L’Allemagne a-t-elle une politique africaine ?

Written by Sonia Le Gouriellec on septembre 3, 2010 – 7:22 -

Drôle de question de prime abord quand on sait que l’Allemagne est une ancienne puissance coloniale et une puissance engagée dans la lutte contre le terrorisme, la piraterie, les missions de maintien de la paix au Soudan (Darfour et Sud Soudan), au Congo… Pourtant elle mérite d’être posée et il conviendrait même de se demander si l’Allemagne a déjà eu une politique africaine ?


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Bien sûr l’Allemagne a gardé de solides liens avec l’Afrique du Sud et le sud-ouest du continent (Namibie), des pays d’accueil des émigrants allemands. Mais, finalement, elle n’a jamais vraiment eu de politique africaine. Dans la période coloniale ses acquisitions étaient subordonnées à l’accord des Britanniques et des Français et cette question coloniale était toujours traitée comme une politique interne liées aux intérêts commerciaux. L’Afrique n’a été vraiment un sujet important que pour servir la propagande de la République de Weimar après le traité de Versailles.


L’Afrique n’est pas non plus une priorité après la seconde guerre mondiale. Ni Adenauer, ni Erhard, ni Schmidt, ni Kohl ne lui portent un grand intérêt. Les visites sont rares et réservées au Président fédéral, les représentations ont juste des pouvoirs protocolaires.


Aujourd’hui, la politique africaine de l’Allemagne est surtout européenne et centrée sur le développement, même si cette politique a évolué depuis le Traité de Nice laissant une place plus large aux questions globales que sont la lutte contre le terrorisme et l’approvisionnement énergétique. La coopération culturelle est plus intense notamment avec l’initiative “Aktion Afrika” lancée en janvier 2008 (20 millions d’€ de budget en 2008 renouvelé en 2009) et l’augmentation du nombre d’Institut Goethe sur le continent. Elle donne une priorité au renforcement des capacités des organisations régionales par l’envoi d’expert auprès de l’UA, le financement d’audits, ou d’infrastructures. Les Allemands ont d’ailleurs construit le nouveau building paix et sécurité de l’UA (20 millions d euros).


Malgré tout l’Allemagne a très peu d’initiatives seule et passe par l’UE le plus souvent, ou l’OTAN. Elle base la protection de ses intérêts sur ses bonnes relations avec la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Comportement somme toute assez logique puisqu’après la seconde guerre mondiale la construction d’une politique étrangère allemande s’est faite sous l’égide des Alliés.


L’évolution la plus marquante de la politique étrangère est sa pacification. Pendant la guerre froide les missions hors du territoire national étaient constitutionnellement interdites.


De fait on peut se permettre des rapprochements avec la posture japonaise. En effet, pour la première fois depuis 1945, l’armée japonaise va installer une base à l’étranger (Djibouti) et l’Allemagne a ouvert en début d’année une ambassade dans le même pays. Pourtant les deux pays ont toujours semblé en retrait face aux évolutions majeures du continents. Leurs priorités semblent également identiques : développement de leurs aides internationales, de leurs modèles de développement durable et renforcement de leurs présences dans les organisations internationales. Pour les deux pays, la route maritime passant par le détroit de Bab El Mandeb est d’un intérêt majeur et la piraterie touche leurs intérêts commerciaux. Sur les 20 000 bateaux passant dans le détroit, 10% sont propriétés ou contiennent des marchandises japonaises et 90% des exportations japonaises empruntent cette route. Les armateurs allemands représentent quant à eux la troisième flotte commerciale au monde (bien que 80% naviguent sous un autre pavillon…). Les deux pays recherchent aussi des débouchés pour leurs produits.


Cet intérêt naissant pour le continent n’est pas sans arrière-pensées : les deux pays ont besoin du soutien des pays africains s’ils souhaitent obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité dans le cadre du « G4 » (Japon, Allemagne, Brésil, Inde).


Sonia Le Gouriellec
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Good Morning Afrika


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No Comments to “L’Allemagne a-t-elle une politique africaine ?”

  1. Tweets that mention L’Allemagne a-t-elle une politique africaine ? | Alliance Geostrategique -- Topsy.com Says:

    [...] This post was mentioned on Twitter by nikesfeld and Entre midi, Tower’Sight. Tower’Sight said: L’Allemagne a-t-elle une politique africaine ?: Drôle de question de prime abord quand on sait que l’Allemagne est… http://bit.ly/dgpIyF [...]

  2. Alex Says:

    L’autre Allemagne – la RDA – avait a ses temps une politique africaine d’envergure. Elle apportait notamment des aides militaires aux causes marxistes – il y avait une mission non negligeable de la Nationale Volksarmee en Angola, par exemple.

  3. Yannick Harrel Says:

    Bonjour,

    On entend et lit de plus en plus souvent désormais dans la presse Allemande le terme d’Afrika-Konzept.

    Un lien pour vous en donner une idée (pour germanophones uniquement, es tut mir leid) :
    http://www.dw-world.de/dw/article/0,,5824848,00.html

    Cordialement

  4. Sonia Le Gouriellec Says:

    Petit bricolage pour les non germanophones (dont je fais partie) si vous voulez décrypter la page indiquée par Yannick :
    http://translate.google.fr/translate?hl=fr&sl=de&u=http://www.dw-world.de/dw/article/0,,5824848,00.html&ei=LamCTNjwIsiJ4galyonTCw&sa=X&oi=translate&ct=result&resnum=1&ved=0CBsQ7gEwAA&prev=/search%3Fq%3D%2522Deutschland%2Btr%25C3%25A4gt%2BVerantwortung%2Bf%25C3%25BCr%2BAfrika%2522%26hl%3Dfr%26client%3Dfirefox-a%26hs%3D6rz%26rls%3Dorg.mozilla:fr:official

  5. Thibault Lamidel Says:

    Ne doit-on pas voir un changement de posture avec le rachat des chantiers navals de TKMS par les E.A.U. ? L’Arabie n’est pas l’Afrique. Mais cette première fait partie d’un ensemble « arabo-musulman ». Ce rachat pourrait faciliter des contacts commerciaux avec le nord de l’Afrique (Algérie ?), notamment pour la construction sous licence.

    De plus, on serait intéressé de savoir dans quelle perspective s’inscrit le projet énergétique allemand d’implantation géante de panneaux solaire dans le Sahara et le Sahel ?

    Je ne serais pas étonné que l’on soit au balbutiement de la construction d’une politique africaine de Berlin. L’Allemagne est une puissance économique depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Depuis une décennie, elle en a pris conscience, et au lieu de faire jouer l’intérêt européen avant le sien, c’est désormais l’inverse. Et donc, face à une Commission Européenne qui brosse un impérialisme sociétale européen (accès aux métaux rares), peut être que l’Allemagne va aller plus loin. Et s’inscrire dans une démarche de protection de ses sources étrangères de « ressources » (énergie, métaux, etc…). Donc une démarche d’intervention. Et peut être que la professionnalisation de l’Armée Allemande (alors qu’en France on ferait bien le chemin inverse, en gardant l’armée professionnelle tout de même) cache un « retour » allemand dans le monde.

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