Attention : piège abscons !

Written by SD on août 27, 2010 – 5:30 -

Les débats sur la réussite ou l’échec d’une opération, comme celle de l’OTAN en Afghanistan, conduisent à un « concept » théorique ou plutôt un bon mot malicieux : le piège abscons.


soldat americain US Gov

Il faut reconnaître qu’une opération de stabilisation tombe parfois dans le piège abscons qu’elle a tendu; cela peut mener à l’échec.


Cinq règles suivantes pour constituer un piège abscons :


  • La réussite est a priori incertaine.

  • L’état final recherché (EFR) évolue au gré des évènements sans être explicitement fixé.

  • La force s’engage dans une action qui coûte beaucoup de ressources : des hommes, du temps, de l’argent et des moyens pour atteindre l’EFR.

  • La force pense qu’elle doit rester cohérente dans son action, que le but approche et qu’encore un dernier effort apportera la victoire.

  • L’opération ne s’arrêtera pas tant que l’EFR (fluctuant) n’est pas atteint…


Une force de stabilisation peut alors entrer dans un cercle vicieux qu’il est difficile de rompre au regard des efforts déjà consentis et de la proximité (pensée) de la réussite.


Comment sortir du piège abscons ou ne pas y entrer ?


  • Evaluer les chances de succès de l’opération a priori et évaluer en permanence les critères de succès (assessment)

  • Quantifier avant l’action le “point d’arrêt” (la limite acceptable) en matière de ressources : temps, hommes, pertes, coûts, etc.

  • L’état final recherché (réél) doit toujours être parfaitement clair pour les décideurs politiques et militaires

  • Ne pas attendre une victoire rapide, juste après un ultime effort car la friction (bonne ou mauvaise) se rappelle toujours au bon souvenir de tous

  • L’EFR doit réellement et raisonnablement pouvoir être atteint par l’intermédiaire de points décisifs (ops design) qui concrétisent la manoeuvre contre-aléatoire (cf. général Beaufre)


En définitive, il s’agit de mettre en adéquation ses moyens avec ses objectifs, c’est-à-dire avoir tout simplement une stratégie. “Avoir une stratégie”, c’est toujours beaucoup plus facile à écrire qu’à mettre en oeuvre…


S.D., Pour Convaincre


Source : Ce “concept” est bien développé par Frédéric JOIGNOT dans un article de Philosophie magazine d’avril 2007


Pour ceux qui n’ont pas tout compris, une autre analogie dans la vie quotidienne :


  • je vais prendre le train un jour de grève pour aller à un rendez-vous important,

  • j’ai acheté un billet non remboursable

  • sur le quai, je me demande si je ne vais pas reporter mon trajet ou m’arrêter en route ou attendre ou m’énerver…

  • cela fait trop de temps que j’attends pour rentrer chez moi

  • mais je reste sur le quai une bonne partie de la journée avant de peut-être prendre un train bondé qui me fera rater mon rendez-vous ou de rentrer finalement chez moi…

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No Comments to “Attention : piège abscons !”

  1. JGP Says:

    « Avoir une stratégie » (qui n’est qu’un moyen), ça suppose au préalable comme tu l’indiques avoir une « vision » (objectif de cette stratégie) qui soit claire, et ambitieuse à proportion du contexte de l’opération en Afghanistan. Si c’est un truc comme « la menace que fait peser AQ sur le monde doit être éradiquée » c’est peut-être un peu haut pour cette opération, et donc il risque d’y avoir des ruptures d’alignement entre les moyens et cet objectif.

  2. SD Says:

    « Avoir une stratégie », c’est avoir des objectifs plus ou moins cachés. Ils peuvent être cachés aux autres pour des raisons que l’on comprend aisément mais ils ne doivent pas être inconscients ce qui est une porte ouverte au piège abscons. « Avoir une stratégie », c’est avoir des moyens et des méthodes/des voies (en adéquation) pour la mettre en oeuvre.
    Il est clair que, pour le cas particulier de la lutte contre AQ, il y a un monde entre les objectifs élevés et les moyens limités, notamment en temps… Je te rejoins pour la rupture d’adéquation entre moyens et objectifs : « avoir beaucoup, bien, rapidement à moindre cout » , c’est rare de réunir toutes ces conditions, sachant que dans les conflits armés, les adversaires ont des stratégies opposées qui coutent du temps et des moyens…

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