Pacification ? (mis à jour)

Written by Stephane Taillat on janvier 22, 2010 – 9:55 -

Une des prétentions de la contre-insurrection orthodoxe américaine est de pacifier les populations ou les situations politiques contre un insurgé considéré comme criminel et violent.


ussoldiers_child_iraq

Pourtant, une analyse empirique de la situation en Irak et en Afghanistan nous montre qu’il est nécessaire de critiquer cette approche pour essayer de considérer ce qui est vraiment « pacificateur« .


Sur un plan discursif, les doctrines occidentales actuelles considèrent que l’une des tâches centrales des forces armées est de contribuer à la pacification des violences et  à la protection des populations notamment dans le cadre de conflits qui sont de plus en plus définis comme des guerres civiles. Cela est surtout vrai pour l’Irak depuis 2006, mais également pour l’Afghanistan dès lors que le discours discriminant entre Taleban, Jihadistes et tribus devient dominant dans l’explication de l’origine des violences comme compétition politique interne attisée par des éléments étrangers (Al Qaeda).


Deux visions modernes:


Plus globalement, l’action militaire s’inscrit dans une opposition entre deux visions de ce type de guerre. La première considère que les parties en présence entretiennent une inimitié absolue du fait de leur altérité, source de leur divergence d’intérêts, voire de leur concurrence pour la survie. La solution est de s’interposer entre les factions. On peut ainsi comprendre le Plan de Sécurité de Bagdad ou la création des « communautés fermées » par les militaires américains en Irak. Bien entendu, la stratégie est plus complexe parce qu’elle reconnaît que des acteurs radicaux vont entretenir la violence d’une communauté contre une autre. Mais il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’avaliser une forme de partition géographique entre les ethnies. En dépit des recherches empiriques ayant invalidé cette vue, elle n’en reste pas moins prégnante dans l’imaginaire politique et sécuritaire américain.


L’autre conception s’appuie sur les présupposés constructivistes pour faire de l’altérité entre les acteurs le produit d’une construction identitaire contingente. A la limite, ces différences ne seraient qu’une illusion, dans la lignée des courants de pensée monistes. Dans ce cadre, on peut placer les tentatives évoquées par les spécialistes américains de la COIN de changer les identités, voire de les nier. Même si cette position est minoritaire, elle n’en reste pas moins opérationnelle en Irak, comme le démontrent par exemple les volontés de création de forces armées qui seraient le creuset de la nation irakienne refondée. A noter également que la volonté néoconservatrice de créer un Irak sur le modèle américain ressort de cette logique.


Dans un certain sens, s’opposeraient ainsi ceux qui « démodernisent » les sociétés irakiennes ou afghanes (notamment autour d’un concept strict et idéalisé de « tribus ») et ceux qui chercheraient à les « moderniser » en niant l’importance des communautés traditionnelles. Dans un cas comme dans l’autre, nous sommes bien en présence de la projection de nos catégories occidentales issues de la modernité libérale séculière. Ou, pour le dire encore autrement, il est possible de considérer les actions menées par les militaires comme calquées sur les « mythes » entourant la construction de l’Etat moderne pour ce qui concerne la gestion de la violence et de la force.


Or , il semble plus pertinent de se demander dans quelles conditions l’altérité est-elle construite comme inimitié. Bien souvent, c’est le fruit de la mobilisation de la violence ou de griefs réels ou perçus par des entrepreneurs politiques. Pour le dire rapidement, il est peu coûteux de s’appuyer sur le discours du   »nous contre eux ». Il faut également prendre en compte le rôle joué par les acteurs extérieurs, ici les Américains et les Iraniens, dans la définition des groupes ethnoconfessionnels. Ce rôle peut être discursif (les déclarations politiques, les compte-rendus militaires voire les doctrines et analyses) ou même performatif (les actions militaires et politiques entrent pratiquement toutes dans cette catégorie). Bref, l’altérité ethnique ne crée pas la violence. C’est bien plutôt la violence qui, auto-entretenue parfois sur le mode mimétique, aggrave les clivages.


De la même manière, il faut comprendre que les groupes ethniques et sociaux existent bien en tant que communautés. Certes, leurs contours sont d’ordinaires plutôt flous et la plupart de leurs membres partagent un sentiment d’identité avec d’autres groupes ou ensembles sociaux. Il n’en reste pas moins que des spécificités culturelles forment ces communautés, et qu’elles sont renforcées, transformées ou affaiblies par les relations entre les personnes qui les composent. Il faut donc absolument éviter les deux écueils réalistes et postmodernes qu’illustrent par exemple les errements de nos discours et actes visant à légitimer la présence et l’action militaire occidentale « au sein des populations ». En effet, nous pensons bien souvent que la légitimité va s’acquérir autour de la construction d’un consensus rassemblant des individus, alors qu’il faut également prendre en compte l’aspect des croyances politiques et de la médiation exercée par les communautés, que celles-ci soient hiérarchisées (comme c’est le cas en Irak) ou non (comme cela semble être plus le cas en Afghanistan).


Les pacificateurs:


Le terme de « pacification » ne doit pas être l’objet d’un contresens. Les actions militaires américaines et occidentales en Irak et en Afghanistan ne peuvent être assimilées aux destructions massives et aux punitions collectives entrevues dans d’autres conflits. On ne peut en effet dire que « l’ordre règne à Kaboul (ou à Bagdad) » de la même manière qu’il « régnait à Varsovie ».


La séparation forcée ou négociée des parties, de même que la négation de ce qui peut éventuellement servir à les opposer, sont deux impasses. Rien ne dit en effet que la violence ne se nourrisse pas davantage d’une partition qui aura officialisé une différence vécue comme inamicale. D’autre part, le déni des communautés lorsqu’elles sont anciennement inscrites sur un territoire et dans une histoire ressemble autant à une « fausse paix ».


Il est bon ici de s’interroger sur les murs de sécurité mis en place dans la capitale irakienne dans le cadre de la stratégie des « communautés fermées » à compter de janvier 2007. La rationalité de ces mesures a été largement éclairée par ses acteurs et trouve son expression la plus achevée dans ce schéma de David Kilcullen, l’un de ses architectes.


Source: David Kilcullen

Source: David Kilcullen

Il s’agit donc de protéger les communautés ethnoconfessionnelles à la fois contre les radicaux de leur bord et contre ceux de l’ethnie adverse. Le problème est le suivant: alors que la géographie de Bagdad (plutôt mixe dans l’ensemble) a justement été modifiée par les « nettoyages ethniques » entrepris par Al Qaeda en Irak dans les « ceintures » (en 2005) et par les milices extrémistes chiites en 2006, cette stratégie vise à renforcer ce mouvement. Comme le montre la série de documentaires réalisée par Gaith Abdul Ahad, correspondant du Guardian en Irak, la construction des murs a créé de nouveaux quartiers en redécoupant la géographie humaine de la capitale. On peut donc dire que la baisse des violences dans la capitale est passée par une stratégie biopolitique consistant à poursuivre la partition de la capitale irakienne, dans la droite ligne des discours du Vice-Président BIDEN sur la tripartition de l’Irak entier.

Un autre exemple « limite » est celui de la stratégie de « tribalisation » de l’Afghanistan soutenue par le Major GANT des Forces Spéciales dans un rapport ayant obtenu le soutien récent des généraux Petraeus et McChrystal ainsi que de la classe politico-médiatique américaine. Selon ce plan, il suffirait de soutenir et de protéger certaines tribus choisies (mais sur quel critère?) pour déclencher un « effet domino » sur le modèle (largement mythifié depuis) du « Réveil » sunnite en Irak. Or, cette vision est problématique pour plusieurs raisons. D’abord parce que la société afghane n’est pas seulement marquée par le « tribalisme » mais par plusieurs autres structures et réseaux de pouvoirs complexes. Ensuite, parce que le concept de « tribu » est trop systématique: ces ensembles sociopolitiques ne sont pas structurés semblablement en Irak et en Afghanistan. Dans le cas de ce dernier pays, il faut plutôt considérer que les communautés s’inscrivent dans une structure informelle de pouvoir partagée entre de multiples acteurs. D’autant qu’il ne s’agit pas de groupes aux limites fixes et qu’il manque d’éléments objectifs pour choisir une « tribu » contre une « autre » (comme le fait Gant lui-même). Enfin, la raison même de cette fascination sur les militaires américains renvoie à la problématique de l’impasse stratégique en Afghanistan, largement imputable au transfert de nos conceptions modernes sur les communautés locales. On peut cependant se réjouir de constater que le programme Human Terrain System, si critiqué par la communauté ethnologique américaine, a ici un effet « prudentiel » sur une telle solution simpliste.

Les militaires ont néanmoins la possibilité d’être des pacificateurs si ils s’inscrivent dans une voie exigeante mais pourtant nécessaires, notamment à l’échelon interpersonnel et local, celui de la confiance et de la coopération. En effet, ces deux attitudes permettent de construire des ponts entre des communautés et de restaurer une vision pacificatrice du sentiment identitaire (trop souvent réduit par une certaine vulgate à un « repli frileux »). Il s’agit pour cela de comprendre  que les causes de la violence ne sont pas externes (c’est à dire liées à une inimitié éternelle entre « dominants » et « dominés » comme dans le cas des Chiites et des Sunnites par exemple) mais bien internes (la violence provient de la manière dont j’interprète l’attitude de l’autre comme hostile ou inamicale). Et que des facteurs extérieurs peuvent conditionner la manière dont cette violence va éclater et se manifester. A ce titre, les haines interconfessionnelles en Irak sont à mettre sur le compte de deux visions concurrentes du monde, celle des Américains pour qui il y a eu des « mauvais » Sunnites et des « bons » Chiites, et celle des jihadistes pour lesquels le « Perse » est l’ennemi héréditaire de l’Arabe. Le tout sur fond de vide du pouvoir, d’écroulement de la structure politique et de compétitions pour le pouvoir.


Ce qui signifie que la contre-insurrection orthodoxe américaine crée davantage d’opportunité de violence que d’opportunité de pacification, dès lors qu’elle voit l’insurrection comme un corps étranger et illégitime pour la population. A ce titre, l’asymétrie galulienne (l’insurgé détruit là où le contre-insurgé construit) vaut certainement le mimétisme de Trinquier (les deux concourent pour le « prix » du contrôle de la population).


Agir sur les causes de la violence impose donc non seulement de déconstruire les discours « sécuritaires » comme nous y invitent les tenants des principes « critiques » des études de sécurité (et donc de dénoncer les « entrepreneurs politiques » et autres « seigneurs de guerre »). Mais également d’agir pour préserver les communautés en tant qu’ensembles relationnels, sans les figer dans une configuration particulière. Et dans un deuxième temps, il est également nécessaire de bâtir des « ponts » entre les communautés, les groupes et les factions. Ce peut être fait autour de projets communs (la reconstruction des infrastructures, la réconciliation politique) mais surtout par les relations interpersonnelles.


C’est là que l’Irak et l’Afghanistan diffèrent. Si la « guerre civile » a été en quelque sorte une « divine surprise » pour les Américains en leur permettant de s’interposer et de réconcilier (même si cela est passé par la permanence d’un discours ethniciste) pour le premier cas, il n’est pas sur que la compétition entre Taleban et militaires occidentaux ne soient pas insurmontables. En effet, comment protéger et pacifier lorsque l’on est soi-même producteur de la menace ?


« Débarrassé de l’illusion de sa propre rationalité, il ne reste [à la modernité libérale] que le pouvoir brut, mais tout le pouvoir » (John MILBANK)


« Nous vivons dans les ruines des moralités passés (…) Dans les ténèbres qui nous entourent déjà » (Alasdair McINTHYRE)


« Le royaume pacifique (…) n »est pas fondé sur la reconnaissance de notre moralité humaine commune, mais sur notre fidélité à être la communauté pacifique qui ne craint pas nos différends » (Stanley HAUERWAS)

Stéphane Taillat, En Vérité


Share and Enjoy:
  • Digg
  • Sphinn
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Mixx
  • Google

Tags: , , , , , , ,
Posted in Stratégie, Stéphane Taillat/En Vérité | No Comments »

No Comments to “Pacification ? (mis à jour)”

  1. ZI Says:

     » En effet, comment protéger et pacifier lorsque l’on est soi-même producteur de la menace ? »

    Il me semble que les taliban en produisent aussi.

    « Mais également d’agir pour préserver les communautés en tant qu’ensembles relationnels, sans les figer dans une configuration particulière.  »
    J’avoue ne pas comprendre ce que cela signifie concrètement. Il vous forcement un schéma quelconque pour opérer dans au sein et sur une population donné. La politique, n’est ce pas précisément « figer dans une configurations particulière », créer des catégories et les utiliser entre autres?

    J’avoue ne pas très bien suivre.

  2. Stephane Taillat Says:

    C’est correct pour les Taleban. Mais il n’en reste pas moins qu’en Afghanistan, ceux-ci sont moins perçus comme tels que les Occidentaux. C’est peut-être généralisateur, mais il faut sortir des schémas simplistes: Taleban=menace, Occidentaux=protecteurs. Nous aimerions que cela soit ainsi, mais ce n’est pas forcément la perception des locaux. D’où un travail sur les conditions de possibilité de la légitimation de notre présence sur place.
    Sur le deuxième point, le raccourci aurait mérité des éclaircissements conceptuels. Je pense qu’il faut justement sortir de la conception de la politique comme « utilitariste ».. Cela ne crée pas la paix, ou alors une paix fragile qui cache une violence sous-jacente. Je ne suis pas naïf, je dis juste qu’il ne sert à rien d’imposer nos catégories, mais qu’il faudrait plutôt suivre celles des communautés locales. Certains de nos officiers font cela, évidemment, et c’est là que réside mon espoir.
    Cordialement

  3. bigor Says:

    En tant que militaire, je serais tenté de dire « et donc ? »…

    Cette vision des choses est intéressante. Reste qu’établir un constat est toujours très simple (sans dévaloriser l’excellente analyse faite, même si je n’en partage pas tous les points)… Mais quelles sont les propositions afférentes ? Là réside le plus difficile ouvrage : ne pas rester dans la théorie mais s’atteler à la pratique… C’est bien ce que tentent de faire le gouvernement afghan et la coalition internationale.

    Personnellement je trouve donc ce travail, malgré son intérêt, trop universitaire car descriptif et analytique. Allez plus loin, proposez des idées pour améliorer l’action internationale ! Une contre-insurrection se gagne avec de l’intelligence de situation, de l’originalité, de l’innovation…

    Etablir un constat est simple, agir en conséquence en est l’aboutissement intellectuel. Or aujourd’hui trop de critiques se contentent de mettre en lumière les faiblesses et les dysfonctionnements tandis que les travaux consacrés aux améliorations concrètes à mener restent en nombre réduit…

  4. BernardColo Says:

    Tout à fait d’accord avec bigor… N’est pas le colonel Goya ou le commandant Esquerre qui veut. Tous deux, au delà d’une analyse de la situation qui leur est propre, font des propositions concrètes et originales (cf la lettre de l’Irsem de décembre, la RDN de novembre ou DSI de janvier).
    Leur travail est utile et ouvre des perspectives, ne serait-ce que pour susciter le débat et la réflexion.

  5. Stephane Taillat Says:

    Je comprends vos réactions et j’avoue que je les attendais. Je ne crois pas que l’on puisse sans dommage séparer la « théorie » et la « pratique ». C’est même une erreur néfaste. Mais je reconnais humblement que mon propos n’était pas de donner des solutions, simplement de proposer des pistes de réflexion « réflexives » (c’est à dire qui partent d’une interrogation sans faux semblant sur nos propres pratiques et façons de penser). Je ne prétend pas non plus prendre la place de Michel Goya qui est certainement un des esprits les plus enclins au bon sens que je connaisse. En revanche, on ne peut pas faire l’économie de la réflexion que je lance. Alors à vous de poursuivre sur cette lancée, messieurs.
    Bien cordialement
    PS: je rappelle deux choses
    PRIMO: critiquer ne se limite pas à montrer tout sous un jour sombre. Je ne crois pas que cela soit la teneur de mon propos. En revanche, je pense nécessaire de ne pas nous payer de bons mots.
    SECUNDO: pour ce qui est de parler des réalisations concrètes sous un jour positif, je rappelle que j’ai eu l’occasion de le faire maintes fois tant sur mon blog que sur celui-ci, et tout aussi bien d’ailleurs lors d’interventions données à l’étranger (je pense notamment à la mise en valeur du travail de la TF KORRIGAN en Kapissa, ou même des actions du col. LE NEN plus tôt dans la même région).
    PPS: et puis j’ajoute que je ne cautionne pas les discours tendant à séparer l’intellectuel/analytique de l’action… C’est ce type de dichotomie, bien typique de notre vision « moderne libérale et séculière », sur laquelle il faut revenir… Je renvoie aux « intellectuels » de l’Antiquité et du Moyen-Age qui savaient que contemplation et action sont deux faces complémentaires et nécessaires de l’activité humaine (et par contemplation, je n’entends évidemment pas la simple réflexion pratique avant action).
    PPPS: encore un mot.. Pourra-t-on s’interroger un jour sur le bienfondé de notre présence en Afghanistan sans tomber dans le « passionnel/idéologique » des anti-militaristes d’un côté contre les « militaires qui sont juste des professionnels qui font leur boulot » de l’autre… Et ce n’est pas la peine de m’accuser de l’un comme de l’autre car, en tant qu’officier de réserve, je respecte l’institution à laquelle j’appartiens à temps partiel et les hommes et femmes avec lesquels j’y travaille. En revanche, il faut sortir de cette fausse humilité qui consiste à chercher à s’interroger uniquement sur les moyens à mettre en oeuvre avant de questionner les fins pour lesquelles on se triture le cerveau..
    Encore une fois, bien cordialement
    Stéphane TAILLAT

  6. Stephane Taillat Says:

    Quant aux idées concrètes puisque l’on me demande d’en donner, en voici quelques unes (en vrac):
    -gagner la confiance des locaux en respectant leurs façons de penser et de se comporter, quand bien nous ne les comprenons pas. Cela passe évidemment par une étude patiente des communautés locales. Il faudrait donc cesser à mon avis de déployer des unités sur des durées aussi ridiculement courtes que 6 ou même 15 mois (l’Irak en 2007).
    -S’intéresser à la manière dont nous sommes effectivement perçus là-bas. Il ne suffit pas de partir de présupposés qui sont les nôtres mais bien de la réalité. Accepter notamment d’être vus comme une menace. Tenter lentement de changer cette perception à la fois par des actions (ne pas intervenir à tout bout de champ contre l’ennemi) et des discours (montrer que la responsabilité des victimes civiles revient à ceux qui les mettent effectivement en danger, à savoir les groupes insurgés).
    -Ce qui signifie qu’il faut abandonner des principes apparemment pertinents en Irak mais pas en Afghanistan: par exemple, « vivre au sein des populations ». A certains moments, mieux vaut peut-être les surveiller de loin.
    Evidemment, il y a des choix et des dilemmes. Ce qui signifie qu’il faut sans cesse s’adapter au terrain.
    -former les personnels au respect culturel et au pardon, qui est la seule source de paix possible. La miséricorde, quand elle s’articule avec la justice, est un puissant allié pour gagner vraiment les coeurs… Quant aux esprits, méfions-nous de ne pas chercher à faire que les locaux pensent comme nous. Il faut reconnaître que nous pensons à partir de nos catégories et eux à partir des leurs. Donc: faisons en sorte qu’ils pensent non pas comme nous, mais à leur manière.
    Vous l’aurez compris, rien de bien précis ni opérationnalisable très facilement. Mais si l’on veut vraiment aider les Afghans à sortir de ces trente années de « révolution » culturelle et sociale sans trop de dommage, en admettant qu’un débat ait lieu sur ce sujet et que tout le monde soit au clair avec cela, je pense que tout ce que j’ai dit peut se résumer en deux points;
    PRIMO: il faudra rester plus longtemps, c’est à dire que les unités et les cadres restent plus longtemps
    SECUNDO: il faut former efficacement les unités qui partent aux impératifs culturels et éthiques dont je parle.
    Voilà…

  7. SD Says:

    Bonsoir,
    Pas de mauvais procès SVP. Je pense qu’il ne faut pas demander à Stéphane Taillat ou à tout autre penseur ou universitaire, militaire ou non (le problème ne réside pas là), de trouver des solutions très innovantes au conflit Afghan et cela très rapidement. L’OTAN et ses alliés (y compris le gouvernement afghan) mènent un conflit limité face à des ennemis généralement en guerre totale (mobilisation de tous les moyens disponibles). La limitation des objectifs du conflit limite mécaniquement les solutions possibles et les innovations potentielles. Le SMA proposé par Hugues Esquerre est une excellent idée mais elle demande du temps et un peu d’argent. Elle ne peut suffire seule (c’est aussi la vision de l’auteur). Un ensemble de solutions doit être trouvé.
    Le travail des uns et des autres fait réfléchir et il me semble stérile d’opposer les uns aux autres.
    Mais je n’ai peut-être rien compris.
    Cordialement
    SD

  8. bigor Says:

    Que d’évolutions depuis mon commentaire de ce matin ! Je rejoins pleinement la position de SD : toute réflexion étayée est utile et apporte son lot d’éléments nécessaires.

    Force est cependant de constater que la gestion de la guerre en Afghanistan est souvent critiquée en Europe, notamment dans les média, sans réelles connaissances ni des principes de contre-insurrection, ni des logiques qui ont prévalues dans les stratégies des prédécesseurs du général McChrystal, ni d’ailleurs de connaissance de la société afghane, et surtout sans la difficulté majeure de proposer des alternatives. Dans un tel cadre, ma réaction a été affective – trop affective.
    Mea culpa : mon commentaire de ce matin avait pour objectif d’encourager Stéphane Taillat à pousser plus avant sa réflexion en arrivant à concevoir des propositions sur la base de sa réflexion. Je l’ai sans doute fait de manière trop rugueuse et je m’en excuse.

    L’apport des universitaires est essentiel dans ce type de guerre. Je renvoie d’ailleurs à l’ethnologue Jean Servier qui, « amusé » par l’inadaptation des opérations psychologiques menées en 1956 en Algérie, choisit de devenir officier de SAS en Kabylie afin de mettre (avec succès) sa connaissance de ce peuple au service de l’armée française.

    Concernant le fond, l’apport de visions différentes dans un débat de cette importance est une force et je respecte pleinement l’ensemble des positions prises dans cette étude, même si je ne les partage pas toutes. Je serai d’ailleurs ravi d’en débattre.

    Amicalement

  9. JGP Says:

    Ma foi, débat et Alliance Géostratégique font très bon ménage. Et toutes les propositions de réflexions étayées sont plus que les bienvenues !

  10. Stéphane Taillat Says:

    Pas de problème pour débattre. Je pense qu’il faut tout de même commencer par se poser les questions que j’esquisse. Encore une fois, mon propos n’était pas de donner des solutions miracle, ce qui a le don de me donner de l’urticaire… En revanche, si je peux lancer un débat fécond sur le bienfondé de notre présence et sur les moyens d’améliorer l’action de nos militaires, alors je serais comblé.. Je ne fais pas partie de ces universitaires qui cherchent à se mettre en valeur ni même à faire carrière (les miennes me suffisent)
    Bien cordialement encore
    Stéphane Taillat

Leave a Comment

RSS