La détection d’un essai nucléaire
Written by Charles Bwele on novembre 20, 2009 – 1:56 -
Lorsque la Corée du nord effectua son premier essai nucléaire à l’automne 2006, plusieurs centres de surveillance sismique localisés en Russie, en Autriche, au Colorado et ailleurs déterminèrent aussitôt le lieu et la puissance de l’explosion atomique.

La veille nucléaire fit ses premiers pas en 1949 lors du premier essai nucléaire soviétique dans le Kazakhstan, détecté par l’aviation américaine grâce à un échantillonnage aérien à très haute sensibilité isotopique au-dessus du Pacifique. Depuis, différents procédés ont été développés pour « renifler » la radioactivité consécutive à une explosion atomique, détecter son « flash » et percevoir ses vibrations dans le sous-sol et dans l’eau.
Dans le cadre du Comprehensive Nuclear Test Ban Treaty négocié dans les années 90, un réseau mondial d’environ 450 stations de surveillance simisque effectuent également la veille nucléaire. À cette fin, les scientifiques ont développé des techniques permettant de distinguer une explosion atomique d’une grosse explosion conventionnelle ou d’une secousse sismique.
Une explosion atomique se propage omnidirectionnellement dans le sous-sol en générant une puissante onde de compression, tandis qu’une secousse sismique est produite par des roches glissant les unes sur les autres le long d’une ligne de faille, produisant une forte onde de cisaillement. Plus rapides (6 km/s près de la surface, 13 km/s près du noyau terrestre) et caractérisées par un grondement sourd, les ondes de compression (ou ondes P) sont les premières à être enregistrées par les sismographes, suivies par les ondes de cisaillement (ou ondes S) absorbées par le manteau terrestre et ne se propageant point dans les milieux liquides.
Tels trois satellittes GPS indiquant votre position sur la surface terrestre, un triangle de sismographes établit la différence des temps d’arrivée entre les ondes P et S, calcule leurs vitesses respectives et localise de facto l’épicentre de la secousse sismique. La fréquence spectrale et la distance parcourue par ces ondes dans le manteau terrestre complètent et affinent d’autant les données précédentes.
En général, si l’onde de compression P se révèle plus puissante que l’onde de cisaillement S, une explosion nucléaire (ou conventionnelle de très forte intensité) a eu lieu quelque part.
La sensibilité sismographique et la position géographique d’une station entrent également en jeu, d’où la nécéssité d’en multiplier. Selon un rapport National Academy of Sciences datant de 2002, les stations de surveillance sismique principalement situées en Asie, en Afrique et en Europe détectent régulièrement des explosions équivalentes à plusieurs dizaines de tonnes de TNT. A titre de comparaison, le test nucléaire nord-coréen de l’automne 2006 fut précisément estimé à une kilotonne, le premier essai du projet Manhattan à 21 kilotonnes.
Toutefois, plusieurs techniques plutôt complexes permettent de leurrer la veille nucléaire. Le « leurrage minier » consiste à camoufler l’explosion atomique en détonant simultanément de très nombreux explosifs utilisés dans l’extraction minière. Le « découplage » déclenche l’engin nucléaire dans une cavité souterraine spécialement conçue à cette fin. Ainsi, au lieu de pulvériser les structures rocheuses immédiates, l’explosion compresse d’abord les gaz underground, réduisant son signal sismique d’environ 75%.
|
Techniques de surveillance |
souterraine |
sous-marine |
atmosphérique |
spatiale |
|
Sismique |
majeure |
majeure |
secondaire |
aucune |
|
Radioactive |
majeure |
majeure |
majeure |
aucune |
|
Hydroacoustique |
secondaire |
majeure |
secondaire |
aucune |
|
Infrasonique |
secondaire |
secondaire |
majeure |
aucune |
|
Électromagnétique |
secondaire |
secondaire |
majeure |
aucune |
|
Satellittaire |
majeure |
majeure |
secondaire |
secondaire |
Table : Échelle de contribution des technologies de veille nucléaire
pour le CTBTO (extrait de CTBT Monitoring Capabilities)
Les ratios d’isotopes radioactifs – notamment les particules de xénon – dans l’atmosphère constituent également « l’odeur typique » d’une explosion atomique. Les tests nucléaires effectués dans les profondeurs océaniques produisent des ondes de pression infrasoniques jusque dans les airs, aisément décelables par les 11 stations hydroacoustiques et les 60 stations infrasoniques de l’International Monitoring System.
Enfin, des satellittes bardés de systèmes d’imagerie et de détection électromagnétique surveillent des « sites suspects » pour le compte du CTBTO. En effet, la signature en rayons X d’une explosion atomique d’une kilotonne peut être détectée jusqu’à une distance comparable à celle séparant la Terre du Soleil.
Charles Bwele, Electrosphère
Tags: bombe nucléaire, nucléaire, puissances nucléaires militaires
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novembre 21st, 2009 at 9:30
Il paraît qu’il serait même possible de savoir, après une explosion, dans quel pays la matière fissile a été produite…
On arrête pas le progrès.
novembre 21st, 2009 at 9:30
Il paraît qu’il serait même possible de savoir, après une explosion, dans quel pays la matière fissile a été produite…
On arrête pas le progrès.
novembre 22nd, 2009 at 9:39
Seulement si on à un échantillon à examiner
Et pour savoir la puissance réelle d’une explosion, ces systèmes de repérages ne sont pas trop précis. Pour la Corée du Nord, on à parlé de plus de 10 kt avant de se rabattre sur un explosion raté de moins d’un kt.