Les Géorgiens sont obligés de couper leur système de peur d’attirer les missiles russes. La piste de Shiraki est bombardée à 5h00, tout comme le dépôt du bataillon indépendant de chars de Gori à 6h10. A 7h15, des Mi-24 russes s’en prennent à l’aérodrome de Senaki et détruisent avec des missiles antichars 2 hélicoptères géorgiens, un Mi-14BT et un Mi-24V. Pendant la nuit, des renforts russes arrivent à Tskhinvali : pour prévenir tout bombardement du territoire ossète, les Russes décident de monter une attaque pour chasser les Géorgiens derrière la frontière. Pour ce faire, ils assemblent deux groupes tactiques régimentaires. Le premier comprend un bataillon du 234ème régiment aéroporté de la 76ème division de Pskov et le 70ème régiment de fusiliers motorisés de la 42ème division (moins son artillerie et un bataillon de fusiliers motorisés). Le 693ème régiment de fusiliers motorisés, quant à lui, est choisi pour être de l’assaut : bien qu’engagé dès le 8 août, il n’a alors subi que de faibles pertes (2 morts et 10 blessés). En pointe de l’attaque on trouve d’abord le groupe tactique du 104ème régiment aéroporté de la 76ème division de Pskov, avec 300 hommes, 19 véhicules blindés BMD-1, 4 mortiers autopropulsés 2S9 Nona-S1 et 3 véhicules blindés BTR-D équipés de canons antiaériens bitubes ZSU-23/22.

Le groupe tactique aéroporté s’élance sur la route Tskhinvali-Tbet à 10h30. Il se dirige vers le secteur des villages de Khetagurovo et d’Avnevi (ce dernier en territoire géorgien), mais il y trouve des positions fortifiées. Le groupe tactique du 104ème régiment s’infiltre donc par les zones de campagne entre Avnevi et Zemo-Nikozi et s’enfonce en territoire géorgien. Il arrive finalement à parcourir 15 km au-delà de la frontière ossète. Le convoi du 693ème régiment de fusiliers motorisés suit et traverse le village géorgien de Zemo-Khviti où il est pris en embuscade par des éléments de la 2ème brigade d’infanterie. Un T-72 russe de la 2ème compagnie de char du régiment est détruit, tout comme 2 BMP-2 de la 5ème compagnie du 2ème bataillon. 5 hommes sont tués, dont tout l’équipage du char, et 10 sont blessés. Le convoi russe est coupé en deux : la compagnie de chars et la compagnie de fusiliers motorisés ont dépassé le village et poursuivent leur avance. Le reste du convoi reste dans le village et entame son nettoyage avec des groupes des forces spéciales et une compagnie du bataillon Vostok. A midi, le groupe tactique du 234ème régiment aéroporté entame sa progression : il aligne 300 hommes, 22 véhicules blindés BMD-2, 4 mortiers autopropulsés 2S9 et 2 BTR-D armés de canons bitubes de 23 mm. A 15h, près du village d’Eredvi, le convoi est pris sous le feu ami d’un Su-25 russe du 461ème régiment d’aviation d’assaut de Krasnodar. Un camion d’essence est détruit et plusieurs hommes blessés. Les fantassins répliquent avec des lance-missiles portables, dont l’un frappe le réacteur droit de l’appareil, qui, très endommagé, peine à rentrer à sa base. Les hommes du 104ème régiment aéroporté pénètre dans le village de Variani et y trouvent des dépôts d’armes et de munitions considérables.

Devant l’offensive russe, les dernières unités géorgiennes de la 2ème brigade se replient sur Gori. Un convoi de la compagnie du génie de la brigade, avec une douzaine de véhicules et 50 hommes, prend la route Tskhinvali-Gori sans savoir que les Russes sont eux aussi en train de l’utiliser. Près de Shindisi, le convoi géorgien tombe sur 2 BMD-1 du 104ème régiment aéroporté russe. L’un d’eux a eu une panne de moteur et le second est resté avec lui pour lui porter assistance. Les paras russes sont les premiers à réagir et ouvrent le feu à l’arme légère, au RPG et avec les canons des BMD. Plusieurs Géorgiens sont tués tandis que les autres se retranchent dans les bâtiments de la gare locale. L’échange de tirs continue jusqu’à ce qu’arrive le convoi suivant à savoir la compagnie de chars et la compagnie de fusiliers motorisés du 693ème régiment russe. Les chars russes éliment rapidement la résistance géorgienne : plus d’une dizaine de véhicules sont détruits, 17 soldats sont tués et plusieurs capturés, sans pertes du côté russe. A 17h, les Géorgiens décident de lancer leurs 6 Mi-24 contre les convois russes : ceux-ci détruisent au moins deux camions, mais n’arrêtent en rien la progression adverse. A 16h30, le président Saakachvili, en visite à Gori, est obligé de se mettre à couvert après le passage d’un Su-25 russe au-dessus de la ville. Le contingent militaire géorgien présent se replie alors vers Tbilissi ; certains soldats partent à Kutaisi. A la tombée de la nuit, une partie du groupe tactique du 104ème régiment aéroporté et celui du 693ème régiment de fusiliers motorisés russes s’installent en position défensive à Variani. Les Russes s’attendent à une contre-attaque massive des Géorgiens, mais ceux-ci sont déjà en train de se retrancher à Mtskheta, devant Tbilissi. Pendant la journée, d’autres forces russes sont arrivées en Ossétie : au total, au soir du 11 août, la Russie dispose de 14 000 hommes, 100 chars, 100 canons automoteurs, 40 LRM, 400 véhicules de combat blindés et 200 véhicules transport de troupes blindés.

A partir de l’Abkhazie, les forces russes mènent une opération similaire en marchant sur Senaki, pour couper les voies de communication est-ouest. En prenant le port de Poti, les Russes coupent aussi une artère économique importante et empêche tout ravitaillement de l’extérieur. Enfin, les Russes se trouvent alors à une heure de route de la ville de Samtredia, où passe le pipeline BTC. Cette dernière ville est aussi l’endroit où les routes divergent vers les autres grands ports, Supsa et Batoumi. En occupant Samtredia, les Russes effectueraient le blocus du pays. Ainsi, l’armée russe montre qu’elle est capable si elle le souhaite de désorganiser l’économie géorgienne, mais aussi de couper les routes du pétrole de la mer Caspienne, un signal fort pour les pays occidentaux. Le mouvement en Géorgie donne également, comme en Ossétie, une profondeur opérative à l’Abkhazie.


Les leçons à tirer de la guerre en Géorgie du point de vue de l’art opératif


Le concept classique dans l’art opératif des opérations combinées est bien celui que l’on voit à l’oeuvre pendant la campagne en Géorgie. La force aérienne russe est totalement intégrée dans la campagne. Au départ, elle attaque les aérodromes à l’est et au sud de Tbilissi, attaque les postes de commandement et de contrôle des forces armées, les renforts géorgiens et isole le champ de bataille. Le radar de l’aéroport international de Tbilissi est détruit pour aveugler la DCA géorgienne. Le port de Poti est bombardé pour dissuader toute intervention extérieure. La maîtrise aérienne russe oblige les Géorgiens à abandonner totalement l’espace aérien et à camoufler leurs appareils. Le transport aérien militaire russe a joué un rôle non négligeable dans la surprise opérative et stratégique de l’opération. La flotte russe de la mer Noire a également joué un rôle considérable dans la bataille : débarquement des parachutistes, mini-combat naval contre des vedettes géorgiennes, appui-feu pour les troupes au sol (missile tiré depuis un croiseur dans la gorge de Kodori). La flotte russe a établi un blocus efficace le long des côtes géorgiennes.

La cyberguerre est peut-être l’aspect le plus novateur de la campagne au regard de l’art opératif. L’origine des attaques commençant à frapper les sites géorgiens dès le 7 août ne laisse en effet guère de place au doute. Les hackers ne sont, d’ailleurs, pas forcément des militaires russes, car Moscou a montré par le passé qu’elle était tout à fait capable d’instrumentaliser ses hackers non officiels. Certaines attaques semblent bien provenir du gouvernement russe, mais d’autres sont sans doute le fait du réseau de hackers national. Pendant le conflit, des attaques DDOS (Distributed Denial Of Service) ont frappé les sites gouvernementaux géorgiens. Les hackers utilisent des centaines, voire des milliers d’ordinateurs « zombies » et des bots infectés avec des virus. La différence avec le précédent estonien de 2007, par exemple, est qu’ici la Russie a manifestement cherché à intégrer la cyberguerre dans l’opération militaire à proprement parler. Les appareils russes ont attaqué les relais de communication géorgiens pour empêcher le pays de donner sa propre version de la guerre. Les résultats pourtant sont faibles : les Russes n’ont pas réussi à désorganiser l’appareil militaire géorgien par la cyberguerre. Mais ils y ont sans doute gagné une certaine expérience.

Dans l’information, les Russes n’ont pas réussi à triompher avec leur campagne, bien que la guerre en Géorgie reflète de nouvelles conceptions chez les penseurs militaires russes. Stratégiquement, les Russes n’ont pas été capable de convaincre l’Occident que leur opération militaire était justifiée et se bornait au maintien de la paix. Dans les pays occidentaux, la Russie a été conspuée pour son intervention et pour sa reconnaissance officielle des deux républiques séparatistes. En revanche, à l’intérieur, elle a obtenu un soutien total de la population. Au niveau opératif, les Russes ont mis en place de nouvelles « antennes » pour leur campagne d’information. Des reporters ont accompagné les troupes russes pour témoigner de la progression en temps réel et signaler les atrocités géorgiennes. Les Russes ont utilisé les reportages télévisés pour mettre en scène la libération des minorités russes et le contact entre celles-ci et les troupes. Le gouvernement a également créé un porte-parole militaire pour répondre aux questions quotidiennes du public sur l’opération, en Russie. Même si le résultat n’a pas été à la hauteur des ambitions, la démarche montre que les militaires russes ont compris l’importance de la guerre de l’information.

Le 12 août, le président russe Dimitri Medvedev accepte un plan de paix proposé par le président français Nicolas Sarkozy et ordonne l’arrêt des combats en Géorgie. En cinq jours, l’armée russe est arrivée aux portes de la capitale géorgienne et a coupé le pays en trois, écrasant ses forces armées, occupant ses ports, bloquant toute arrivée de renforts exceptée une brigade rapatriée d’Irak mais trop tard pour participer effectivement aux combats. Après la fin des opérations, les Russes consolident la réussite de leurs objectifs stratégiques en saccageant toutes les bases militaires géorgiennes qu’ils ont sous la main. Ils rapatrient tous les matériels capturés (dont des chars), détruisent les navires restants de la marine et des garde-côtes géorgiens. Les Russes se retirent ensuite de Géorgie à partir du 22 août , ne voulant pas se retrouver pris dans une guérilla comme celle qu’ils ont connu en Tchétchénie. Des zones tampons sont établies en avant des deux républiques séparatistes, en territoire géorgien. Les forces de maintien de la paix russes dans les deux républiques sont accrues, et la reconnaissance officielle des deux entités par la Russie suit le 26 août 2008.

Ceci étant, la campagne russe en Géorgie a aussi révélé des défauts, des problèmes ou des lacunes dans les forces armées. Un des premiers soucis de la campagne a été de maintenir la discipline au sein des troupes russes. Des soldats ont ainsi voyagé en permanence sur le toit des transports de troupes blindés au lieu de rester à l’intérieur. D’autres se sont retrouvés ivres ou ont pillé les maisons géorgiennes, ont terrorisé la population. Au niveau de la conduite des opérations, les Russes ont été en difficulté pour museler l’artillerie géorgienne autour de Tskhinvali. Le 9 août, par exemple, l’artillerie russe subit ses premières pertes, car elle s’est positionnée près du village de Galuanta, excellente position dominante, mais à la vue directe des observateurs géorgiens. Le commandant adjoint de la batterie de canons autopropulsés du 693ème régiment est tué par un éclat d’obus ; 7 camions d’une des batteries de mortiers du régiment sont détruits. 2 sergents de la batterie de mortiers du 135ème régiment sont tués et plusieurs autres soldats sont blessés.

Les chars ne disposaient pas de leur blindage réactif. Les troupes russes ont manqué d’appareils de vision nocturne -un combat qui était pourtant une spécialité russe sur le front de l’est pendant la Seconde Guerre mondiale-, offrant des opportunités aux Géorgiens de décrocher pendant la nuit. Le système de positionnement GLONASS s’est révélé défaillant. Le faible nombre de radios a empêché une bonne coordination entre fantassins et blindés et a même donné lieu à des tirs fratricides. Le commandant de la 58ème armée, le général Khroulev, est blessé dans un échange de tirs aux environs de Tskhinvali dans une embuscade, alors même qu’il ignore la présence de troupes géorgiennes à cet endroit. Sur le plan aérien, les systèmes de guerre électronique n’ont pas été suffisants et ont permis à la DCA géorgienne d’abattre plusieurs appareils russes. Les forces au sol n’ont fait que rarement appel aux hélicoptères et aux appareils d’attaque au sol, faute de les intégrer correctement dans le dispositif de combat. Le manque d’officiers de l’aviation aux côtés des troupes au sol, une nécessité pourtant connue de longue date pour ces opérations combinées, s’est fait cruellement sentir. L’absence de munitions de précision et de drones a eu aussi pour conséquence un manque d’information et de frappes précises pour les unités au sol. Ce qui explique aussi, peut-être, la puissance de feu formidable déployée contre Tskhinvali. Alors que des unités aéroportées ont pris part au combat, il faut noter que la 58ème armée n’a pas mis en oeuvre d’enveloppement vertical pour gagner une profondeur opérative, cela sans doute pour plusieurs raisons (défis posés par le terrain, faiblesse du commandement, coopération interservices, manque d’entraînement des unités concernées pour ce genre d’opération, etc).


Conclusion : vers une nouvelle armée russe ?


La campagne de Géorgie met en évidence, aux yeux des militaires russes, que les guerres à venir nécessitent des forces plus limitées, correspondant à des objectifs plus réduits, plus périphériques. Notamment, il faut mettre l’accent sur la crédibilité de la guerre de l’information et sur la coordination de la cyberguerre avec les autres composantes de l’art opératif. Le débat actuel au sein des forces armées russes rejoint quelque peu celui des années 1920-1930 entre annihilation et attrition. Aujourd’hui la Russie balance entre menaces extérieures et intérieures, et la façon de les appréhender. Les avocats d’une force plus réduite et plus professionnelle semblent l’emporter, en particulier depuis le conflit de 2008. Le président Medvedev a ainsi annoncé un grand plan de réforme militaire le 15 septembre 2008, juste après la guerre. Cette réforme repose en cinq initiatives : établir des unités permanentes, améliorer le système de commandement et de contrôle, ainsi que l’éducation et la science militaire, perfectionner l’armement, enfin revaloriser le statut des militaires pour déboucher sur une véritable armée professionnelle. Ainsi les Russes reviennent aux bases de l’art opératif, qui plaidait pour une appréhension correcte des réalités politiques, économiques, culturelles du pays. L’armée russe devrait mettre l’accent, comme dans l’armée américaine, sur les sous-officiers, tout en arrivant à une force de volontaires, menée par des officiers ayant l’expérience du combat. Le niveau de disponibilité des forces armées russes (de l’ordre de 20% pour les unités de combat) devra être amélioré, ce qui suppose un volume plus réduit, capable d’être projeté rapidement pour intervenir à la périphérie du pays et remplir les objectifs limités fixés par l’art opératif.

Au final, il ne faut pas oublier, tout de même, que la Russie reste une grande puissance militaire conventionnelle, ce qu’elle a montré en Géorgie. Les Géorgiens ont commis plusieurs erreurs importantes, la plus grave étant sans doute de n’avoir pas bloqué le tunnel de Roki. Mais l’armée géorgienne, aussi, avait été entraînée et équipée par les Américains pour mener une guerre de contre-insurrection, et non pas une guerre conventionnelle de haute intensité, ce qu’elle a dû pourtant faire en août 2008. La Géorgie a négligé d’assurer d’abord sa propre défense face à une agression extérieure, sous-estimant l’adversaire et surestimant au contraire la possibilité d’une réaction de l’OTAN ou des pays occidentaux. Il faut bien reconnaître que la campagne est un succès russe au plan opératif et stratégique : les objectifs ont été acquis en cinq jours de combat avec un minimum de pertes. Moscou a su combiner l’art opératif et les évolutions observées dans les armées occidentales pour les mettre en adéquation avec ses ambitions géostratégiques. En ce sens, on peut donc bien dire que la Russie est de retour dans le concert des grandes puissances.


Pour en savoir plus :


Sur l’art opératif :

Michael D. KRAUSE et R. Cody PHILLIPS, Historical Perspectives of the Operational Art, Center of Military History, US Army, 2005.

http://www.history.army.mil/books/OpArt/index.htm

Sur le déroulement des opérations de la guerre des Cins Jours, avec un point de vue plutôt russe :

Ruslan POUSLOV (dir.), Les chars d’août, Moscou, CAST, 2010, 144 p.

http://www.cast.ru/files/Ta_fr_cp_1_2.pdf

Sur l’art opératif et la guerre en Géorgie :

Colonel George T. DONOVAN, Jr, Russian Operational Art in the Russio-Georgian War of 2008, US Army War College, Carlisle Barracks, 2009.

http://www.dtic.mil/cgi-bin/GetTRDoc?Location=U2&doc=GetTRDoc.pdf&AD=ADA500627

1Voir par exemple : Michael D. KRAUSE et R. Cody PHILLIPS, Historical Perspectives of the Operational Art, Center of Military History, US Army, 2005. http://www.history.army.mil/books/OpArt/index.htm

2Composante militaire typiquement russe, équivalente à un groupe d’armées occidental.

3Cf le dossier du récent numéro 3 de la revue Guerres et Histoire.

4L’opération Vistule-Oder, par exemple, en janvier 1945, qui reste un modèle de l’art opératif pendant le conflit.

5Littéralement « camouflage » en russe. C’est l’art de la désinformation militaire, celui de tromper l’adversaire sur ses intentions.

6Bakou-Tbilissi-Ceyhan, ouvert en 2005, qui transporte le pétrole de la Caspienne jusqu’en Méditerranée.

7Sur la cyberguerre, par exemple, cf l’article d’Arnaud GUARRIGUES, « Géorgie 2008 : le vrai visage de la cyberguerre ? », in Cahiers de l’Alliance Géostratégique n°2, L’Esprit du Livre, 2011.

8C’est particulièrement le cas en Ossétie du Sud, où le gouvernement se compose en grande partie d’anciens du KGB, en relation très étroite avec son successeur russe, le FSB.

9Anton LAVROV, « Timeline of Russian-Georgian Hostilities in August 2008 », in Ruslan POUSLOV (dir.), The Tanks of August, Moscou, CAST, 2010, p.37-77.

10Anton LAVROV, « Timeline of Russian-Georgian Hostilities in August 2008 », in Ruslan POUSLOV (dir.), The Tanks of August, Moscou, CAST, 2010, p.37-77.

11Anton LAVROV, « Timeline of Russian-Georgian Hostilities in August 2008 », in Ruslan POUSLOV (dir.), The Tanks of August, Moscou, CAST, 2010, p.37-77.

12Anton LAVROV, « Timeline of Russian-Georgian Hostilities in August 2008 », in Ruslan POUSLOV (dir.), The Tanks of August, Moscou, CAST, 2010, p.37-77.

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12 Responses

  1. Frédéric dit :

    Long article :)

    Je signale que la ville de « Gudauta » ou à était descendu un Su-27 en 1993 s’écrit en français Goudaouta ;)

  2. Stephane Mantoux dit :

    Merci pour la précision.
    Je crois que ma source était anglaise, ça explique peut-être l’erreur…

    Cordialement.

  3. Frédéric dit :

    De rien, j’ai juste fait une recherche rapide  »google ».

    C’est une ville en Abkazie ou se trouvait une base aérienne russe et maintenant une base navale :

    http://zebrastationpolaire.over-blog.com/article-le-retour-de-la-russie-sur-la-mer-noire-amenagement-definitif-d-une-base-russe-en-abkhazie-d-ici-la-fin-2010-defense-45665930.html

  4. Frédéric dit :

    Zut, message envoyé trop tôt.

    L’article suivant récapitule l’OdB russe en Abkhazie dont environ 2 000 h sont déployé dans cette ville :

    http://www.colisee.org/article.php?id_article=3155

  5. Frédéric dit :

    Concernant le nom des manœuvres russes dans le Caucase, le site Colisée ci dessus indique KAVKAZ-2 :

    http://www.colisee.org/article.php?id_article=2866

  6. Stephane Mantoux dit :

    L’article est en effet long, car je l’ai combiné avec un autre que je garde en réserve et très fortement inspiré de l’ouvrage « Les chars d’août » sur le déroulement des opérations (les exemples concrets sont tirés de là).

    Merci pour les autres liens. Sur le nom de l’exercice, j’avais toujours vu « Caucasus 2008″ (ou Kavkaz 2008).

    A bientôt.

  7. Frédéric dit :

    L’auteur de l’article sur Colisée à sans doute oublié les derniers chiffres :)

  8. Stephane Mantoux dit :

    Peut-être, oui (lol).

  9. Aymeric Lopez dit :

    Bonjour,
    je viens de lire votre article qui m’en a appris beaucoup sur ce conflit. J’aurais souhaité le publier sur mon site internet traitant des armées soviétique et russe si vous êtes d’accord.
    Merci d’avance,
    Cordialement

  10. Stephane Mantoux dit :

    Bonjour,

    A priori pas de problèmes du moment que vous citez la source : Alliance Géostratégique, chronique histoire (Au commencement était la guerre…) et le nom de l’auteur, le mien en l’occurrence.

    J’ai jeté un oeil à votre site, il y a de bonnes choses (article sur le conflit sino-soviétique de 1969 sur l’île Damanskiy par exemple).

    Tenez-moi au courant, je peux vous contacter sur l’adresse mail laissée pour ce faire sur votre site ?

    Cordialement.

  11. Aymeric Lopez dit :

    Bonjour,

    merci pour votre réponse. Bien sûr je mentionnerais la source et l’auteur, c’est la moindre des choses. Vous pouvez me contacter par mail si vous le souhaitez.
    Cordialement,

    Aymeric

  12. Stephane Mantoux dit :

    C’est entendu.

    A bientôt, donc.

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