Du razzle-dazzle au navire invisible
Written by clarisse on août 6, 2009 – 2:23 -Pendant la première guerre mondiale, un nouveau concept de camouflage fut adopté par les grandes marines: le razzle-dazzle.
USS Leviathan
Basé sur les illusions d’optiques créées par des peintures colorées de formes géométriques inspirées par le cubisme et le futurisme, son objectif était moins de cacher le navire que de tromper les torpilles ennemies, en créant de faux effets de perspective pour rendre difficile le calcul de sa position et de sa vitesse.

USS Alaska
Le paquebot RMS Mauretania camouflé pour le transport de troupes
La Gloire avec son camouflage expérimental – 1944 (© www.alabordache.fr)
La Gloire à Mers El Kébir
HMS Argus
Le dessin original, la photo d’époque en noir et blanc et la photo colorisée
Le Tirpitz
USS Charles S. Sperry
USS Sara Thompson
Déjà la R&D
Des laboratoires de recherche réunissant peintres et ingénieurs furent mis en place aux États-Unis (installés dans les locaux de Kodak à Rochester) et en Angleterre (London’s Royal Academy of Arts).
Norman Wilkinson
Dans une conférence de 1919, le peintre britannique Norman Wilkinson explique:
« The primary object of this scheme was not so much to cause the enemy to miss his shot when actually in firing position, but to mislead him, when the ship was first sighted, as to the correct position to take up. [Dazzle was a] method to produce an effect by paint in such a way that all accepted forms of a ship are broken up by masses of strongly contrasted colour, consequently making it a matter of difficulty for a submarine to decide on the exact course of the vessel to be attacked…. The colours mostly in use were black, white, blue and green…. When making a design for a vessel, vertical lines were largely avoided. Sloping lines, curves and stripes are by far the best and give greater distortion. »
Peinture des maquettes
Le périscope dans le mur
Toutes les peintures étaient dessinées et testées sur des modèles réduits, dans un océan artificiel miniature, et les tests de visibilité réalisés au moyen d’un périscope installé dans un mur. Les peintures, une fois validées, étaient reportées sur les navires.
Certains de ces camouflages furent repris lors de la deuxième guerre mondiale, avec des variantes comme le Mountbatten Pink, un violet-mauve inventé par Louis Mountbatten en 1940, dont il fit peindre tous les destroyers de la 5e flotte.
La modernité est partout
Il faut se replacer dans le contexte de l’époque : les découvertes de la technologie (aviation, moteurs, radio, optique, photographie…), de la vitesse. La modernité n’est pas qu’un mot: tout est neuf, rapide, incroyable et stupéfiant, à l’échelle de l’homme rural. Les arts, peinture, cinéma, littérature sont le reflet de ce bouleversement intense.
Cubisme : Violon et Cruche, Georges Braque (1910)
Pablo Picasso, Homme à la clarinette, 1911
Robert Delaunay, Champ de Mars, La Tour Rouge (1911-23)
Sonia Delaunay, Prismes électriques, 1914
Luigi Russolo, Dynamisme d’une automobile, 1912 – Centre Georges Pompidou
Naissance du camouflage
Bien que ces images paraissent étonnantes aujourd’hui, elles sont à la base du camouflage moderne (véhicules comme tenues).
British Soldier 95 woodland pattern DPM (DPM-95)
Digital camouflage – CADPAT
Une démonstration de camouflage dans la nature: ici.
Camouflage naval d’aujourd’hui
On pense souvent que la couleur standard d’un bâtiment de guerre est grise. Mais pas seulement, certains bateaux arborant un camouflage particulier, héritier contemporain du razzle-dazzel:
Chine – Catamaran lance-missile type 022
Finlande : classe Hamina
États-Unis : M80 Stiletto
Suède: corvette furtive classe Visby
Yachts de luxe
Si autrefois l’art a pris le pouvoir sur l’esthétique des bateau, aujourd’hui l’époque est au règne du design. L’esthétique de ces nouveaux types de navires de guerre gagne le monde des yachts de luxe, témoin le A, dessiné par le designer Philippe Starck et l’architecte naval Martin Francis.
Car le A (comme Aleksandra, la femme du banquier russe Andreï Melnichenko, son propriétaire) est novateur: 119 mètres de long, une étrave inversée longue longue longue et une prise au vent minime, une allure de sous-marin. Le minimalisme épuré des formes créé une ligne élégante : tous les éléments techniques sont masqués.
Philippe Starck travaille maintenant sur un projet ultra-confidentiel : un yacht de 150 mètres de long à propulsion hybride, dont la technologie intelligente le rendra « invisible » en mer.
Tout ceci évoque bien sûr le Swordship.
Design, invisibilité et nanomatériaux
Après la furtive Visby, le Swordship vise la quasi-invisibilité, tout en étant très épuré lui-aussi:
« Nous allons le plus loin possible dans la furtivité et, avec le Swordship, on peut pratiquement parler de navire indétectable »
Michel Accary, directeur Marketing & Nouveaux Produits de DCN.
Et la technologie ne cesse de faire rêver les chercheurs : pour Chris Lavers, chargé de conférences en technologies de détection à distance au Britannia Royal Navy College, les nanomatériaux seraient capables de rendre un navire invisible à l’œil et au radar, voire même à la détection de chaleur (donc aux missiles). Silencieux, les navires camoufleraient leurs vibrations sonores dans celles du champ magnétique terrestre:
“If optical and radar metamaterials could be developed, they might provide a way to make a ship invisible to both human observers and radar systems, although the challenges of building a cloak big enough to hide an entire ship are huge.”
PA2
Et si Philippe Starck participait au dessin du PA2 ? Le croisement des idées pourrait être étonnant.
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Articles sur le dazzle-razzle :
gotouring
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Military camouflage – Disruptive pattern material – Answer.com
Mountbatten pink – Wikipedia
Les nouveaux yachts – Les Échos
Le A, nom de code Sigma – dilidou
Le A, moteurs Rolls Royce – Le blog auto
Le Swordship, précurseur des marines du futur – Mer et marine
Metamaterials invisible ships – Gizmag
Tags: A, Andreï Melnichenko, Chris Lavers, dazzle-razzle, Delaunay, La Gloire, M80 Stiletto, Martin Francis, Mountbatten pink, navire invisible, Norman Wilkinson, Philippe Starck, Swordship, type 022, Visby
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août 6th, 2009 at 3:54
Belles photographies en tout cas. L’efficacité des premiers camouflages a t elle était attesté par les commandants des U Boots ?
août 6th, 2009 at 7:17
Quel beau billet ! La Gloire est magnifique.
août 10th, 2009 at 9:38
Tout comme Frédéric, je m’interroge sur l’efficacité du dazzle lors du premier conflit mondial. Existe-t-il une technique qui ai permis d’avérer son potentiel de distorsion optique ?
En tout cas, voilà un billet à la fois instructif et amusant ! Merci !
août 13th, 2009 at 12:08
En fait, il n’y a jamais eu d’étude officielle sur l’efficacité militaire de ce camouflage (ce serait intéressant d’avoir des témoignages de marins/sous-mariniers survivants).
Par contre, la peinture dazzle était demandée par les équipages, qui pensaient ainsi être mieux protégés: une mesure de soutien moral, donc, utilisée comme tel par le commandement.
août 24th, 2009 at 3:36
Beau billet!
le swordship est très intéressant comme concept boat; je pense que si efficacité il y a, le camouflage des batiments serait stratégique dans une problématique de surveillance des approches maritime : camouflage depuis un point de vue terre -mer-ciel.