L’Allemagne de Merkel

Written by Victor Fevre on septembre 1, 2010 – 11:00 -

Avec un thème de septembre consacré à « l’Allemagne de Merkel », Alliance Géostratégique analysera les actualités et les horizons – stratégiques, géoéconomiques – de la première puissance européenne dirigée par la Chancelière Angela Merkel.


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L’Allemagne telle que nous la connaissons aujourd’hui n’est qu’une réalité géographique qui date de 1990, lors de la réunification entre la République Fédérale d’Allemagne et feu la République Démocratique Allemande après la chute du Mur de Berlin. Auparavant, et ce depuis des siècles, « l’Allemagne » a été morcelée. Le Saint Empire Romain Germanique était très faible en tant que tel. La paix de Westphalie en 1648 (Traités d’Osnabrück et de Münster) a été la pire catastrophe pour l’Allemagne, elle a mis 150 ans à s’en remettre – contrairement à 5 ans après la Seconde guerre Mondiale. Le premier à supprimer bien des principautés et à unifier un peu l’Allemagne a été Napoléon. Ensuite, aussi grâce à la volonté de Bismarck, c’est le royaume de Prusse qui a unifié par l’épée l’Allemagne, contre la France notamment. En 1919 puis en 1945, l’Allemagne a encore été mutilée par ses vainqueurs, 1990 est donc réellement une date-clé.


Sur le plan géopolitique, on peut observer un mouvement de balancier : comme l’Allemagne est le carrefour au centre de l’Europe, elle a longtemps été faible, donc un champ de bataille comme ses voisins s’y engouffraient. La guerre de Trente Ans en est le meilleur exemple. La culture allemande a, par la même occasion, bénéficié de l’apport de toutes ses nations avoisinantes et elle en est ressortie très diversifiée. On ne saurait, en réalité, cataloguer tous les Allemands sous un seul nom, encore moins parler de « Prussiens », tant il y a de clivages, linguistiques, religieux, économiques etc. au sein de la population.


Mais dès lors que l’Allemagne devenait trop puissante par rapport à ses voisins, c’est elle qui s’est étendue, dans sa périphérie. C’est un pays européen, la colonisation à l’allemande n’a été qu’une brève expérience. Les nazis ont agrandi le IIIème Reich en spirale en partant de leur terre, progressivement : Anschluss, Tchéquoslovaquie, Pologne, Scandinavie, Benelux, France, Yougoslavie, les autres pays de l’Est et l’URSS. L’Allemagne reste une puissance terrestre, c’est logique, c’est le cœur de l’Europe continentale.


Après 1945, l’Allemagne moderne, incarnée par la RFA, a pris le chemin du bloc de l’Ouest, du capitalisme et du développement économique et démocratique. Elle a eu ses 30 Glorieuses, le « Wirtschaftswunder », mais son but ultime de toute sa politique étrangère restait l’Unité dans la Liberté – sous-entendu, libre du Communisme. L’aboutissement de cette politique en 1990 a permis de propulser une Allemagne forte économiquement dans le XXIème siècle en devenant véritablement un pays occidental à part entière, avec ses propres objectifs de politique étrangère.


Le gouvernement allemand a connu ses premières opérations de guerre, en ex-Yougoslavie et maintenant en Afghanistan, où le peuple allemand redécouvre tout en se voilant la face ce qu’est la guerre. L’Armée devait défendre le pays, elle se retrouve projetée à des milliers de kilomètres. ; l’Armée devait être pacifique, elle se retrouve à faire la guerre, même si ce mot est honni du vocabulaire politique actuel ; l’Armée devait être un creuset pour les jeunes allemands et un rempart contre les soviétiques, elle se retrouve à se transformer en armée de métier avec la réforme de l’actuel ministre de la Défense von und zu Guttenberg.


L’Allemagne est devenue la première puissance géoéconomique européenne. Le gaz européen passe par l’Allemagne, en provenance de la Russie, mais c’est un des pays qui mise le plus sur le développement durable ; les Allemands ont choisi de renoncer au nucléaire, vaste débat depuis des années. Elle a une industrie saine, une infrastructure relativement bien entretenue mais surtout très dense (autoroutes, chemin de fer, voies fluviales et aériennes), ses exportations fleurissent. Elle est la colonne vertébrale de la monnaie unique européenne, c’était la Bundesbank qui a largement contribué à sa création : la Banque Centrale Européenne est bien à Francfort sur le Main.


Pourtant, la construction européenne s’essouffle en ce moment, faute d’un grand projet porteur qui susciterait des espérances. Il est donc normal que le couple franco-allemand ne vive pas un de ces moments forts du passé. La chancelière Merkel, première femme à occuper ce poste et considérée comme une des femmes les plus influentes au monde, pourrait trouver dans un projet européen un thème qui lui permettrait de se forger une image durable dans les esprits – surtout qu’elle est la lauréate 2008 du prix Charlemagne, pour son engagement pour une Europe unie et en paix.


Victor Fèvre, Rhin Danube Oder


PS : Envoyez vos contributions – document Word/OpenOffice – à notre rédactrice-en-chef et/ou à notre administrateur web qui se feront un plaisir de les publier (après approbation).


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Posted in Géographie, Géopolitique, Histoire, Société, Thème du mois | 6 Comments »

6 Comments to “L’Allemagne de Merkel”

  1. JGP Says:

    J’attends des spécialistes qu’ils éclairent en ce mois de septembre ma lanterne sur certains points :

    -L’extension de l’UE à l’Europe Centrale et Orientale, avec laquelle elle a plus de liens que la France ou le Royaume-Uni, n’a-t-elle pas également contribué à sa stature de leader au sein de l’Union ?
    -Le couple franco-allemand est-il encore une réalité ? Peut-il « sauver » l’UE comme certains l’affirment ?
    -L’Allemagne se contente-t-elle de son statut actuel dans le concert des Nations (pas de siège permanent au conseil de sécurité de l’ONU, armée très en retrait vis-à-vis des française ou britannique…) ?
    -L’Allemagne, bon élève de l’UE pour sa gestion interne, est-elle un mauvais élève de la solidarité européenne ?

  2. Tweets that mention L’Allemagne de Merkel | Alliance Geostrategique -- Topsy.com Says:

    [...] This post was mentioned on Twitter by Tower’Sight and nikesfeld, Entre midi. Entre midi said: L’Allemagne de Merkel http://tinyurl.com/2d3u97m [...]

  3. egea Says:

    L’Allemagne comme « pivot » européen au sens Mackinderien du terme ?
    Je l’ai longtemps pensé…..

  4. Frédéric Says:

    Pourtant, l’Allemagne n’est pas  »que » une puissance continentale, elle s’était allié à l’Empire Ottoman au début du XXe Siécle et en ce début du XXIe elle commence à avoir des relations dans le Golfe Persique.

    Voir l’article suivant sur le rachat de l’industriel TKMS par Abu Dhabi :

    Les frégates allemandes prennent le large… vers les Emirats

    http://www.bruxelles2.eu/marches-de-defense-industrie/les-fregates-allemandes-prennent-le-large-vers-les-emirats.html

  5. Gundeuch Says:

    Merci pour cette pertinente analyse de l’Allemagne et de son histoire.

    L’Allemagne, nos contemporains l’ignorent que trop, est un pays jeune. Tout le contraire de la France.
    il est toutefois très audacieux de dater sa naissance à 1990, même si l’on peut vous donner raison d’une certaine manière.
    J’ajouterais quelques éléments à votre analyse:
    Jusqu’en 1814, les états allemands n’apprécient guère leur grand voisin, la Prusse. D’ailleurs, la Saxe restera fidèle à Napoléon jusqu’à sa chute.
    Mais le XIXe siècle a connu beaucoup de bouleversements, et en 1870, c’est bien à l’initiative de la Prusse, et contre la France que l’Allemagne politique voit le jour.
    La première guerre mondiale est un new deal géopolitique: les vieilles nations moribondes doivent céder leur place au nouveau leader européen, l’Allemagne. L’empire Autrichien disparaitra bel et bien, mais oh surprise, les progrès technologiques du XXe siècle (mitrailleuses, voitures, avions puis chars), une piètre exécution du plan Schlieffen et un inattendu sursaut français font perdre la guerre à cette grande nation. 1945 n’est que le match retour. la grande guerre est une guerre de 30 ans.
    Je dirai donc que les années 1870-1990 ont été l’enfance de l’Allemagne, et que 1990 fut l’année de sa majorité.

    Néanmoins, si l’on remonte plus loin dans l’histoire, on constate que les choses auraient pu se passer autrement:
    Et si Clovis avait perdu la bataille de Tolbiac (fin du Ve siècle) ? Ne seraient-ce pas les allamans qui auraient régné sur les Gaules ?
    Et si les carolingiens avaient eu la bonne idée d’Hugues Capet de ne plus diviser leur royaume entre leurs fils, le partage de Verdun (845) n’aurait pas existé, et l’Europe serait peut être devenue bien avant l’heure une nation unie, telle que l’a connu la Chine.

    Et cette idée d’une grande Europe germanique unie n’est pas si saugrenue si l’on pense que:
    Les francs étaient un peuple germanique qui a aggloméré en son sein, et pendant plusieurs siècles, de nombreuses vagues de migrations barbares;
    Karlmann, l’ancêtre des carolingiens, était un austrasien très probablement d’origine saxonne ;
    Hugues Capet (le parti français) était le bisaïeul de Robert le Fort, un grand d’Autrasie qui, après le partage de Verdun, vint s’installer en Anjou. Bref que la France est bien plus germanique qu’on ne le pense.

    J’ai, moi aussi je l’avoue, quelques théories audacieuses qui, si elles ne sont pas toujours exactes, ont le mérite d’obliger les gens qui les lisent à réfléchir autrement.

  6. Frédéric Says:

    Sans compter les Saxons qui ont débarqué en Grande Bretagne ;)

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