Quitter l’Afghanistan ? Oui mais non

Written by Romain Mielcarek on août 22, 2010 – 6:30 -

L’un des points clefs du dialogue public sur la guerre en Afghanistan est la date du retrait des troupes. Aux États-Unis comme dans les autres pays impliqués, ce sujet devient aussi important que le nombre de morts, les méthodes employées où les objectifs poursuivis. Parfois au détriment d’autres priorités tactiques et stratégiques.


Un civil afghan blessé dans un accident est évacué par l'armée de l'air américaine.

Un civil afghan blessé dans un accident est évacué par l'armée de l'air américaine.

Il est pourtant tôt pour envisager une sortie. La situation est toujours tendue. Les combats sont toujours aussi violents. L’année 2009 a été la plus meurtrière pour les soldats de l’ISAF (521 morts) et 2010 est partie pour être encore plus coûteuse en vies humaines (déjà 451 morts). Les officiers militaires sont loin d’être optimistes comme en attestait l’intervention du général français Vincent Desportes dans le quotidien Le Monde : « la situation sur le terrain n’a jamais été pire ». Le ministre de la Défense Hervé Morin est lui même loin de s’avancer sur un calendrier.


Politiquement, l’Afghanistan est un calvaire pour les gouvernements participant à sa sécurisation. Que ce soit l’administration Obama ou le gouvernement Sarkozy, l’un des leitmotivs lorsque l’on évoque le sujet est la date de retrait. « Bientôt », « au plus tôt »« en 2011″. Ce calendrier avancé notamment par Robert Gates, le secrétaire d’État à la Défense américain, laisse penser que les soldats étrangers commenceront à quitter ce théâtre dès juillet 2011.


Dimanche dernier, le général David Petraeus a assuré à la presse qu’il n’hésiterait pas à « donner ses meilleurs conseils militaires » au Président Obama, même s’il s’agissait de qualifier ce calendrier prévisionnel comme « prématuré ». Robert Gates lui ne recule pas et réplique qu’il n’est pas question de remettre en cause cette date.


En France aussi le retrait est au cœur des discours politiques sur l’Afghanistan. La question revient systématiquement sur le tapis. Car comme tout le monde, Paris aimerait bien plier bagage et se sortir de se guêpier. Le choix politique de suivre Washington dans cette guerre reste mal compris par les Français qui n’obtiennent que des justifications évasives sur les raisons de cet engagement.


Alors, pour sauver les Afghans d’un joug obscurantiste, sans plus de détails finalement que quelques notions moralistes comme le sort des femmes et la lutte contre un terrorisme abstrait dans la culture générale française, on envoie nos jeunes. 45 d’entre eux sont tombés en Afghanistan depuis 2001. Et la situation est la même en Allemagne, en Grande-Bretagne et dans les autres nations actives militairement en Afghanistan. Le dialogue entre les élus et l’opinion publique y est à chaque fois compliqué et le calendrier de retrait apparaît systématiquement comme un moyen de gagner du temps.


Les enjeux stratégiques de ce conflit restent nombreux et les efforts requis importants. Si l’ISAF et le Pentagone se flattent d’avoir atteint les objectifs en terme d’effectifs pour l’armée afghane, ses officiers manquent cruellement d’expérience comme l’évoquent des cadres français selon le Canard enchaîné de cette semaine. De même, d’importants renseignements sur les opérations filtreraient par le biais de l’ANA vers les insurgés. Les routes sont toujours aussi piégées. Les quantités d’armes, importantes. La menace continue de planer lourdement sur les civils qui paient un lourd tribut dans cette guerre.


Il est de la responsabilité des élus et du gouvernement, contraints d’assumer ce choix de la France, d’en expliquer les tenants et les aboutissements aux citoyens. En focalisant l’attention sur une date de retrait imminente, les politiques masquent la réalité du terrain. C’est une erreur que de garder les Français dans la méconnaissance de ce sujet. Ils sont tout à fait capables de comprendre pourquoi nos soldats ont besoin d’hélicoptères, de drones et de tous les moyens de protection possibles. Mais pour accepter ces investissements, ils doivent comprendre pourquoi ils sont en Afghanistan. Une action pédagogique est indispensable.


C’est également un jeu dangereux pour les hommes et les femmes d’armes qui participent aux opérations sur le terrain, partagés entre deux réalités. Eux-même constatent la dualité des discours. Quand ils sont en France, ils entendent les politiques parler de départ. Quand ils sont sur le théâtre d’opérations, ils ne peuvent constater que leur présence sera nécessaire encore longtemps.


Photos : US Army / Staff Sgt. Horace Murray & US Air Force


Romain Mielcarek, Actudéfense


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No Comments to “Quitter l’Afghanistan ? Oui mais non”

  1. Tweets that mention Quitter l’Afghanistan ? Oui mais non | Alliance Geostrategique -- Topsy.com Says:

    [...] This post was mentioned on Twitter by Tower’Sight, nikesfeld. nikesfeld said: Quitter l’Afghanistan ? Oui mais non: L’un des points clefs du dialogue public sur la guerre en Afghanistan est la… http://bit.ly/91OBNC [...]

  2. SD Says:

    Je pense qu’il ne faut pas s’y tromper. Le discours de départ à court terme est une contre manoeuvre extérieure.
    « Les insurgés actuels utilisent ce que le général Beaufre, dans “Introduction à la stratégie“, appelle la manœuvre extérieure dans le cadre d’une stratégie indirecte. Il s’agit d’une manœuvre essentiellement psychologique faisant concourir tous les moyens pour paralyser l’adversaire par de nombreux liens de dissuasion, afin de gagner de la liberté d’action. Les procédés de dissuasion utilisés peuvent être : donner mauvaise conscience à l’adversaire en le faisant douter de sa cause, diviser son opinion, exploiter les opportunités sur la scène internationale, etc.
    Une contre-manœuvre extérieure s’attaquant aux vulnérabilités du système adverse est sans doute une solution réalisable avec beaucoup de volonté. Le général Beaufre préconise de mettre la priorité sur l’élimination des bases extérieures de l’adversaire. Ainsi, l’obtention de la victoire militaire sur le terrain est nécessaire et non suffisante; paradoxalement, la guerre en Afghanistan pourrait donc se gagner dans les opinions des pays de l’OTAN et au Pakistan… (cf. http://www.alliancegeostrategique.org/2009/12/08/dispositifs-explosifs-de-circonstance-une-approche-historique/). »
    Dire que l’on part, c’est calmer les opinions et ensuite on peut rester longtemps.
    Cela semble avoir bien marché pour l’Irak et la plupart des médias sont « tombés dans le panneau » pour le retrait des forces américaines (il reste 50 000 hommes!). En résumé, la date de départ est un facteur clé de la contre manoeuvre extérieure. Est-ce suffisant ? Je ne le pense pas.

  3. afghaninfo Says:

    Excellent article..!

    A lire aussi, celui de Ken Weinstein: http://kenweinstein.blog.lemonde.fr/2010/08/23/petraeus-gates-le-retrait-dafghanistan-la-psychose-du-bourbier/

  4. RM Says:

    Mon cher SD, je vais reprendre cette référence au général Beaufre dans un article que j’écris ! :)

    Enfin pas vraiment la contredire. Je trouve que cette analayse que tu fais est parfaitement judicieuse. Mais elle va aussi dans le sens de mon papier. (Enfin on est peut-être assez d’accord, je ne suis pas sur de l’interprétation à donner à ton message ;p)

    Le fait que les insurgés afghans, les talibans et les djihadistes en général cherchent à frapper l’occident au sein de son opinion publique n’est plus un mystère. C’est exactement ce choix stratégique qui impose à nos pays d’y prêter attention.

    Cela ne fait que renforcer la nécessité pour nos élus de faire preuve de pédagogie, de franchise et de confiance vis à vis de la population française. En se contentant de quelques généralités balancées dans la presse lorsque l’urgence médiatique (la mort de deux soldats au combat hier par exemple) l’exige est insuffisante.

    Les Français ont BESOIN de comprendre l’Afghanistan et ce que l’on y fait pour pouvoir soutenir cette opération (ou au contraire la rejeter) en connaissance de cause.

    La méthode américaine en Irak est effectivement un bon exemple. Les médias sont tombés dans le panneau dis tu. Pas tout à fait. De nombreux journalistes ont soulevé la question de ces 50 000 pax restant. Un post sur le site de Foreign Policy avait le titre parfait : « Nos combattants quittent l’Irak ? Mais alors qui est ce type ? » avec la photo d’un GI armé.

    L’opinion tolère ces manoeuvres politiques parcequ’elles restent éloignées de son quotidien. C’est le choix que font les élus actuellement dans nos pays : passer en force. Hervé Morin lui même avait ainsi répondu à la question du départ : « non, on n’a pas le choix, on doit rester ».

    Injustifiable pour l’opinion. La démocratie rejette l’obligation. Elle exige la liberté du choix. Ce choix peut certainement être introduit subtilement, c’est le boulot des spin doctors, mais il ne peut pas être balancé comme une porte que l’on claque.

    RM

  5. SD Says:

    Bonjour RM
    Je ne suis pas d’accord avec tous les points que tu abordes (d’accord avec une majorité ) mais ce n’était pas l’objet du commentaire qui est un complément de ton propos.
    L’Afghanistan est un conflit limité avec des moyens limités. Pour arriver à soutenir durablement le gouvernement afghan, il faut du temps dans ces conditions. Le minimum est pour moi de consentir des moyens (temps + court) ou du temps (moyens + faibles).

    Pour ce qui est du départ d’Irak, tu me cites Foreign policy mais qui le lit entre termes de masse ? Il s’agit de convaincre la majorité de l’opinion qui pèse dans les sondages… pas les spécialistes ou amateurs de stratégie ou de géopolitique. J’ai regardé les médias de masse occidentaux : les Etats-Unis quittent l’Irak…
    Les médias du Moyen-Orient (agences de presse) ont parfois des interprétations différentes.

    Pour ce qui est de l’explication des enjeux de défense, je suis totalement d’accord avec toi. Il faut éclairer les citoyens, avec une grande clarté sur les objectifs poursuivis. C’est en leur nom et en leur place (principe d’une armée professionnelle permanente) que se battent leur soldats. Beaucoup d’informations sont disponibles sur les sites de défense officiels (Mindef) ou non officiels (journalistes, web social, etc.). Franchement, je ne suis pas certain que cela préoccupe vraiment la grande majorité de nos concitoyens. Je me trompe peut-être.
    Cordialement
    SD

  6. Electrosphère Says:

    La question afghane est indissociable de la question pakistanaise… jusqu’ici inabordable et inabordée par toutes les parties.

    Faudra peut-être rédiger un « Quitter l’A-stan ? Oui mais non » – part.2 en 2015, et pourquoi pas un part.3 en 2020…

    La FIAS et OEF ont-ils sérieusement envisagé cinq à dix ans de plus en A-stan ? Une telle perspective relève-t-elle (également) d’un enième tabou ?

  7. SD Says:

    Un référence, les guerres yougoslaves qui débutent pour la France en 1992 (FORPRONU) et ne sont toujours pas terminées. En Bosnie 84 morts (http://bruxelles2.over-blog.com/article-84-casques-bleus-fran-ais-morts-en-bosnie-51601810.html) dont des appelés. On peut ajouter plusieurs centaines de blessés.
    La question pakistanaise est abordée. Il suffit d’aller lire les discours sur le site de la Maison blanche. Les bombardements américains sont réguliers sur ce pays et des opérations sont menées depuis plusieurs années. Pour le rôle de l’armée et de l’ISI, ce n’est pas nouveau et ne date pas du 11 sept.
    Les opérations avec des moyens limités, cela prend du temps, plus que les jeux vidéos du thème du mois (dont certains sont déjà très longs à terminer…
    Une citation du document FT-1 de l’armée de Terre française disponible sur le site du CDEF. « [la stabilisation] est pour l’ensemble des acteurs, le temps de la complexité et de la gestion des contraires où il faut tout à la fois répondre aux urgences du court terme et aux nécessités du long terme dans un pays bouleversé jusqu’au plus profond de lui-même. ». La stabilisation inclut des combats violents dans la doctrine.
    La lecture de ce document ou des documents américains (FM 3-24, FM 3-0, etc.) montrent que ces opérations ne s’inscrivent que dans le temps long… Les exemples historiques vont dans le même sens.
    Après on peut rêver à des guerres courtes mais la réalité est bien autre… Demandez aux Coréens, aux Libanais, aux Cachemiris, au Congolais de la région des grands lacs…
    Cordialement

  8. SD Says:

    Une référence pour le Pakistan abordé par Obama :http://www.whitehouse.gov/sites/default/files/091201-obama-afghanistan-speech-french.pdf
    Et en plus c’est en Français :)

  9. Electrosphère Says:

    @ SD,

    C’est précisément ce temps long (de la COIN et/ou de la stabilisation) qui devient d’autant plus difficilement « vendable » lorsqu’on tarde et retarde l’explication sincère et approfondie.

    Vendre une guerre (longue) doit être fait à temps c-à-d le plus tôt possible. Les US ont su vendre la guerre d’A-stan à temps : quand les décombres du WTC fumaient encore, pour caricaturer. En outre, le 11 sept a offert une justification sur un plateau en or à des opinions traumatisées et souhaitant peut-être « en découdre », dans le cas américain… Ce qui n’est guère le cas pour les pays européens engagés en A-stan (sauf GB du fait de sa « relation spéciale » avec les US).

    Or, je crains que les opinions européennes comme américaines aient d’autres soucis, notamment depuis l’automne 2008 : l’état de l’économie / de l’emploi et leur pouvoir d’achat en chute libre. Peut-on les en blâmer ? Expliquer une guerre longue à X heures d’avion nécessitera donc une remarquable dextérité sur le plan argumentaire, faisant pour l’instant grandement défaut aux dirigeants européens…

    Pour finir, je suis certes un « geek » qui s’assume ouvertement comme tel mais ma vision du temps stratégique dans les conflits réels est de loin plus réaliste que celle pratiquée dans les jeux vidéo (conformément à mes articles écrits dans ces pages et dans mon blog). Dans le cas contraire, j’aurais intégré Jeux PC pas AGS, d’acc’?

    Cordialement

  10. SD Says:

    @Electrosphère
    Les pays européens sont démocratiques. Ils élisent des représentants pour prendre des décisions. Ces représentants, dans les pays engagés en Afghanistan, décident ou non d’engager leur armée dans ce conflit. Lorsque les opinions ne sont plus d’accord, elles votent contre et les troupes sont retirées. Donc, si elle ne veulent plus participer à une opération, elles votent pour ceux qui préconisent un désengagement, y compris en cas de crise économique et de chômage (c’est le cas depuis globalement 30 ans en Europe de l’Ouest).
    Lorsqu’une guerre dure sur plusieurs mandats, j’en déduit que les politiques savent « vendre leur guerre « même si des explications supplémentaires sont souvent nécessaires et souvent absentes.
    D’ailleurs, qui fait mieux dans le monde vis-à-vis de son opinion ?
    Pour finir, ceux qui ont en charge une opération, totalement ou partiellement, n’ont peut être pas la clairvoyance stratégique qu’on voudrait leur voir et l’on a tout a fait le droit de ne pas être d’accord avec eux et de le faire savoir. Mais, ils portent la responsabilité de leurs choix et de leurs ordres souvent pendant toute leur vie. Pour l’intérêt du débat stratégique, il méritent donc d’être mieux considérés que comme des inconséquents qui cachent la réalité aux opinions, d’acc ?
    Cordialement

  11. Electrosphère Says:

    @ SD,

    Avant toute chose, je ne me souviens pas avoir insinué ou évoqué la moindre cachotterie politique dans mes commentaires précédents.

    Nous saurions tous beaucoup aimé que ce soit aussi net et clair comme tu le décris. Au fait, depuis quelle année dure l’engagement français/européen en A-stan ?

    Cordialement

  12. SD Says:

    @ Electrosphère

    Si ce n’est pas une « cachotterie politique », cela veut dire quoi « La question afghane est indissociable de la question pakistanaise… jusqu’ici inabordable et inabordée par toutes les parties. » ?

    Pour la FIAS : 2001 pour Kaboul et sa région. Extension à l’ensemble du pays en 2003. Il peut durer plusieurs décennies ou quelques mois si les Etats le décident. FINUL (Liban) : plus de 30 ans ; Licorne (Côte d’Ivoire) 8 ans, KFOR 10ans, pour ne citer que ces opérations…

    Si c’est net et clair, c’est une question de pédagogie que tout le monde appelle de ses voeux. La réalité est certainement plus complexe que quelques dizaines de mots, j’en conviens toujours. Cependant, je rappellerai juste l’exemple des Pays-Bas en Afghanistan (en cours), du Canada en Afghanistan (2012) ou de l’Espagne en Irak (2004).

    J’arrête les commentaires sur ce billet et je te laisse le dernier mot ainsi que la place aux autres commentateurs.
    Si tu veux poursuivre le débat, je suis prêt en dehors du cadre du billet même si je pense que nos visions de l’affaire ne sont pas totalement conciliables.

    Cordialement

  13. egea Says:

    @SD : juste une petite précision de cuistre :
    - 2001 : arrivée de la FIAS « internationale »
    - 2003 : passage de la FIAS sous houlette Otanienne
    - 2006 : extension de la FIAS à l’ensemble du territoire afghan. Alors, les ennuis commencèrent… et accessoirement, les Français n’étaient pas très chauds à l’époque…

  14. JGP Says:

    Avec ma casquette de simple citoyen consommateur des mainstream media français, j’ai la perception d’un défaut de com’ politique vis-à-vis de la situation pakistanaise. Mais les gens s’y intéressent-ils ? Cf. mais c’est autre chose le manque d’empathie suite aux inondations…

    Quand Hervé Morin, ministre de la défense, se fend fin 2009 d’un « Il faut enfin dire [aux Français] que le risque de contagion au Pakistan, puissance nucléaire, est loin d’être négligeable si nous partons », je tombe un peu des nues devant l’euphémisme !

    Après, comme la dimension politicienne est bien présente, le ratio (gains escomptés / contraintes générées) d’un débat et d’explications pleins n’apparaît peut-être pas évident à nos dirigeants…Dommage car cela témoigne d’un manque d’alignement stratégique avec les menaces identifiées par le LB notamment…

  15. Electrosphère Says:

    @ SD,

    Cool, compagnon. Certaines divergences peuvent enrichir d’autant le débat. AGS sert d’ailleurs à ça. Mes propos n’avaient rien du genre « ils ne nous disent rien, ils nous cachent tous« . Je détaillerais mes propos dans les lignes suivantes, ce qui m’aurait été impossible plus haut à moins de m’étaler indéfiniment et donc de perdre le fil de mon idée.

    Le Pakistan peut-il réellement se faire à l’idée d’un « deal » ou d’une paix séparée/négociée en A-stan (entre la FIAS, l’administration Karzaï et les Talibans) concocté sans sa contribution voire son accord ? Ne mettra-t-il tout en oeuvre pour entraver une telle perspective, au demeurant l’une des seules capables de réellement stabiliser l’A-stan ? A ce titre, la récente arrestation de Abdoul Ghani Baradar (No2 Taliban) par la CIA n’est-elle pas hautement arrangeante pour l’ISI en particulier ? Il semble que Baradar « flirtait » de plus en plus avec Karzaï….

    Par ailleurs, comme je l’avais signalé dans un article AGS précédent, le Pakistan considère : 1/ l’Inde comme un ennemi bien plus dangereux que les Talibans, 2/ l’A-stan comme sa profondeur stratégique précisément contre l’Inde. Comment feront Washington et Bruxelles pour infléchir la position d’Islamabad à ce sujet ?

    Je vois mal le Pakistan accepter une stabilisation d’un A-stan où il n’aurait point une emprise (très) forte. Sa phobie de l’Inde semble réellement indécrottable. Dès lors, doit-on vraiment s’attendre à quelque profonde évolution positive en A-stan si Islamabad et New Delhi ne calment pas (encore plus) le jeu ?

    That’s why j’affirmais dans mon tout premier commentaire que la question afghane est indissociable de la question pakistanaise… et donc de la question indo-pakistanaise.

    Suis-je hérétique en évoquant pour cela ?… pour peu que tu ne focalises pas -à juste titre – sur les seuls aspects militaires du conflit afghan et de sa perception/justification en Europe…

    Cordialement.

  16. RM Says:

    @SD & Charles :

    Sans parler de cachotteries, il est évident que le sujet est peu abordé. A mon sens, la pédagogie officielle sur l’Afghanistan étant déjà largement dépassée, y inclure la question pakistannaise serait une angoisse !

    Car elle suppose de revenir loin en arrière sur les partenariats ISI/CIA pour soutenir les Moudjahidines contre l’armée soviétique. Elle suppose de bien expliquer quels sont les risques avec l’arme nucléaire pakistanaise et elle suppose d’expliquer pourquoi Islamabad et Delhi sont en guerre tiède.

    Mais effectivement, dans les milieux « avertis », on parle beaucoup du Pakistan au moins depuis 2004 – 2005.

    Mais finalement, le message général de mon billet, à savoir que les élus échouent lourdement dans leur dialogue avec la nation en ne prenant pas la peine d’expliquer clairement les enjeux de l’Afghanistan s’applique également au sujet du Pakistan.

    D’ailleurs, qui, en France, est informé des tensions entre l’Inde et le Pakistan ?

    @JGP :

    Je suis tout à fait d’accord avec toi. Et je suis convaincu que c’est une faute politique.

    Pas seulement politique d’ailleurs mais aussi médiatique car la presse dans sa globalité échoue également dans son rôle d’informateur.

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