Géopolitique et jeu : jeupolitique
Written by Olivier Kempf on août 12, 2009 – 5:56 -Le thème du mois d’AGS évoque les fantaisies stratégiques. Nous nous intéresserons donc à la jeupolitique.
1/ Il y a des classiques : le poker (« il a bluffé » : on lira ici l’Iran et le poker géopolitique), les dominos (« la théorie des dominos » : on lira ici une contre théorie des dominos à propos de l’Afghanistan) voire les dés (« il joua tout sur un coup de dés« : on lira ici le coup de dés, la Turquie et l’UE). Ainsi, on joue beaucoup dans les relations internationales. Pourtant, la jeupolitique s’appuie sur deux jeux primordiaux.

2/ Le plus familier aux Occidentaux est le jeu d’échecs. Le jeu d’échec est d’abord un territoire, le damier, qu’il faut maîtriser afin d’imposer sa volonté à l’autre. Il y a des règles, des pièces, des valeurs, des combinaisons, une attaque, une défense. Il s’agit réellement d’une lutte de puissance sur un territoire. La seule différence de la géopolitique tient à ce que le territoire, tout normé soit-il, ne sert que de support à l’affrontement, et n’en est pas l’objet. Mais les échecs constituent indubitablement un jeu géopolitique.

3/ Beaucoup plus proprement géopolitique est le jeu de go. Ce jeu oriental, surnommé le jeu d’échecs chinois, est également constitué d’un damier et de pièces. Mais à la différence des échecs, les pièces sont toutes égales, elles n’ont pas de valeur propre, elles s’équivalent. C’est qu’il ne s’agit pas, dans l’affrontement de puissance, de défaire une pièce particulière de l’autre (le roi) mais de le dominer en prenant contrôle d’un maximum de territoire, d’enserrer l’adversaire de façon qu’il ne se meuve plus et qu’il perde sa liberté de mouvement. Au go, l’objet du jeu est bien l’espace. C’est réellement un jeupolitique.

4/ Tout ceci est parfait, mais il manque des alliances. On s’intéressera pour cela à un jeu comme le Risk, jeu de stratégie qui n’est pas un jeu de rôle (wargame ou Kriegspiel), où l’on cherche à reproduire les détails d’un affrontement : il s’agit là de stratégie militaire, quand le Risk vise plus de contrôler des buts assignés au départ (« vous devez conquérir dix-huit pays« , « vous devez conquérir l’Europe et l’Asie« ) avec une combinaison de pièces, d’alliances, de coup de dés, le tout étant destiné à contrôler des territoires.
Mais je suis sûr que vous connaissez d’autres jeupolitiques…. Dites les moi.
O. Kempf
Tags: Géopolitique
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août 12th, 2009 at 7:51
L’occasion est trop belle de citer deux grands classiques publiés en leur temps par Avalon Hill : Diplomacy et Republic of Rome .
août 12th, 2009 at 8:35
Un jeu sorti la même année que Risk mais de loin supérieur: Diplomacy. La légende dit que c’était le jeu préféré de la famille Kennedy…
août 13th, 2009 at 9:17
Si Diplomacy reste une référence en jeu de plateau pour ces catégories de « jeupolitique », Du trentenaire à l’adolescent qui ont touchés aux jeux sur PC, le plus équivalent par la diversité des moyens de victoire (politique, culturels et militaires) est la série Civilization (surtout le 4) de Sid Meyer.
août 13th, 2009 at 4:16
Ce billet me fait penser aux travaux de Manouk Borzakian (doctorant en géographie et professeur d’échecs) sur l’espace dans les jeux de plateau. Ces premiers travaux ont d’ailleurs porté tout particulièrement sur les échecs. Voir, à ce propos, son article « L’espace des jeux d’échecs » pour les Cafés géo (http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=1017) ou son article « Pour une approche géographique des jeux de plateau » pour la revue Cybergéo(http://www.cybergeo.eu/index22466.html). Il montre combien les pratiques de l’espace dans les jeux ludiques sont liées à nos représentations du monde.
Dans ces travaux, il souligne ainsi combien s’exprime les relations sociales dans les jeux : « les pièces du jeu d’échecs sont l’expression, quoique très réductrice, de la société ou, du moins, de plusieurs de ses composantes. Suivant les langues, leur nom est plus ou moins évocateur. Par exemple, le pion français est en allemand un paysan (Bauer), le sauteur allemand (Springer) devient un cavalier en français et un chevalier (knight) en anglais, tandis que le coureur (Läufer) devient un fou ou un évêque (bishop). On constate ainsi que, dans la majorité des cas, il existe une correspondance avec un statut social assez précis, bien qu’aujourd’hui obsolète. Il en va de même au shogi et au xiang-qi, où les pièces représentent le plus souvent un corps d’arme ou un grade militaire ou aristocratique. On peut citer pour ces deux jeux les généraux, les bombardes, les lances, les chars ou encore les mandarins, appelés aussi ministres » (« Pour une approche géographique des jeux de plateau », Cybergéo, paragraphe 12).
Et également, les enjeux de conquête territoriale et/ou de conquête du pouvoir qui s’expriment à travers l’espace du plateau de jeu, de manière plus ou moins formelle : « certains plateaux se présentent sans aucune ambiguïté comme l’expression d’une réalité non ludique. C’est surtout vrai pour le xiang-qi, où une rivière sépare les deux camps, tandis qu’un palais ou forteresse abrite chaque général et ses deux ministres. La présence de ces trois points de repères n’est en aucun cas réductible à une fonction esthétique, elle influe directement sur les règles du jeu et le déroulement des parties. En effet, les éléphants ne peuvent traverser la rivière – exemple d’une règle qui se veut assez réaliste – alors que les pions voient leurs capacités de mouvement modifiées lorsqu’ils l’ont franchie. La rivière elle-même ne comporte aucune intersection, elle joue donc uniquement le rôle d’un obstacle à la progression des deux armées vers la forteresse adverse. Elle permet également de séparer le plateau en deux parties « Nord » et « Sud ». Par ailleurs, les deux généraux, pas plus que les quatre ministres, ne peuvent quitter leurs palais respectifs. On peut risquer un parallèle entre cette règle et la Cité interdite, ou encore y voir la traduction d’une certaine structure sociale, dans laquelle l’état-major, par prudence, reste à l’arrière et laisse ses troupes s’exposer aux dangers du combat » (op. cit., paragraphe 13).
D’où l’intérêt de ce billet qui illustre bien comment les stratégies déployées à travers différents jeux marquent inconsciemment l’esprit collectif au point de devenir des paraboles pour expliquer les tensions géopolitiques dans le monde.
août 13th, 2009 at 4:32
@Arno : nous avons pensé à la même chose mais je vous trouve dur avec Risk. A mon sens, il y a une idée géniale dans ce jeu qui, étrangement, ne me semble pas avoir été souvent reprise : les conditions de victoire de chaque joueur sont différentes et sont secrètes.
août 14th, 2009 at 11:08
N’oublions pas « Axis and Allies » qui est paraît-il excellent (j’avoue n’y avoir jamais joué) car à la différence de Risk, il prend davantage en compte les différentes composantes militaires.
Diplomacy est sans doute le top à mon avis (que de souvenirs de parties interminables – des heures! – à négocier entre amis).
Risk est génial de par sa simplicité/jouablité !