Lisbonne : vers une armée de l’Union ?
Written by SD on janvier 12, 2010 – 7:20 -L’Europe est actuellement en cours de construction. Le traité de Lisbonne semble être une avancée vers une véritable union des Etats. Son but premier est simple : « promouvoir la paix, ses valeurs et le bien-être de ses peuples ». Pour atteindre ces objectifs, l’Union européenne (UE) est souvent considérée comme un nain militaire à l’échelle mondiale. Les données factuelles vont à l’encontre de cette pensée.

L’effectif des armées de l’UE est situé juste après celui de la Chine populaire. Pourtant, L’UE a une population d’environ 500 millions d’habitants alors que la Chine 1 milliard 340. L’Europe entretient environ 1 720 000 militaires dans ses armées (norme OTAN) contre 1 325 000 hommes pour les Etats-Unis. La Chine entretient environ 2 250 000, l’Inde 1 325 000, la Corée du nord 1 100 000 et la Russie 1 040 000. En termes de budget, l’UE n’est pas en reste. Certes, elle ne dépense qu’environ 230 milliards d’euros pour son budget par rapport 523 milliards d’euros des Etats-Unis. Mais, la Chine ne dépenserait que 56 milliards d’euros, la Russie 50 milliards et l’Inde 26 milliards.
Dans les grands armements, l’UE est loin d’être ridicule. Elle dispose de 6 porte-avions et porte-aéronefs, contre 11 pour les Etats-Unis, un pour la Russie et l’Inde et aucun pour la Chine. L’UE disposerait d’environ 500 armes nucléaires opérationnelles, environ 6 000 pour la Russie et les Etats-Unis, 150 pour la Chine et 50 pour l’Inde. En définitive, selon ces chiffres, l’UE serait une grande puissance militaire mondiale.
Pourquoi alors vouloir en faire plus ? Parce que les faits démentent les conclusions hasardeuses qui pourraient être faites de ces chiffres. La raison est simple la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens et les forces armées sont les premiers moyens, jusqu’à ce que l’on trouve mieux, de faire la guerre. Malgré les déclarations d’intention, l’UE n’est qu’une juxtaposition d’Etats ce qui implique que les pays ne mettent que peu de forces dans le « pot » commun de la défense européenne. L’existence d’une OTAN sous leadership américain n’explique pas tout, loin de là. En l’absence de menace directe à grande échelle contre le territoire de l’un de ses membres, la défense collective n’est qu’un cas d’emploi de la force parmi d’autres et l’absence d’enthousiasme pour des opérations militaires communes induit des déploiements de faible effectif et de faible puissance.
Pourtant, en apparence, le traité de Lisbonne semble renforcer la politique européenne de sécurité et de défense :
- Création du poste de haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité assisté par un service européen pour l’action extérieure
- Extension des missions de Petersberg qui incluent maintenant les missions de désarmement, de conseil et d’assistance en matière militaire, de prévention des conflits et de stabilisation à la fin des conflits et de contribution à la lutte contre le terrorisme
- Institutionnalisation de l’Agence européenne de défense
- Possibilité d’adopter des décisions à la majorité qualifiée au sein du Conseil pour certains aspects de la PESD
- Création d’une clause de solidarité entre Etats membres en cas d’attaque terroriste ou de catastrophe naturelle ou d’origine humaine
- Création possible de coopérations renforcées dans tous les domaines de défense
En pratique, malgré les améliorations du traité de Lisbonne, les résultats ne seront pas à la hauteur des ressources humaines et financières consacrées par les pays de l’UE à la défense. Il est fort à parier que sans menace commune qui oblige à unifier la politique de défense des pays de l’UE et sans volonté politique forte, les armées de l’UE formeront difficilement l’Armée de l’UE dans les prochaines années. En somme, les forces militaires de l’Union sont et seront encore quelques années dans une logique d’alliance (atlantique ou européenne). Objectivement, ce n’est pas si mal et cela progresse, si l’on observe l’histoire européenne du siècle précédent ! Il paraît que tout vient à point à qui sait attendre…
S.D., Pour Convaincre

Sources :
- Annuaire statistique de la défense
- http://www.defense.gouv.fr/europe_de_la_defense/
- http://europa.eu
Tags: capacités de défense européennes, construction européenne, Europe, Géopolitique, Sécurité, Union Européenne
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janvier 13th, 2010 at 1:42
@ L’auteur (SD),
La présence militaire (même forte numériquement) fait-elle à elle seule la puissance militaire ? Qu’en est-il des facteurs de cohésion, de projection et de stratégies communes à fortiori quand on parle de l’Europe de la défense ? Y a-t-il ne fut-ce qu’un semblant d’art opératif à l’échelle européenne ?
Cordialement
janvier 13th, 2010 at 1:42
@ L’auteur (SD),
La présence militaire (même forte numériquement) fait-elle à elle seule la puissance militaire ? Qu’en est-il des facteurs de cohésion, de projection et de stratégies communes à fortiori quand on parle de l’Europe de la défense ? Y a-t-il ne fut-ce qu’un semblant d’art opératif à l’échelle européenne ?
Cordialement
janvier 13th, 2010 at 6:31
@Electrosphère
C’est effectivement l’objet de ce billet qui est de montrer que la puissance Européenne est bien inférieure à la somme des puissances des membres de l’UE. Selon les chiffres, l’Europe devrait être la seconde puissance militaire mondiale et en réalité sa capacité de projection est très limitée. En cas de résurgence de menace majeure, je serai beaucoup plus tempéré.
Cordialement
janvier 13th, 2010 at 6:31
@Electrosphère
C’est effectivement l’objet de ce billet qui est de montrer que la puissance Européenne est bien inférieure à la somme des puissances des membres de l’UE. Selon les chiffres, l’Europe devrait être la seconde puissance militaire mondiale et en réalité sa capacité de projection est très limitée. En cas de résurgence de menace majeure, je serai beaucoup plus tempéré.
Cordialement
janvier 13th, 2010 at 8:42
« Malgré les déclarations d’intention, l’UE n’est qu’une juxtaposition d’Etats ce qui implique que les pays ne mettent que peu de forces dans le « pot » commun de la défense européenne. » : ceci est également vrai en ce qui concerne la base industrielle de défense européenne, qui aujourd’hui est de facto la concaténation des bases industrielles de défense nationales, malgré les efforts de l’AED.
janvier 13th, 2010 at 8:42
« Malgré les déclarations d’intention, l’UE n’est qu’une juxtaposition d’Etats ce qui implique que les pays ne mettent que peu de forces dans le « pot » commun de la défense européenne. » : ceci est également vrai en ce qui concerne la base industrielle de défense européenne, qui aujourd’hui est de facto la concaténation des bases industrielles de défense nationales, malgré les efforts de l’AED.
janvier 13th, 2010 at 7:55
Il y aura une armée européenne quand il y aura une nation européenne et un président (premier ministre, gouverneur général, président du conseil, chancelier, appelez-le comme vous voulez) européen.
Ce sera aussi l’occasion d’avoir une industrie de défense européenne.
janvier 13th, 2010 at 7:55
Il y aura une armée européenne quand il y aura une nation européenne et un président (premier ministre, gouverneur général, président du conseil, chancelier, appelez-le comme vous voulez) européen.
Ce sera aussi l’occasion d’avoir une industrie de défense européenne.
février 10th, 2010 at 4:12
La plus grande difficulté, à mon sens, sera la mise en commun des informations et non des forces armées.
Si l’on trouve beaucoup d’obstacles au partage des militaires et des matériels, on en trouvera plus encore lorsqu’il s’agira du renseignement.
Pour cela, il ne faut pas compter sur la fusion des différentes armées, mais sur la création d’une armée européenne. L’UE doit probablement créer sa propre armée, dans un premier temps en doublon avec les Etats.
février 10th, 2010 at 4:12
La plus grande difficulté, à mon sens, sera la mise en commun des informations et non des forces armées.
Si l’on trouve beaucoup d’obstacles au partage des militaires et des matériels, on en trouvera plus encore lorsqu’il s’agira du renseignement.
Pour cela, il ne faut pas compter sur la fusion des différentes armées, mais sur la création d’une armée européenne. L’UE doit probablement créer sa propre armée, dans un premier temps en doublon avec les Etats.
février 10th, 2010 at 7:05
Le renseignement est effectivement un obstacle important même si des échanges et des accords sont possibles (cf. OTAN). Sans la création d’un service européen, il sera difficile de fédérer les énergies. Pourquoi pas une agence équivalente à la NSA et au cybercommand américain ?
février 10th, 2010 at 7:05
Le renseignement est effectivement un obstacle important même si des échanges et des accords sont possibles (cf. OTAN). Sans la création d’un service européen, il sera difficile de fédérer les énergies. Pourquoi pas une agence équivalente à la NSA et au cybercommand américain ?
avril 7th, 2010 at 12:16
L’Union européenne est une zone de libre-échange dont les mandataires communautaires n’ont d’autres préoccupation que les élargissements et l’opposition à tout ce qui fait référence de près ou de loin à la Nation.Les mandataires européens n’ont donc aucun désir de créer une armée fédérale et laisse toute politique de défense commune à l’OTAN.
Le traité de Lisbonne instaure bien quelques avancées pour donner l’illusion d’une progression en matière de défense européenne commune: il ne témoigne d’aucune volonté politique des Etats membres ou des institutions européennes de développer une telle défense dans le cadre de l’UE.
La principale avancée, l’agence européenne d’armement, est un organisme décoratif sans plus, au même titre d’ailleurs qu’Europol et Eurojust. Rien d’étonnant puisque les mandataires européens agissent selon dans un esprit centraliste au plan intérieur et britannique au plan extérieur quand les mandataires fédéraux américains agissent dans un esprit fédéraliste au plan intérieur et gaullien au plan extérieur.
D’où la lenteur de l’intégration européenne, le faible soutien populaire dont jouissent les institutions européennes et le nanisme géopolitique.
avril 7th, 2010 at 12:16
L’Union européenne est une zone de libre-échange dont les mandataires communautaires n’ont d’autres préoccupation que les élargissements et l’opposition à tout ce qui fait référence de près ou de loin à la Nation.Les mandataires européens n’ont donc aucun désir de créer une armée fédérale et laisse toute politique de défense commune à l’OTAN.
Le traité de Lisbonne instaure bien quelques avancées pour donner l’illusion d’une progression en matière de défense européenne commune: il ne témoigne d’aucune volonté politique des Etats membres ou des institutions européennes de développer une telle défense dans le cadre de l’UE.
La principale avancée, l’agence européenne d’armement, est un organisme décoratif sans plus, au même titre d’ailleurs qu’Europol et Eurojust. Rien d’étonnant puisque les mandataires européens agissent selon dans un esprit centraliste au plan intérieur et britannique au plan extérieur quand les mandataires fédéraux américains agissent dans un esprit fédéraliste au plan intérieur et gaullien au plan extérieur.
D’où la lenteur de l’intégration européenne, le faible soutien populaire dont jouissent les institutions européennes et le nanisme géopolitique.