Afghanistan : chronique d’une défaite organisée

Written by Charles Bwele on février 11, 2010 – 12:53 -

À l’échelle d’un parcours personnel, d’un projet immobilier ou d’un conflit, neuf années représentent plus que du long terme. Que s’est-il donc passé durant cette décennie pour que l’OTAN devienne autant obsédé par ce théâtre afghan ?

wounded_soldier

Douleurs, colères et révision

Malgré ses motivations ou ses prétextes, malgré nos filtres médiatiques et nos prismes analytiques (télévision, presse, internet, littérature), la guerre est la plus sale, la plus brutale et la plus funeste des activités humaines.

Officier, expert en stratégie, homme politique, blogueur ou lecteur d’AGS, que ressentiriez-vous en apprenant que votre fils a été démembré par un obus ou en reconnaissant le corps carbonisé de votre fille ? Sa vocation militaire a certes fait votre fierté mais oseriez-vous expliquer et justifier sa mort en regardant sa mère droit dans les yeux ? Ce genre d’expérience – la mort d’un fils/d’une fille au combat – est de celle qu’on ne peut comprendre qu’en l’ayant soi-même vécue.

Malheureusement, l’analyse stratégique – y compris dans ce webzine – élude grandement ces charges émotionnelles. Pourtant, celles-ci dicteront des comportements bien réels au sein de l’opinion qui, tôt ou tard, questionnera sévèrement voire furieusement la légitimité de la guerre et reverra de facto (à la baisse ?) sa relation avec les institutions politique et militaire. Nous comprendrons pourquoi.

Guerre, arnaques et trahisons

Par bien des aspects, la guerre d’Afghanistan ressemble énormément à un jeu de poker menteur dans lequel tout est faussé, vicié et piégé d’avance.

L’impossible alternative politique. Entre un narco-état féodal et une délirante tyrannie islamiste – la cohabitation entre ces deux frères ennemis n’étant point envisageable, l’OTAN avait choisi la première option en espérant polisser celle-ci. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde sur un point fort : sous ses airs de grand-oncle bienveillant et avisé, le président Hamid Karzaï est devenu un problème aussi sérieux que les Talibans, les élections afghanes grossièrement truquées ne font qu’aggraver son cas.

Parallèlement, ses adversaires talibans ont vite (re)découvert les vertus économiques du pavot. Cette lucrative agriculture est-elle conforme aux préceptes de l’Islam ? Dans tous les cas, les marchés transnationaux de la drogue et les milieux « branchés » plus à l’ouest ne s’en plaindront pas.

L’impossible situation tactique. Frappes aériennes, moyens militaires supplémentaires, redéploiements stratégiques tous les six mois ou presque, victoires tactiques. Rien n’y fait : l’insurrection talibane semble chaque jour plus résiliente, plus  active et plus insaisissable. Paradoxalement, d’autres sources militaires – européennes, en particulier – décrivent une situation tactique ayant évolué depuis peu en légère faveur de la FIAS. Ces discours contradictoires étaient déjà légion depuis 2003. Leur récurrence traduit peut-être des divergences assez marquées dans l’appréhension de la situation tactique globale, tant au sein d’une même coalition que d’une même armée. Au final, qui croire dans cette cacophonie ?

Les statistiques sont moins équivoques : de 2005 à 2009, le nombre de soldats OTAN tués et de véhicules détruits, de surcroît par des EEI (engins explosifs improvisés) ne cesse d’augmenter. Espérons qu’il en soit autrement en 2010. Autre faiblesse de l’OTAN et non la moindre : ses modes opératoires sont peu ou prou prévisibles ou transparents à ses adversaires.

L’impossible continuum entre le politique et le militaire. Maints rapports font état de la prégnance de gouvernements-fantômes talibans dans plus de trois quarts des provinces afghanes. Vrai ou faux, il n’est rien d’étonnant à ce que les bavures militaires de l’OTAN, l’illégitimité du gouvernement afghan, la corruption flambante de son administration et les images d’un président entouré de contractors occidentaux offrent une écrasante victoire psychologique et politique aux Talibans et à leurs alliés d’Al-Qaïda qui n’en demandaient pas tant. Dès lors, la fameuse « conquête des coeurs et des esprits » tant prônée par les théoriciens de la contre-insurrection est tuée dans l’oeuf.

Question à 9 mm : que vaut une supériorité militaire ou une succesion de victoires tactiques – pour peu qu’elle soit solide et durable – sans ses pendants psychologique et politique ? N’est-ce pas précisément sur ces terrains que les alliés essuient jour après jour une défaite proprement cuisante ?

La situation est d’autant plus difficile pour l’OTAN face à des Talibans qui, à l’inverse, peuvent se passer de victoires tactiques. Il leur suffit de faire de temps à autre très mal aux troupes de l’OTAN pour consolider leur avantage psychologique. D’une certaine façon, leur stratégie s’accomode autant de l’ombre que de la lumière.

L’impossible société afghane. Malgré tous les efforts déployées par la FIAS pour cerner autant que possible « le terrain humain », les subtilités et les frontières invisibles de la société afghane sont encore un langage extraterrestre pour des armées versant dans une culture très technique et très tactique.

Comme dans beaucoup de régions pauvres du monde (Afrique, Moyen-Orient, Asie), les attitudes des individus et des communautés sont très fluctuantes ou multiples car nécéssaires à la survie – physique comme sociale – dans un environnement où les rivalités ethniques, l’économie parallèle, la corruption et la misère économique sont les seules lois. Cette « schizophrénie contrôlée » est aussi le propre des sociétés gangrénées par la violence à tout crin et l’extrême pauvreté. Pour l’observateur extérieur notamment occidental, ces attitudes changeantes ou multiples sont très souvent interprétées comme de l’hypocrisie, de l’imprévisibilité ou toute autre forme de déloyauté. La projection interculturelle n’est pas encore au programme des formations militaires : il y a trop de nations et de peuples à étudier !

En outre, comment reprocher à un chef de village de revoir ses accointances ou ses alliances alors qu’il doit enterrer les cadavres encore fumants de ses cinquante voisins ? Apparemment, un F-16 ou un Predator est passé par là.

L’impossible action des sociétés militaires privées. Les condotierre en lunettes solaires sont devenus les armées bis des États-Unis et du Royaume-Uni. Toutefois, leur rôle en Afghanistan suscite de plus en plus d’interrogations et de suspicions. Ces sous-traitants de guerre n’auraient-ils pas tendance à préférer des solutions peu optimales (opérations, sécurité, logistique, etc) précisément pour raisons d’économie et/ou à entretenir quelques facteurs locaux de conflits ou d’insécurité afin que leurs clients reconduisent leurs contrats commerciaux ?

L’impossible coordination inter-organisations. Comment établir une cohérence stratégique et opérationnelle entre FIAS, Enduring Freedom, Union Européenne, Nations-Unies et agences liées, SMP, ONG et seigneurs locaux de guerre ? Comment concilier stabilisation, sécurisation, reconstruction, contre-insurrection et contre-terrorisme ?

Cette concentration inédite d’acteurs aux visées plus ou moins divergentes, de surcroît dans ce seul et même théâtre afghan, nuira longtemps et gravement à toute tentative de « coordinaction » globale, peu importe les silences auto-censeurs des uns et les déclarations d’intention des autres.

L’impossible allié pakistanais. Entre la main visible de ses services secrets, le soutien financier américain, l’instrumentalisation des Talibans et/ou d’Al-Qaïda, un contexte social et politique proprement explosif et la nécéssité de préserver des équilibres ethniques – notamment en faveur des Pachtounes – sur la zone Af-Pak, le Pakistan navigue entre d’incendiaires dilemnes cornéliens. L’OTAN n’a plus qu’à espérer que cette grenade dégoupillée ne fasse tout exploser dans la région.

L’impossible et probable guerre des perceptions. Celle qui se déroule dans les filigranes freudiens, jungiens et passablement « huntingtoniens » des consciences ou des inconsciences collectives. L’idée que quelques gaillards enturbannés simplement armés de mitraillettes, de RPG et d’EEI puissent l’emporter à l’usure sur une coalition d’armées hi-tech relève pour ces dernières d’une véritable humiliation. De quoi leur infliger un traumatisme aux séquelles durables, de quoi galvaniser tous les « petits djihadistes » en sommeil. Et si les graines de guerres hybrides ou irrégulières de par le monde n’attendaient que cette poignée d’engrais afghans pour éclore ?

Tels sont les plus grands numéros de la roulette afghane. Les jeux sont défaits, rien ne va plus !

Surtout, ne le dites pas trop fort. Protégez jalousement votre carrière et votre crédibilité en faisant clairement savoir à votre supérieur hiérarchique, à votre rédacteur-en-chef ou à votre directrice de recherches que « ça vaut la peine de persévérer en Afghanistan, les choses ne sont pas totalement hors de contrôle, des victoires tactiques ont régulièrement cours et d’immenses opportunités sont encore ouvertes ».

Dans le brouillard grisâtre de l’information de guerre, cet argumentaire réconfortant comporte probablement une part de vérité. Cependant, je crains également l’automatisme censeur tacitement consenti par tous.

La complexité, ennemie intime de l’OTAN

Lors de la première guerre du Golfe, les armées américaines et européennes affrontaient une autre armée conventionnelle configurée selon un modèle russe. La doctrine Powell et la stratégie Schwarzkopf firent le reste en deux temps trois mouvements. Dans les Balkans, l’OTAN eut rapidement le dessus face à une armée serbe qui, malgré ses tentatives d’hybridation ou de paramilitarisation à sa périphérie, demeurait une force conventionnelle typiquement centre/est-européenne. Dans un cas comme dans l’autre, quelques réadaptations et mises à jour des doctrines et des stratégies sédimentées durant la guerre froide suffirent pour assurer une incontestable victoire contre les appareils politiques/militaires irakien et serbe.

En Afghanistan, l’OTAN affronte ce qui est à la fois une guerre irrégulière et une crise complexe permanente à tous les niveaux : géopolitique, stratégique, économique, socioculturel, narcotique, psychologique et religieux.

L’échec du sommet de Copenhague a amplement démontré l’incapacité des états modernes à gérer des crises complexes. Ceci est d’autant plus vrai pour ces mêmes états et leurs armées lorsqu’il s’agit d’un conflit irrégulier doublé d’une crise complexe permanente qui, dans le cas afghan, trouve ses racines contemporaines dans les années 60-70.

Forgé dans les certitudes bipolaires de la guerre froide, l’OTAN a développé une extraordinaire science de la guerre dans laquelle priment l’approche linéaire, les lignes d’opération, l’analyse séquentielle et les résultats quantifiables. Sur le théâtre afghan, les multiples dimensions du pays réel sont étroitement imbriquées ou fusionnées, et revêtent autant d’importance que la seule dimension militaire. Sans pour autant négliger ses capacités conventionnelles, l’OTAN doit donc se forger un art croisé de la conduite de guerre et de la gestion de crises.  Dès lors, pourquoi ne pas muter en forces hybrides « à la schizophrénie contrôlée, capables à la fois d’analyser, de ressentir et de pressentir le terrain ? »

Cette transformation cognitive des armées est, à mes yeux, plus à portée d’une Europe riche de diverses cultures, langues et histoires. Ainsi, ses armées seraient mieux adaptées ou mieux adaptables aux exigences non-militaires des futures contre-insurrections (ou assimilables) dans quasiment n’importe quel coin du globe. Vivement que le Vieux Continent pousse les feux dans cette direction…

Si la COIN est un début positif en ce sens, elle n’est encore qu’au stade cosmétique ou exosquelettique dans les doctrines de l’OTAN et de ses armées respectives. Je doute qu’il en soit autrement avec les générations actuelles de hauts gradés certes expérimentés mais dont les compétences désormais cristallisées entravent ou anihilent quelque « esprit révolutionnaire ». Explications.

En effet, malgré leurs incontournables trésors des savoirs accumulés, les professionnels expérimentés de tout poil sont rarement ceux qui produisent des concepts férocement novateurs. Ceci vaut également pour les capitaines d’industrie et pour les scientifiques chevronnés. Einstein n’avait pas été nobellisé pour sa théorie de la relativité, par trop choquante pour ses pairs, mais pour ses hypothèses un peu plus coulantes sur la nature corpusculaire de la lumière. Par la suite, il éprouva d’énormes difficultés à pleinement appréhender la physique quantique de Bohr, de Feynman, de Heisenberg et consorts.

Ne blâmons point les hauts gradés, les capitaines d’industrie ou les scientifiques chevronnés pour cette incapacité : s’éloigner ou rompre de son noyau de compétences pour forger un paradigme révolutionnaire et/ou les sous-ensembles inhérents exige à la fois du travail acharné, une constante remise en question de sa carrière et de soi-même, une bonne dose de chance et, peut-être, un don auparavant inexploité. D’où l’immense difficulté à esquisser des solutions claires et percutantes au problème afghan, et ce, malgré la profusion d’excellentes analyses stratégiques qui se boivent plus qu’elles se lisent.

Pour ceux qui ne le savent pas, la fameuse contre-insurrection (COIN) telle qu’on l’entend actuellement n’a rien d’une innovation majeure, c’est un corpus théorique d’inspiration essentiellement française, savamment réactualisé et mis en oeuvre sur les théâtres irakien et afghan par d’affables et perspicaces officiers anglo-saxons. Même le Général Petraeus (né en 1956) reconnaît que sa génération « a été formée pour détruire des chars soviétiques avec nos hélicoptères. Une formation inutile dans la lutte moderne contre le terrorisme. »

Cette COIN suffira-t-elle à braver les entreprises virtuelles agiles que sont les Talibans Af-Pak et leurs alliés d’Al-Qaïda ? Une part de moi en doute sérieusement, l’autre l’espère vivement.

Comme je l’avais déjà évoqué dans le guide du terroriste urbain, l’état moderne et son armée conventionnelle sont tout le contraire d’une entreprise virtuelle agile : des machines bureaucratiques et hiérarchiques intrèsèquement tâtillonnes, mues par des enchaînements d’inerties et consubstantiellement rétentrices d’informations. De telles mécaniques éprouvent inéluctablement des difficultés herculéennes voire sisyphiennes à combattre des entités à la fois nomades, sédentaires, redondantes et remarquablement coordonnées.

De l’illusion à la cécité

Quand les barbares germaniques aperçurent les légions romaines construire un pont fluvial de bois en moins d’une semaine, ils se réfugièrent dans les montagnes. Plus tard, Rome fit preuve d’inertie et d’inaptitude face aux mêmes barbares qui écrasèrent sa meilleure légion et sabotèrent patiemment son réseau impérial d’aqueducs. L’Europe fut littéralement hypnotisée et assommée par la puissance et la rapidité du Blitzkrieg. Quelques années plus tard, l’Allemagne nazie délaissa sa défense territoriale et ne put rien faire contre les vagues incessantes de bombardiers B-17 dans son ciel. Pire : malgré les avertissements répétés de ses espions, elle fut complètement insensible aux statistiques astronomiques de la production militaro-industrielle américaine. Que dire de la  vaine supériorité tactique et technique de l’US Air Force, de l’US Navy et de l’US Army face à une guérilla vietnamienne nettement plus rusée sur les plans psychologique et politique ?

Autres temps, autres guerres, autres circonstances. Gardons-nous de tout déterminisme mais n’oublions jamais les leçons de l’histoire.

Car vient toujours un moment où un appareil politique et militaire d’abord trop confiant sur ses capacités, s’enferme d’autant plus dans son canevas stratégique sous la pression combinée d’événements complexes et d’un ennemi lui infligeant une innovation ou une révolution stratégique. Peu à peu, « les logiciels politiques et militaires » se cloîtrent dans leur confort intellectuel puis tournent en boucle sans s’en rendre compte. Dans leur entêtement à poursuivre la guerre, ils deviennent sourds et aveugles aux signaux avertisseurs, se persuadent de la justesse de leurs décisions et actions et s’embourbent en toute splendeur.

Questions à un billet aller/retour Bruxelles-Kaboul : l’OTAN est-elle exempte de tels « bogues » ? Et si les énièmes grandes offensives contre les Talibans n’avaient que très peu ou aucun effet, jusqu’où peut-elle ou doit-elle s’obstiner ?

Au risque très élevé de m’attirer quelques foudres, les guerres me semblent finalement bien plus faciles à décrypter ou à mener avec un glaive Intel et un bouclier Windows. Ce qui, en toute sincérité, n’est pas nécéssairement une bonne chose.

Charles Bwele, Électrosphère

En savoir plus :

  1. Pour Convaincre / AGS : Local, global et international : baisser le coût de la force

  2. Mon Blog Défense : Raccourcissement et intégration de la boucle OODA : double danger

  3. Stéphane Taillat et Thomas Renard / Small Wars Journal : Dynamic Insurgencies

  4. Emmanuel Meyer / AGS : Le rôle paradoxal des sociétés militaires privées dans le règlement des crises

  5. Mars Attaque : La bataille des derniers centimètres

  6. The Guardian : Information is not beautiful

  7. David Kilcullen : The Accidental Guerrilla : Fighting Small Wars in the Midst of a Big One (Oxford University Press)

  8. Joseph Henrotin : La technologie militaire en question. Le cas américain (Economica)

  9. Gérard Chaliand : Voyage dans 40 ans de guérilla (Lignes de Repère)

  10. Gérard Chaliand : L’Amérique en guerre. Irak-Afghanistan (Lignes de Repère)

  11. John Robb : Brave New War: The Next Stage of Terrorism and the End of Globalization (Wiley)

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No Comments to “Afghanistan : chronique d’une défaite organisée”

  1. JeF Says:

    « narco-état féodal et une délirante tyrannie islamiste – la cohabitation entre ces deux frères ennemis n’étant point envisageable, »

    vous y croyez à cette phrase ? L’interdiction initiale des Talibans contre l’opium aura surtout servi à faire monter les prix et gérer la surproduction. Quant à la situation actuelle, elle montre l’imbrication réelle des ces deux réalités afghanes.

  2. JeF Says:

    « narco-état féodal et une délirante tyrannie islamiste – la cohabitation entre ces deux frères ennemis n’étant point envisageable, »

    vous y croyez à cette phrase ? L’interdiction initiale des Talibans contre l’opium aura surtout servi à faire monter les prix et gérer la surproduction. Quant à la situation actuelle, elle montre l’imbrication réelle des ces deux réalités afghanes.

  3. Electrosphère Says:

    @ JeF,

    Je vois très mal, à l’heure actuelle, une cohabitation gouvernementale entre l’administration Karzaï et les Talibans. Je doute d’autant plus que l’OTAN soit prêt, à ce jour, à accepter ou à mettre en oeuvre un tel scénario.

    Cordialement

  4. Electrosphère Says:

    @ JeF,

    Je vois très mal, à l’heure actuelle, une cohabitation gouvernementale entre l’administration Karzaï et les Talibans. Je doute d’autant plus que l’OTAN soit prêt, à ce jour, à accepter ou à mettre en oeuvre un tel scénario.

    Cordialement

  5. égéa Says:

    Bravo Charles,
    1/ Le brulôt est à la hauteur de ce que tu nous prédisais, en privé. J’espère qu’il fera réagir … je m’y colle immédiatement!
    2/ Tu nous fais bien sentir (et ça mériterait un peu plus de développements) « l’adaptation schizophrénique » des populations qu’on appellera, pour faire simple, « non occidentales ». Cela revient tout simplement à dire que ce que « nous » considérons comme non rationnel (loyautés simultanées) ne résulte pas d’une inconstance, mais d’une stratégie de survie dans un environnement social multiple et bouleversé. Dès lors, les acteurs locaux (guerriers, bandits, seigneurs, traficants, pachtounes, dirigeants, « population ») ne sont pas accessibles à des actions/discours linéaires : le principe hypothético-déductif occidental ne leur convient pas.
    3/ Il faut donc adopter une attitude que j’appelerais, prétentieusement et pédantesquement, « quantique » (lire Immarigeon) : la partie explique le tout. Autrement dit : une action locale suffit à expliquer l’action d’ensemble. Autrement dit encore : point n’est besoin de tout vouloir contrôler « par le haut », il faut laisser l’initiative (et donc, accepter les erreurs) aux plus bas échelons. Ce qui veut dire : on laisse tomber le « micro management » des hautes sphères, on pétarde les moyens de communication et la numérisation de l’espace de bataille, et on se souviens de Clausewitz qui explique bien : le stratège ne sait jamais tout, et ce ne sont pas des informations supplémentaires qui l’aideront à prendre la bone décision. Au lieu de lever le brouillard, il faut au contraire s’y enfoncer. Bref, au lieu de « control » qui s’est transformer en C42ISR (enfin, je crois, car l’acronyme gagne des lettres tous les trimestres, signe de l’impasse), il faut revenir à un simple C : commander. Et assumer. Il faut abandonner l’illusion du « contrôle » des opérations.
    4/ oui, tu as raison, il y a une logique des commentateurs et acteurs à expliquer qu’il y a encore une chance. Mais ne nous y trompons pas : ils suivent en cela une décision « politique » à laquelle ils ne peuvent mais. La stratégie n’est pas que haute conduite de la guerre : elle est décision de la conduire et appartient au politique. Notre bon maître CVC est toujours pertinent avec sa triade. Moque les exécutants si tu veux, mais condamne le manque de prudence du « politique » qui ne s’intéresse pas à la stratégie et considère que la guerre a disparu dans les tombeaux de l’histoire.
    5/ L’Otan ? mais crois-tu que l’Otan y peut qq chose ? surtout qu’il y a deux coalitions sur place ? l’Otan n’est rien en la matière : tout revient aux Etats-Unis. La complexité n’est pas l’ennemi intime de l’Otan, mais d’abord des US (relire Immarigeon là encore). Et il y a un abîme entre les perceptions européennes et les américaines.
    6/ Confort intellectuel ? Si tu savais… ! plutôt inconfort, et pas intellectuel…..

    amitiés

  6. égéa Says:

    Bravo Charles,
    1/ Le brulôt est à la hauteur de ce que tu nous prédisais, en privé. J’espère qu’il fera réagir … je m’y colle immédiatement!
    2/ Tu nous fais bien sentir (et ça mériterait un peu plus de développements) « l’adaptation schizophrénique » des populations qu’on appellera, pour faire simple, « non occidentales ». Cela revient tout simplement à dire que ce que « nous » considérons comme non rationnel (loyautés simultanées) ne résulte pas d’une inconstance, mais d’une stratégie de survie dans un environnement social multiple et bouleversé. Dès lors, les acteurs locaux (guerriers, bandits, seigneurs, traficants, pachtounes, dirigeants, « population ») ne sont pas accessibles à des actions/discours linéaires : le principe hypothético-déductif occidental ne leur convient pas.
    3/ Il faut donc adopter une attitude que j’appelerais, prétentieusement et pédantesquement, « quantique » (lire Immarigeon) : la partie explique le tout. Autrement dit : une action locale suffit à expliquer l’action d’ensemble. Autrement dit encore : point n’est besoin de tout vouloir contrôler « par le haut », il faut laisser l’initiative (et donc, accepter les erreurs) aux plus bas échelons. Ce qui veut dire : on laisse tomber le « micro management » des hautes sphères, on pétarde les moyens de communication et la numérisation de l’espace de bataille, et on se souviens de Clausewitz qui explique bien : le stratège ne sait jamais tout, et ce ne sont pas des informations supplémentaires qui l’aideront à prendre la bone décision. Au lieu de lever le brouillard, il faut au contraire s’y enfoncer. Bref, au lieu de « control » qui s’est transformer en C42ISR (enfin, je crois, car l’acronyme gagne des lettres tous les trimestres, signe de l’impasse), il faut revenir à un simple C : commander. Et assumer. Il faut abandonner l’illusion du « contrôle » des opérations.
    4/ oui, tu as raison, il y a une logique des commentateurs et acteurs à expliquer qu’il y a encore une chance. Mais ne nous y trompons pas : ils suivent en cela une décision « politique » à laquelle ils ne peuvent mais. La stratégie n’est pas que haute conduite de la guerre : elle est décision de la conduire et appartient au politique. Notre bon maître CVC est toujours pertinent avec sa triade. Moque les exécutants si tu veux, mais condamne le manque de prudence du « politique » qui ne s’intéresse pas à la stratégie et considère que la guerre a disparu dans les tombeaux de l’histoire.
    5/ L’Otan ? mais crois-tu que l’Otan y peut qq chose ? surtout qu’il y a deux coalitions sur place ? l’Otan n’est rien en la matière : tout revient aux Etats-Unis. La complexité n’est pas l’ennemi intime de l’Otan, mais d’abord des US (relire Immarigeon là encore). Et il y a un abîme entre les perceptions européennes et les américaines.
    6/ Confort intellectuel ? Si tu savais… ! plutôt inconfort, et pas intellectuel…..

    amitiés

  7. Electrosphère Says:

    @ EGEA/Olivier,

    Tout à fait d’acc’ avec toi : au sein de l’OTAN, la complexité est bcp plus l’ennemi des US que de l’Europe qui peut/doit tirer partir à la fois de sa diversité géographique + socioculturelle et de ses expériences historiques… afin de créer des « forces hybrides conventionnelles » (Ouch ! Excuse ce barbarisme :-) ) mieux versées dans les aspects psychologiques et sociaux de la contre-insurrection.

    Une telle initiative serait aussi économique que hautement novatrice. Ce serait en qq sorte une Transformation d’initiative européenne mais dans un volet de loin plus humain que technique.

    T’as raison à propos du C42ISR (rires). Quand j’étais gosse/ado, c’était tout au plus du CCI ou C2I. En 2015, y aura peut-être six lettres de plus…

    Cordialement :-)

  8. Electrosphère Says:

    @ EGEA/Olivier,

    Tout à fait d’acc’ avec toi : au sein de l’OTAN, la complexité est bcp plus l’ennemi des US que de l’Europe qui peut/doit tirer partir à la fois de sa diversité géographique + socioculturelle et de ses expériences historiques… afin de créer des « forces hybrides conventionnelles » (Ouch ! Excuse ce barbarisme :-) ) mieux versées dans les aspects psychologiques et sociaux de la contre-insurrection.

    Une telle initiative serait aussi économique que hautement novatrice. Ce serait en qq sorte une Transformation d’initiative européenne mais dans un volet de loin plus humain que technique.

    T’as raison à propos du C42ISR (rires). Quand j’étais gosse/ado, c’était tout au plus du CCI ou C2I. En 2015, y aura peut-être six lettres de plus…

    Cordialement :-)

  9. Stéphane Taillat Says:

    Merci mon ami de ce magnifique billet. Il m’inspire deux réflexions:
    -d’abord sur la nature de la violence dans ce type de conflit, notamment de la part de l’adversaire « irrégulier » ou des diverses composantes de la population: elle n’est pas du tout irrationnelle mais correspond à des stratégies. Cessons de voir l’Autre à notre image: en dépit (ou bien à cause) de notre relativisme proclamé, nous continuons à penser que notre approche de la société, de la politique et de l’Homme est la seule qui vaille.
    -d’accord avec EGEA: l’important est la situation au niveau local. J’oserais dire: on ne peut pas faire mieux. Mais, pour revenir sur le thème du mois: quel coût sommes-nous prêts à consentir pour cela? (et pas seulement des coûts politiques vis à vis des opinions publiques locales ou domestiques, mais aussi les coûts en matière d’organisations militaires: car il faudrait revoir non seulement le format ou les missions, mais même la nature de celles-ci, c’est à dire leurs fins et pas seulement leurs moyens)
    Amitiés
    Stéphane

  10. Stéphane Taillat Says:

    Merci mon ami de ce magnifique billet. Il m’inspire deux réflexions:
    -d’abord sur la nature de la violence dans ce type de conflit, notamment de la part de l’adversaire « irrégulier » ou des diverses composantes de la population: elle n’est pas du tout irrationnelle mais correspond à des stratégies. Cessons de voir l’Autre à notre image: en dépit (ou bien à cause) de notre relativisme proclamé, nous continuons à penser que notre approche de la société, de la politique et de l’Homme est la seule qui vaille.
    -d’accord avec EGEA: l’important est la situation au niveau local. J’oserais dire: on ne peut pas faire mieux. Mais, pour revenir sur le thème du mois: quel coût sommes-nous prêts à consentir pour cela? (et pas seulement des coûts politiques vis à vis des opinions publiques locales ou domestiques, mais aussi les coûts en matière d’organisations militaires: car il faudrait revoir non seulement le format ou les missions, mais même la nature de celles-ci, c’est à dire leurs fins et pas seulement leurs moyens)
    Amitiés
    Stéphane

  11. JGP Says:

    Aujourd’hui on en est au moins au C4ISTAR : http://defense-jgp.blogspot.com/2009/05/le-ba-ba-le-c4istar.html

    Corollaire : certains doctrinaires ont été surpris d’apprendre que pendant la guerre du Kosovo les Serbes étaient capables de monter un centre de C2 avec 1 table, 3 chaises et une radio dans une cuisine….

  12. JGP Says:

    Aujourd’hui on en est au moins au C4ISTAR : http://defense-jgp.blogspot.com/2009/05/le-ba-ba-le-c4istar.html

    Corollaire : certains doctrinaires ont été surpris d’apprendre que pendant la guerre du Kosovo les Serbes étaient capables de monter un centre de C2 avec 1 table, 3 chaises et une radio dans une cuisine….

  13. Afghanistan : chronique d’une défaite organisée « MecanoBlog Says:

    [...] Source : Alliance Géostratégique [...]

  14. Afghanistan : chronique d’une défaite organisée « MecanoBlog Says:

    [...] Source : Alliance Géostratégique [...]

  15. Jean-Pierre Gambotti Says:

    La véhémence, fut-elle talentueuse, risque de produire un discours qui ressemble au couteau de Lichtenberg « un couteau sans lame auquel ne manque que le manche ». Pourtant j’aime beaucoup les textes emportés, ils sont souvent féconds à condition que les critiques qu’ils suscitent ne soient pas considérées comme des éléments de polémique mais plutôt comme des parcelles d’antithèse. Ce préambule étant posé je me risquerai à quelques commentaires sur votre « chronique d’une défaite organisée. »
    D’abord, une déception. Votre attaque sur la mort me laissait espérer que vous traiteriez de ce qui fait la véritable asymétrie de cette guerre, notre rapport avec la mort. Ou plutôt de notre refus de considérer la mort comme l’instrument banal de la guerre, comme l’outil douloureusement indispensable pour imposer à l’adversaire notre volonté. Cette notion de la mort, constitutive de notre actuelle occidentalité nous place, eu égard à ce type de conflit, dans un rapport de forces définitivement défavorable et si nous considérons que le fait de donner la mort ressortit à l’amoralité et qu’il est insupportable à la conscience et à l’humanité de l’occidental postmoderne, alors il faut renvoyer la guerre à son anachronisme et la rendre réellement illégale. Car comment peut-on éthiquement décider de mener une guerre que l’on ne veut pas gagner ?
    Pour être bien compris j’ajouterai que je ne veux aucunement, par cette remarque, minimiser le terrible tribut que nous payons en Afghanistan ou que nous avons payé dans d’autres opérations, mais poser la problématique de l’inégale acceptation de la létalité de la guerre dans les parties en conflit
    Ensuite , je voudrais faire remarquer que la complexité de la guerre s’apprend aussi par les pieds et que le soldat a, ce faisant, une connaissance empirique de la non-linéarité des opérations. Il est un peu simplificateur de poser que l’occidental est incapable de comprendre l’orient compliqué et que l’entrelacs social et ethnique afghan lui est définitivement incompréhensible. Quiconque a eu un jour un intérêt pour autrui et s’est intéressé même très partiellement à la sociologie et à l’ethnologie a quelques facilités pour tirer le bon fil de l’écheveau. Quant à notre science de la guerre, je conteste formellement qu’elle soit d’essence linéaire parce qu’il existerait des instruments comme les lignes d’opérations ou l’approche séquentielle dans notre méthode de planification. Au contraire, je pense que cette méthode ressortit plutôt à la systémique et qu’elle est, ce faisant, bien adaptée à la COIN, mais encore faudrait-il que l’utilisateur prenne le couteau par le manche et qu’il ait à l’esprit que Clausewitz est dans les détails… S’il n’est pas inconvenant de faire référence à ses propres productions je vous renvoie à un de mes billets « Bertalanffy versus Clausewitz » posté dans un des blogs AGS il ya quelques mois.
    Pour terminer je voudrais appeler votre attention sur le fait que nous ne sommes que des observateurs lointains de cette guerre et que nous ne connaissons pas le moindre élément utilisé pour concevoir et rédiger le plan de campagne. Quid de l’objectif politique de la coalition, des objectifs stratégique et opératif, des états finaux recherchés politique et militaire, des missions, des centres de gravité, des lignes d’opérations ?…. Il nous faut donc une certaine prudence dans nos emportements et contrairement à vous je trouve que certains modes d’action de nos forces dont la presse a fait état sont pertinents et s’exonèrent de la lourdeur et de la rigidité d’appareil que vous dénoncez. J’ai aussi proposé dans un autre billet dans AGS, qu’aux stratégies obliques de l’insurrection, la coalition réponde par des modes d’action biais en prenant l’exemple du colonel Chanson commandant la TF Korrigan qui était dans cette logique. Constatons que l’intelligence tactique ne manque pas à nos soldats.
    Très cordialement.
    Jean-Pierre Gambotti

  16. Jean-Pierre Gambotti Says:

    La véhémence, fut-elle talentueuse, risque de produire un discours qui ressemble au couteau de Lichtenberg « un couteau sans lame auquel ne manque que le manche ». Pourtant j’aime beaucoup les textes emportés, ils sont souvent féconds à condition que les critiques qu’ils suscitent ne soient pas considérées comme des éléments de polémique mais plutôt comme des parcelles d’antithèse. Ce préambule étant posé je me risquerai à quelques commentaires sur votre « chronique d’une défaite organisée. »
    D’abord, une déception. Votre attaque sur la mort me laissait espérer que vous traiteriez de ce qui fait la véritable asymétrie de cette guerre, notre rapport avec la mort. Ou plutôt de notre refus de considérer la mort comme l’instrument banal de la guerre, comme l’outil douloureusement indispensable pour imposer à l’adversaire notre volonté. Cette notion de la mort, constitutive de notre actuelle occidentalité nous place, eu égard à ce type de conflit, dans un rapport de forces définitivement défavorable et si nous considérons que le fait de donner la mort ressortit à l’amoralité et qu’il est insupportable à la conscience et à l’humanité de l’occidental postmoderne, alors il faut renvoyer la guerre à son anachronisme et la rendre réellement illégale. Car comment peut-on éthiquement décider de mener une guerre que l’on ne veut pas gagner ?
    Pour être bien compris j’ajouterai que je ne veux aucunement, par cette remarque, minimiser le terrible tribut que nous payons en Afghanistan ou que nous avons payé dans d’autres opérations, mais poser la problématique de l’inégale acceptation de la létalité de la guerre dans les parties en conflit
    Ensuite , je voudrais faire remarquer que la complexité de la guerre s’apprend aussi par les pieds et que le soldat a, ce faisant, une connaissance empirique de la non-linéarité des opérations. Il est un peu simplificateur de poser que l’occidental est incapable de comprendre l’orient compliqué et que l’entrelacs social et ethnique afghan lui est définitivement incompréhensible. Quiconque a eu un jour un intérêt pour autrui et s’est intéressé même très partiellement à la sociologie et à l’ethnologie a quelques facilités pour tirer le bon fil de l’écheveau. Quant à notre science de la guerre, je conteste formellement qu’elle soit d’essence linéaire parce qu’il existerait des instruments comme les lignes d’opérations ou l’approche séquentielle dans notre méthode de planification. Au contraire, je pense que cette méthode ressortit plutôt à la systémique et qu’elle est, ce faisant, bien adaptée à la COIN, mais encore faudrait-il que l’utilisateur prenne le couteau par le manche et qu’il ait à l’esprit que Clausewitz est dans les détails… S’il n’est pas inconvenant de faire référence à ses propres productions je vous renvoie à un de mes billets « Bertalanffy versus Clausewitz » posté dans un des blogs AGS il ya quelques mois.
    Pour terminer je voudrais appeler votre attention sur le fait que nous ne sommes que des observateurs lointains de cette guerre et que nous ne connaissons pas le moindre élément utilisé pour concevoir et rédiger le plan de campagne. Quid de l’objectif politique de la coalition, des objectifs stratégique et opératif, des états finaux recherchés politique et militaire, des missions, des centres de gravité, des lignes d’opérations ?…. Il nous faut donc une certaine prudence dans nos emportements et contrairement à vous je trouve que certains modes d’action de nos forces dont la presse a fait état sont pertinents et s’exonèrent de la lourdeur et de la rigidité d’appareil que vous dénoncez. J’ai aussi proposé dans un autre billet dans AGS, qu’aux stratégies obliques de l’insurrection, la coalition réponde par des modes d’action biais en prenant l’exemple du colonel Chanson commandant la TF Korrigan qui était dans cette logique. Constatons que l’intelligence tactique ne manque pas à nos soldats.
    Très cordialement.
    Jean-Pierre Gambotti

  17. Electrosphère Says:

    @ Mr Jean-Pierre Gambotti

    Je m’attendais et espérais être très critiqué pour le côté volontairement « punch » de cet article. Je vous répond point par point.

    1/ En ce qui concerne l’asymétrie de la guerre et le rapport de l’Occident à la mort, ce sujet a été déjà longuement et plusieurs fois traités par maintes études et par de nombreux webzines/blogs dont ceux de la « planète AGS », sous un angle aussi froid, neutre, impartial et objectif que possible. D’où précisément la richesse de ces analyses. Toutefois, je tenais à projeter un tant soit peu le lecteur dans la peau d’un parent ayant perdu son fils au combat. Une telle expérience modifie nécéssairement notre vision de la guerre, et ce – j’insiste, peu importe ses motivations ou prétextes. Car la vie humaine, sociale et a fortiori parentale comporte aussi d’immenses aspects subjectifs que nous ne devons point éluder, y compris dans l’analyse stratégique, sociologique, psychologique et/ou philosophique.

    2/ Loin de moi toute idée de verser dans une rhétorique ou une posture anti-guerre, sinon je ne serais pas devenu cofondateur/membre d’AGS… qui, heureusement, n’est pas un webzine pro/anti-guerre mais un média de réflexion sur celle-ci et autres thèmes associés. Les postures anti-guerre m’ont toujours semblé vaines voire ridicules car, selon moi, tant qu’il y aura des Hommes, il y aura des guerres.

    Néanmoins, je me ferais ouvertement un peu plus ferme sur un point : Il est vraiment temps que l’institution militaire – ou une frange de ses membres – cesse de considérer toute forme de critique (même acerbe, a fortiori émise par un civil) à son encontre comme une négation ou une dénégation complète de son être, de sa nature et de ses rôles. Le monde avec l’institution militaire n’est certes pas le paradis, mais sans elle, il serait un véritable enfer. Idem pour les institutions politique, policière et judiciaire. Bref, l’état régalien dans son ensemble.

    J’irais même plus loin : je suis plutôt favorable à la guerre d’A-stan et j’assume cette position. Je sais pertinemment que ceux qui ont choisi de la mener sur le terrain sont des professionnels parfaitement conscients des risques et formés à cette fin, et qui estiment – leur hiérarchie avec – que cela en vaut la peine.

    Je ne m’étalerais pas sur mes motifs personnels pro-guerre en A-stan qui exigeraient un autre article. Toutefois, toute intervention militaire tire sa légitimité à la fois du crédit que lui accorde la nation et de la preuve de sa victoire et/ou de ses succès. D’où ma réponse dans le volet suivant.

    3/ Vous avez parfaitement raison, Mr Gambotti quand vous dites « Car comment peut-on éthiquement décider de mener une guerre que l’on ne veut pas gagner ? »

    Les questions que je pose ici sont : jusqu’à quand ? A quel prix (humain, matériel, financier, politique) ? Pour quels motifs vu le contexte général afghan de plus en plus dégradé ? Vaut-il la peine d’envoyer des garçons/filles prendre autant de risques au cas où l’action militaire même très efficace ne parviendrait plus, sur un moyen/long terme à renverser la vapeur sur les champs politique, social, psychologique… qui forment avant et après tout le pays réel ?

    A partir de quand doit-on estimer qu’on a fait le mieux possible ou le maximum, revenir à un peu de plus de sagesse plutôt que s’enliser dans un entêtement dévastateur pour toutes les parties ? 9 années de guerre déjà et certainement 10. Et si l’OTAN est encore à la peine en 2011, en 2015, que faire ?

    Toutes ces questions comportent elles aussi une très forte dimension éthique.

    J’aurais pu soulever celles-ci avec une tonalité plus académique, mais mes collègues d’AGS le font déjà remarquablement bien. De plus, nous avons crée ce webzine précisément pour diversifier et donc enrichir les angles et les modes d’expression sur la chose stratégique et militaire… y compris en sortant peu ou prou des marges.

    4/ « L’occidental incapable de comprendre l’Orient », pour résumer vos termes ? Rien de tel n’a été insinué ou exprimé ces lignes. Si les armées occidentales étaient vraiment stupides ou hermétiques, elles n’auraient rien entrepris en A-stan. N’ai-je pas parlé de « l’extraordinaire science de la guerre » développée par l’OTAN ?

    Pour autant, il faut savoir rester humble et admettre que maintes subtilités typiquement afghanes échappent énormément à l’observateur étranger qui, par la suite, peut commettre d’énormes gaffes.

    Exemple : en pays musulman, le chien est considéré très négativement, de l’ordre du tabou. Or, les soldats US ne comprenaient pas qu’on ne peut impunément exiger d’une femme afghane de se faire « renifler par un chien » (recherche de matériel explosif/de drogue), de surcroît devant son mari, ses enfants et surtout son voisinage. Côté occidental, ce serait un fait absolument anodin, et je peux comprendre que les GIs n’aient pas été briéfés à cette fin. Côté afghan, c’est une véritable humiliation publique causant par la suite colère et/ou chagrin chez les intéréssés. Le genre de petites et récurrentes omissions qui font des dégâts dans un environnement déjà sous haute tension.

    Je n’ai pas utilisé cette phrase par hasard : « les subtilités et les frontières invisibles de la société afghane sont encore un langage extraterrestre pour des armées versant dans une culture très technique et très tactique. » Je pointe votre curseur vers les termes « subtilités et frontières invisibles« .

    Un exemple moins tragique, dans un registre un peu décalé : dans beaucoup de pays étrangers, on ne comprend pas pourquoi les Français/Européens de langues latines tiennent autant à boire leur vin dans des verres à vin. Ailleurs, le vin peut se boire dans n’importe quel récipient.

    Une subtilité, une frontière invisible, typiquement française, quasiment intériorisée par l’autochtone, beaucoup moins par son homologue étranger fraichement débarqué et peut-être passionné ou spécialisé dans quelque aspect de la société française.

    5/ Vous remarquerez que j’ai également émis mes humbles et modestes pistes de réflexion (art croisé conduite de guerre + gestion de crise, « hybridation » des forces européennes/OTAN en vue de les adapter aux contre-insurrections dans leurs dimensions militaires et extra-militaires) et ne me suis pas cantonné au seul brulôt car je suis persuadé que c’est un domaine dans lequel l’Europe peut forger une initiative et même quelque forme de « Transformation » largement à portée de ses moyens et malgré ses déficits capacitaires (budgets, technologies).

    6/ Observateurs lointains. Nous le sommes effectivement, Mr Gambotti. D’où le tout dernier paragraphe de l’article.

    Très cordialement

    PS : Le vin est bel et bien meilleur dans un verre à vin. Toute critique de cette pratique devrait être interdite ;-)

  18. Electrosphère Says:

    @ Mr Jean-Pierre Gambotti

    Je m’attendais et espérais être très critiqué pour le côté volontairement « punch » de cet article. Je vous répond point par point.

    1/ En ce qui concerne l’asymétrie de la guerre et le rapport de l’Occident à la mort, ce sujet a été déjà longuement et plusieurs fois traités par maintes études et par de nombreux webzines/blogs dont ceux de la « planète AGS », sous un angle aussi froid, neutre, impartial et objectif que possible. D’où précisément la richesse de ces analyses. Toutefois, je tenais à projeter un tant soit peu le lecteur dans la peau d’un parent ayant perdu son fils au combat. Une telle expérience modifie nécéssairement notre vision de la guerre, et ce – j’insiste, peu importe ses motivations ou prétextes. Car la vie humaine, sociale et a fortiori parentale comporte aussi d’immenses aspects subjectifs que nous ne devons point éluder, y compris dans l’analyse stratégique, sociologique, psychologique et/ou philosophique.

    2/ Loin de moi toute idée de verser dans une rhétorique ou une posture anti-guerre, sinon je ne serais pas devenu cofondateur/membre d’AGS… qui, heureusement, n’est pas un webzine pro/anti-guerre mais un média de réflexion sur celle-ci et autres thèmes associés. Les postures anti-guerre m’ont toujours semblé vaines voire ridicules car, selon moi, tant qu’il y aura des Hommes, il y aura des guerres.

    Néanmoins, je me ferais ouvertement un peu plus ferme sur un point : Il est vraiment temps que l’institution militaire – ou une frange de ses membres – cesse de considérer toute forme de critique (même acerbe, a fortiori émise par un civil) à son encontre comme une négation ou une dénégation complète de son être, de sa nature et de ses rôles. Le monde avec l’institution militaire n’est certes pas le paradis, mais sans elle, il serait un véritable enfer. Idem pour les institutions politique, policière et judiciaire. Bref, l’état régalien dans son ensemble.

    J’irais même plus loin : je suis plutôt favorable à la guerre d’A-stan et j’assume cette position. Je sais pertinemment que ceux qui ont choisi de la mener sur le terrain sont des professionnels parfaitement conscients des risques et formés à cette fin, et qui estiment – leur hiérarchie avec – que cela en vaut la peine.

    Je ne m’étalerais pas sur mes motifs personnels pro-guerre en A-stan qui exigeraient un autre article. Toutefois, toute intervention militaire tire sa légitimité à la fois du crédit que lui accorde la nation et de la preuve de sa victoire et/ou de ses succès. D’où ma réponse dans le volet suivant.

    3/ Vous avez parfaitement raison, Mr Gambotti quand vous dites « Car comment peut-on éthiquement décider de mener une guerre que l’on ne veut pas gagner ? »

    Les questions que je pose ici sont : jusqu’à quand ? A quel prix (humain, matériel, financier, politique) ? Pour quels motifs vu le contexte général afghan de plus en plus dégradé ? Vaut-il la peine d’envoyer des garçons/filles prendre autant de risques au cas où l’action militaire même très efficace ne parviendrait plus, sur un moyen/long terme à renverser la vapeur sur les champs politique, social, psychologique… qui forment avant et après tout le pays réel ?

    A partir de quand doit-on estimer qu’on a fait le mieux possible ou le maximum, revenir à un peu de plus de sagesse plutôt que s’enliser dans un entêtement dévastateur pour toutes les parties ? 9 années de guerre déjà et certainement 10. Et si l’OTAN est encore à la peine en 2011, en 2015, que faire ?

    Toutes ces questions comportent elles aussi une très forte dimension éthique.

    J’aurais pu soulever celles-ci avec une tonalité plus académique, mais mes collègues d’AGS le font déjà remarquablement bien. De plus, nous avons crée ce webzine précisément pour diversifier et donc enrichir les angles et les modes d’expression sur la chose stratégique et militaire… y compris en sortant peu ou prou des marges.

    4/ « L’occidental incapable de comprendre l’Orient », pour résumer vos termes ? Rien de tel n’a été insinué ou exprimé ces lignes. Si les armées occidentales étaient vraiment stupides ou hermétiques, elles n’auraient rien entrepris en A-stan. N’ai-je pas parlé de « l’extraordinaire science de la guerre » développée par l’OTAN ?

    Pour autant, il faut savoir rester humble et admettre que maintes subtilités typiquement afghanes échappent énormément à l’observateur étranger qui, par la suite, peut commettre d’énormes gaffes.

    Exemple : en pays musulman, le chien est considéré très négativement, de l’ordre du tabou. Or, les soldats US ne comprenaient pas qu’on ne peut impunément exiger d’une femme afghane de se faire « renifler par un chien » (recherche de matériel explosif/de drogue), de surcroît devant son mari, ses enfants et surtout son voisinage. Côté occidental, ce serait un fait absolument anodin, et je peux comprendre que les GIs n’aient pas été briéfés à cette fin. Côté afghan, c’est une véritable humiliation publique causant par la suite colère et/ou chagrin chez les intéréssés. Le genre de petites et récurrentes omissions qui font des dégâts dans un environnement déjà sous haute tension.

    Je n’ai pas utilisé cette phrase par hasard : « les subtilités et les frontières invisibles de la société afghane sont encore un langage extraterrestre pour des armées versant dans une culture très technique et très tactique. » Je pointe votre curseur vers les termes « subtilités et frontières invisibles« .

    Un exemple moins tragique, dans un registre un peu décalé : dans beaucoup de pays étrangers, on ne comprend pas pourquoi les Français/Européens de langues latines tiennent autant à boire leur vin dans des verres à vin. Ailleurs, le vin peut se boire dans n’importe quel récipient.

    Une subtilité, une frontière invisible, typiquement française, quasiment intériorisée par l’autochtone, beaucoup moins par son homologue étranger fraichement débarqué et peut-être passionné ou spécialisé dans quelque aspect de la société française.

    5/ Vous remarquerez que j’ai également émis mes humbles et modestes pistes de réflexion (art croisé conduite de guerre + gestion de crise, « hybridation » des forces européennes/OTAN en vue de les adapter aux contre-insurrections dans leurs dimensions militaires et extra-militaires) et ne me suis pas cantonné au seul brulôt car je suis persuadé que c’est un domaine dans lequel l’Europe peut forger une initiative et même quelque forme de « Transformation » largement à portée de ses moyens et malgré ses déficits capacitaires (budgets, technologies).

    6/ Observateurs lointains. Nous le sommes effectivement, Mr Gambotti. D’où le tout dernier paragraphe de l’article.

    Très cordialement

    PS : Le vin est bel et bien meilleur dans un verre à vin. Toute critique de cette pratique devrait être interdite ;-)

  19. Jean-Pierre Gambotti Says:

    Puis-je vous rappeler le préambule de mon court commentaire posant que les opinions se devaient d’être débattues pour valoir comme idées ? A nouveau je vous invite donc à ne pas considérer les remarques de mon précédent billet comme des critiques mais comme des commentaires apportant un éclairage contrasté à votre vision du conflit afghan. Mais pour que le débat soit fécond, que les idées prospèrent, que la confrontation apporte de la valeur ajoutée, encore faut-il accepter que mes commentaires aient quelque pertinence ! Bien que j’apprécie le caractère punchy de votre réponse, j’estime que certaines de mes idées ont été un peu… sous-interprétées. Nous traitons de la guerre et je pense que la vérité, comme la paix, voyage aussi sur des pattes de colombe, prudence donc dans nos jugements et dans nos explications. Ce faisant, et j’insiste à nouveau, nous devrions nous interroger en permanence sur la validité de nos commentaires quand nous avons aussi peu de lumière sur l’esprit et la lettre du plan de campagne de la coalition.
    Très cordialement.
    Jean-Pierre Gambotti

  20. Jean-Pierre Gambotti Says:

    Puis-je vous rappeler le préambule de mon court commentaire posant que les opinions se devaient d’être débattues pour valoir comme idées ? A nouveau je vous invite donc à ne pas considérer les remarques de mon précédent billet comme des critiques mais comme des commentaires apportant un éclairage contrasté à votre vision du conflit afghan. Mais pour que le débat soit fécond, que les idées prospèrent, que la confrontation apporte de la valeur ajoutée, encore faut-il accepter que mes commentaires aient quelque pertinence ! Bien que j’apprécie le caractère punchy de votre réponse, j’estime que certaines de mes idées ont été un peu… sous-interprétées. Nous traitons de la guerre et je pense que la vérité, comme la paix, voyage aussi sur des pattes de colombe, prudence donc dans nos jugements et dans nos explications. Ce faisant, et j’insiste à nouveau, nous devrions nous interroger en permanence sur la validité de nos commentaires quand nous avons aussi peu de lumière sur l’esprit et la lettre du plan de campagne de la coalition.
    Très cordialement.
    Jean-Pierre Gambotti

  21. Electrosphère Says:

    @ Mr Jean-Pierre Gambotti,

    Comme je l’ai dit/insinué dans l’article, le brouillard de l’information de guerre et ma positon d’observateur éloigné (tant des états-majors de l’OTAN que du théâtre d’opérations afghan) m’incite précisément à savoir « jusqu’où aller trop loin » en travaillant sur les nombreuses sources ouvertes (documentaires, humaines) disponibles… comme beaucoup d’autre webzines/revues stratégiques, au demeurant.

    De plus, vos commentaires et même vos éventuelles critiques – vivement recommandées car l’article ci-dessus et AGS sont là pour ça – dans ces pages sont toujours constructives. La contradiction peut être très enrichissante (sauf pour quelques gaillards appelés Talibans), et ce, d’autant plus que nous sommes hors/loin des sphères évoquées plus haut. C’est plutôt pour moi un honneur de débattre de toutes ces questions avec vous.

    Amicalement, Mr Gambotti

  22. Electrosphère Says:

    @ Mr Jean-Pierre Gambotti,

    Comme je l’ai dit/insinué dans l’article, le brouillard de l’information de guerre et ma positon d’observateur éloigné (tant des états-majors de l’OTAN que du théâtre d’opérations afghan) m’incite précisément à savoir « jusqu’où aller trop loin » en travaillant sur les nombreuses sources ouvertes (documentaires, humaines) disponibles… comme beaucoup d’autre webzines/revues stratégiques, au demeurant.

    De plus, vos commentaires et même vos éventuelles critiques – vivement recommandées car l’article ci-dessus et AGS sont là pour ça – dans ces pages sont toujours constructives. La contradiction peut être très enrichissante (sauf pour quelques gaillards appelés Talibans), et ce, d’autant plus que nous sommes hors/loin des sphères évoquées plus haut. C’est plutôt pour moi un honneur de débattre de toutes ces questions avec vous.

    Amicalement, Mr Gambotti

  23. bigor Says:

    Je ne rentrerai pas dans une polémique point par point de cet article. Qu’il me soit simplement permis de relever quelques détails qui biaisent un peu le débat, soit par méconnaissance du métier des armes (i.e. de la tactique), soit par omission.

    Tout d’abord, l’engagement de l’OTAN en Afghanistan ne date pas de 2001 mais de 2003 et l’on peut faire démarrer son engagement sous sa forme actuelle à 2006 avec le déploiement des forces britanniques dans le sud du pays (opération Herrick IV). La guerre sous sa forme actuelle a donc plutôt 4 ans et non pas 9. Mais quand bien même elle aurait 9 ans, eh bien non ce n’est pas long pour une guerre de contre-insurrection. La durée moyenne de ces conflits est de 14 ans. Ce qui a changé, c’est la perception de la durée par des opinions publiques habituées à notre époque à obtenir des réponses et des résultats rapides. Les « spécialistes » qui traitent de contre-insurrection, qu’ils soient hommes politiques, militaires, universitaires ou journalistes, se doivent donc de rapporter correctement cet élément et de le faire entendre à l’opinion publique – ce qui soit dit en passant n’influe que peu sur l’adhésion ou non à cette guerre. C’est un fait, tenons nous y.

    Ensuite, décrire une situation tactique qui évoluerait en faveur d’une insurrection qui aurait le gain de l’initiative ne résiste pas à la connaissance du fonctionnement d’une insurrection. Ce fonctionnement a été théorisé par Mao (The War of Guerrilla, qui n’est pas traduit en français à ce jour) mais se retrouve aussi chez T.E. Lawrence (Les Sept Piliers de la Sagesse), Che Guevara (La Guerre de Guérilla) ou encore le général Giap (Mémoires). Schématiquement, il consiste à diviser une insurrection en trois phases successive : 1) clandestinité et terrorisme, 2) guérilla et 3) combat conventionnel.
    Aujourd’hui cette 3e phase est moins probable que par le passé et on observe deux raisons à cela. Dans un premier temps au motif du poids des opinions publiques et de la faible résilience des démocraties occidentales, une insurrection peut se contenter de s’installer dans la deuxième phase jusqu’à ce que le coût humain et financier n’amène son ennemi à renoncer. Ensuite parce qu’il est peu probable qu’une armée issue d’un mouvement insurrectionnel ne puisse battre en combat conventionnel une armée soutenue par ces mêmes puissances occidentales.
    Sur cette base, attribuer l’initiative aux insurgés en raison du regain de tués par IED relève donc d’une mauvaise analyse. De la phase 2 dans laquelle ils étaient entrés en 2006, les insurgés ont été obligés de revenir à des méthodes de la phase 1, à savoir le recours au terrorisme (les IED). L’emploi du terrorisme, et plus particulièrement des attentats suicides, traduit l’impuissance croissante des insurgés. Systématiquement battus en combat régulier, ne pouvant espérer dans le meilleur des cas que quelques minutes de surprise lors des accrochages, les insurgés emploient désormais les attentats comme arme principale. Cette pratique, malgré un fort pouvoir médiatique et psychologique, n’est finalement qu’une conséquence du recul inéluctable de leur liberté d’action et le signe précurseur d’un déclin inévitable, même s’il est lointain.

    En troisième lieu, annoncer une défaite en listant « à la Prévert » toute une série « d’impossible alliés, coordination, etc… » est plus que surprenant. Le soir du 10 mai 1940, dans une impossible solitude (les Français ont capitulé, l’Europe est allemande, les Etats-Unis neutres), avec une impossible capacité à réagir (l’armée britannique est en lambeaux), dans une impossible situation intérieure (la Grande-Bretagne est bombardée), etc… Les analystes politiques de l’époque ne devaient pas être très optimistes et certains au Royaume-Uni se prononcent pour un cessez-le-feu. Pourtant, Winston Churchill résiste et l’histoire lui donnera raison.
    La guerre est une opposition de volontés. La guerre est faite de victoires et de défaites. La guerre est le royaume de l’imprévu. La guerre est dure et pénible. La guerre n’est pas une promenade de santé, un show technologique, une démonstration d’armement. La volonté et la ténacité sont essentielles. C’est plutôt là que le bât blesse aujourd’hui en Occident.

    J’aborderai ensuite le chef de village entouré de cadavres tués par une frappe aérienne qui est évoqué dans l’article. Arrêtons les arguments journalistiques spécieux ! Il n’y a pas des dommages collatéraux tous les jours en Afghanistan et plus de 84% des victimes civiles sont tuées par les insurgés dans leurs attentats notamment. La plupart des chefs de village n’ont pas de morts à reprocher à l’OTAN. Certes, ils peuvent regretter le manque de proximité des troupes, l’absence de compréhension de leur culture et de leurs traditions ou le peu de dialogue existant, mais c’est très différent. Fondamentalement différent.

    Je ne parlerai pas pour ma part des soldats qui se battent là-bas et de leurs familles. C’est une chose que je connais bien pour le vivre, mais je ne l’instrumentaliserai pas.

    Il est aujourd’hui très tendance de stigmatiser les points faibles de l’action internationale en Afghanistan. En revanche, rares sont ceux qui cherchent à explorer des pistes, à trouver d’autres solutions. Et brandir son statut de scientifique, de chercheur, d’analyste pour limiter tout travail à un inventaire destructif est trop facile. Je ne nie pas les faiblesses et les difficultés, mais mettons l’intelligence au service de la réflexion…
    Faites des propositions, trouvez des solutions alternatives, lancez le débat sur ce sujet ! C’est peut-être en agissant comme cela que des solutions verront le jour et que la fin de ce conflit pourra être envisagée…

  24. bigor Says:

    Je ne rentrerai pas dans une polémique point par point de cet article. Qu’il me soit simplement permis de relever quelques détails qui biaisent un peu le débat, soit par méconnaissance du métier des armes (i.e. de la tactique), soit par omission.

    Tout d’abord, l’engagement de l’OTAN en Afghanistan ne date pas de 2001 mais de 2003 et l’on peut faire démarrer son engagement sous sa forme actuelle à 2006 avec le déploiement des forces britanniques dans le sud du pays (opération Herrick IV). La guerre sous sa forme actuelle a donc plutôt 4 ans et non pas 9. Mais quand bien même elle aurait 9 ans, eh bien non ce n’est pas long pour une guerre de contre-insurrection. La durée moyenne de ces conflits est de 14 ans. Ce qui a changé, c’est la perception de la durée par des opinions publiques habituées à notre époque à obtenir des réponses et des résultats rapides. Les « spécialistes » qui traitent de contre-insurrection, qu’ils soient hommes politiques, militaires, universitaires ou journalistes, se doivent donc de rapporter correctement cet élément et de le faire entendre à l’opinion publique – ce qui soit dit en passant n’influe que peu sur l’adhésion ou non à cette guerre. C’est un fait, tenons nous y.

    Ensuite, décrire une situation tactique qui évoluerait en faveur d’une insurrection qui aurait le gain de l’initiative ne résiste pas à la connaissance du fonctionnement d’une insurrection. Ce fonctionnement a été théorisé par Mao (The War of Guerrilla, qui n’est pas traduit en français à ce jour) mais se retrouve aussi chez T.E. Lawrence (Les Sept Piliers de la Sagesse), Che Guevara (La Guerre de Guérilla) ou encore le général Giap (Mémoires). Schématiquement, il consiste à diviser une insurrection en trois phases successive : 1) clandestinité et terrorisme, 2) guérilla et 3) combat conventionnel.
    Aujourd’hui cette 3e phase est moins probable que par le passé et on observe deux raisons à cela. Dans un premier temps au motif du poids des opinions publiques et de la faible résilience des démocraties occidentales, une insurrection peut se contenter de s’installer dans la deuxième phase jusqu’à ce que le coût humain et financier n’amène son ennemi à renoncer. Ensuite parce qu’il est peu probable qu’une armée issue d’un mouvement insurrectionnel ne puisse battre en combat conventionnel une armée soutenue par ces mêmes puissances occidentales.
    Sur cette base, attribuer l’initiative aux insurgés en raison du regain de tués par IED relève donc d’une mauvaise analyse. De la phase 2 dans laquelle ils étaient entrés en 2006, les insurgés ont été obligés de revenir à des méthodes de la phase 1, à savoir le recours au terrorisme (les IED). L’emploi du terrorisme, et plus particulièrement des attentats suicides, traduit l’impuissance croissante des insurgés. Systématiquement battus en combat régulier, ne pouvant espérer dans le meilleur des cas que quelques minutes de surprise lors des accrochages, les insurgés emploient désormais les attentats comme arme principale. Cette pratique, malgré un fort pouvoir médiatique et psychologique, n’est finalement qu’une conséquence du recul inéluctable de leur liberté d’action et le signe précurseur d’un déclin inévitable, même s’il est lointain.

    En troisième lieu, annoncer une défaite en listant « à la Prévert » toute une série « d’impossible alliés, coordination, etc… » est plus que surprenant. Le soir du 10 mai 1940, dans une impossible solitude (les Français ont capitulé, l’Europe est allemande, les Etats-Unis neutres), avec une impossible capacité à réagir (l’armée britannique est en lambeaux), dans une impossible situation intérieure (la Grande-Bretagne est bombardée), etc… Les analystes politiques de l’époque ne devaient pas être très optimistes et certains au Royaume-Uni se prononcent pour un cessez-le-feu. Pourtant, Winston Churchill résiste et l’histoire lui donnera raison.
    La guerre est une opposition de volontés. La guerre est faite de victoires et de défaites. La guerre est le royaume de l’imprévu. La guerre est dure et pénible. La guerre n’est pas une promenade de santé, un show technologique, une démonstration d’armement. La volonté et la ténacité sont essentielles. C’est plutôt là que le bât blesse aujourd’hui en Occident.

    J’aborderai ensuite le chef de village entouré de cadavres tués par une frappe aérienne qui est évoqué dans l’article. Arrêtons les arguments journalistiques spécieux ! Il n’y a pas des dommages collatéraux tous les jours en Afghanistan et plus de 84% des victimes civiles sont tuées par les insurgés dans leurs attentats notamment. La plupart des chefs de village n’ont pas de morts à reprocher à l’OTAN. Certes, ils peuvent regretter le manque de proximité des troupes, l’absence de compréhension de leur culture et de leurs traditions ou le peu de dialogue existant, mais c’est très différent. Fondamentalement différent.

    Je ne parlerai pas pour ma part des soldats qui se battent là-bas et de leurs familles. C’est une chose que je connais bien pour le vivre, mais je ne l’instrumentaliserai pas.

    Il est aujourd’hui très tendance de stigmatiser les points faibles de l’action internationale en Afghanistan. En revanche, rares sont ceux qui cherchent à explorer des pistes, à trouver d’autres solutions. Et brandir son statut de scientifique, de chercheur, d’analyste pour limiter tout travail à un inventaire destructif est trop facile. Je ne nie pas les faiblesses et les difficultés, mais mettons l’intelligence au service de la réflexion…
    Faites des propositions, trouvez des solutions alternatives, lancez le débat sur ce sujet ! C’est peut-être en agissant comme cela que des solutions verront le jour et que la fin de ce conflit pourra être envisagée…

  25. EGEA Says:

    le billet sur bertalanffy est accessible sur égéa à : http://www.egeablog.net/dotclear/index.php?post/2009/02/25/Bertalanffy-versus-Clausewitz

  26. EGEA Says:

    le billet sur bertalanffy est accessible sur égéa à : http://www.egeablog.net/dotclear/index.php?post/2009/02/25/Bertalanffy-versus-Clausewitz

  27. Electrosphère Says:

    @ Bigor,

    Conformément à vos propos, « l’usage du terrorisme est un signe précurseur d’un déclin inévitable, même s’il est lointain« . C’est la notion de lointain qui, effectivement, incite à se demander si les opinions et surtout les états (occidentaux) veulent/peuvent encore mener des guerres jugées aujourd’hui longues (5, 10, 15 ans et +) compte tenu des facteurs que vous évoquez à juste titre.

    Concernant mon « listing à la Prévert« , j’ai explicitement mentionné qu’il s’agit « d’autres temps, autres guerres, autres circonstances. Gardons-nous de tout déterminisme mais n’oublions jamais les leçons de l’histoire » (sic).

    Selon vous, la faiblesse de l’Occident est donc essentiellement pyschologique. N’est-ce pas cet angle que les adversaires irréguliers/hybrides enfoncent précisément et enfonceront de plus en plus ? En outre, le vieillissement voire le dépeuplement démographique progressif des pays occidentaux a presque consacré la vie des plus jeunes éléments et engendré une culture du repli plutôt que du risque.

    Au fait, Mr Bigor : où ai-je écrit/insinué qu’il y a tous les jours des dommages collatéraux en A-stan ? J’ai décrit le comportement très probable et très compréhensible d’un chef de village dans un telle situation, et qui ne devrait pas étonner ensuite l’observateur étranger.

    Y a bcp moins de bavures de la part de l’OTAN, et ce d’autant plus que l’USAF a récemment modifié ses règles d’engagement. Mais, même pour le peu « d’inéluctables » bavures commises, elles mettent de l’eau dans le vin des Talibans. Malheureusement, toute guerre comporte son lot de dommages collatéraux et il faudra faire avec. NB : Cela dit, c’est plus facile pour nous d’écrire cela derrière un PC, un missile Hellfire ou une bombe talibane n’est pas prêt de nous tomber dessus à Lyon ou à Philadelphie.

    Je l’attendais celle-la : la soi-disante instrumentalisation de la douleur des familles et/ou de la mort au combat de soldats. Dès qu’on évoque un tant soit peu ces douleurs et ces morts, on les instrumentalise nécéssairement. Doit-on systématiquement faire silence sur ces réalités proprement humaines et n’évoquer que les seuls aspects stratégiques et tactiques… parce que plus « coulants » sur le plan émotionnel ou analytique et/ou moins déstabilisants dans une culture prompte à aseptiser/masquer la mort ?

    Comme vous dites : « La guerre est dure et pénible. La guerre n’est pas une promenade de santé, un show technologique, une démonstration d’armement« . Elle l’est tout autant dans sa conduite opérationnelle que dans ses réalités sociales, familiales, sentimentales et émotionnelles… car, pour compléter vos propos ci-dessus nous ne sommes pas des robots socialement isolés. Idem pour 99% des troupes menant la guerre sur le terrain afghan.

    Par ailleurs, si vous (re)lisez les références de l’article en annexes, vous constaterez que très peu sont journalistiques. Une seule d’entre elle est journalistique (celles rapportant précisément des statistiques), toutes les autres – articles, études, livres – sont les faits d’experts reconnus et/ou passionnés en défense, en stratégie, en guérilla, en COIN, etc. Eux non plus ne sont pas parfaits, sont sujets à des erreurs et à des biais mais j’estime qu’on peut tout de même leur faire un peu confiance.

    Stigmatiser les points faibles de l’action OTAN en A-stan n’a pour but de démolir celle-ci par plaisir ou par sadisme. C peut-être le cas ailleurs mais pas dans ce webzine. Si j’avais vraiment voulu stigmatiser cette action par plaisir ou par sadisme, je l’aurais fait avec des arguments analytiques moins poussés et des termes beaucoup plus provocateurs dans des webzines beaucoup plus polémiques à très fort buzz, ce qui ne manque guère sur le web francophone.

    Mais, ce n’est pas le genre de la maison. Que des perspectives ne concordent pas avec les vôtres ne doit pas toujours être perçu comme de la stigmatisation ou de la provocation. La contradiction des perspectives et la révélation de faiblesses ont ici pour but d’enrichir/d’élargir le débat sur la chose stratégique, militaire et sécuritaire, et vos commentaires + critiques sont d’autant plus bienvenues.

    Enfin, y a des propositions humbles et modestes dans l’article, pour peu qu’on veuille bien le (re)lire attentivement : voir le volet titré « La complexité, ennemie intime de l’OTAN« . Y en aura d’autres dans ce webzine mais qu’on n’attende pas de solutions miracles clés en main. Je prend certes qq risques intellectuels mais je me garde de toute prétention.

    Dans tous les cas, Mr Bigor, vos arguments ont à la fois du poids et de la justesse. En espérant vous relire dans ces pages.

    Cordialement.

  28. Electrosphère Says:

    @ Bigor,

    Conformément à vos propos, « l’usage du terrorisme est un signe précurseur d’un déclin inévitable, même s’il est lointain« . C’est la notion de lointain qui, effectivement, incite à se demander si les opinions et surtout les états (occidentaux) veulent/peuvent encore mener des guerres jugées aujourd’hui longues (5, 10, 15 ans et +) compte tenu des facteurs que vous évoquez à juste titre.

    Concernant mon « listing à la Prévert« , j’ai explicitement mentionné qu’il s’agit « d’autres temps, autres guerres, autres circonstances. Gardons-nous de tout déterminisme mais n’oublions jamais les leçons de l’histoire » (sic).

    Selon vous, la faiblesse de l’Occident est donc essentiellement pyschologique. N’est-ce pas cet angle que les adversaires irréguliers/hybrides enfoncent précisément et enfonceront de plus en plus ? En outre, le vieillissement voire le dépeuplement démographique progressif des pays occidentaux a presque consacré la vie des plus jeunes éléments et engendré une culture du repli plutôt que du risque.

    Au fait, Mr Bigor : où ai-je écrit/insinué qu’il y a tous les jours des dommages collatéraux en A-stan ? J’ai décrit le comportement très probable et très compréhensible d’un chef de village dans un telle situation, et qui ne devrait pas étonner ensuite l’observateur étranger.

    Y a bcp moins de bavures de la part de l’OTAN, et ce d’autant plus que l’USAF a récemment modifié ses règles d’engagement. Mais, même pour le peu « d’inéluctables » bavures commises, elles mettent de l’eau dans le vin des Talibans. Malheureusement, toute guerre comporte son lot de dommages collatéraux et il faudra faire avec. NB : Cela dit, c’est plus facile pour nous d’écrire cela derrière un PC, un missile Hellfire ou une bombe talibane n’est pas prêt de nous tomber dessus à Lyon ou à Philadelphie.

    Je l’attendais celle-la : la soi-disante instrumentalisation de la douleur des familles et/ou de la mort au combat de soldats. Dès qu’on évoque un tant soit peu ces douleurs et ces morts, on les instrumentalise nécéssairement. Doit-on systématiquement faire silence sur ces réalités proprement humaines et n’évoquer que les seuls aspects stratégiques et tactiques… parce que plus « coulants » sur le plan émotionnel ou analytique et/ou moins déstabilisants dans une culture prompte à aseptiser/masquer la mort ?

    Comme vous dites : « La guerre est dure et pénible. La guerre n’est pas une promenade de santé, un show technologique, une démonstration d’armement« . Elle l’est tout autant dans sa conduite opérationnelle que dans ses réalités sociales, familiales, sentimentales et émotionnelles… car, pour compléter vos propos ci-dessus nous ne sommes pas des robots socialement isolés. Idem pour 99% des troupes menant la guerre sur le terrain afghan.

    Par ailleurs, si vous (re)lisez les références de l’article en annexes, vous constaterez que très peu sont journalistiques. Une seule d’entre elle est journalistique (celles rapportant précisément des statistiques), toutes les autres – articles, études, livres – sont les faits d’experts reconnus et/ou passionnés en défense, en stratégie, en guérilla, en COIN, etc. Eux non plus ne sont pas parfaits, sont sujets à des erreurs et à des biais mais j’estime qu’on peut tout de même leur faire un peu confiance.

    Stigmatiser les points faibles de l’action OTAN en A-stan n’a pour but de démolir celle-ci par plaisir ou par sadisme. C peut-être le cas ailleurs mais pas dans ce webzine. Si j’avais vraiment voulu stigmatiser cette action par plaisir ou par sadisme, je l’aurais fait avec des arguments analytiques moins poussés et des termes beaucoup plus provocateurs dans des webzines beaucoup plus polémiques à très fort buzz, ce qui ne manque guère sur le web francophone.

    Mais, ce n’est pas le genre de la maison. Que des perspectives ne concordent pas avec les vôtres ne doit pas toujours être perçu comme de la stigmatisation ou de la provocation. La contradiction des perspectives et la révélation de faiblesses ont ici pour but d’enrichir/d’élargir le débat sur la chose stratégique, militaire et sécuritaire, et vos commentaires + critiques sont d’autant plus bienvenues.

    Enfin, y a des propositions humbles et modestes dans l’article, pour peu qu’on veuille bien le (re)lire attentivement : voir le volet titré « La complexité, ennemie intime de l’OTAN« . Y en aura d’autres dans ce webzine mais qu’on n’attende pas de solutions miracles clés en main. Je prend certes qq risques intellectuels mais je me garde de toute prétention.

    Dans tous les cas, Mr Bigor, vos arguments ont à la fois du poids et de la justesse. En espérant vous relire dans ces pages.

    Cordialement.

  29. bigor Says:

    @ Electrosphère

    Votre commentaire me plait beaucoup car il est à mon sens nettement moins polémique que votre article et plus argumenté.

    Je partage ainsi votre point de vue sur 2 questions :

    1) Je partage amplement le constat que nos sociétés occidentales rejettent la mort et l’effacent autant que faire se peut de leurs considérations. Cette posture est en opposition flagrante avec la capacité à se battre pour des valeurs ou des intérêts et la capacité à vaincre dans un conflit. Il y a donc là un réel problème. Le militaire, pour sa part, et sa famille doit l’accepter, croit fondamentalement au bien-fondé de sa mission. Soldat français, il a la chance de servir une République démocratique au gouvernement légitimement élu et empreint de valeurs humanistes. L’adéquation du service et des valeurs lui est donc naturelle. C’est pourquoi (et je ne m’exempte pas de ce reproche), chaque soldat vit douloureusement les constats alarmistes ou défaitistes qui viennent miner le sens même de sa vie et de sa mort, ainsi qu’affaiblir la résilience de sa propre famille. Chaque personne qui écrit sur un sujet aussi sensible de ce point de vue doit savoir qu’il rend « l’après » plus dur aux familles des morts. A ce titre, la démarche de Me Collard auprès des familles des tués de l’embuscade d’Uzbeen ne facilite pas le deuil, bien au contraire. Il cantonne ces familles dans le déni, la révolte et finalement le tourment au lieu de les laisser aller vers l’apaisement que la certitude d’une mort justifiée par des intérêts supérieurs peut procurer.
    Au final, il est temps que la mort soit à nouveau acceptée comme étant consubstantielle à la vie dans nos société. Sinon nous allons vers un relativisme frileux et autarcique qui nous portera préjudice.

    2) Plus brièvement, je partage votre point de vue sur le fait que cette guerre se mène essentiellement dans le champ cognitif. C’est une guerre de l’information, de la désinformation, de la perception. Bref une guerre de propagande. Est-ce nouveau ? Non. C’est tout simplement une guerre « subversive » telle que les théoriciens français de ce concept ont pu le décrire dans les années 60 (Némo, Hogard, Trinquier). Il faut donc nous battre dans ce champ : accepter de faire de la propagande, accepter l’élimination ciblée de chefs ennemis irrécupérables, accepter d’infiltrer les mouvements ennemis pour provoquer des purges, accepter de frapper pour faire accuser nos ennemis, accepter d’impliquer les Afghans de notre côté quitte à les mettre en danger, etc… Aujourd’hui ce n’est pas le cas ni même la tendance. Il faut donc nous faire violence pour reprendre le dessus dans ce domaine.

    Enfin, il n’est aucunement question de proposer des solutions miracles clé en main. Ni vous ni moi ne sommes assez orgueilleux ou idiots pour une telle chose. Mais je suis peut-être plus optimiste que vous : je dis que lorsque l’on a la connaissance et l’intelligence, il faut simplement oser proposer des voies à explorer, des innovations, des idées… Certaines aboutiront, d’autres ne recevront aucun écho. Certaines seront reprises et améliorées, d’autres abandonnées. Lawrence dans le Hedjaz a improvisé. Giap a lu Napoléon puis s’est lancé dans la bataille. Mao et Guevara avaient lu Clausewitz et ont improvisé avant de théoriser. Ben Laden les a lus. Plus Français, Foch et Pétain ont innové, Juin a fait différemment des Américains en Italie, Leclerc a osé… Alors réfléchissons, analysons, mais surtout proposons – en toute humilité – mais sans avoir peur de passer pour quelqu’un qui se prend pour Napoléon.

    Enfin, et ça n’a rien à voir avec l’Afghanistan, je suis très heureux de débattre, même parfois un peu virilement. J’apprécie les positions contraires aux miennes et je n’ai pas peur des envolées pour défendre ses idées. Et comme je ne suis ni rancunier ni susceptible, on peut y aller !
    Depuis plusieurs semaines que je fréquente le site AGS, je suis marqué par le très bon niveau de réflexion qui en est la règle, tant pour les articles que pour les commentaires. Il y a un potentiel de réflexion et de créativité à employer de toute urgence au service de l’innovation !

    Amicalement
    Bigor

  30. bigor Says:

    @ Electrosphère

    Votre commentaire me plait beaucoup car il est à mon sens nettement moins polémique que votre article et plus argumenté.

    Je partage ainsi votre point de vue sur 2 questions :

    1) Je partage amplement le constat que nos sociétés occidentales rejettent la mort et l’effacent autant que faire se peut de leurs considérations. Cette posture est en opposition flagrante avec la capacité à se battre pour des valeurs ou des intérêts et la capacité à vaincre dans un conflit. Il y a donc là un réel problème. Le militaire, pour sa part, et sa famille doit l’accepter, croit fondamentalement au bien-fondé de sa mission. Soldat français, il a la chance de servir une République démocratique au gouvernement légitimement élu et empreint de valeurs humanistes. L’adéquation du service et des valeurs lui est donc naturelle. C’est pourquoi (et je ne m’exempte pas de ce reproche), chaque soldat vit douloureusement les constats alarmistes ou défaitistes qui viennent miner le sens même de sa vie et de sa mort, ainsi qu’affaiblir la résilience de sa propre famille. Chaque personne qui écrit sur un sujet aussi sensible de ce point de vue doit savoir qu’il rend « l’après » plus dur aux familles des morts. A ce titre, la démarche de Me Collard auprès des familles des tués de l’embuscade d’Uzbeen ne facilite pas le deuil, bien au contraire. Il cantonne ces familles dans le déni, la révolte et finalement le tourment au lieu de les laisser aller vers l’apaisement que la certitude d’une mort justifiée par des intérêts supérieurs peut procurer.
    Au final, il est temps que la mort soit à nouveau acceptée comme étant consubstantielle à la vie dans nos société. Sinon nous allons vers un relativisme frileux et autarcique qui nous portera préjudice.

    2) Plus brièvement, je partage votre point de vue sur le fait que cette guerre se mène essentiellement dans le champ cognitif. C’est une guerre de l’information, de la désinformation, de la perception. Bref une guerre de propagande. Est-ce nouveau ? Non. C’est tout simplement une guerre « subversive » telle que les théoriciens français de ce concept ont pu le décrire dans les années 60 (Némo, Hogard, Trinquier). Il faut donc nous battre dans ce champ : accepter de faire de la propagande, accepter l’élimination ciblée de chefs ennemis irrécupérables, accepter d’infiltrer les mouvements ennemis pour provoquer des purges, accepter de frapper pour faire accuser nos ennemis, accepter d’impliquer les Afghans de notre côté quitte à les mettre en danger, etc… Aujourd’hui ce n’est pas le cas ni même la tendance. Il faut donc nous faire violence pour reprendre le dessus dans ce domaine.

    Enfin, il n’est aucunement question de proposer des solutions miracles clé en main. Ni vous ni moi ne sommes assez orgueilleux ou idiots pour une telle chose. Mais je suis peut-être plus optimiste que vous : je dis que lorsque l’on a la connaissance et l’intelligence, il faut simplement oser proposer des voies à explorer, des innovations, des idées… Certaines aboutiront, d’autres ne recevront aucun écho. Certaines seront reprises et améliorées, d’autres abandonnées. Lawrence dans le Hedjaz a improvisé. Giap a lu Napoléon puis s’est lancé dans la bataille. Mao et Guevara avaient lu Clausewitz et ont improvisé avant de théoriser. Ben Laden les a lus. Plus Français, Foch et Pétain ont innové, Juin a fait différemment des Américains en Italie, Leclerc a osé… Alors réfléchissons, analysons, mais surtout proposons – en toute humilité – mais sans avoir peur de passer pour quelqu’un qui se prend pour Napoléon.

    Enfin, et ça n’a rien à voir avec l’Afghanistan, je suis très heureux de débattre, même parfois un peu virilement. J’apprécie les positions contraires aux miennes et je n’ai pas peur des envolées pour défendre ses idées. Et comme je ne suis ni rancunier ni susceptible, on peut y aller !
    Depuis plusieurs semaines que je fréquente le site AGS, je suis marqué par le très bon niveau de réflexion qui en est la règle, tant pour les articles que pour les commentaires. Il y a un potentiel de réflexion et de créativité à employer de toute urgence au service de l’innovation !

    Amicalement
    Bigor

  31. Electrosphère Says:

    @ Bigor

    1/ Concernant le rapport à la mort en Occident, je vous recommande de parcourir Le guide stratégique de David contre Goliath. Autant vous le dire tout de suite, ce n’est pas un article « marrant ». Vous risquez fort de le lire en fronçant des sourcils.

    Dans cet article, je relate une scène de la série TV Battlestar Galactica dans laquelle l’avocat d’un vaisseau de guerre spatial affirmait que « la judiciarisation à outrance permet à chacun de fuir ses responsabilités« . La science-fiction n’est certes pas du Kilcullen ou du Trinquier mais ça vaut largement le détour. Voilà une piste de réflexion intéréssante, surtout quand on pense à l’action de Me Collard que vous évoquiez. Quant à l’acceptation de la mort en Occident, je crains que ce soit (très) mal parti. L’illusoire culture du risque zéro, du zéro mort, saupoudré par du principe de précaution concoure à une délicatesse psychologique de plus en plus marquée. Un gros talon d’Achille psychologique dans un monde probablement appelé à devenir plus hégélien.

    2/ Entre votre guerre de la propagande et votre contre-guerre de subversion à laquelle l’OTAN devrait également s’atteler selon vos propositions, là aussi le concentration d’acteurs très divers sur le théâtre afghan (comme mentionné dans l’article : OEF, OTAN, UE, ONU, ONG, SMP, etc) limite de plus en plus la marge de manoeuvre des armées, sans compter un impact psychologique dévastateur côté Occident comme A-stan/Orient. C’est la raison pour laquelle je déplore un tantinet que ce conflit irrégulier ne soit abordée jusqu’ici essentiellement sous angle stratégique/tactique par les commentateurs. On a affaire à une vraie crise complexe permanente comme décrite dans l’article. Et là, encore, l’OTAN en général, et les US en particulier sont (très) mal outillés malgré d’incontestables progrès en 5-9 ans. Clausewitz, Trinquier, Mao, Guevara et autres sont certes dans les détails, mais même dans ce cas de figure, cela ne me semble point suffire. Entremps, le conflit s’allonge et sa légitimité en pâtit de plus en plus. Avec un Mr Obama qui entrera en campagne électorale en 2011, on risque un enième redéploiement (à la baisse ?) et peut-être beaucoup de désagrements, a fortiori si la situation tactique, psychologique et politique ne s’améliore pas.

    3/ Lawrence, Giap, Mao, Guevara et Foch n’avaient pas autant de « soucis » à leurs époques respectives… Et encore moins Ben Laden à l’heure actuelle. Au risque de choquer la bienpensance, on peut se demander si la délicatesse n’est pas le propre de « la civilisation »… Car, si les Talibans + Al-Qaïda se fichent pas mal de leurs dégâts collatéraux, l’Occident ne peut/veut se le permettre.

    4/ Autre facteur et non le moindre : Hamid Karzaï est vraiment beaucoup trop illégitime aux yeux des Afghans. Pour eux, c’est tout simplement « l’Homme du Blanc », narco-état, corruption, truquage des élections en sus. Rien qu’en étant là, il redonne aux Talibans + AQ ce que l’OTAN essaye précisément de leur retirer de l’autre : l’avantage psychologique.

    Voyez-vous à quel point la dimension militaire de ce conflit est profondément immergée et surtout très tributaire d’une multitude de facteurs peut-être un peu trop complexes, y compris pour des gouvernements et des armées pourtant très futés ?

    D’où ma proposition : forger l’art croisé de la conduite de guerre et de la gestion de crises et hybrider les forces OTAN. J’insiste sur le terme « art » plutôt que « science » car pour gérer de tels conflits et crises, y aura besoin de techniciens avec la trempe d’artistes et vice-versa. C’est ce que cet article essaie de faire comprendre au lecteur. Apparemment, quelques débats virils complémentaires sont nécéssaires à cette fin. Ca fait du bien, ça met de l’adrénaline dans les neurones, pour prolonger votre propos.

    Toutes mes amitiés.
    Electrosphère

  32. Electrosphère Says:

    @ Bigor

    1/ Concernant le rapport à la mort en Occident, je vous recommande de parcourir Le guide stratégique de David contre Goliath. Autant vous le dire tout de suite, ce n’est pas un article « marrant ». Vous risquez fort de le lire en fronçant des sourcils.

    Dans cet article, je relate une scène de la série TV Battlestar Galactica dans laquelle l’avocat d’un vaisseau de guerre spatial affirmait que « la judiciarisation à outrance permet à chacun de fuir ses responsabilités« . La science-fiction n’est certes pas du Kilcullen ou du Trinquier mais ça vaut largement le détour. Voilà une piste de réflexion intéréssante, surtout quand on pense à l’action de Me Collard que vous évoquiez. Quant à l’acceptation de la mort en Occident, je crains que ce soit (très) mal parti. L’illusoire culture du risque zéro, du zéro mort, saupoudré par du principe de précaution concoure à une délicatesse psychologique de plus en plus marquée. Un gros talon d’Achille psychologique dans un monde probablement appelé à devenir plus hégélien.

    2/ Entre votre guerre de la propagande et votre contre-guerre de subversion à laquelle l’OTAN devrait également s’atteler selon vos propositions, là aussi le concentration d’acteurs très divers sur le théâtre afghan (comme mentionné dans l’article : OEF, OTAN, UE, ONU, ONG, SMP, etc) limite de plus en plus la marge de manoeuvre des armées, sans compter un impact psychologique dévastateur côté Occident comme A-stan/Orient. C’est la raison pour laquelle je déplore un tantinet que ce conflit irrégulier ne soit abordée jusqu’ici essentiellement sous angle stratégique/tactique par les commentateurs. On a affaire à une vraie crise complexe permanente comme décrite dans l’article. Et là, encore, l’OTAN en général, et les US en particulier sont (très) mal outillés malgré d’incontestables progrès en 5-9 ans. Clausewitz, Trinquier, Mao, Guevara et autres sont certes dans les détails, mais même dans ce cas de figure, cela ne me semble point suffire. Entremps, le conflit s’allonge et sa légitimité en pâtit de plus en plus. Avec un Mr Obama qui entrera en campagne électorale en 2011, on risque un enième redéploiement (à la baisse ?) et peut-être beaucoup de désagrements, a fortiori si la situation tactique, psychologique et politique ne s’améliore pas.

    3/ Lawrence, Giap, Mao, Guevara et Foch n’avaient pas autant de « soucis » à leurs époques respectives… Et encore moins Ben Laden à l’heure actuelle. Au risque de choquer la bienpensance, on peut se demander si la délicatesse n’est pas le propre de « la civilisation »… Car, si les Talibans + Al-Qaïda se fichent pas mal de leurs dégâts collatéraux, l’Occident ne peut/veut se le permettre.

    4/ Autre facteur et non le moindre : Hamid Karzaï est vraiment beaucoup trop illégitime aux yeux des Afghans. Pour eux, c’est tout simplement « l’Homme du Blanc », narco-état, corruption, truquage des élections en sus. Rien qu’en étant là, il redonne aux Talibans + AQ ce que l’OTAN essaye précisément de leur retirer de l’autre : l’avantage psychologique.

    Voyez-vous à quel point la dimension militaire de ce conflit est profondément immergée et surtout très tributaire d’une multitude de facteurs peut-être un peu trop complexes, y compris pour des gouvernements et des armées pourtant très futés ?

    D’où ma proposition : forger l’art croisé de la conduite de guerre et de la gestion de crises et hybrider les forces OTAN. J’insiste sur le terme « art » plutôt que « science » car pour gérer de tels conflits et crises, y aura besoin de techniciens avec la trempe d’artistes et vice-versa. C’est ce que cet article essaie de faire comprendre au lecteur. Apparemment, quelques débats virils complémentaires sont nécéssaires à cette fin. Ca fait du bien, ça met de l’adrénaline dans les neurones, pour prolonger votre propos.

    Toutes mes amitiés.
    Electrosphère

  33. bigor Says:

    @ Electrosphère

    Merci de cette réponse.

    Concernant M. Karzaï, je ne serai pas aussi catégorique. Ce que vous décrivez est parfaitement juste mais c’est une vision très occidentale de ce personnage.

    Certes il est corrompu, sa légitimité est plus que douteuse et il mène vraisemblablement un double jeu dans lequel son intérêt personnel compte autant que l’avenir de l’Afghanistan.

    Pour autant, le rejet par les Afghans n’est pas si net que vous le dite :

    1) N’oublions pas que les Afghans se sont rendus aux urnes malgré les menaces physiques pesant sur eux (menaces de doigts coupés, d’attentats, etc). A cette aune, le taux de participation doit être considéré comme positif : sans menace, le taux de participation à une élection en Europe occidentale se situe entre 40 et 70%… 40% de participation en Afghanistan est donc un succès, même si ce taux est inférieur à 2004 (au passage, une opportunité a certainement été manquée entre 2001 et 2004). Les Afghans croient donc à ce processus.

    2) Contrairement à une croyance tenace en Europe, les Afghans ne sont pas opposés à un pouvoir central. Il y a une longue tradition de pouvoir central à Kaboul. Toute la finesse du système repose sur le dosage entre concentration et déconcentration des pouvoirs. Le sentiment national afghan existe par-delà les races et les religions et l’existence d’un pouvoir central en est le symbole. Une forte déconcentration est en retour la marque de respect de ce pouvoir vis-à-vis du système tribal. Le système présidentiel afghan n’est donc pas si illégitime que cela aux yeux des Afghans.

    3) Depuis au minimum 1979 (mais pour ma part je pense que c’est antérieur, au moins à partir de la chute du roi), la corruption et le narcotrafic ont été généralisés et ont largement perturbé le pays. Que ce soit à Kaboul ou dans les baronnies issues de la guerre contre les Soviétiques, l’enrichissement personnel est devenu la règle. Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas lutter contre (n’oublions pas que l’héroïne inonde ensuite l’Europe) mais il faut tout de même replacer l’administration Karzaï dans ce contexte. Les Afghans en souffrent mais estiment aujourd’hui que pouvoir et abus sont consubstantiels, sans particulièrement viser M. Karzaï.

    En conclusion, je crois que « l’état final recherché » par la communauté internationale en Afghanistan devrait se rapprocher de quelque chose comme « la mise en place d’un Etat souverain, dont le gouvernement central est suffisamment déconcentré pour être accepté comme symbole de l’unité nationale tout en respectant les particularismes, suffisamment peu corrompu pour conserver la confiance de sa population et de la communauté internationale, et capable de garantir seul un minimum de sécurité (physique et sanitaire) aux Afghans ». Certes il y a du travail, mais on n’est pas très loin de ce que l’ISAF recherche aujourd’hui.

    Enfin, je vous rejoins sur certains constats de faibles rédhibitoires. Ces faiblesses sont la place à accorder à l’Inde, au Pakistan et à l’Iran dans les négociations de paix, la définition d’un consensus international sur la façon de lutter contre le narcotrafic (cultures de substitution, etc) et la coordination des fonds de reconstruction, aujourd’hui employés de manière trop désordonnée. Mais ces faiblesses sont politiques. L’OTAN ne peut que les subir sans les infléchir. C’est à l’ONU que ces points doivent être débattus. Dans l’attente de ces efforts politiques, les militaires ne peuvent que gagner du temps.

    Amicalement

  34. bigor Says:

    @ Electrosphère

    Merci de cette réponse.

    Concernant M. Karzaï, je ne serai pas aussi catégorique. Ce que vous décrivez est parfaitement juste mais c’est une vision très occidentale de ce personnage.

    Certes il est corrompu, sa légitimité est plus que douteuse et il mène vraisemblablement un double jeu dans lequel son intérêt personnel compte autant que l’avenir de l’Afghanistan.

    Pour autant, le rejet par les Afghans n’est pas si net que vous le dite :

    1) N’oublions pas que les Afghans se sont rendus aux urnes malgré les menaces physiques pesant sur eux (menaces de doigts coupés, d’attentats, etc). A cette aune, le taux de participation doit être considéré comme positif : sans menace, le taux de participation à une élection en Europe occidentale se situe entre 40 et 70%… 40% de participation en Afghanistan est donc un succès, même si ce taux est inférieur à 2004 (au passage, une opportunité a certainement été manquée entre 2001 et 2004). Les Afghans croient donc à ce processus.

    2) Contrairement à une croyance tenace en Europe, les Afghans ne sont pas opposés à un pouvoir central. Il y a une longue tradition de pouvoir central à Kaboul. Toute la finesse du système repose sur le dosage entre concentration et déconcentration des pouvoirs. Le sentiment national afghan existe par-delà les races et les religions et l’existence d’un pouvoir central en est le symbole. Une forte déconcentration est en retour la marque de respect de ce pouvoir vis-à-vis du système tribal. Le système présidentiel afghan n’est donc pas si illégitime que cela aux yeux des Afghans.

    3) Depuis au minimum 1979 (mais pour ma part je pense que c’est antérieur, au moins à partir de la chute du roi), la corruption et le narcotrafic ont été généralisés et ont largement perturbé le pays. Que ce soit à Kaboul ou dans les baronnies issues de la guerre contre les Soviétiques, l’enrichissement personnel est devenu la règle. Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas lutter contre (n’oublions pas que l’héroïne inonde ensuite l’Europe) mais il faut tout de même replacer l’administration Karzaï dans ce contexte. Les Afghans en souffrent mais estiment aujourd’hui que pouvoir et abus sont consubstantiels, sans particulièrement viser M. Karzaï.

    En conclusion, je crois que « l’état final recherché » par la communauté internationale en Afghanistan devrait se rapprocher de quelque chose comme « la mise en place d’un Etat souverain, dont le gouvernement central est suffisamment déconcentré pour être accepté comme symbole de l’unité nationale tout en respectant les particularismes, suffisamment peu corrompu pour conserver la confiance de sa population et de la communauté internationale, et capable de garantir seul un minimum de sécurité (physique et sanitaire) aux Afghans ». Certes il y a du travail, mais on n’est pas très loin de ce que l’ISAF recherche aujourd’hui.

    Enfin, je vous rejoins sur certains constats de faibles rédhibitoires. Ces faiblesses sont la place à accorder à l’Inde, au Pakistan et à l’Iran dans les négociations de paix, la définition d’un consensus international sur la façon de lutter contre le narcotrafic (cultures de substitution, etc) et la coordination des fonds de reconstruction, aujourd’hui employés de manière trop désordonnée. Mais ces faiblesses sont politiques. L’OTAN ne peut que les subir sans les infléchir. C’est à l’ONU que ces points doivent être débattus. Dans l’attente de ces efforts politiques, les militaires ne peuvent que gagner du temps.

    Amicalement

  35. Electrosphère Says:

    @ Bigor,

    Dans la mesure de vos disponibilités, je vous recommande vivement de vous acheter le dernier numéro de DSI (février 2010) dans un tabac ou en ligne. Rassurez-vous, Henrotin ne me paye pas pour chauffer l’ambiance et jouer ensuite au rabatteur infomercial sinon je roulerais en Humvee… désormais made in China ! (rires).

    Disons que ce dernier numéro de DSI comporte trois longs articles très intéréssants sur la situation afghane, écrit par des officiers sur le terrain. Une partie de leurs analyses concorde avec les votres, l’autre partie est assez divergente (notamment sur la relation entre le peuple afghan, sa nation et ses institutions politiques). Bonne lecture.

    Ce fut un honneur.
    Electrosphère

  36. Electrosphère Says:

    @ Bigor,

    Dans la mesure de vos disponibilités, je vous recommande vivement de vous acheter le dernier numéro de DSI (février 2010) dans un tabac ou en ligne. Rassurez-vous, Henrotin ne me paye pas pour chauffer l’ambiance et jouer ensuite au rabatteur infomercial sinon je roulerais en Humvee… désormais made in China ! (rires).

    Disons que ce dernier numéro de DSI comporte trois longs articles très intéréssants sur la situation afghane, écrit par des officiers sur le terrain. Une partie de leurs analyses concorde avec les votres, l’autre partie est assez divergente (notamment sur la relation entre le peuple afghan, sa nation et ses institutions politiques). Bonne lecture.

    Ce fut un honneur.
    Electrosphère

  37. JGP Says:

    C’est à ce genre de débat que l’on voit que les lecteurs ont une part importante dans la qualité d’AGS.

    La situation en Afghanistan dépeinte par l’article de Charles, vis-à-vis des opinions des pays alliés, n’est-elle pas une illustration du fait que « pour convaincre, la vérité [brute, froide, rationnelle, "terrain"] ne peut suffire » ? Je me demande si au-delà de la conviction il ne faudrait pas investir le champ de la persuasion. Qui dans le domaine politique, psychologique, social, joue un rôle de premier plan… afin éventuellement de restaurer un lien cassé entre le terrain, la sphère politique et l’opinion.

    On ne peut nier que le temps, marqué en Occident en au premier chef aux Etats-Unis, par les échéances électorales et les promesses de « retrait » déjà affichées d’ici l’an prochain (mais cela a encore le temps de changer), joue globalement contre l’OTAN et les Alliés. Alors que par ailleurs la durée nécessaire au « déclin inévitable » des insurgés est incertaine, mais quoi qu’il en soit pas à court-terme. Ce message de retrait (ou de refus de renforcement), s’adressant aux citoyens et électeurs des pays alliés, comment est-il reçu par les populations locales et les insurgés ?

    Quid de l’idée de reculer pour mieux sauter ? A utiliser avec modération bien sûr, mais cf. ce qu’il s’est passé à Wanat, suite à la bataille ayant fait 9 tués côté américain en juillet 2008 et au retrait de la zone demandé par McChrystal…

    Il est primordial que des puissances hors-OTAN (Russie, Chine, voire… Iran) s’impliquent un peu plus. Rasmussen a appelé l’autre jour, en critiquant la nouvelle doctrine militaire russe, Moscou à s’engager plus en Afghanistan, mentionnant le fait que Russes et OTAN avaient un intérêt commun à voir la situation s’améliorer sur ce théâtre. Comment faire concrètement pour que cela soit le cas ? Faire miroiter à la Russie qu’une victoire permettra un retrait plus rapide des troupes américaines/occidentales et donc éventuellement un meilleur déploiement des forces de l’OTSC en Asie Centrale (par ex. Manas au Kirghizistan) ?

    Détail microscopique : le livre de Mao Zedong s’appelle « On guerrilla warfare » en anglais. Je me demande si les « Ecrits militaires de Mao Tsé-Toung » publiés à Beijing en 1964 en français n’en contiennent pas de bons morceaux.

    Par ailleurs, question aux experts du sujet, il me semble que chez Guevara la phase 3 de l’insurrection décrite par bigor (« combat conventionnel ») n’est pas nécessaire à l’obtention de la victoire, contrairement à ce qu’en dit un Mao.

  38. JGP Says:

    C’est à ce genre de débat que l’on voit que les lecteurs ont une part importante dans la qualité d’AGS.

    La situation en Afghanistan dépeinte par l’article de Charles, vis-à-vis des opinions des pays alliés, n’est-elle pas une illustration du fait que « pour convaincre, la vérité [brute, froide, rationnelle, "terrain"] ne peut suffire » ? Je me demande si au-delà de la conviction il ne faudrait pas investir le champ de la persuasion. Qui dans le domaine politique, psychologique, social, joue un rôle de premier plan… afin éventuellement de restaurer un lien cassé entre le terrain, la sphère politique et l’opinion.

    On ne peut nier que le temps, marqué en Occident en au premier chef aux Etats-Unis, par les échéances électorales et les promesses de « retrait » déjà affichées d’ici l’an prochain (mais cela a encore le temps de changer), joue globalement contre l’OTAN et les Alliés. Alors que par ailleurs la durée nécessaire au « déclin inévitable » des insurgés est incertaine, mais quoi qu’il en soit pas à court-terme. Ce message de retrait (ou de refus de renforcement), s’adressant aux citoyens et électeurs des pays alliés, comment est-il reçu par les populations locales et les insurgés ?

    Quid de l’idée de reculer pour mieux sauter ? A utiliser avec modération bien sûr, mais cf. ce qu’il s’est passé à Wanat, suite à la bataille ayant fait 9 tués côté américain en juillet 2008 et au retrait de la zone demandé par McChrystal…

    Il est primordial que des puissances hors-OTAN (Russie, Chine, voire… Iran) s’impliquent un peu plus. Rasmussen a appelé l’autre jour, en critiquant la nouvelle doctrine militaire russe, Moscou à s’engager plus en Afghanistan, mentionnant le fait que Russes et OTAN avaient un intérêt commun à voir la situation s’améliorer sur ce théâtre. Comment faire concrètement pour que cela soit le cas ? Faire miroiter à la Russie qu’une victoire permettra un retrait plus rapide des troupes américaines/occidentales et donc éventuellement un meilleur déploiement des forces de l’OTSC en Asie Centrale (par ex. Manas au Kirghizistan) ?

    Détail microscopique : le livre de Mao Zedong s’appelle « On guerrilla warfare » en anglais. Je me demande si les « Ecrits militaires de Mao Tsé-Toung » publiés à Beijing en 1964 en français n’en contiennent pas de bons morceaux.

    Par ailleurs, question aux experts du sujet, il me semble que chez Guevara la phase 3 de l’insurrection décrite par bigor (« combat conventionnel ») n’est pas nécessaire à l’obtention de la victoire, contrairement à ce qu’en dit un Mao.

  39. SD Says:

    @Electrosphère
    Nous avons déjà parlé longuement de ce sujet par mail. Tu sais que je suis très proche des idées de Bigor.
    Dans ton billet qui « met les pieds dans le plat », tu t’es arrêté à l’entrée.
    Le plat de résistance me semble avoir été oublié (nous n’avons eu que le menu) :
    - l’ONU et sa constellation aux abonnés absents ?
    - les ONG qui sauvent le monde sur nos écrans. Invisibles ?
    - les classes politiques des pays contributeurs à l’ISAF. donneurs d’ordres ?
    Pourrais-tu développer ce plat de résistance, s’il te plait, voire ajouter le dessert ?
    Amitiés
    SD

  40. SD Says:

    @Electrosphère
    Nous avons déjà parlé longuement de ce sujet par mail. Tu sais que je suis très proche des idées de Bigor.
    Dans ton billet qui « met les pieds dans le plat », tu t’es arrêté à l’entrée.
    Le plat de résistance me semble avoir été oublié (nous n’avons eu que le menu) :
    - l’ONU et sa constellation aux abonnés absents ?
    - les ONG qui sauvent le monde sur nos écrans. Invisibles ?
    - les classes politiques des pays contributeurs à l’ISAF. donneurs d’ordres ?
    Pourrais-tu développer ce plat de résistance, s’il te plait, voire ajouter le dessert ?
    Amitiés
    SD

  41. Electrosphère Says:

    @ SD,

    - l’ONU et les ONG : je ne vais pas me faire des amis auprès d’eux. Je serais bref : la première ne fout / ne change rien de toute façon. Pour l’instant, je n’en vois guère des résultats solides et durables. Les seconds nagent dans une incroyable discordance tous azimuts. N’ y a-t-il pas une huile de l’ONU qui a récemment fait preuve d’une certaine verve plutôt marquée envers la FIAS et l’OEF ? Cas isolé ou émissaire de son organisation ? Parallèlement, dans leurs fondamentaux, les ONG ne peuvent soutenir implicitement ou explicitement une action militaire sous peine de voir leurs donations fondre comme neige au soleil. Si y a des lecteurs appartenant ou apparentés ONU/ONG, qu’ils veuillent bien me corriger.

    - les classes politiques de l’ISAF : voilà un point sur lequel Bigor a totalement raison. Ces classes politiques manquent effectivement autant de courage que de dextérité. Je vois mal une huile de l’administration US ou d’un gouvernement européen expliquer qu’il faut du temps (minimum 10 ans, en moyenne 15 ans et encore) pour l’emporter significativement sur une insurrection. Surtout, il faut se faire à l’idée de prendre des coups et même de sérieux KO. Malheureusement, ces hommes politiques sont aussi le produit d’une société qui a relegué la mort dans ses marges psychologiques et rituelles. En effet, l’homme politique joue son mandat. Et, de nos jours, rares sont les hommes politiques qui engagent une vision au-delà de leurs mandats. Avec un retrait partiel envisagé pour 2011 par l’administration Obama et la campagne électorale qui entre dans sa phase prépa (comme par hasard, la même année), j’ai quelques inquiétudes pour les opérations FIAS et OEF si elles ne bravent pas significativement les Talibans + A-Q d’ici 2011.

    Sur le champ décisionnel, tout dépendra essentiellement des évolutions de l’administration Obama sur la scène intérieure US.

    Tu fais très bien de pointer vers ces questions car tu étends le débat au-delà des seuls domaines militaires/tactiques, qui au final, baignent dans ce Rubik’s Cube stratégique.

    Amicalement

  42. Electrosphère Says:

    @ SD,

    - l’ONU et les ONG : je ne vais pas me faire des amis auprès d’eux. Je serais bref : la première ne fout / ne change rien de toute façon. Pour l’instant, je n’en vois guère des résultats solides et durables. Les seconds nagent dans une incroyable discordance tous azimuts. N’ y a-t-il pas une huile de l’ONU qui a récemment fait preuve d’une certaine verve plutôt marquée envers la FIAS et l’OEF ? Cas isolé ou émissaire de son organisation ? Parallèlement, dans leurs fondamentaux, les ONG ne peuvent soutenir implicitement ou explicitement une action militaire sous peine de voir leurs donations fondre comme neige au soleil. Si y a des lecteurs appartenant ou apparentés ONU/ONG, qu’ils veuillent bien me corriger.

    - les classes politiques de l’ISAF : voilà un point sur lequel Bigor a totalement raison. Ces classes politiques manquent effectivement autant de courage que de dextérité. Je vois mal une huile de l’administration US ou d’un gouvernement européen expliquer qu’il faut du temps (minimum 10 ans, en moyenne 15 ans et encore) pour l’emporter significativement sur une insurrection. Surtout, il faut se faire à l’idée de prendre des coups et même de sérieux KO. Malheureusement, ces hommes politiques sont aussi le produit d’une société qui a relegué la mort dans ses marges psychologiques et rituelles. En effet, l’homme politique joue son mandat. Et, de nos jours, rares sont les hommes politiques qui engagent une vision au-delà de leurs mandats. Avec un retrait partiel envisagé pour 2011 par l’administration Obama et la campagne électorale qui entre dans sa phase prépa (comme par hasard, la même année), j’ai quelques inquiétudes pour les opérations FIAS et OEF si elles ne bravent pas significativement les Talibans + A-Q d’ici 2011.

    Sur le champ décisionnel, tout dépendra essentiellement des évolutions de l’administration Obama sur la scène intérieure US.

    Tu fais très bien de pointer vers ces questions car tu étends le débat au-delà des seuls domaines militaires/tactiques, qui au final, baignent dans ce Rubik’s Cube stratégique.

    Amicalement

  43. tiberius Says:

    Ne pensez-vous pas qu’un des problèmes de ces guerres est la sur-interprétation des résultats de la deuxième guerre mondiale, les Américains se voient apporter la démocratie alors qu’ils n’ont fait que renverser deux régimes ce qui n’a rien de très nouveau dans l’histoire militaire. Partant de ce prémisse erronée ils font un type de guerre très peu efficace.
    Si le renversement des Talibans rentre dans le cadre de la guerre traditionnel le maintien des troupes sur place nous place dans ce qui ressemble aux guerres de décolonisation avec en plus aucun des intérêts d’une puissance coloniale.
    A mon avis il faudrait laisser les Afghans se débrouiller ce qui nous redonnerait une liberté de frappe, il est plus facile de faire partir les talibans de Kaboul que d’éradiquer leur idéologie dans le cœur des Pachtounes.
    Mais je ne pense pas que l’on se dirige vers ceci car nos politiques fétichise le constructivisme, ils croient ici nous dire quoi manger, quoi penser … et voudraient avoir la même illusion avec le reste de l’humanité.

  44. tiberius Says:

    Ne pensez-vous pas qu’un des problèmes de ces guerres est la sur-interprétation des résultats de la deuxième guerre mondiale, les Américains se voient apporter la démocratie alors qu’ils n’ont fait que renverser deux régimes ce qui n’a rien de très nouveau dans l’histoire militaire. Partant de ce prémisse erronée ils font un type de guerre très peu efficace.
    Si le renversement des Talibans rentre dans le cadre de la guerre traditionnel le maintien des troupes sur place nous place dans ce qui ressemble aux guerres de décolonisation avec en plus aucun des intérêts d’une puissance coloniale.
    A mon avis il faudrait laisser les Afghans se débrouiller ce qui nous redonnerait une liberté de frappe, il est plus facile de faire partir les talibans de Kaboul que d’éradiquer leur idéologie dans le cœur des Pachtounes.
    Mais je ne pense pas que l’on se dirige vers ceci car nos politiques fétichise le constructivisme, ils croient ici nous dire quoi manger, quoi penser … et voudraient avoir la même illusion avec le reste de l’humanité.

  45. Electrosphère Says:

    @ Tiberius,

    D’accord, les US – qui donnent le ton côté occidental en A-stan, quoiqu’on en dise ou pas – et l’Europe ont leurs défauts mais ils ont quand même tiré d’immenses leçons depuis la 2nde GM. De plus, le schéma des guerres de décolonisation – un peu loin derrière nous depuis le temps – me semble plutôt inadéquat.

    Je pense surtout qu’il s’agit pour l’OTANd’une énorme difficulté à appréhender le théâtre dans sa multi-dimensionnalité (voir l’article). D’une certaine façon, c’est son « dépucelage » face à ce type de conflits + crises.

    L’OTAN, comme l’Europe et les US, apprendra elle aussi de ces erreurs, de ses incapacités et de cette expérience (qui n’est pas encore terminée, je signale). Ca prendra du temps, peut-être une ou deux générations d’officiers mais j’ai la certitude que ça viendra.

    Cordialement

    PS : Parallèlement, je me demande quel est la part des Talibans dans le paysage socioculturel afghan.

  46. Electrosphère Says:

    @ Tiberius,

    D’accord, les US – qui donnent le ton côté occidental en A-stan, quoiqu’on en dise ou pas – et l’Europe ont leurs défauts mais ils ont quand même tiré d’immenses leçons depuis la 2nde GM. De plus, le schéma des guerres de décolonisation – un peu loin derrière nous depuis le temps – me semble plutôt inadéquat.

    Je pense surtout qu’il s’agit pour l’OTANd’une énorme difficulté à appréhender le théâtre dans sa multi-dimensionnalité (voir l’article). D’une certaine façon, c’est son « dépucelage » face à ce type de conflits + crises.

    L’OTAN, comme l’Europe et les US, apprendra elle aussi de ces erreurs, de ses incapacités et de cette expérience (qui n’est pas encore terminée, je signale). Ca prendra du temps, peut-être une ou deux générations d’officiers mais j’ai la certitude que ça viendra.

    Cordialement

    PS : Parallèlement, je me demande quel est la part des Talibans dans le paysage socioculturel afghan.

  47. bigor Says:

    @JPG

    Je reviens sur les remarques concernant Mao et le Che.

    « On Guerrilla Warfare » n’est à ce jour pas traduit en Français et les « Ecrits Militaires » que vous évoquez n’engerbent pas cette œuvre. A ce jour, il semble que les éditions Economica aient officiellement demandé les droits de publication de cet ouvrage à l’armée populaire de libération chinoise qui a déjà traduit ce document en français. La réponse doit actuellement se trouver quelque part dans la machine administrative chinoise.

    Pour ce qui est de la vision de Guevara sur la phase 3, c’est parfaitement exact. Une autre différence notable avec Mao est que Guevara préconise de passer très vite en phase 2 même si la phase 1 n’a pas encore porté ses fruits (mouvement clandestin structuré, assassinats ciblés, etc). Là réside l’actualité des théories guévaristes : il y a de nos jours peu de chance qu’une insurrection ne cherche même à atteindre la phase 3. Comme je l’expliquais dans mon précédent commentaire, avec la faible résilience des opinions publiques occidentales, se maintenir en phase 2 peut suffire à obtenir la victoire.
    Cette actualité concerne également d’autres aspects de la pensée de Che Guevara. Concernant le caractère « guévariste » de l’insurrection afghane, j’ai rédigé un article que la « US Marine Corps University » est en train d’étudier en vue de la prochaine publication de son journal d’études stratégiques bisannuel.

    @SD

    Je partage amplement les préoccupations qui sont les vôtres concernant l’ONU, les ONG et les gouvernements des pays membres de l’alliance atlantique.

    ONG mises à part car leur action, toute médiatique qu’elle soit, est relativement indépendante, la faiblesse réside donc bien dans le manque de détermination, de clairvoyance et de coordination de la communauté internationale. A ce titre, la conférence de Londres du 28 janvier dernier n’est qu’un cataplasme sur une jambe de bois. L’argent est certes nécessaire mais comment et pour quoi l’employer ?

    Enfin, je partage amplement la position de JPG : il faut investir le champ de la persuasion, y compris vis-à-vis de nos opinions publiques. Il faut concevoir une vraie manœuvre dans ce sens. Mais cela implique de savoir où l’on veut aller et d’être sûr d’être prêt à en payer le prix. Et là, retour à la faiblesse politique internationale…

    Ce soir, 15000 soldats alliés combattent dans le sud du Helmand. Au-delà du courage et de la chance que je leur souhaite de tout cœur, il sera intéressant de voir comment les Britanniques et les Américains gèrent l’immédiate après-bataille. Quel sera le dispositif de sécurité (armée + police) qu’ils installeront à proximité des populations, de quels moyens d’aider les populations à très court, court et moyen terme disposeront-ils, quels seront les représentants du gouvernement afghan mis en place, etc… Autant d’indicateurs qui montreront si la « nouvelle » stratégie de McChrystal porte ses fruits.
    Je mets « nouvelle » entre guillemets car elle n’est pas si nouvelle que ça par rapport à la stratégie du général McKiernan, son prédécesseur – mais c’est un autre thème dont nous pourrons reparler. A ce sujet d’ailleurs, la mise à jour 2010 du livre du lieutenant-colonel Entraygues « Afghanistan 1979-2009 » abordera ce point précis. Je ne touche rien sur cet ouvrage mais il mérite une mention !

    Enfin, @Tiberius, votre solution est loin d’être inenvisageable. Cependant, à mon sens, il faut prendre en compte le risque qu’elle représente à deux titres :

    1) Entre 2 interventions pour chasser les Talibans (qui ne manqueraient pas de revenir si nous partons trop vite), ne vont-ils pas avoir le temps de redonner des facilités aux mouvements terroristes internationaux ? Ne prend-on pas dès lors trop de risque vis-à-vis de notre sécurité intérieure ?

    2) Toujours entre 2 interventions, peut-on accepter de voir une population à nouveau réduite à un joug obscurantiste aussi poussé ? N’oublions pas que les Afghans ont honni le régime Taliban et que la coalition a été acclamée en 2001 lorsqu’elle les a renversés. Quelle conscience aurions-nous face à cela ? Personnellement, me réclamant autant de Rousseau que de Renan, ça me gêne un peu…

    Amicalement
    Bigor

  48. bigor Says:

    @JPG

    Je reviens sur les remarques concernant Mao et le Che.

    « On Guerrilla Warfare » n’est à ce jour pas traduit en Français et les « Ecrits Militaires » que vous évoquez n’engerbent pas cette œuvre. A ce jour, il semble que les éditions Economica aient officiellement demandé les droits de publication de cet ouvrage à l’armée populaire de libération chinoise qui a déjà traduit ce document en français. La réponse doit actuellement se trouver quelque part dans la machine administrative chinoise.

    Pour ce qui est de la vision de Guevara sur la phase 3, c’est parfaitement exact. Une autre différence notable avec Mao est que Guevara préconise de passer très vite en phase 2 même si la phase 1 n’a pas encore porté ses fruits (mouvement clandestin structuré, assassinats ciblés, etc). Là réside l’actualité des théories guévaristes : il y a de nos jours peu de chance qu’une insurrection ne cherche même à atteindre la phase 3. Comme je l’expliquais dans mon précédent commentaire, avec la faible résilience des opinions publiques occidentales, se maintenir en phase 2 peut suffire à obtenir la victoire.
    Cette actualité concerne également d’autres aspects de la pensée de Che Guevara. Concernant le caractère « guévariste » de l’insurrection afghane, j’ai rédigé un article que la « US Marine Corps University » est en train d’étudier en vue de la prochaine publication de son journal d’études stratégiques bisannuel.

    @SD

    Je partage amplement les préoccupations qui sont les vôtres concernant l’ONU, les ONG et les gouvernements des pays membres de l’alliance atlantique.

    ONG mises à part car leur action, toute médiatique qu’elle soit, est relativement indépendante, la faiblesse réside donc bien dans le manque de détermination, de clairvoyance et de coordination de la communauté internationale. A ce titre, la conférence de Londres du 28 janvier dernier n’est qu’un cataplasme sur une jambe de bois. L’argent est certes nécessaire mais comment et pour quoi l’employer ?

    Enfin, je partage amplement la position de JPG : il faut investir le champ de la persuasion, y compris vis-à-vis de nos opinions publiques. Il faut concevoir une vraie manœuvre dans ce sens. Mais cela implique de savoir où l’on veut aller et d’être sûr d’être prêt à en payer le prix. Et là, retour à la faiblesse politique internationale…

    Ce soir, 15000 soldats alliés combattent dans le sud du Helmand. Au-delà du courage et de la chance que je leur souhaite de tout cœur, il sera intéressant de voir comment les Britanniques et les Américains gèrent l’immédiate après-bataille. Quel sera le dispositif de sécurité (armée + police) qu’ils installeront à proximité des populations, de quels moyens d’aider les populations à très court, court et moyen terme disposeront-ils, quels seront les représentants du gouvernement afghan mis en place, etc… Autant d’indicateurs qui montreront si la « nouvelle » stratégie de McChrystal porte ses fruits.
    Je mets « nouvelle » entre guillemets car elle n’est pas si nouvelle que ça par rapport à la stratégie du général McKiernan, son prédécesseur – mais c’est un autre thème dont nous pourrons reparler. A ce sujet d’ailleurs, la mise à jour 2010 du livre du lieutenant-colonel Entraygues « Afghanistan 1979-2009 » abordera ce point précis. Je ne touche rien sur cet ouvrage mais il mérite une mention !

    Enfin, @Tiberius, votre solution est loin d’être inenvisageable. Cependant, à mon sens, il faut prendre en compte le risque qu’elle représente à deux titres :

    1) Entre 2 interventions pour chasser les Talibans (qui ne manqueraient pas de revenir si nous partons trop vite), ne vont-ils pas avoir le temps de redonner des facilités aux mouvements terroristes internationaux ? Ne prend-on pas dès lors trop de risque vis-à-vis de notre sécurité intérieure ?

    2) Toujours entre 2 interventions, peut-on accepter de voir une population à nouveau réduite à un joug obscurantiste aussi poussé ? N’oublions pas que les Afghans ont honni le régime Taliban et que la coalition a été acclamée en 2001 lorsqu’elle les a renversés. Quelle conscience aurions-nous face à cela ? Personnellement, me réclamant autant de Rousseau que de Renan, ça me gêne un peu…

    Amicalement
    Bigor

  49. JGP Says:

    Olivier Kempf sur France24 : « Afghanistan: le doute saisit l’occident « .

    http://www.france24.com/fr/20100223-a-une-afghanistan-pays-bas

    Quelle star ce président !

  50. Afghanistan : un ennemi nommé Pakistan – Affairer.com Says:

    [...] [...]

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