Contre-insurrection et stratégie oblique

Written by Olivier Kempf on novembre 23, 2009 – 8:45 -

Le Général Gambotti nous propose ce texte passionnant, qui cherche des voies théoriques et pratiques de répondre à la contre-insurrection. Autre chose que Galula, en quelque sorte.


facescounterinsurgency

Sortir de l’asymétrie, un autre propos sur la contre-insurrection.


Réfléchir sur la guerre exige une expertise et une expérience, car il s’agit de traiter de l’usage raisonné de la violence dans les circonstances paroxystiques de la mort donnée et de la mort reçue. Je ne me reconnais pas cette expérience. Néanmoins, estimant qu’un « regard éloigné », comme pour toute autre activité humaine, est nécessaire pour observer et comprendre la guerre, je ne me sens pas illégitime pour apporter quelques réflexions sur ce phénomène.


Précisément sur la guerre de contre-insurrection.


La faiblesse du fort


Quel que soit le type de conflit le soldat, pour disposer de sa liberté d’action, ne doit pas se laisser imposer sa stratégie. Or, dans le cas d’une guerre d’insurrection, bel exemple du principe clausewitzien de polarité, l’adversaire ne peut s’engager que dans une guerre de contre-insurrection. La rébellion se trouve ainsi dans une position stratégiquement favorable, elle dispose de l’avantage du terrain, de l’appui naturel de la population, du choix des modes d’actions. Pour sa part la force de contre-insurrection se trouve dans la position inverse, terrain inconnu, population peu empathique et le plus souvent hostile, modes d’actions limités de facto. Tandis que la force se trouve dans une logique de réaction, l’insurrection a le loisir d’élaborer et choisir ses modes d’actions en raisonnant son ennemi à partir d’une stratégie claironnée, les théories galulaennes de la COIN, adaptées par McCullen, disponibles… sur le réseau mondial.


Pour faire court et en adaptant la formule de Donald Rumsfeld, l’insurrection fait la guerre contre du « connu connu », la force fait la guerre contre de « l’inconnu inconnu ». C’est une situation stratégiquement antinomique dans laquelle le fort est le faible.


Changer la nature de la confrontation


Pour tenter de rééquilibrer ce « rapport de forces » essentiellement favorable à l’insurrection, la force devra tenter de sortir de l’asymétrie stricte de cette confrontation en recherchant à établir une situation de symétrie, au minimum, dans les modes opératoires. Puisqu’il semble difficile de demander à l’insurrection de mener un combat d’affrontement direct, contre-nature, c’est à la force de réfléchir à une stratégie de contre-insurrection atypique fondée sur le biaisé et l’oblique, visant toujours, même par ces voies de traverse, à atteindre le centre de gravité de l’adversaire. Pour m’appuyer sur la définition de la stratégie indirecte du général Beaufre il s’agit « de renverser le rapport avant la bataille par une manœuvre et non par le combat » et « au lieu d’un affrontement direct faire appel à un jeu plus subtil destiné à compenser l’infériorité où l’on se trouve. » Bien entendu à chaque théâtre il serait nécessaire de raisonner une stratégie oblique adaptée.


Pour l’Afghanistan je m’appuierai volontiers sur la formule de Mao la plus galvaudée, mais en l’occurrence la plus pertinente, « l’insurrection doit être dans la population comme un poisson dans l’eau ». Puisque le combat « poitrine contre poitrine » n’est pas le plus adéquat, oublions le poisson et concentrons nous sur l’eau.


Faut-il siphonner le bocal, vider les zones à contrôler de ses habitants ? Mode opératoire désespéré et inutile, certainement contreproductif si l’on accepte l’hypothèse que la population est l’environnement de la rébellion, son soutien mais aussi pour une partie de ses forces, son vivier. A mon sens le conflit migrera avec les populations, les ferments insurrectionnels se répandant géographiquement selon le principe de la « peau de léopard. » De surcroît les images de déportation de la population, de cet exode, destinée pourtant à offrir in fine la paix et la sérénité à cette population, pourraient être définitivement catastrophiques pour la coalition.


Il reste donc à agir sur la nature de l’eau, faire que la population ne soit plus le biotope de l’insurrection. « Gagner les cœurs et les esprits » répond à cet objectif, mais n’est-il pas illusoire d’imaginer que le natif accepte la main tendu de l’étranger sans tendre ensuite lui-même la main à son fils ou à son frère ? Selon moi, il n’est pas cynique de penser que l’autochtone prend ce qui se trouve dans la main tendue et le partage avec sa phratrie, dans sa totalité et dans toute sa complexité. Un jour l’étranger quittera la vallée et si la gouvernance, l’infrastructure, l’économie, la sociologie n’ont pas changé, c’est qu’il partira vaincu et la population retournera à sa propre soumission, à ses propres contradictions.


Raisonner et agir « oblique »


Admettons par hypothèse que dans les trois premiers domaines, la communauté internationale puisse progresser en faisant preuve de toute la détermination et la pugnacité nécessaires. Reste l’organisation sociale. Cet entrelacs de cercles et de groupes aux intérêts, aux ambitions, aux affinités à la fois communs et différents, qui est le produit d’une histoire commune et qui pense avoir un avenir en commun, serait-t-il rude, sévère, incertain, mais extérieur au monde globalisé ?


A mon sens, c’est cette organisation sociale qu’il faudrait étudier, analyser, comprendre et sur laquelle il faudrait peser. Il s’agirait de déterminer le périmètre des véritables pouvoirs, détecter les détenteurs et les postulants, établir les relations entre ces acteurs et plus généralement être en mesure de dessiner les sociogrammes, ce lacis de relations entre les individus et entre les groupes; enfin,définir les zones grises, intersections dans lesquelles les pouvoirs se troublent et dont la maîtrise est déterminante pour celui ou ceux qui veulent exercer leur volonté sur l’autre.


Car l’objectif serait de savoir où et comment agir pour désagréger ces entités qui forment la toile structurant l’ensemble du pays réel. Par exemple, il s’agirait de déterminer, quel que soit le niveau, où placer le coin permettant de désolidariser la population des combattants exogènes et assécher le flux endogène qui rejoint l’insurrection.


Je n’ai pas la prétention de proposer des solutions, mais je pense que cette stratégie oblique, cette approche sur l’organisation sociale en l’occurrence, doit être conduite au niveau tactique avec des modes d’action de même nature, c’est-à-dire obliques. Et je ne donnerai qu’un seul exemple, à mon sens le plus pertinent de cette campagne et mis en œuvre dans la partie française du théâtre : il s’agit du désenclavement du pays par la densification et l’amélioration du réseau routier ! Ces travaux d’infrastructure semblent bien éloignés de mon propos, pourtant comme l’ont argumenté certains responsables français, accroître les échanges entre l’arrière-pays et la capitale de la province, puis entre la province et Kaboul, ouvre les hommes des confins à la problématique générale de la situation afghane, leur permet d’en saisir toute la mesure, et contribue ce faisant à dissocier les clans, éloigner les forces vives des chefs, vider le vivier humain de la rébellion et altérer l’idéologie de l’insurrection, laquelle, dans le huis-clos des microsociétés villageoises trouve un terreau des plus propices. Ce mode d’action, ressortit à une tactique d’épuisement de l’insurrection par le bon usage de l’obliquité, une pression infinitésimale exercée au kairos, ce moment de l’occasion opportune qui donne à l’action son efficacité optimale.


Pour terminer ce billet je voudrais à nouveau préciser qu’il n’a pour seule prétention que de repousser à la marge le champ des possibles dans ce domaine complexe de la stratégie de contre-insurrection.

Certains de nos alliés proposent la manœuvre « des sacs d’or » visant notamment à concurrencer l’insurrection dans son recrutement; je pense que nous sommes dans la même logique : la recherche de stratégies obliques pour contrer une stratégie oblique, une tentative pour retrouver l’initiative et la liberté d’action en agissant sur des leviers biais.


Jean-Pierre Gambotti

Share and Enjoy:
  • Digg
  • Sphinn
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Mixx
  • Google

Tags: , , , ,
Posted in Auteurs et blogs invités, Stratégie | No Comments »

No Comments to “Contre-insurrection et stratégie oblique”

  1. yves cadiou Says:

    Evoquer la guerre parmi les populations pose de nos jours une question fondamentale : de quel droit ?

    De nos jours, à juste raison et parce que les principes humanistes ont beaucoup progressé en Europe par comparaison à l’époque de CVC, nous différencions les concepts de « peuple » et de « population ». Pourtant ces mots sont, trop souvent encore, employés fautivement comme des synonymes : la population, ce sont des gens qui sont là, sur un terrain. Le Peuple, c’est la population mais avec son Histoire, ses traditions, une âme, des droits sur son territoire.

    Cet aspect de l’environnement des opérations ne semble pas intéresser les théoriciens de la guerre contre-insurrectionnelle. Ils sont en faute, car cet aspect est fondamental.
    Du moins il doit être fondamental pour nous Français, même si les tenants du « shoot them all » essayent de nous convaincre du contraire en arguant que ce sont nos penseurs qui sont à l’origine de leurs principes d’action.

    L’on doit reconnaître aux américains qu’ils sont constants : du massacre des Indiens à la théorie du choc des civilisations, c’est toujours la même idéologie au fond : c’est le refus du Droit des Peuples à disposer d’eux-mêmes.

    Le problème sémantique (et surtout conceptuel) était présent chez nous lors de la guerre d’Algérie : «population algérienne » signifiait « l’Algérie c’est la France » mais « peuple algérien » aurait signifié qu’il s’agissait d’une guerre internationale. C’est pourquoi les opérations militaires en Algérie ne furent qualifiées de « guerre » qu’après l’indépendance.
    Auparavant et inversement c’était aussi pourquoi les communistes français, pour aider l’Indochine à passer dans le camp communiste, avaient imposé que soient nommées « guerre » nos opérations militaires en Indochine. On n’avait pas encore inventé l’expression de « guerre asymétrique » : dire qu’une « guerre » avait lieu en Indochine française c’était déjà admettre implicitement le principe de la décolonisation.

    L’on a maintenant inventé une expression, la « guerre asymétrique ». Mais ce n’est qu’une expression. En réalité c’est un déni des principes du Droit international que nous prétendons, sous le drapeau de l’ONU, promouvoir.

  2. yves cadiou Says:

    Evoquer la guerre parmi les populations pose de nos jours une question fondamentale : de quel droit ?

    De nos jours, à juste raison et parce que les principes humanistes ont beaucoup progressé en Europe par comparaison à l’époque de CVC, nous différencions les concepts de « peuple » et de « population ». Pourtant ces mots sont, trop souvent encore, employés fautivement comme des synonymes : la population, ce sont des gens qui sont là, sur un terrain. Le Peuple, c’est la population mais avec son Histoire, ses traditions, une âme, des droits sur son territoire.

    Cet aspect de l’environnement des opérations ne semble pas intéresser les théoriciens de la guerre contre-insurrectionnelle. Ils sont en faute, car cet aspect est fondamental.
    Du moins il doit être fondamental pour nous Français, même si les tenants du « shoot them all » essayent de nous convaincre du contraire en arguant que ce sont nos penseurs qui sont à l’origine de leurs principes d’action.

    L’on doit reconnaître aux américains qu’ils sont constants : du massacre des Indiens à la théorie du choc des civilisations, c’est toujours la même idéologie au fond : c’est le refus du Droit des Peuples à disposer d’eux-mêmes.

    Le problème sémantique (et surtout conceptuel) était présent chez nous lors de la guerre d’Algérie : «population algérienne » signifiait « l’Algérie c’est la France » mais « peuple algérien » aurait signifié qu’il s’agissait d’une guerre internationale. C’est pourquoi les opérations militaires en Algérie ne furent qualifiées de « guerre » qu’après l’indépendance.
    Auparavant et inversement c’était aussi pourquoi les communistes français, pour aider l’Indochine à passer dans le camp communiste, avaient imposé que soient nommées « guerre » nos opérations militaires en Indochine. On n’avait pas encore inventé l’expression de « guerre asymétrique » : dire qu’une « guerre » avait lieu en Indochine française c’était déjà admettre implicitement le principe de la décolonisation.

    L’on a maintenant inventé une expression, la « guerre asymétrique ». Mais ce n’est qu’une expression. En réalité c’est un déni des principes du Droit international que nous prétendons, sous le drapeau de l’ONU, promouvoir.

  3. Stéphane Taillat Says:

    Merci au général GAMBOTTI pour ces réflexions passionnantes, humbles et sensées. Qu’il me soit permis d’ajouter deux points pour en compléter la compréhension.
    En premier lieu, le désenclavement par les routes si cher au colonel CHANSON est en fait une idée élaborée dans les années 2005-2006 par les unités américaines de la province de KUNAR. Le principe est simple: non pas la route, mais le processus même de sa construction, doit être le point focal d’une « manoeuvre politique » consistant à impliquer les locaux dans la sécurité et la gouvernance, tout en obligeant les rebelles à agir là où nous le souhaitons. A noter que selon David Kilcullen, ce procédé est à l’origine de nombreux principes appliqués ensuite…. en Irak durant le « sursaut ».
    En second lieu, et pour répondre à Yves Cadiou, l’enjeu éthique me paraît central. J’ai eu l’honneur et le privilège de participer aux réflexions menées par des penseurs et praticiens britanniques sur l’intégration du concept de « sécurité humaine » dans les doctrines et les pratiques militaires, notamment en Afghanistan. J’ai humblement présenté les réalisations et tournures conceptuelles du colonel CHANSON telles qu’elles apparaissent dans son fameux « rapport » du mois d’août. Les Britanniques et un intervenant américain du Naval War College ont été intéressés. Quoiqu’il en soit, Mary KALDOR de la London School of Economics a parfaitement résumé nos contributions en posant deux questions.
    Primo: la « contre-insurrection » n’est-elle pas autre chose qu’une approche indirecte sur l’ennemi, plutôt qu’une approche « populo-centrée » (je lui ai suggéré de parler de cela à la suite de mes propres réflexions sur l’instrumentalisation du concept de « population security »)?
    Secundo, assurer la sécurité de la population est-il équivalent à la promotion de la « sécurité humaine »? Sur ce point, j’ai suggéré que le terme de population était problématique car typique de notre inconfort à penser autre chose qu’une société libérale individualiste. Mais je pense que Yves CADIOU a raison: ce terme apparemment neutre (puisqu’il nous permet de ne pas « politiser » notre présence, et partant de ne pas en remettre en cause la légitimité à nos yeux) est surtout un moyen de « chosifier » les personnes et les communautés concrètes qui sont rencontrées….
    A méditer quoiqu’il en soit, même si apparemment l’approche « idéale » que je prône sur le plan moral n’est peut-être ni réalisable, ni réaliste.

  4. Stéphane Taillat Says:

    Merci au général GAMBOTTI pour ces réflexions passionnantes, humbles et sensées. Qu’il me soit permis d’ajouter deux points pour en compléter la compréhension.
    En premier lieu, le désenclavement par les routes si cher au colonel CHANSON est en fait une idée élaborée dans les années 2005-2006 par les unités américaines de la province de KUNAR. Le principe est simple: non pas la route, mais le processus même de sa construction, doit être le point focal d’une « manoeuvre politique » consistant à impliquer les locaux dans la sécurité et la gouvernance, tout en obligeant les rebelles à agir là où nous le souhaitons. A noter que selon David Kilcullen, ce procédé est à l’origine de nombreux principes appliqués ensuite…. en Irak durant le « sursaut ».
    En second lieu, et pour répondre à Yves Cadiou, l’enjeu éthique me paraît central. J’ai eu l’honneur et le privilège de participer aux réflexions menées par des penseurs et praticiens britanniques sur l’intégration du concept de « sécurité humaine » dans les doctrines et les pratiques militaires, notamment en Afghanistan. J’ai humblement présenté les réalisations et tournures conceptuelles du colonel CHANSON telles qu’elles apparaissent dans son fameux « rapport » du mois d’août. Les Britanniques et un intervenant américain du Naval War College ont été intéressés. Quoiqu’il en soit, Mary KALDOR de la London School of Economics a parfaitement résumé nos contributions en posant deux questions.
    Primo: la « contre-insurrection » n’est-elle pas autre chose qu’une approche indirecte sur l’ennemi, plutôt qu’une approche « populo-centrée » (je lui ai suggéré de parler de cela à la suite de mes propres réflexions sur l’instrumentalisation du concept de « population security »)?
    Secundo, assurer la sécurité de la population est-il équivalent à la promotion de la « sécurité humaine »? Sur ce point, j’ai suggéré que le terme de population était problématique car typique de notre inconfort à penser autre chose qu’une société libérale individualiste. Mais je pense que Yves CADIOU a raison: ce terme apparemment neutre (puisqu’il nous permet de ne pas « politiser » notre présence, et partant de ne pas en remettre en cause la légitimité à nos yeux) est surtout un moyen de « chosifier » les personnes et les communautés concrètes qui sont rencontrées….
    A méditer quoiqu’il en soit, même si apparemment l’approche « idéale » que je prône sur le plan moral n’est peut-être ni réalisable, ni réaliste.

  5. yves cadiou Says:

    L’approche idéale est réalisable et réaliste : tout deviendrait clair par le moyen d’un referendum en Afghanistan.

    Lafayette disait : « Pour résister à l’oppression, et lorsque le moyen légal est impuissant, l’insurrection est le plus saint des devoirs ». Un referendum en Afghanistan nous dira qui est l’oppresseur.

    On a su organiser des élections en Afghanistan. Un referendum sur notre présence militaire ne devrait pas être plus difficile. Si les insurgés, ou les autorités en place, ou nos alliés, s’opposent à cette consultation du Peuple par les urnes, ça signifiera qu’ils ne sont pas sûrs du soutien populaire ni de leur légitimité.

    Donc le referendum a lieu, l’on se conforme au résultat, nous restons avec l’assentiment du Peuple afghan ou nous partons à la demande du Peuple afghan.

    Ainsi tout devient clair y compris dans les pays de l’OTAN et dans les pays hors OTAN.
    Il faut clarifier la situation pour tout le monde.

  6. yves cadiou Says:

    L’approche idéale est réalisable et réaliste : tout deviendrait clair par le moyen d’un referendum en Afghanistan.

    Lafayette disait : « Pour résister à l’oppression, et lorsque le moyen légal est impuissant, l’insurrection est le plus saint des devoirs ». Un referendum en Afghanistan nous dira qui est l’oppresseur.

    On a su organiser des élections en Afghanistan. Un referendum sur notre présence militaire ne devrait pas être plus difficile. Si les insurgés, ou les autorités en place, ou nos alliés, s’opposent à cette consultation du Peuple par les urnes, ça signifiera qu’ils ne sont pas sûrs du soutien populaire ni de leur légitimité.

    Donc le referendum a lieu, l’on se conforme au résultat, nous restons avec l’assentiment du Peuple afghan ou nous partons à la demande du Peuple afghan.

    Ainsi tout devient clair y compris dans les pays de l’OTAN et dans les pays hors OTAN.
    Il faut clarifier la situation pour tout le monde.

  7. Jean-Pierre Gambotti Says:

    Comme beaucoup de ceux qui ont eu la responsabilité « d’ordonner l’action », je sais que les mots ont un sens et depuis longtemps j’ai fait mienne la formule de Karl Jaspers que je cite souvent « Quand le désordre atteint le langage tout tourne au désastre ». Yves Cadiou a cette même obsession des mots justes, encore faut-il qu’il ne joue pas avec….Car l’usage malicieux de la polysémie peut permettre de détourner le sens d’un argumentaire. Les e-dictionnaires sont prodigieux, je lui suggère par un clic de vérifier que la « population » dont je traite a une existence sémantique. Et je connais aussi l’existence du « peuple » dont je n’ai pas usé car j’ai souhaité me situer strictement dans l’infra-politique. Je suis sûr qu’il me concèdera que l’acception, même sommaire, des ces deux mots ne m’échappe pas. Ainsi que ne m’échappe pas la difficulté de jongler avec des néologismes en stratégie, mais quand les néologismes appartiennent officiellement au vocabulaire militaire, ils sont stratégiquement signifiants. Je veux parler de l’asymétrie.
    Je suis sensible aux deux questions posées par Mary Kaldor et rapportées par Stéphane Taillat, auquel nous savons gré de faire connaître la doctrine Chanson dans les instances internationales, à mon sens elle pèsera dans l’élaboration de nos prochains « documents de manoeuvre. » Mais à la question du Primo, j’aurais répondu que la contre-insurrection devrait plutôt se définir comme une approche indirecte centrée sur la population, plutôt qu’une approche directe centrée sur l’ennemi. Avec le Secundo, nous revenons aussi à la sémantique. Puisque le peuple est la population qui s’est exprimée démocratiquement par le vote, le soldat de la coalition qui protège la population, protège aussi le peuple. Donc la subversion, ennemie du peuple citoyen, est aussi l’ennemie de la population et la force mandatée est bien légitime dans son actuel combat contre la subversion. Reste à définir la subversion, nature ? volume ? attitude ? Et répondre à la question lancinante et récurrente : la population est-elle aussi la subversion ? Nous sommes bien dans la complexité, mais je me risquerais à rappeler qu’elle est la nature même de la guerre. En attendant le référendum que suggère Yves Cadiou.
    Je vous remercie vivement de vos commentaires.
    Jean-Pierre Gambotti

  8. Jean-Pierre Gambotti Says:

    Comme beaucoup de ceux qui ont eu la responsabilité « d’ordonner l’action », je sais que les mots ont un sens et depuis longtemps j’ai fait mienne la formule de Karl Jaspers que je cite souvent « Quand le désordre atteint le langage tout tourne au désastre ». Yves Cadiou a cette même obsession des mots justes, encore faut-il qu’il ne joue pas avec….Car l’usage malicieux de la polysémie peut permettre de détourner le sens d’un argumentaire. Les e-dictionnaires sont prodigieux, je lui suggère par un clic de vérifier que la « population » dont je traite a une existence sémantique. Et je connais aussi l’existence du « peuple » dont je n’ai pas usé car j’ai souhaité me situer strictement dans l’infra-politique. Je suis sûr qu’il me concèdera que l’acception, même sommaire, des ces deux mots ne m’échappe pas. Ainsi que ne m’échappe pas la difficulté de jongler avec des néologismes en stratégie, mais quand les néologismes appartiennent officiellement au vocabulaire militaire, ils sont stratégiquement signifiants. Je veux parler de l’asymétrie.
    Je suis sensible aux deux questions posées par Mary Kaldor et rapportées par Stéphane Taillat, auquel nous savons gré de faire connaître la doctrine Chanson dans les instances internationales, à mon sens elle pèsera dans l’élaboration de nos prochains « documents de manoeuvre. » Mais à la question du Primo, j’aurais répondu que la contre-insurrection devrait plutôt se définir comme une approche indirecte centrée sur la population, plutôt qu’une approche directe centrée sur l’ennemi. Avec le Secundo, nous revenons aussi à la sémantique. Puisque le peuple est la population qui s’est exprimée démocratiquement par le vote, le soldat de la coalition qui protège la population, protège aussi le peuple. Donc la subversion, ennemie du peuple citoyen, est aussi l’ennemie de la population et la force mandatée est bien légitime dans son actuel combat contre la subversion. Reste à définir la subversion, nature ? volume ? attitude ? Et répondre à la question lancinante et récurrente : la population est-elle aussi la subversion ? Nous sommes bien dans la complexité, mais je me risquerais à rappeler qu’elle est la nature même de la guerre. En attendant le référendum que suggère Yves Cadiou.
    Je vous remercie vivement de vos commentaires.
    Jean-Pierre Gambotti

  9. yves cadiou Says:

    Je prie Jean-Pierre Gambotti de m’excuser si mes précédents commentaires lui ont semblé irrespectueux par leur forme.

    Pour le fond, je reviens à ma suggestion de referendum en Afghanistan parce qu’il faut clarifier, envers nous-mêmes, notre situation.
    Chez nous ce sont les relations entre le Politique et le Soldat, mais surtout les relations entre le Soldat et la Nation, qui sont en jeu derrière cet engagement en Afghanistan.

    Les conditions contestables et contestées de l’élection du président afghan ne sont guère convaincantes quant à la légitimité de celui-ci.

    C’est pourtant sur l’existence de ce personnage que nos dirigeants politiques tentent de s’appuyer pour dire que « nous combattons aux côtés du peuple afghan ». Cette affirmation est plus un slogan qu’une réalité avérée.

    Un referendum posant aux Afghans la question de notre présence militaire, un vote dégagé de toute question de personne et par conséquent de tout aspect clanique ou clientéliste, sera beaucoup plus significatif qu’une élection douteuse pour justifier notre présence ou notre départ.

    Dans un cas comme dans l’autre, l’on ne s’interrogera plus sur une prétendue « guerre asymétrique ». Le Soldat utilise actuellement cette expression, plus qu’oblique, biaisée, pour tenter de fournir une réponse qui ne peut pas être plus valable que la question mal posée par le Politique.

    Il faut être très circonspect : utiliser le mot « guerre » en débattant de l’asymétrie qui existe sur le terrain en Afghanistan, c’est déjà aller plus loin que nos gouvernants. Ceux-ci évitent soigneusement le mot « guerre » ou bafouillent quand ils ne peuvent pas l’éviter.

    Il faut être circonspect parce que c’est encore une fois les relations entre le Politique et le Soldat, mais surtout les relations entre le Soldat et la Nation, qui sont menacées par cet engagement en Afghanistan. Il faut craindre que cet engagement évolue peu à peu vers un déséquilibre qui s’est déjà vu où le Soldat endosse aux yeux de la Nation des responsabilités qui sont celles du Politique mais que celui-ci refuse de prendre.

  10. massoud Says:

    Juste une question en passant, le général a-t-il déjà mis les pieds sur le sol afghan? « L’empereur est nu » et j’entends le signaler par cette intervention…

  11. Jean-Pierre Gambotti Says:

    Ma réponse à Massoud est non.
    Mais je me permets de lui rappeler que j’avais déjà répondu par anticipation à cette question dans mon introduction en appelant l’attention des éventuels lecteurs sur mon manque d’expérience de la guerre. Dans ce billet je me proposais simplement de faire partager des réflexions personnelles sur la contre-insurrection en m’appuyant in fine sur l’exemple afghan et le retour d’expérience d’un responsable français. Je comprends que traiter ce problème avec « le regard éloigné » que je revendique puisse irriter. Mais est-on illégitime de réfléchir sur la guerre parce qu’on n’a pas été acteur? Je me sens très concerné par le sujet et ma seule motivation est de participer au débat en y apportant ma contribution intellectuelle. Sans prétendre à la vérité !
    Je terminerai par une question, moi aussi. J’ai rédigé quelques lignes sur le nucléaire pour participer au débat qui s’instaure sur Alliance Géostratégique. Dois-je y renoncer parce que je n’ai pas participé à une guerre nucléaire ?
    Très cordialement.
    Jean-Pierre Gambotti

  12. Massoud Says:

    Ce qui m’a fait réagir est l’intellectualisation trop poussée d’un sujet qui peut à mon sens se traiter plus simplement. Les mots et là, j’englobe un bon nombre d’articles publiés sur le sujet, sont des paravents derrière lesquels des soldats meurent sans apporter la moindre amorce de solution…
    Bien à vous.

  13. F. de St V. Says:

    Finalement comme toujours, un cycle d’action-réaction se met toujours en place entre les deux adversaires (on pourrait y voir « l’action réciproque ou vivacité des réactions » de Clausewitz). Le GAL Desportes en rappelle la cause dans un de ses articles : « notre adversaire sera intelligent par la règle éternelle et fondamentale de la guerre, celle du contournement » . Cette nécessité du contournement concerne les deux forces qui s’opposent. Dans un affrontement des volontés, où chacun tente de vaincre et convaincre l’autre, l’adaptation devient alors une nécessité pour survivre voire l’emporter. Et c’est ce que nous propose brillamment ici, le GAL Gambotti.

  14. F. de St V. Says:

    Finalement comme toujours, un cycle d’action-réaction se met toujours en place entre les deux adversaires (on pourrait y voir « l’action réciproque ou vivacité des réactions » de Clausewitz). Le GAL Desportes en rappelle la cause dans un de ses articles : « notre adversaire sera intelligent par la règle éternelle et fondamentale de la guerre, celle du contournement » . Cette nécessité du contournement concerne les deux forces qui s’opposent. Dans un affrontement des volontés, où chacun tente de vaincre et convaincre l’autre, l’adaptation devient alors une nécessité pour survivre voire l’emporter. Et c’est ce que nous propose brillamment ici, le GAL Gambotti.

  15. Brousse Says:

    je suis médusé par tant de puissance de réflexion et d’intelligence. Je n’ai ni vos références, ni votre capacité d’ analyse mais pour avoir été en Afghanistan, ce qui soit dit en passant ne me donne aucune priorité de pensée sur le sujet. J’entrevois dans ces réflexions et questionnements des solutions et je ressens enfin moins d’isolement dans ma vie de soldat. Car je suis rassuré de savoir que l’humain reprend le centre du débat.

Leave a Comment

RSS