Ville sous le feu et dissuasion, d’un thème à l’autre
Written by JGP on novembre 6, 2009 – 4:35 -
En avril 2009, Alliance Géostratégique consacrait son thème du mois à « la ville sous le feu » (cf. Le guide du terroriste urbain, par Charles Bwele/Electrosphère), et en faisait le théâtre privilégié de nouvelles formes d’insurrections et actes asymétriques en tous genres.
L’expression « la ville sous le feu » n’évoque cependant pas seulement le concept de guerre urbaine mais renvoie aussi, plus littéralement, à celui de bombardement aérien massif causant d’énormes destructions et mettant les cités à feu et à sang, les plongeant dans l’effroi et la panique. Et à l’effet in fine dissuasif, que cela passe par le nucléaire ou non.
Allons-y pour un petit retour en arrière historique, au sortir de la Grande Guerre. Celle-ci a vu la mise en œuvre de la plupart des missions actuelles de la composante aérienne de l’armée, bien sûr à des degrés divers chez les différents belligérants :
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reconnaissance (notamment avancement des troupes ennemies) et réglage d’artillerie,
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bombardement tactique: appui des troupes au sol, destructions de positions d’artillerie, d’infrastructures, d’entrepôts militaires, etc,
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chasse, afin de vider le ciel des avions de reconnaissance et d’éviter les bombardements,
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tentatives de bombardements stratégiques très avancés, notamment de la part des Allemands (Londres et Sud de l’Angleterre)
Dans les années qui suivirent, les théoriciens de l’entre-deux-guerres (Douhet, Fonck, Mitchell) imaginaient déjà le développement des raids aériens stratégiques; et, bien avant le Projet Manhattan, Hiroshima et Nagasaki, la possibilité d’utiliser le vecteur aérien combiné à des armes très destructrices, dont la simple possession dissuaderait l’adversaire et l’obligerait à capituler.
Au début des années 1930, le journaliste Pierre Faure envisageait la mise en place de flottes de bombardiers dotés de bombes incendiaires, visant les cités ennemies (donc les civils !) et y allumant de nombreux feux, plongeant la population dans la panique et brisant la volonté politique de l’ennemi. Ces réflexions préfigurent donc directement les doctrines de dissuasion qui se développeront dans la deuxième moitié du XXème siècle.
« Pour être victorieux, il faut mettre l’ennemi dans l’impossibilité de prendre ou de reprendre l’offensive, et déterminer chez lui une situation telle qu’il soit réduit à préférer capituler plutôt que de voir cette situation se prolonger »*
Bien sûr, tout ceci se fit concomitamment à l’essor (inégal) dans les années 1920-1930 de l’arme aérienne (organisation, doctrine, missions, technologie, industrie…) et des défenses anti-aériennes, mais ceci est une autre histoire.
Le « feu » est donc envisagé ici dans son acception première. On est assez loin d’un contexte asymétrique, qu’il s’agisse d’un combat se déroulant dans une conurbation somalienne ou d’une attaque terroriste à Mumbai. Même si dans tous les cas, après avoir été sous le feu, la ville est sous le choc (petit jeu de mots pour ceux qui sont familiers du jargon militaire).
JGP, Mon Blog Défense
*Citation de Pierre Faure, extraite de L’art de la guerre aérienne du Colonel Régis Chamagne
Cet article déjà publié dans Mon Blog Défense a été légèrement réadapté pour Alliance Géostratégique.
Tags: aéronautique, bombe nucléaire, dissuasion nucléaire, Histoire
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