L’apocalypse n’est pas pour demain – la chronique de Bruno Tertrais

Bruno Tertrais est politologue, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique. À la demande d’Alliance géostratégique, il publie chaque mois un billet prolongeant la réflexion qu’il a entamé dans son dernier ouvrage L’Apocalypse n’est pas pour demain: pour en finir avec le catastrophisme (Denoël, 2011).

2011 : toujours moins de guerres…

Le centre de recherches sur les conflits de l’université d’Uppsala (Uppsala Conflict Data Program, UDPC) vient de publier, à l’été 2011, son analyse de la conflictualité pour l’année calendaire précédente. Très attendue tous les ans, et reprise par le rapport annuel du SIPRI (SIPRI Yearbook 2011), cette analyse confirme la tendance très nette observée depuis maintenant vingt ans : plus la guerre froide s’éloigne, plus le nombre de conflits diminue. Selon l’UDPC, il n’y a eu ainsi en 2010 que 15 conflits d’ampleur significative, tous internes.

L’analyse de la tendance sur la longue durée n’est pas aisée, car au cours des vingt dernières années l’UDPC a changé par deux fois de méthodologie, en 1999 et en 2007 (diverses définitions de ce qu’est un «conflit armé d’importance», major armed conflict). Le déclin de la conflictualité ne serait-il donc qu’un artefact statistique? Non. La consultation des archives électroniques de l’UDPC permet de reconstruire des séries de longue durée à partir des trois méthodologies différences (ante 1999, 1999-2007, et post 2007). Le résultat est très net : quels que soient les critères adoptés, la tendance est la même. Grosso modo, le nombre de conflits d’importance a diminué de 60% depuis la fin de la guerre froide, comme le montre le graphique ci-dessous (qui couvre les années 1989-2009):

Il ne s’agit pas de l’effet de technologies plus destructrices (les guerres seraient plus intenses et donc plus brèves, ce qui affecterait le nombre de conflits en cours par an). Car, outre le fait que les guerres sont plutôt moins meurtrières, en moyenne, qu’elles ne l’étaient jusque dans les années 1960, cette réduction trouve sa source essentiellement dans la diminution spectaculaire du nombre de guerres civiles. La fin des conflits indirects entre l’Est et l’Ouest, l’intervention croissante des organisations internationales et des médiateurs externes, et dans une certaine mesure le développement économique et social des États, sont les causes principales de cette tendance. S’y ajoutent sans doute –on y reviendra dans un prochain billet – des évolutions démographiques favorables.

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© Bruno Tertrais / éditions Denoël, 2011


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