Le corridor de Wakhan, porte chinoise vers l’Afghanistan

coridor_wakhan

Le passage stratégique du corridor de Wakhan, délimité par un accord de 1895 entre la Russie et le Royaume-Uni, attire l’attention de l’OTAN, en quête de passages logistiques, et de la Chine, avide des richesses afghanes.


Le corridor de Wakhan est une zone montagneuse située au nord-est de l’Afghanistan, dans la province de Badakhshan. Il s’étend vers l’est sur environ 280km, entre le Tadjikistan au nord et le Pakistan au sud, jusqu’à la Chine qui se trouve à l’extrémité est du corridor. Cette bande montagneuse qui forme la jonction entre les montagnes du Pamir et la chaîne de l’Hindu Kush, est large d’environ 60km dans sa portion la plus vaste et de seulement 15km dans sa partie la plus étroite. Les montagnes de la région reculée du Wakhan culminent entre 3500m et plus de 5000m d’altitude. Le corridor est principalement occupé par les populations tadjikes d’Afghanistan et par une minorité kirghize.


Le corridor de Wakhan s’ouvre à l’Ouest, par la ville frontalière de Ishkashim (Eshkashem), qui sert également de point de passage vers le Tadjikistan. Ishkashim est le principal point de contrôle sécuritaire du corridor, où les voyageurs doivent obtenir un laisser-passer avant de pénétrer dans le Wakhan. À l’exception de la ville d’Ishkashim, le corridor n’a connu que très peu d’attaques d’insurgés et bien que des bandes armées y soient présentes, elles se sont assez peu confrontées aux forces de l’ISAF et en l’occurrence à la Bundeswehr, en charge de la province de Badakhshan.


Si le corridor de Wakhan intéresse les occidentaux de par le passage stratégique qu’il offre en contournant le Pakistan, et alors que les autorités afghanes ont entamé des négociations avec la Chine pour l’ouverture de points de passage, le corridor est une déception sur le plan logistique. Depuis Ishkashim, la traversée du corridor se fait sur des pistes rocailleuses le long des trois rivières majeures qui le traversent ou par des sentiers de montagne souvent périlleux. Si plusieurs ponts ont été construits récemment, notamment par les Allemands, ils ne sont probablement pas adaptés aux passages de poids lourds. En été, seuls les véhicules tout-terrain peuvent se frayer un chemin le long des rivières en crue. Enfin, le passage entre l’Afghanistan et la Chine se fait par la passe de Wakhjir, qui est dépourvue de route. Après avoir traversé la frontière, il faut rejoindre une piste sommaire avant de pouvoir rallier, à plus de 80km, la première route majeure de Chine, l’autoroute Karakoram N35/G314.


L’exploitation du corridor de Wakhan comme voie logistique nécessiterait de lourds et coûteux travaux pour permettre le passage de véhicules lourds dans des conditions correctes. Au-delà des contraintes géographiques, la Chine ne semble pas prête à ouvrir un point de passage entre le Wakhan et la préfecture de Kashgar, tant pour des raisons financières, que diplomatiques et politiques. Le gouvernement chinois semble plus soucieux de la sécurisation de la frontière, en fournissant entraînement et aide financière à la police afghane, que du développement du Wakhan, corridor qui débouche sur la province ouïghoure du Xinjiang, où les
opérations de sécurité se poursuivent, après les évènements violents de juillet.


Toutefois, la Chine pourrait être amené à revoir l’importance du Wakhan, dans le contexte de ses investissements récents dans les mines de cuivre de la vallée d’Aynak, près de Kaboul. La Chine aura besoin de voies routières capable de supporter le trafic important lié à l’exploitation des matières premières en Afghanistan et devront choisir entre la traversée du Pakistan par la passe de Khyber déjà surchargée, le contournement de la vallée du Wakhan par le Tadjikistan en empruntant la route principale M41, ou la construction de véritables routes à travers le corridor de Wakhan.


Dans les années à venir, la région calme et pauvre du Wakhan pourrait bien attirer à nouveau l’attention des puissances régionales, des siècles après le passage d’Alexandre le Grand, de Marco Polo et des marchands de la route de la soie.


MGN, Zone d’Intérêt

Be Sociable, Share!

You may also like...

4 Responses

  1. egea dit :

    Très bon topo, merci.

  2. MGN dit :

    J’ai fait de mon mieux avec les infos disponibles sur cette partie reculée de l’Afghanistan. Merci à vous.

  3. Vince dit :

    Yes, très intéressant!On dit aussi que ça pourrait devenir une voie de transit pour le gaz iranien vers la Chine…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

UA-7688295-1