Nuclear Posture Review

La Nuclear Posture Review (NPR) a été dévoilée mardi 6 avril. La place de ce document dans la politique de défense des États-Unis est centrale puisque la NPR fixe la stratégie nucléaire américaine pour les cinq à dix ans à venir. Avec la Quadrennial Defense Review et la Ballistic Missile Defense Review, toutes deux publiées en février dernier, la NPR participe à la production du cadre stratégique et institutionnel de la politique de défense des États-Unis.


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Dans l’immédiat, deux principes peuvent être retenus.


Réduction des arsenaux nucléaires. La NPR considère que les États-Unis peuvent maintenir leur capacité de dissuasion avec la moitié des arsenaux nucléaires actuels. Ce principe servira de base pour le nouveau traité de réduction des armements stratégiques (START 3) qui doit être signé avec la Russie cet semaine. Négocié depuis un an, START 3 remplacera START 1 qui est expiré depuis décembre dernier. La limitation serait portée à 1 550 têtes chacun, tandis que le traité inclurait un élément technique de taille : les missiles balistiques intercontinentaux ne seraient plus dôtés du système MIRV (Multiple Independently targeted Reentry Vehicle) permettant de les équipper de plusieurs têtes nucléaires. Plus généralement, le principe d’une réduction des arsenaux est présenté comme un élément coopératif et stabilisateur des relations avec la Russie et la Chine. Il s’inscrit également dans le projet d’un monde sans armes nucléaires proposé par le président Obama il y a un an.


Limitation des scénarios d’utilisation de l’arme nucléaire. La NPR introduit également un principe de non-utilisation de l’arme nucléaire contre un État qui ne disposerait pas de cette arme et serait en conformité avec le Traité de non-prolifération nucléaire. (TNP). Dans l’hypothèse où cet État utiliserait des armes chimiques ou biologiques contre les États-Unis, il devrait subir une réponse militaire conventionnelle mais non nucléaire. En langage diplomatique, le message adressé à l’Iran ou à la Corée du Nord est clair : un tel principe ne peut s’appliquer à ces deux pays qui sont donc encore sous le coup de la dissuasion nucléaire et d’une riposte potentielle.


Ce nouveau principe permet-il d’établir une norme d’équilibre entre réponses nucléaires et conventionnelles ? Ce n’est pas l’avis de Stephen Walt, pour qui cette NPR est purement déclaratoire. Or dans le domaine nucléaire, l’existence physique de l’arme compte bien plus que les mots d’une doctrine.


If you were a world leader thinking about launching a major conventional attack on an important U.S. ally or interest, or contemplating the use of chemical or biological weapons in a situation where the United States was involved, would you conclude that it was safe to do so simply because Barack Obama said back in 2010 that the U.S. wasn’t going to use nuclear weapons in that situation? Of course you wouldn’t, because there is absolutely nothing to stop the United States from changing its mind.


La thèse de Walt est percutante et, connaissant ses affiliations théoriques, on ne lui reprochera pas la sur-détermination qu’il accorde aux facteurs matériels. Ainsi, il n’est pas sûr que la carotte tendue par Obama puisse encourager l’Iran et la Corée du Nord à rejoindre le TNP, une déclaration ne suffisant pas à éliminer l’hypothèse d’une utilisation du bâton nucléaire. D’où la conclusion que rationnellement, ces deux pays auraient tout intérêt à poursuivre leur politique d’acquisition de l’arme nucléaire.


Romain Lalanne


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No Responses

  1. eric dit :

    tout le monde dit que les armes nucléaires vont disparaitre mais moi je vois juste des diminutions d’arsenaux nucléaires sans vraiment de preuves de leur disparition proche

  2. eric dit :

    tout le monde dit que les armes nucléaires vont disparaitre mais moi je vois juste des diminutions d’arsenaux nucléaires sans vraiment de preuves de leur disparition proche

  3. Matthieu dit :

    Contrairement à ce qu’affirme Romain Lalanne dans cet article, l’Iran est déjà Etat-partie au TNP. Seule la Corée du Nord l’a quitté en 2003.

    Si cette doctrine s’adresse à l’Iran c’est parce qu’elle vise les Etats ayant ratifié et respectant le TNP. La question est donc celle du respect ou de l’irrespect par l’Iran du TNP (irrespect jusqu’ici non prouvée).

  4. Matthieu dit :

    Contrairement à ce qu’affirme Romain Lalanne dans cet article, l’Iran est déjà Etat-partie au TNP. Seule la Corée du Nord l’a quitté en 2003.

    Si cette doctrine s’adresse à l’Iran c’est parce qu’elle vise les Etats ayant ratifié et respectant le TNP. La question est donc celle du respect ou de l’irrespect par l’Iran du TNP (irrespect jusqu’ici non prouvée).

  5. @ Matthieu :

    C’est juste.

    Je dis d’abord que l’Iran n’est pas en conformité avec le TNP, bien qu’elle en soit signataire. Cependant, je note plus loin qu’Obama veut encourager l’Iran à rejoindre le TNP.

    C’est une erreur de ma part qu’il fallait bien sûr entendre comme un encouragement à respecter le traité.

  6. @ Matthieu :

    C’est juste.

    Je dis d’abord que l’Iran n’est pas en conformité avec le TNP, bien qu’elle en soit signataire. Cependant, je note plus loin qu’Obama veut encourager l’Iran à rejoindre le TNP.

    C’est une erreur de ma part qu’il fallait bien sûr entendre comme un encouragement à respecter le traité.

  7. Hamid dit :

    La question qui m’intrigue le plus ce n’est la nature de la réponse des Etats-Unis mais son timing (nucléaire ou conventionnelle, l’effet est le même « dévastation »).
    La question : Est-ce l’Administration Obama fait sienne la doctrine de la guerre préventive?

  8. Hamid dit :

    La question qui m’intrigue le plus ce n’est la nature de la réponse des Etats-Unis mais son timing (nucléaire ou conventionnelle, l’effet est le même « dévastation »).
    La question : Est-ce l’Administration Obama fait sienne la doctrine de la guerre préventive?

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