Medal of Honor – Allied Assault : « the American Way of History »
Written by AGS on août 17, 2010 – 9:23 -Le jeu PC Medal of Honor : Allied Assault, développé par la société 2015, Inc et édité par EA Games, sorti en 2002, est vite devenu l’un des First-Person Shooter (FPS) de légende de l’histoire des jeux vidéo. Basé sur le moteur de Quake III Arena, il simule les combats sur le théâtre occidental de la Seconde Guerre mondiale (Afrique du Nord, Norvège et campagne de 1944-1945 en France et en Allemagne) menés par les forces américaines. Dans le jeu, vous incarnez le lieutenant Powell, des Rangers de l’US Army, mais qui travaille en fait pour l’Office of Strategic Services (OSS), le fameux ancêtre de la CIA.

Medal of Honor - Allied Assault
Le jeu a été inspiré par Steven Spielberg : on ne s’étonnera donc pas d’y sentir l’influence d’un Saving Private Ryan (1998) et même de Band of Brothers (2001) -encore que l’on voit plus l’héritage de cette dernière série dans la première extension du jeu, Medal of Honor : Allied Assault-Spearhead (en français, En Formation). Le but du présent article est de montrer comment le jeu Medal of Honor reflète une vision typiquement américaine de l’engagement des Etats-Unis dans la Seconde Guerre mondiale. Pour ce faire, nous allons passer en revue les six missions proposées par le jeu et décortiquer les références sous-jacentes au propos de ce véritable phénomène ludique.
Lightning the Torch (7 novembre 1942) : les Rangers ne sont pas les SAS !
Pour la première mission du jeu, l’objectif consiste à détruire des batteries d’artillerie allemandes menaçant le débarquement allié en Afrique du Nord, devant avoir lieu le lendemain. Vous devez aussi récupérer un agent des SAS, le commandant Grillo, qui, envoyé avant vous, a eu la mauvaise idée de se faire prendre ! Et ça commence sur les chapeaux de roue puisque votre groupe d’assaut, composé de deux camions allemands capturés remplis de Rangers, se fait démasquer au premier point de contrôle rencontré. Dans l’échauffourée qui suit, vous vous retrouvez vite seul pour mener à bien la mission du jour. Dans les premières minutes du jeu sont donc mises en place deux des caractéristiques principales de Medal of Honor : les Rangers ne brillent pas par leur capacité d’infiltration et se chargent du travail de manière « frontale », par les armes plutôt que par la subtilité ; ensuite, votre groupe d’assaut est souvent décimé, vous laissant seul pour accomplir l’objectif, ce qui évidemment vous place dans une situation valorisante et propre à vouloir décrocher « the Medal of Honor », la plus haute distinction américaine qui donne son nom au jeu. Mais continuons un peu dans cette première mission.
Vous retrouvez rapidement le commandant Grillo qui, en bon SAS, lui, fait montre de plus de capacités d’infiltration : il vous apprend par exemple à éviter les projecteurs allemands (!). Au passage, vous pouvez aussi délivrer l’un de vos Rangers fait prisonnier lors de l’embuscade : un schéma que l’on retrouvera souvent lors des missions du jeu, sans doute un héritage du traumatisme américain concernant les POW (Prisoners Of War, prisonniers de guerre) et MIA (Missing In Action : les disparus) : ne laisser personne derrière soi. Même si le jeu figure les Rangers comme une troupe d’assaut, ce qu’ils sont bien en réalité, on ne saurait déroger à la mythologie SAS : vous avez droit à un passage en jeep où, avec votre mitrailleuse cal.30, vous détruisez des appareils allemands au sol dans la plus pure tradition des raids de David Stirling contre les aérodromes de l’Afrika Korps. Il faut aussi relever que l’on doit également, dans cette première mission, mettre hors de combat plusieurs chars adverses : l’on trouve seulement deux modèles, le Panzer IV à canon long de 75 mm et le Panzer VI Tigre I, qui semble obséder les Américains, comme on le verra encore, par la suite, dans d’autres missions du jeu.
Scuttling the U-529 (14 février 1943) : Das Boot ist kaputt !
Changement de décor pour cette deuxième mission puisque nous voilà cette fois-ci en Norvège, pour une tâche relevant a priori plutôt de l’infiltration : il s’agit de pénétrer dans une base de U-Boot à Trondheim pour détruire le prototype du Naxos, un détecteur de sonar mis au point par les Allemands. Je dis a priori car, de fait, l’aspect « Rangers » ne tarde pas à resurgir. Le commandant Grillo, qui était déjà sur les lieux, se fait abattre en vous ouvrant les portes de la place. C’est donc à vous de vous frayer un passage dans l’installation, mais sans aucune discrétion puisque l’arme de référence est… le fusil de tireur d’élite Springfield. Remarquez, cela vaut mieux, puisque l’on rencontre un nouvel adversaire : le berger allemand, rapide et bien dressé, et qui vous enlève dix points de vie à chaque morsure quand il arrive au contact (sale bête !). Là encore, il faut y voir une réminiscence d’un traumatisme sans doute lié au sort des prisonniers de guerre ou de ceux des camps de concentration et d’extermination.
L’infiltration se présente enfin : pour aller détruire le prototype du Naxos, il faut enfiler un uniforme d’officier allemand et obtenir les papiers qui permettent de franchir les points de contrôle. Ces derniers sont gardés par des SS bien différenciés des autres soldats allemands par leur tenue noire, leur brassard nazi et leur aspect peu avenant : la distinction Wehrmacht-SS est ici patente, d’autant plus que ce sont bien les SS qui, tout le long du jeu, gardent les endroits stratégiques. Regardons-les d’ailleurs de plus près, ces soldats allemands, puisque nous passons pour ainsi dire incognito : la plupart sont la « boule à zéro », et certains présentent même un faciès à la limite de la caricature, avec une lèvre inférieure distordue qui en fait de véritables « Frankenstein » . En somme, une déshumanisation totale et sans égard de l’adversaire nazi (encore que ce soit en fait les soldats de la Wehrmacht, et non les SS des points de contrôle, censés plutôt jouer les « méchants », qui soient victimes de cette mise en scène graphique ! Etrange paradoxe).
La mission se termine comme de coutume par une sortie en force, après avoir promptement détruit le Naxos sous la garde de scientifiques abattus au pistolet à silencieux (dont c’est bien la seule utilité dans toute la mission !), et un sous-marin allemand à quai dans son bunker protégé. Inutile de dire que l’on ne fait pas dans la dentelle puisque les politesses avec les Allemands se font à coup de Springfield et de MP 40 dûment récupérée sur ces derniers !
Operation Overlord (6-7 juin 1944) : Saving Private Ryan pur jus !
Nous voilà maintenant, jusqu’à la fin du jeu, lancé dans la « grande croisade » d’Eisenhower, la libération de l’Europe occidentale occupée à partir du débarquement en Normandie du 6 juin 1944. Autant le dire tout de suite, cette mission colle morceau par morceau au film de Spielberg : sans surprise, donc !
Rattaché au 2ème bataillon de Rangers, vous voilà lancé sur le secteur Dog Green d’Omaha Beach, sous le feu des MG 42 et des mortiers allemands. Tout y est : le parcours en péniche avec les soldats qui vomissent, qui prient pour être épargnés, le LCVP à votre gauche qui ramasse avant la plage un obus de mortier, et bien évidemment le feu terrible des MG 42 qui va vous donner un peu de fil à retordre pour atteindre la digue, au pied des bunkers qui sont la copie conforme de ceux de la scène initiale de Saving Private Ryan. Comme vous ne pouvez pas compter sur vos collègues de l’intelligence artificielle (pourtant nombreux cette fois-ci !), il va falloir aller récupérer vous-mêmes les tubes Bangalores dans un cratère d’obus sur la plage, qui permettent de faire un trou dans le réseau de barbelés. Ouf ! Il ne reste plus qu’à jouer les Jackson en abattant les tireurs MG 42 postés en surplomb. Petit plus par rapport au film : vous devez faire attention aux mines avant de pénétrer dans les bunkers allemands -eh oui, il faut bien les nettoyer histoire que vos camarades de l’intelligence artificielle arrêtent de se faire massacrer en contrebas. On ne procède pas au lance-flammes dans le jeu, mais la remontée du sous-sol jusqu’aux embrasures supérieurs donne lieu à de jolis corps-à-corps -il faut bien maintenir l’aspect « Rangers » de Medal of Honor !
Après le débarquement, vous voilà lancé dans le bocage normand avec un capitaine, qui n’est pas le capitaine Miller alias Tom Hanks, mais le capitaine Ramsey, lui aussi du 2ème bataillon de Rangers et auquel il va falloir donner un coup de main pour remplir deux ou trois objectifs de mission. Le premier étant bien entendu d’aller sauver ces pauvres enfants perdus de la 101st Airborne qui ont eu la charmante idée de s’égayer un peu partout autour de leurs zones de saut (les méchants !). Mais vous devrez également détruire une batterie de canons Flak 20 mm dans un décor… qui ressemble encore une fois furieusement à celui de la station radar endommagée dans Saving Private Ryan ! Allez chercher la coïncidence… dans cette mission, c’est aussi l’apparition d’un redoutable ennemi qui semble avoir traumatisé les Américains : le tireur d’élite, particulièrement redoutable en groupe (trois ou quatre sur 100 m dans l’un des passages de la mission) et toujours muni de la traditionnelle « boule à zéro », d’un uniforme noir qui le fait un peu assimiler aux SS (ceux des points de contrôle, vous vous rappelez ?). Pour faire bonne mesure, il faut aussi mettre hors de combat une batterie de Nebelwerfer, ce qui nous vaut un joli combat de rues… où l’on croise encore… un Tigre (à croire que les Allemands n’avaient que ça en Normandie !), dans un décor qui est cette fois calqué sur l’affrontement final de Saving Private Ryan, au pont de Ramel.
Behind Ennemy Lines (22 juin 1944) : décidément, les Rangers ne sont toujours pas les SAS !
Pour cette quatrième mission, la thématique infiltration fait son retour. Il s’agit d’abord de prendre contact avec la résistance locale, en Normandie, pour être introduit dans la zone d’opérations. Mais auparavant, il faut sauver le survivant d’un crash de planeur sur le point d’être capturé par les Allemands -thématique POW/MIA oblige. Le rendez-vous avec la résistance française se fait par l’intermédiaire d’un passage secret… sous l’autel d’une église. On aime bien les églises, d’ailleurs, dans Medal of Honor, car la mission précédente donnait déjà lieu à un bel échange d’amabilités avec des MG-42 allemandes dans les ruines d’une église, juste avant l’arrivée sur la batterie de Nebelwerfer.
La résistance en question, c’est une femme, Manon Baptiste -sic. Elle nous dit que nos armes sont trop bruyantes, alors nous voilà muni d’un pistolet à silencieux et d’un… fusil à pompe (on peut faire plus discret !). De toute façon ça ne change rien : après avoir sauté à l’arrière d’un camion allemand, on se retrouve à faire sauter des chars allemands (des Tigres I, évidemment !) puis l’on récupère à la place de notre cher Springfield un Mauser Kar 98K à lunette qui permet d’éradiquer l’opposition jusqu’au prochain objectif ; on appréciera au passage le canon sur rail de 280 mm démoli par l’aviation -au moins, celui-là, on n’aura pas à le faire sauter !
L’objectif final de la mission consiste à s’introduire dans un manoir pour y recueillir des renseignements sur le nouveau char allemand… le Panzer VI Tigre II « Königstiger » . On est censé arriver discrètement, mais une fois sur place, c’est bien simple, c’est le Far West, on rentre successivement dans toutes les parties du manoir et on tire sur tout ce qui bouge, sans concession… en privilégiant toutefois les méchants gardes SS qui risquent de sonner l’alarme dans leur guérite si on ne les trucide pas de suite -alarme qui provoque l’arrivée de deux soldats Waffen-SS en tenue camouflée dans votre dos ! Prosit !
Sur le chemin d’exfiltration vers la résistante Manon Baptiste, on retrouve nos chers amis les bergers allemands qui vous sautent de joie dessus dans les fourrés (et par derrière de préférence : on termine la mission à reculons en arrosant tout ce qui arrive au MP 40). Enfin, l’on peut souffler, pour le moment…
Day of the Tiger (20 août 1944) : Street Fighting or Tiger Frenesy !
Pour cette avant-dernière mission, nous voici en Bretagne, à proximité de Brest, où les combats de rue font rage entre Américains et Allemands assiégés dans le port. Le but de la mission est de s’emparer d’un char Tigre II (il semblerait que les Américains n’aient alors pas assez de Shermans disponibles…) avec un équipage spécialement formé avec les documents récupérés dans la mission précédente. Avec le char, l’objectif final de la mission est ensuite de s’emparer d’un pont stratégique.
Ca commence très fort puisqu’il faut d’abord rassembler l’équipage du char perdu dans la ville de Landernau… qu’il va falloir traverser sous une pluie battante, et avec des tireurs d’élite allemands postés tous les 20 mètres ou presque ! Sur les toits, aux étages des maisons délabrées (on retrouve celle de Saving Private Ryan dans la scène correspondante), dans les moindres recoins… il faut regarder partout, et vite, sous peine de se retrouver le nez dans la boue. Là encore, la finesse n’est pas de mise puisque pour récupérer le char, il faut jouer de la Thompson et de la grenade à travers la défunte mairie de la place.
Une fois dans le char, on a le droit à une petite chevauchée fantastique sur Tigre II, sous la menace des tubes de 88, des chars Panzer IV et Tigres I et des quelques Panzerschreck dissimulés sur votre chemin. Enfin, on arrive au pont (ça ressemble à Ramel en inversé : ce sont les Allemands qui tentent de le faire sauter, et il faut les abattre du haut du clocher, jusqu’à ce que des Tigres tirent dessus -Jackson, Requiescat In Pace). Ensuite, on a juste à cibler les chars adverses (des Tigres I, quelle surprise !) qui arrivent de l’autre côté du pont et à appeler l’aviation -des P-47 qui font mouche à chaque fois, comme c’est pratique, d’autant plus que des Allemands arrivent régulièrement par deux pour nous dire bonjour dans le dos pendant qu’on repère à la jumelle les chars ennemis.
The Return to Schmerzen (18 janvier 1945) : Rambo First Blood !
Dernière mission du jeu, début 1945 : il s’agit de comprendre pourquoi des avions de reconnaissance alliés sont abattus au-dessus d’une forêt perdue du Luxembourg (bizarre d’avoir des pièces de DCA s’il n’y a rien à côté…). De fait, l’endroit sert de centre de production d’armes chimiques pour les Allemands, ce qui rajoute un nouveau côté dramatique à la mission, d’autant plus que des prisonniers américains doivent servir de cobayes aux nazis (réminiscence des expériences menées par l’Unité 731 des Japonais ?).
Nous voilà donc dans la neige, en pleine forêt, terrain où il est difficile de voir grand chose… et surtout les tireurs d’élite allemands placés en hauteur, tout comme les bunkers abritant les MG 42. Cela ne nous empêche pas de venir à bout des canons Flak de 20 mm, ni de s’introduire dans une usine fabriquant le nouveau fusil d’assaut allemand Sturmgewehr 44, d’en voler les plans et un exemplaire bien sûr, pour rajouter à notre impressionnante puissance de feu.
Pour faciliter la tâche des Rangers chargés de vous aider à donner l’assaut au fort, vous devez saboter les communications allemandes dans une ville gardée par des Gebirgsjäger évidemment équipés de StG44. Mission sans finesse, brutale, ou le fusil d’assaut a toute sa place, d’autant plus que nos amis les bergers allemands sont de retour et toujours aussi impatients de venir vous voir de près.
Reste à se charger du fort : l’irruption en train avec les Rangers se fait, encore une fois, sous le feu des tireurs d’élite que vous êtes chargés de neutraliser (évidemment puisque vous seul avez un Springfield sous la main…). Il faut ensuite descendre dans le complexe d’armes chimiques pour poser les charges près des bonbonnes de gaz moutarde (puisque c’est la spécialité locale). On a encore droit à un petit passage d’infiltration en uniforme, vite remisé pour revenir au StG44 et au masque à gaz indispensable dans les profondeurs bétonnées, étant donné que vous pouvez tirer dans les conduites pour tuer tout le monde (pratique finalement…). Il faut ensuite sortir des profondeurs de la terre alors que le bâtiment explose, tâche délicate avec un masque à gaz entravant la vision, un océan de flammes et quelques gardes scriptés qui n’ont pas trop envie de vous laisser sortir vivant de cet enfer… mais on y parvient malgré tout !
Conclusion
Quelles leçons à tirer de cette présentation des mission du jeu, volontairement ironique ?
1/ La prédominance dans la représentation américaine de la campagne d’Europe occidentale de 1944-1945, à partir du 6 juin 1944. Les deux premières missions servent ici d’introduction. Les deux tiers de Medal of Honor se déroulent entre le D-Day (avec une mission à lui seul) et la capitulation allemande du 8 mai 1945. On a l’impression que l’intervention américaine dans la Seconde Guerre mondiale se résume à cette seule campagne : la première extension de Medal of Honor, En formation, comprend trois missions de plus… en Europe occidentale (avec les paras britanniques le 6 juin 1944, la bataille des Ardennes et un saut jusqu’à Berlin avec les Soviétiques). Il faut attendre la deuxième extension du jeu pour voir apparaître uniquement le théâtre méditerranéen (Afrique du Nord, Sicile et Italie).
2/ L’inspiration Saving Private Ryan. Elle est présente partout, et en particulier dans les trois missions du milieu du jeu. Décors et matériels, personnages en sont inspirés, non sans problèmes que l’on détaillera ci-dessous. La patte « Spielberg » est bien visible.
3/ La mentalité « troupes de choc ». Il n’est pas innocent que le joueur incarne un officier des Rangers, membre de l’OSS. Dans plusieurs missions (la première, la deuxième et la quatrième en particulier), on présente une dimension « infiltration » qui ne dure en fait que très peu de temps : bien vite on ressort les armes bruyantes pour éliminer toute résistance. En ce sens, le jeu porte l’esprit de la 1st Special Service Brigade, cette unité créée par les Américains comme troupe de choc, baptisée « Brigade du Diable » par les Allemands et ancêtre directe des Bérets Verts (forces spéciales de l’US Army).
4/ La déshumanisation et la simplification de la représentation concernant l’adversaire. Les Allemands, vus de près dans le jeu, ont des faciès plus que caricaturaux ; les conversations que l’on peut attendre volent aussi très bas. Enfin, on notera cette volonté ambigüe de séparer Wehrmacht et SS, comme si ces derniers étaient censés représenter les « méchants », les seuls nazis, alors que l’on sait très bien aujourd’hui que tout n’était pas blanc ou noir. La recherche historique a bien montré l’implication de la Wehrmacht dans de nombreux crimes de guerre et dans la politique d’extermination mise en place par Hitler. On retiendra en particulier ces combattants Waffen-SS dans le jeu qui vous sautent dessus depuis les placards dans certaines maisons traversées (!).
5/ La vision biaisée du combattant américain plongé dans les combats, comme cela était déjà sensible dans Saving Private Ryan, exposé au même genre de critiques. Les chars allemands sont presque ainsi toujours des Tigres I, vus comme des mastodontes indestructibles. Les tireurs d’élite allemands, que l’on revêt pour la circonstance d’uniformes noirs SS pour les distinguer des autres soldats nazis, sont omniprésents. Ceux-ci n’hésitent pas à lâcher sur vous des meutes de bergers allemands, un emprunt sans doute aux souvenirs traumatisants de découvertes des camps puis des récits qui en ont été faits par les détenus de retour chez eux. Les Allemands vous attaquent souvent dans le dos, par derrière, en traître. On notera enfin cette insistance mise sur la dimension « search and rescue » : à de nombreuses reprises, il faut délivrer des prisonniers, secourir des personnels d’avions abattus, des soldats pris au piège dans des bâtiments, etc. Toujours cette volonté américaine de limiter les pertes et de ne laisser personne en arrière, syndrôme POW/MIA qui remonte aussi largement à la guerre du Viêtnam.
Je prends pourtant toujours autant de plaisir à rejouer à la campagne en solo de Medal of Honor. Simplement, il était intéressant ici de présenter une grille de lecture un peu différente de la simple appréhension du joueur lambda. On comprend mieux ainsi certains ressorts de la vision américaine au sujet de la Seconde Guerre mondiale.
La version originale publiée dans le blog de l’auteur comporte des annexes et une bibliographie indicative.
Stéphane Mantoux, Historicoblog
Tags: guerre conventionnelle, jeux vidéo, réflexion stratégique, simulation, tactique
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août 23rd, 2010 at 10:03
La version électronique du Monde revient aujourd’hui sur ce jeu suite à la déclaration de la secrétaire à la défense britannique: « Il est choquant que quelqu’un puisse trouver acceptable de recréer les actes des talibans », déplore Liam Fox, secrétaire à la défense britannique, se disant dans le Sunday Times du 22 août, « dégoûté et en colère », à propos d’une nouvelle mouture du jeu de guerre « Medal of Honor ».
http://www.lemonde.fr/technologies/article/2010/08/23/medal-of-honor-un-jeu-antipatriotique_1401920_651865.html
Comme pour de nombreux jeux prenant pour théâtres des guerres contemporaines, le « réalisme » des combats et surtout la possibilité pour les joueurs d’être aux mains de personnages qui sont les « ennemis » d’aujourd’hui (cela ne pose pas de problème de pouvoir jouer les différents adversaires des guerres napoléoniennes, du moins il n’y a pas de telles réactions, à ma connaissance !) sont souvent remis en cause.
Quel est ton avis en tant que jouer de « Medal of Honor » quant à ce type de déclaration ? Ne peut-on pas justement apprendre beaucoup de choses de la stratégie d’acteurs dits « non conventionnels » par ce type de jeu ?
Bénédicte
août 23rd, 2010 at 10:05
Avec une erreur, Liam Fox est bien un homme (contrairement à ce que laissait entendre le début de mon commentaire !)
Mes excuses !
août 24th, 2010 at 10:39
Question sensible que celle que tu me poses là, Bénédicte…
D’abord, je dirais que le réalisme de Medal of Honor (du moins le premier, les suivants sont sans doute dans le même cas) est plus que relatif : dans le jeu on a une barre de vie de 100 points et il faut prendre bien des munitions d’armes légères pour être tué (seules les mitrailleuses et les obus d’artillerie sont plus létaux, mais encore une fois il faut recevoir bien des coups pour mourir dans le jeu, ce qui n’est guère conforme à la réalité à mon avis, n’ayant jamais participé à un conflit, je ne peux que formuler une hypothèse…).
Par ailleurs dans le jeu en solo de Medal of Honor, l’intelligence artificielle n’est guère évoluée, puisque les soldats allemands apparaissent « scriptés » (une action effectuée par le joueur, l’arrivée sur un lieu déclenchent l’apparition de soldats ennemis) et ont des réactions assez surprenantes parfois (venir au corps-à-corps sur un espace découvert alors qu’ils sont équipés d’armes permettant de tirer à distance, par exemple). Cherchez l’erreur ! Récemment je jouais à un autre FPS, Far Cry premier du nom, qui s’intègre bien dans la tendance d’intégration des nouvelles problématiques de défense dans les jeux vidéos. Dans ce jeu, sorti en 2004, le joueur, ancien des US Special Forces, doit affronter sur une île du Pacifique Sud une troupe de mercenaires suréquipés et qui, pour le coup, manifestent de réelles qualités d’intelligence artificielle en extérieur : ils se déplacent en groupes, tentent de se mettre à couvert, de contourner le joueur, utilisent les possibilités du terrain, etc.
Concernant le problème de jouer le camp « terroriste » ou des situations disons moins stéréotypées du point de vue occidental (soldat américain de la Seconde Guerre mondiale), honnêtement la réaction de ce ministre britannique me semble être un faux problème ou au pire de l’hypocrisie. En effet, de longue date, on peut jouer dans des jeux vidéos, et y compris dans ceux traitant de la Seconde Guerre mondiale et même côté allié, des rôles non conventionnels.
Exemples : l’antique série des Commandos, qui permet d’incarner plusieurs hommes des commandos britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale qui effectuent leurs missions par l’assassinat, le sabotage, le déguisement, etc. Adolescent j’ai passé de nombreuses heures sur le premier volet. Plus récemment, en 2007, un studio de développement proposait d’incarner un agent du SMERSH soviétique dans le jeu Death to Spies, qui menait des missions d’infiltration, d’assassinat et de sabotage contre les Allemands et même contre les Américains en 1945, sans que cela soulève de problème particulier à l’époque, il me semble…
Personnellement je suis donc plutôt favorable à ce changement de perspective car cela ne peut apporter, en effet, que de nouveaux points de vue au débat. Par ailleurs, on parle de jeux vidéo, et il faut bien y rester : la réaction de ce ministre britannique m’apparaît donc comme assez bornée. C’est dommage pour lui, il gagnerait sans doute à essayer ce nouveau volet de Medal of Honor !
Merci en tout cas pour cette question.
août 24th, 2010 at 10:46
Quelques liens pour compléter mon propos :
Le site du jeu d’infiltration Death to Spies :
http://www.deathtospies-thegame.com/index_fr.html
La première mission dans Commandos (1) : Behind Enemy Lines.
http://www.youtube.com/watch?v=ilUPgeDTMyo
Trailer de Commandos 3 : Destination Berlin :
http://www.youtube.com/watch?v=0L12CKWNeCc
Gameplay de Far Cry (1) : le début du jeu :
http://www.youtube.com/watch?v=3O4aCCP4NWM
août 24th, 2010 at 9:20
Ahhh Commandos, encore un jeu sur lequel j’ai passé quelques heures dans ma jeunesse ! Avec souvent, il faut l’avouer, un penchant pour la méthode forte au détriment de la finesse !
août 25th, 2010 at 10:23
Oui on recourait souvent à la force brute dans ce jeu -je pense au Béret Vert (« Ok ! C’est comme si c’était fait ! »).
Ceci dit il fallait parfois bien bâtir sa tactique pour accomplir l’objectif de la mission : j’adorais quant à moi l’espion avec sa seringue et son déguisement (lol).
septembre 1st, 2010 at 1:15
Effectivement le script dans les Medal of Honor était assez poussé: cartes linéaires que ce soient les villes ou les campagnes ou le joueur n’a aucune liberté, les réactions des joueurs, etc.
Je me rappel la mission d’Omaha Beach (je ne me rappel plus quel opus) ou il faut traverser la plage trois fois entre les bangalores et les collègues coincés, tout cela sous le feu des mitrailleuses. Ce script se retrouve dans la plupart des jeux de l’époque, même si MoH reste la « référence » du jeu scripté (à mon sens).
Pour ce qui concerne le parallèle avec le cinéma, je trouve que c’est moins visible dans Medal of Honor que dans Call of Duty (ma préférence allant vers ce dernier).
En effet dans CoD, le cinéma est omniprésent: l’arrivée à Stalingrad qui est la copie conforme du film éponyme, l’assaut de la 101ème sur les canons de flak copie conforme de Band of Brother, etc.
Néanmoins, les missions et les points de vue (on joue les Soviétiques et les Anglais)sont plus diversifiées .
Aussi, le grand spectacle hollywoodien remodèle la WWII a sa sauce, s’appropriant les campagnes menées par les autres armées. Bienfait ou non? je ne sais pas si du côté russe on apprécie de voir une grande guerre patriotique made in USA.
septembre 1st, 2010 at 6:10
Merci pour ces précisions sur Call of Duty que je connais moins !