L’Europe portugaise

Written by Olivier Kempf on janvier 11, 2010 – 10:47 -

L’Europe, après le traité de Lisbonne, va-t-elle devenir portugaise c’est-à-dire une Europe lisboète? (voir ici cette appellation). Peut-être pas, mais il est probable que le vrai gagnant du traité sera un Portugais. Et il s’appelle José Manuel Barroso. Surpris ? Et pourtant…


josemanuel_barroso

1/ On hésite souvent à dépeindre le rôle de chacun des acteurs institutionnels européens, à l’exception de la CJCE, dont le rôle (« pouvoir judiciaire ») paraît à peu près clair à tout le monde. En revanche, on se disait qu’avec le nouveau traité, avec notamment le fonction de président du Conseil, cela allait forcément affaiblir le président de la Commission, déjà accusé par la rumeur publique de faiblesse insigne. Il faut probablement dépasser cette vision à courte vue.


2/ Parlons tout d’abord de la première innovation de Lisbonne : le poste de Haut représentant tenu par Mme Ashton. Lors de sa première conférence de presse, on n’a pas relevé l’essentiel. Elle a dit, « pour rire », qu’elle irait prendre le café à la machine à café de la commission parce qu’il est meilleur. Les journalistes et commentateurs ont retenu de la saillie qu’elle essayait de « communiquer », avec ces jeux de mots à l’anglaise qui sont censés établir une connivence avec le public. Or, la remarque est plus profonde : peu importe la machine, elle ira prendre son café à la commission parce que c’est là où se trouve son chef. Et son chef, c’est le patron de la commission J.M. Barroso.


3/ Oui, mais il y a Mr Van Rompuy, le président du conseil. C’est là où la mécanique institutionnelle reprend ses droits. Exécutif, législatif, qui fait quoi dans le bololo ? Le parlement est législatif, mais il n’est pas tout seul, parce qu’il y a le conseil, et aussi la commission. Alors, l’exécutif ? Disons que vous avez, en « droit constit »’ traditionnel, un président assez lointain et un premier ministre plus actif (modèle français avant le quinquennat, ou modèle allemand). Plus ressemblant est la formule directoire plus conseil de surveillance : en fait, Mr Van Rompuy sera le patron du conseil de surveillance quand Mr Barroso sera à la tête du directoire. Autrement dit, Mr Barroso fera le quotidien, quand M. van Rompuy s’occupera de la stratégie à long terme. Ce qui correspond à son tempérament… et laisserait à M. Barroso les coudées assez franches pour la gestion.


4/ Alors, une Europe portugaise ? Et si M. Barroso gagnait un surnom : J5M (Jose Moi-Même Maître du Monde) comme l’autre ?


O. Kempf, EGEA

NB : Merci à A. pour l’échange d’idées fructueux à l’origine de ce billet dont je prends, bien sûr, l’entière responsabilité d’autant qu’il est un peu provocateur…


En complément : La commission Barroso devant les eurodéputés

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No Comments to “L’Europe portugaise”

  1. PETN Says:

    Barroso … Hummmm

    L’ancien activiste maoïste qui reçut une bourse de l’OTAN pour aller étudier aux USA ? Le même qui est revenu des USA prêchant les bienfaits de la liberté de mouvement des biens et des services …. Ce maoïste la ?

    Ce Barroso la ??? mais qui sont donc ses vrais patrons ? Le Portugal ? Tiens donc … Comme les lois du renseignement sont-elles devenues bizarres ?

    La France n’a plus qu’un choix, torpiller l’Europe des 27 pour en sortir et aussi se débarrasser de l’euro, quitte a reformer une mini alliance en sortant.

    Les intérêts de 27 ne peuvent pas être les intérêts de la France. L’Europe c’est l’anti France.

    Si vous voulez ouvrir vos yeux, je vous conseille vivement un de nos inspecteurs Général des finances François Asselineau … « Qui gouverne la France » et son « Histoire de France » …
    http://u-p-r.fr/?page_id=291

  2. Kouak Says:

    La politique étrangère est un art. Elle relève du Conseil européen. Point.

    D’ailleurs, je me suis toujours demandé pourquoi la commission n’était un genre de gouvernement dépendant de ce même conseil…D’accord c’est une forme de fédéralisme aux pouvoirs restreints mais au moins ça peut appliquer une politique claire (dans la limite de ce qu’un compromis peut avoir de clair).

    Seconde question…à quoi bon conserver une nation présidente quand il y a un président ?
    C’est un peu redondant…pis ça entretient la priorité nationale.
    « - Oh chouette, je vais être président de l’Europe !
    - Ouais ben moi c’est le tour prochain…dans 6 mois… »
    C’est super et égalitaire mais en 6 mois, c’est dur de faire une révolution.

  3. PETN Says:

    @ KouaK

    PE est-ce vraiment un art ?

    Quand j’analyse les méthodes de PE Anglo-saxonnes, je note une facheuse tendance à utiliser la corruption pour atteindre leur avantage compétitif.

    Idem pour ce qui est de la Chine …

    Serait-ce donc l’art de corrompre ?

    La politique étrangère de l’Europe est une triste farce Anglo-saxonne. Voir qui est à la tête … Rien de moins, rien de plus.

    France réveille toi !

  4. Thomas Renard Says:

    Pas entièrement d’accord avec ce point de vue, Olivier. Ashton est en effet liée à la Commission comme Vice Présidente mais est tout autant ancrée au Conseil. Barroso n’est pas son « patron » puisqu’il ne peut pas la virer. Et je confirme que le café n’est pas bon au Conseil ;)

    Ensuite je crois que la distinction court-terme/long-terme entre Barroso et Van Rompuy est fondamentalement fausse. Il s’occupe tout simplement de choses différentes (et Van Rompuy aura plus que son lot de « quotidien »)…en fait si quelqu’un doit (ou devrait) penser long-terme c’est bien Ashton car c’est à elle que revient la responsabilité « stratégique ». La question étant de savoir si elle sera à la hauteur bien sûr…

  5. EGEA Says:

    Euh.. je crois avoir conclu en disant que le propos était provocateur…. Toutefois, l’ancrage au conseil est une donnée « politique » mais elle n’est pas établie par un lien juridique. Je crois que tout ceci va se solidifier…
    Distinction LT/CT : mouih… quand je regarde, je ne vois pas beaucoup de quotidien dans le discours de vR, à part bien sûr qu’il veut marquer à la culotte les Espagnols : en clair, il y aura une alliance objective entre Barroso et vR, et entre B et A. Mais je peux, bien évidemment, me tromper.

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