Débats, ébats : guerre économique
Written by Olivier Kempf on février 4, 2011 – 5:02 -AGS est le lieu de débats : il y a ceux que vous voyez grâce à nos articles et ceux que nous menons entre nous. Des huis clos passionnants entre personnes de confiance… avec des engueulades possibles entre gens de bonne composition. Voici un exemple qui vaut le coup. Petit jeu supplémentaire : qui est X, Y, Z, A et B ?
X : Je suis extrêmement sceptique sur le concept de guerre économique (que les entreprises doivent faire gaffe, c’est très vrai mais pour le reste… En quoi est-ce une « guerre » ?… Et je n’ai pas trop envie de cautionner intellectuellement ça.
Y : Mais je suis aussi sceptique sur le concept de guerre économique. D’ailleurs, c’est un peu cette contre-argumentation que j’attendais de toi, X.
Z : Pour le concept de guerre économique, j’y crois, désolé. Je suis allé à trop d’enterrements (principalement des enfants) en peu de temps dans un pays africain, pour ne pas voir que la misère du village où j’étais provenait des cours très bas du cacao (salaire des agriculteurs de 60 euros par mois pour les bonnes années, seulement un trimestre par an). Je ne parle même pas des autres accès aux matières premières : pétrole, uranium, eau, etc. Le champ de bataille de la guerre économique est d’abord dans le tiers-monde comme nos champs de bataille actuels d’ailleurs (les deux sont souvent liés). Loin des yeux…
X : Juste. Cependant, un questionnement : tout ce qui cause des morts, a fortiori ces pauvres gamins, ne relève pas forcément de la guerre… à ce train, la troupe donnant sur les mineurs grévistes fin 19ème est engagée dans une guerre, idem pour le petit con qui balance des boules de pétanque sur la tête de gendarmes dans le 93. Du point de vue de l’Etat, que les intérêts économiques intègrent la grand strategy, ok. C’est un classique (qui mérite d’ailleurs de très solides nuances). Mais à relire Poirier – et je pense qu’il a raison – on est là dans un versant de nature économique, distinct du militaire, et plus encore éloigné de la stratégie opérationnelle.
C’est vrai que ma définition de ce qu’est la stratégie est restreinte, parce que je la colle à sa sémantique grecque, qui parle de conduire des armées. Ma définition de la guerre est tout aussi restreinte, parce que je vois la politique autrement que sous l’angle sous lequel elle peut être entendue dans les entreprises.
Petite anecdote : j’ai été administrateur dans une boîte de restauration collective. Un jour, un membre du conseil me dit « bon, X, le militaire de l’équipe, fais-nous une stratégie ».
J’ai répondu qu’en tant qu’administrateur, il n’aurait certainement pas envie de passer 48 heures d’affilée dans une pièce à faire une planification qui volerait en éclat en quelques heures et que je ne pouvais pas demander aux employés de continuer à bosser en dépit de brûlures aux fourneaux et à ne pas voir leurs familles pendant plusieurs mois… Ce ne sont tout simplement pas les mêmes mondes, en dépit de similitudes (surtout dans les cuisines, d’ailleurs). On peut demander à quelqu’un de tuer un autre pour défendre le sol national : il pourra, très légitimement d’ailleurs, y gagner une médaille et mériter toute notre considération. Mais tuer quelqu’un (prenons un extrême) pour un intérêt économique, de plus en plus souvent d’une boîte privée, ce n’est rien de plus qu’un meurtre…
A : Si on fait le lien entre la fin du propos de X (après avoir mis de côté la guerre « militaire » ayant des raisons économiques) et celui de Z, il y a quand même le souci lié au fait qu’on peut très bien causer des morts, de façon plus ou moins indirecte, par des décisions d’ordre économique, et totalement « légales ».
Sinon, déjà discuté avec Y : la « guerre économique » (d’ailleurs c’est marrant dans Wikipédia l’équivalent anglais est indiqué comme étant economic warfare, qui veut dire « économie de guerre », alors que le terme français est précisément l’opposé puisqu’il introduit la guerre dans l’économie, voire même dans le fonctionnement de chaque entreprise) ou la « géoéconomie » pour prendre un peu de hauteur (après avoir lu du Pascal Lorot), je ne vois pas bien ce que ça apporte/explique de plus que d’autres disciplines (ou pratiques) déjà en place… Mais, j’avoue mon inculture académique.
X : En fait, d’un point de vue strictement économique, que les entreprises soient en concurrence n’a rien de neuf. La vraie concurrence, en soi, tend naturellement à une phase « hyper » dès lors que les enjeux sont là. Choper du renseignement (à l’échelle d’un resto, c’est simplement aller voir ce que fait le voisin et à quel prix), casser les plans d’expansion adverses, débaucher les meilleurs, lancer des rumeurs… C’est un classique. Dans le business, pas d’honneur, juste de la thune et accessoirement les limites imposées par le droit. C’est le jeu.
Maintenant, le fait que l’on parle de guerre économique en France (et d’ailleurs, sous cette acception là, rien qu’en France) n’est peut être que le signe d’une inadaptation aux conditions structurelles d’une économie libérale…
Z : Il est vrai que si l’on prend comme définition de stratégie « conduite des armées », toute autre approche agressive ne peut être qualifiée de guerre. Pourtant, ce sont des sociétés privées qui ont forgé les empires coloniaux européens des « grandes découvertes » (Compagnies des Indes). Je pense que l’on a beaucoup tué (tuer ne fait pas la guerre) pour des intérêts privés à cet époque, avec des buts politiques intimement liés. Le mercantilisme selon Adam Smith est l’économie au service du Prince.
Lorsque l’on achète des matières premières et (paraît-il) des dirigeants politiques dans certains pays pour qu’ils s’accommodent d’une situation manifestement anormale (cf. décès dans mon précédent message), je pense que nous ne sommes ni dans le fait divers, ni dans la concurrence pure et parfaite. C’est de la politique. La main invisible d’Adam Smith est un peu aidée…
L’économie est aussi la continuation de la politique par d’autres moyens. Certains Etats se servent de l’économie pour faire plier des adversaires réels ou potentiels politiquement. Ce n’est pas très à la mode dans l’Union Européenne mais cela existe dans d’autres zones. Lorsque les livraisons de céréales sont suspendues vers la Corée du nord, les conséquences peuvent se chiffrer en morts. Pas en individus morts sur un champ de bataille mais en déficit de personnes qui dans des conditions normales d’approvisionnements ne seraient pas mortes. Et, tout cela est légal (je laisse la morale de côté). En outre, la force économique d’un pays permet de se créer des Etats-clients dans le sens donné par Luttwak, au sujet des empires qu’il a étudié.
J’assume parfaitement notre libéralisme économique et ses conséquences qui ne m’ont jamais empêché de dormir, ni de manger mais je pense qu’il faut en assumer sa violence politique qui ne peut être attribuée au marché (sans volonté propre). Il faut même canaliser cette violence à notre avantage. J’ai bien peur que certains pays l’aient déjà compris.
On peut faire la guerre par l’économie et pour l’économie, une guerre hors limites !
Y : Comme Z, chic, un ébat !!!! Je vois surtout qu’il reprend toutes mes incertitudes. Etant un économiste, j’ai toujours été rétif à cette notion de géoéconomie. Il reste qu’il y a des instrumentalisations des moyens de l’Etat pour des motifs économiques (cf. le livre de Laidi). Faut-il appeler ça « guerre économique » ? On peut en douter. Toutefois, la question mérite d’être posée, pour justement ne pas entrer dans l’acception courante : guerre économique = nouveau nom de la concurrence internationale des entreprises en économie mondialisée.
De même, il y a forcément des liens entre l’organisation de l’Etat, la capacité à mobiliser des ressources économiques et l’armement d’armées permanentes. Idem également pour l’influence de la conjoncture économique qui a des conséquences sur les modèles d’armée : et sans remonter jusqu’à Fukuyama, on peut évoquer la « crise, surprise stratégique » selon l’actuel CEMA, (ce qui mérite d’ailleurs d’être discuté). Bref, le lien entre l’économie et la guerre mérite une approche un peu plus large que ce qu’en disent les Echos ou la Tribune, et c’est ce qui m’intéresse.
A : « L’économie est aussi la continuation de la politique par d’autres moyens » : ça boucle un peu quand même non, quand par exemple notre Président va vendre des savons de Marseille à la Bulgarie ?
« Guerre économique = nouveau nom de la concurrence internationale des entreprises en économie mondialisée » : cette guerre se déclare-t-elle ou est-elle juste un bain dans lequel on est plongés ? Kiki fait cette guerre (chaque entreprise dans son coin ?), quelles en sont les armées, qui en sont les généraux (dirigeants politiques, chefs d’entreprises… ?) et les soldats (sachant qu’on a déjà du mal à savoir ce qu’est une « entreprise française ») ? Y a-t-il des ennemis désignés, ou plutôt y a-t-il des parties prenantes qui ne soient pas par défaut ennemies ? Vaut-il mieux privilégier le PIB (sans considération de la nationalité des capitaux) ou le PNB (on s’en cogne du territoire et des travailleurs) ?
Z parle de mercantilisme mais cela suppose une forte adhérence entre acteurs publics et privés (qui existe cependant plus qu’on ne le pense, même si l’UE a parfois des comportements contre-productifs par rapport à nos amis chinois ou américains, en privilégiant une concurrence interne « pure et parfaite »), afin que la « politique industrielle » soit plus que des mots. Si ce lien existe, dans cette « guerre », il n’est évidemment pas de même nature qu’entre une SMP et son client étatique. Et puis, en tant qu’acteur privé, pourquoi m’acoquinerais-je plus avec des compatriotes qu’avec des agents étrangers, si le retour sur investissement est défavorable ?
B : La notion de guerre économique me semble presque aussi subjective que celle de cyberguerre. Néanmoins, je préfère considérer la guerre économique par ses moyens et par ses effets… avec ma brutalité et ma naïveté usuelles. Vive Quasimodo ! Mais je n’oublierais point quelques complexités de la réalité malgré mes simplifications volontaires. Ici, je suis plus ou moins d’accord avec Z.
Dans un reportage vu sur je-ne-sais-plus trop quelle chaîne TV, un cadre d’une firme pétrolière expliquait qu’entre la découverte d’une poche de pétrole (dans le Golfe de Guinée notamment) et l’extraction proprement dite, il s’écoule au bas mot près de deux décennies. « Dans ce laps de temps, on ne peut se permettre la moindre instabilité politique. Nous utilisons donc tous nos leviers, politiques, diplomatiques et économiques, pour garantir la stabilité des institutions sur le territoire d’extraction » (sic).
Vous devinez ce que cache ces propos technicistes. Le plus dingue, c’est qu’une telle vision est parfaitement compréhensible voire justifiée lorsqu’on emprunte les lunettes d’une compagnie pétrolière. Toutefois, les pays consommateurs (plus au nord) ont-ils réellement intérêt à ce que ceux producteurs (plus au sud) atteignent un niveau de développement humain et matériel équivalent à celui du nord ? Si oui, les compagnies pétrolières ne devraient-elles pas répercuter les charges sociales afférentes (de leurs employés en Afrique, au Moyen-Orient, etc) sur leurs consommateurs finaux ?… c-à-d un carburant automobile encore plus cher. On peut appliquer la même logique à bon nombre de produits manufacturés dans des pays pauvres/émergents. Que faire pour éviter un coût cauchemardesque d’extraction à la firme pétrolière et un prix incendiaire à la pompe pour son client ? Point besoin de réponse claire : vous avez deviné le contenu de l’enveloppe sans l’ouvrir.
Par ailleurs, quand je spécule sur le prix de la viande, du riz ou du coton via mon clavier d’ordinateur, je prive aussitôt des millions/milliards d’urbains et/ou de ruraux (du tiers-monde, forcément) d’une denrée vitale et les plonge très souvent dans la faim. Pourtant, ma transaction (ou mon clic) n’a intrèsèquement aucune intention de nuire ou de détruire. Bref, mon action pure est à des années-lumières de celle du pilote de chasse ou du guérillero appuyant sur fire.
Non-assistance à économie/société en danger ou acte de guerre économique ?
Qu’en est-il lorsque j’use et abuse des droits de douane, des subventions et de la réglementation normative pour entraver autant que possible les importations de X pays ou de Y producteur ? Si tout cela n’est pas de la guerre économique, ça en a la forme, la couleur, l’odeur et la saveur. Et ce, pour peu qu’on ne réduise par la guerre économique à des conflits juridiques et à des courses-poursuites mercatiques ou technologiques… Tout comme la guerre, la vraie, ne peut être réduite à une bataille rangée de blindés ou d’avions de chasse.
Et vous, chers lecteurs, quelles sont vos opinions et vos perspectives ?
Tags: Économie, Géopolitique, Géostratégie, guerre économique
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février 4th, 2011 at 9:21
j’ai mon Oxford Concise sous la main :
‘warfare : state of war, campaigning, being engaged in war’
economic warfare devrait donc s’entendre comme ‘état de guerre économique’, compris comme s’inscrivant dans le temps, dans la situation.
« économie de guerre » se dirait plutôt ‘war economy/ic’ non ?
février 4th, 2011 at 9:37
[...] This post was mentioned on Twitter by florentdesaintvictor and Tower'Sight, ags_blog. ags_blog said: Débats, ébats : guerre économique: AGS est le lieu de débats : il y a ceux que vous voyez grâce à nos articles e… http://bit.ly/hT89Os [...]
février 4th, 2011 at 9:53
Le terme de guerre économique me semble avant tout une analogie dont sont si friands les communiquants actuels. Cette analogie permet de dire que la concurrence économique est violente, car on retient généralement la première définition de la guerre par Clausewitz: « la guerre est un acte de violence destiné à contraindre l’adversaire à executer notre volonté », et en particulier « acte de violence ». L’image qui s’y rattache dans l’esprit collectif est celle des morts et du malheur véhiculée par les media lors des conflits armés récents. L’emploi du terme de guerre économique est donc une illustration de la violence de la concurrence économique. S’agit-il pour autant d’une véritable guerre?
Si l’économie est aussi une continuation de la politique par d’autres moyens, c’est surtout un attribut de la puissance, comme la force militaire, et peut être un instrument de la politique.
Clausewitz, pour définir la guerre, a d’abord défini une forme pure, naturelle de la guerre, la guerre absolue, déconnectée de la politique. Il s’agit d’un concept, non d’une guerre réelle, bien qu’il l’ait d’abord appelée guerre de la première espèce. Cette forme naturelle de la guerre conduit logiquement à l’ascension aux extrêmes, à l’augmentation illimitée de la violence.
L’introduction de la politique, l’intelligence des Etats, modère et contredit cette ascension aux extrêmes. Ce qui limite le niveau d’engagement dans la guerre, son niveau de violence, c’est sa subordination à la politique. La guerre réelle dépend de la politique, c’est ce qui explique qu l’ascension aux extrêmes ne soit pas systématique et que la plupart des guerres soient limitées.
De la même manière, si l’on se penche sur une forme conceptuellement pure de la concurrence économique entre deux acteurs, qui serait, dans la méthode clausewitzienne, déconnectée des facteurs extérieurs et donc de la politique, cette concurrence a également une tendance à l’ascension aux extrêmes. Dans ce cadre théorique, il est logique que chaque adversaire en vienne à mobiliser des moyens de plus en plus grands pour l’emporter. Mais il faut revenir à la réalité: tout comme la guerre, la concurrence économique est soumise à une politique, qu’elle émane de l’Etat ou de la direction de l’entreprise.
Le libéralisme économique libère l’économie de la politique, ce qui rapproche la concurrence économique de cette forme « pure » de la lutte économique. Par analogie avec la forme naturelle de la guerre, qui reste dans l’esprit occidental la forme normale et la plus représentative de la guerre ( en raison des deux guerres mondiales), on est donc amené à parler de guerre économique.
Qu’est-ce qui différencie alors la guerre de la concurrence économique? En fait, il s’agit plus du niveau auquel on se situe. Si on considère comme acteurs des entreprises, alors leurs buts « politiques » les conduisent à utiliser la violence physique ou morale pour contraindre l’adversaire à leur volonté. Il s’agirait donc d’une guerre. Mais l’entreprise n’est pas un Etat, et s’il y a bien la « probabilité et le hasard »; la « subordination à un instrument politique », il manque « la violence originelle de son élément, pulsion naturelle aveugle »; le peuple, dans la trinité clausewitzienne.
Si maintenant on se place au niveau des Etats, l’utilisation des moyens écomiques pour contraindre um adversaire à sa volonté ressortit bien à la guerre. Le blocus, l’embargo, la destruction de ressources éconmiques, la saisie d’avoirs financiers font partie des moyens de la guerre. La guerre économique, dans ce cadre, est plutôt un ensemble de moyens d’actions de la grande stratégie. Mais cela suppose que l’Etat ait des intentions et des objectifs: la simple concurrence économique entre des entreprises « nationales » et des entreprises étrangères ne remplit pas cette condition.
En conclusion, le terme guerre économique n’a de sens, à mon avis, que dans le cadre d’une stratégie étatique visant à contraindre un autre Etat. Mais il s’agit alors d’une partie de la guerre, tout comme la guerre aérienne ou la guerre navale. Le terme anglais à utiliser est donc warfare, et non war.
février 4th, 2011 at 9:55
A la lecture des différentes interventions, c’est bien celle de Cadfannan que je juge la plus proche d’une définition de guerre économique. Pour Clausewitz, la guerre totale fait entrer tout les moyens de la Nation, et tourne l’économie vers l’effort de guerre. La guerre économique est bien tournée vers les objectifs de l’Etat.
Mais ces objectifs ne sont pas strictement économiques, ils sont stratégiques t politiques. Il faut donc les distinguer de la concurrence et des moyens qui sont mis en oeuvre pour la miner(comme assurer la stabilité politique pendant 20 ans!).
Pour ma part, je considère que ce n’est pas la première ni la dernière expression galvaudée par intérêt journalistique ou simplification intellectuelle.
février 5th, 2011 at 11:20
Pourquoi s’en tenir à l’économie ? Elargissons le débat: La vie est une guerre.
Ou plus exactement, tous les êtres vivants sont en compétition les uns contre les autres.
Laissez votre potager sans entretien, et vous verrez la mauvaise herbe le coloniser, et tuer vos plans de tomates !
Lorsqu’un individu convoite une femme ou un emploi, il est en compétition avec d’autres, qu’il devra symboliquement tuer d’une manière ou d’une autre en étant plus fort qu’eux.
La guerre économique, militaire, voire amoureuse, n’est que le résultat visible de cette compétition permanente que la vie nous impose, qui que nous soyons: entreprise, nation, individu…
Appelez là comme vous voulez: guerre, compétition, ou tout simplement la vie !
février 5th, 2011 at 2:39
« La guerre économique est bien tournée vers les objectifs de l’Etat. »
D’après ce que j’en comprends les promoteurs du terme la placent aussi ou même de façon prépondérante au niveau de chaque entreprise (le CEMA étant le DG), l’amalgamant avec la situation de concurrence, qui certes est aujourd’hui exacerbée, mais qui a toujours existé. Que l’on me dise si je trompe, mais il me semble que Harbulot et consorts mettent surtout l’accent (en tous cas quand ils sont dans les médias de grande écoute) sur tout ce qui touche à des pratiques concurrentielles agressives (intoxication, espionnage, manipulation de l’info… et leurs pendants défensifs); en se plaçant à un niveau infra-national, « en-deçà » des néo-mercantilistes qui eux parlent d’échanges internationaux, de guerre sur les devises…
L’état, dès lors qu’il n’est pas actionnaire prépondérant, est un élément exogène se plaçant dans l’analyse stratégique au sein de l’environnement de l’entreprise au même titre que d’autres parties prenantes (si pour simplifier on suit le modèle des forces de Porter http://chohmann.free.fr/strategie/modele_porter.htm).
Ce lien entre objectifs du top management d’une entreprise (la shareholder value) et ceux d’un état n’est pas naturellement fait par les premiers cités, d’autant plus quand les capitaux sont aux mains d’actionnaires étrangers (comme 40% du CAC40 chez nous). Bref, si l’on souhaite assurer une autonomie industrielle et technologique (au hasard dans le secteur de la défense), cela passe par une action forte et volontaire de l’état ou des états (cadre européen). Pas facile quand l’objectif économique est marqué par la prépondérance écrasante du PIB qui en dit plus sur l’attractivité du marché du travail local que le niveau d’indépendance et de pérennité économiques.
D’autres ont une approche (globale ou uniquement sur certains secteurs) beaucoup plus mercantiliste que l’UE, soucieuse de maintenir une concurrence interne à tous prix.
Après, il ne me semble pas que Bernard Carayon, pour ne citer que lui, utilisait le terme de « guerre économique » il y a une dizaine d’années ; la course aux extrêmes sémantiques (pour des raisons médiatiques notamment), certainement.