De la football-istique

Written by JGP on décembre 26, 2009 – 8:36 -

Alors que la Coupe du Monde de football en Afrique du Sud se profile d’ici six mois, voici un petit article léger – mais pas tant que ça – dressant un parallèle entre cette discipline sportive et la défense.


Allez les Bleus !

Allez les Bleus !


Depuis l’arrivée en fonction de Raymond Domenech, et notamment depuis la débandade de l’Euro 2008, les critiques fusent, dans les médias, les repas de famille, autour des machines à café ou au comptoir du PMU local :


  • « La défense est trop fébrile, elle manque de stabilité et elle ne peut pas suivre le rythme des attaquants adverses« , alors que l’on vantait la solidité de notre ligne Maginot bleue de la grande époque Lizarazu-Blanc-Desailly-Thuram

  • « L’attaque manque de précision et de réalisme » (note de JGP : je n’ai jamais bien compris cet usage du terme « réalisme », indiquant juste que l’équipe qui en fait preuve concrétise bien ses occasions de but), alors que l’on est censé disposer de « flèches offensives » et de « feux follets », capables de percer tous les blindages défensifs, que tout le monde nous envie

  • « Il n’y a pas de patron ni de cohésion dans cette équipe« , même si, avec la langue de bois sportive qui n’a rien à envier à celle des politiques, on nous explique que tout le monde est heureux, que les joueurs et l’entraîneur se parlent, qu’ils vont passer leurs prochaines vacances ensemble

  • « Le jeu des Bleus est stéréotypé, ils ne surprennent plus personne« 

  • « Sur le terrain personne n’organise le jeu« , « le discours du sélectionneur n’est pas écouté« , alors que nous avons de grands meneurs de jeu et que notre équipe a quand même atteint la finale de la dernière Coupe du Monde !

Ces remarques sur l’équipe de France rappellent que sur le plan théorique, le football n’est pas très éloigné des concepts militaires :


  • la défensive doit être permanente, couvrir l’ensemble du territoire (on ne sait pas a priori d’où va venir la menace), et très réactive en cas d’attaque

  • l’offensive doit être subite, jouer sur l’effet de surprise, être concentrée (en termes d’effet et de moyens) dans le temps et l’espace, et exploiter les points faibles de la défense (quitte à les avoir créés par une phase de prise d’ascendant)

  • les notions de fixation, de cloisonnement, de désorganisation des lignes adverses sont primordiales, de même que celles de débordement, contournement ou profondeur

  • la chaîne de commandement doit être sans parasites, les instructions cascadées vers le bas, avec néanmoins une grande autonomie laissée aux unités tactiques, sur le terrain

Il y a loin du livre au terrain, cependant certaines pratiques évidentes de bon sens ne semblent pas appliquées :


  • une stratégie et une tactique nécessitent un alignement des moyens sur leurs objectifs et modalités (sans rire ?) : des défenseurs très endurants, très réactifs; des attaquants capables de vives accélérations, très précis dans le dernier geste; des animateurs offensifs capables de surprendre (danger de près, de loin…) et de déclencher des actions très rapidement à partir d’une position anodine

  • les pénétrations de l’infanterie près de la surface adverse doivent être soutenues par une artillerie capable de faire parler la poudre et trembler les filets adverses de loin

  • ceux qui sont censés appliquer la tactique mise en place doivent accepter l’autorité de ceux qui la définissent, même si ces derniers doivent laisser au premier une marge de manœuvre créative (ce qui suppose d’être capable d’en faire preuve)

  • l’organisation tactique doit dissuader l’adversaire de se montrer très entreprenant. La dissuasion est à la base une posture défensive, qui se mue en offensive sitôt enclenchée…on pense bien sûr ici aux « contres », qu’à une époque l’équipe de France réalisait très bien grâce à ses joueurs de couloir

  • dans un contexte asymétrique, face à une équipe qui refuse plus ou moins le jeu, ce n’est pas en se conformant à son schéma que l’on va la déstabiliser…

Bien sûr, dans le milieu du football, d’autres considérations entrent en ligne de compte, et elles peuvent être avoir énormément d’impact sur la composition de l’équipe, l’état mental des joueurs, l’organisation tactique : pression médiatique, financière, sponsors, égo des différentes parties prenantes…


A méditer d’ici le mois de juin prochain. Le Chef d’Etat Major de l’équipe de France aura-t-il d’ici là le temps de concocter un plan infaillible ? Je ne peux que lui recommander, s’il veut s’aérer l’esprit tout en conjuguant l’utile à l’agréable, la lecture de Tactique Générale, de l’Armée de Terre.


JGP, Mon Blog Défense

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No Comments to “De la football-istique”

  1. PILOU Says:

    La stratégie collective est effectivement indispensable. On pourrait ajouter que l’équipe perd trop de ballons, notamment au milieu, notre lien entre l’attaque et la défense. On est loin du jeu du Barça.
    Un leader, (voire un leader par ligne), peut être un bon relai de l’entraineur.
    Mais le foot c’est aussi des qualités individuelles: physiques, techniques, intelligence de jeu et état d’esprit
    Les bons entraineurs ont des valeurs de combattants (pas seulement militaires) et sont convaincants: ils chauffent l’équipe déjà trente minutes avant de rentrer sur le terrain (par les mots voire à coup de boule, du moins entre piliers de rugby)

    Les joueurs devraient s’entrainer à des sports de combat avec protection pour développer leur souplesse, concentration, réactivité, combattivité. Se donner ensuite à fond sur le terrain, tacler quand c’est la dernière solution, verser leur sueur à défaut de sang pour des coéquipiers qu’ils n’abandonneront jamais.

    Jusque là chacun peut avoir une motivation personnelle, secrète. Mais n’ayons pas peur des mots en jouant avec ce maillot bleu il faudrait avoir aussi l’amour de la patrie, comme un aimant (presque un amant) qui donne envie. Et au moins un dit manquer d’envie …, et s’en excuse ensuite. et les autres? Certains matchs on ressent comme une absence. Cette motivation serait permanente, et non irrégulière comme cette envie collective de jouer tantôt perceptible comme à Belgrade mais aussi parfois presque absente.
    L’image des valeurs militaires en dehors de la sphère militaire est malheureusement peu défendue, peut-être moins que dans d’autres pays.

    On peut comprendre que le rythme des matchs, la pression médiatique et sans doute le confort d’un revenu financier confortable puissent « lisser » les motivations.
    Néanmoins, il y a dans d’autres milieux que sportifs des valeurs humaines et de combat qui devraient être davantage partagées.
    La solution n’est pas que dans les livres mais aussi dans le sentiment, l’envie et l’état d’esprit. Combien de fois ai-je entendu dire que si telle équipe de foot ou de rugby avait perdu c’est que dans la tête il y avait trop d’insuffisances.

    Et pour avoir jouer en universitaire dans une équipe de joueurs aux origines culturelles et géographiques très variées, je crois même que la diversité peut-être un plus, par les nouvelles sympathies et motivations qu’elle peut créer; peut-être en partie à tort car les milieux amateurs et professionnels (que je ne connais pas) sont sans doute assez différents

  2. PILOU Says:

    La stratégie collective est effectivement indispensable. On pourrait ajouter que l’équipe perd trop de ballons, notamment au milieu, notre lien entre l’attaque et la défense. On est loin du jeu du Barça.
    Un leader, (voire un leader par ligne), peut être un bon relai de l’entraineur.
    Mais le foot c’est aussi des qualités individuelles: physiques, techniques, intelligence de jeu et état d’esprit
    Les bons entraineurs ont des valeurs de combattants (pas seulement militaires) et sont convaincants: ils chauffent l’équipe déjà trente minutes avant de rentrer sur le terrain (par les mots voire à coup de boule, du moins entre piliers de rugby)

    Les joueurs devraient s’entrainer à des sports de combat avec protection pour développer leur souplesse, concentration, réactivité, combattivité. Se donner ensuite à fond sur le terrain, tacler quand c’est la dernière solution, verser leur sueur à défaut de sang pour des coéquipiers qu’ils n’abandonneront jamais.

    Jusque là chacun peut avoir une motivation personnelle, secrète. Mais n’ayons pas peur des mots en jouant avec ce maillot bleu il faudrait avoir aussi l’amour de la patrie, comme un aimant (presque un amant) qui donne envie. Et au moins un dit manquer d’envie …, et s’en excuse ensuite. et les autres? Certains matchs on ressent comme une absence. Cette motivation serait permanente, et non irrégulière comme cette envie collective de jouer tantôt perceptible comme à Belgrade mais aussi parfois presque absente.
    L’image des valeurs militaires en dehors de la sphère militaire est malheureusement peu défendue, peut-être moins que dans d’autres pays.

    On peut comprendre que le rythme des matchs, la pression médiatique et sans doute le confort d’un revenu financier confortable puissent « lisser » les motivations.
    Néanmoins, il y a dans d’autres milieux que sportifs des valeurs humaines et de combat qui devraient être davantage partagées.
    La solution n’est pas que dans les livres mais aussi dans le sentiment, l’envie et l’état d’esprit. Combien de fois ai-je entendu dire que si telle équipe de foot ou de rugby avait perdu c’est que dans la tête il y avait trop d’insuffisances.

    Et pour avoir jouer en universitaire dans une équipe de joueurs aux origines culturelles et géographiques très variées, je crois même que la diversité peut-être un plus, par les nouvelles sympathies et motivations qu’elle peut créer; peut-être en partie à tort car les milieux amateurs et professionnels (que je ne connais pas) sont sans doute assez différents

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