Évolution des menaces maritimes
Written by Charles Bwele on juin 29, 2009 – 4:19 -Les marines modernes voient leurs missions évoluer sensiblement avec la réapparition d’acteurs non-étatiques et d’opérations peu conventionnelles.

La lutte contre la piraterie est sans conteste devenue l’opération navale la plus médiatisée au cours des derniers mois, reléguant la projection de puissance assurée par les porte-avions vers le théâtre afghan au second plan.
Les pirates du Golfe d’Aden ont réussi à devenir les outsiders du domaine maritime, face aux plus grandes puissances navales. Malgré la présence d’armadas modernes, les tactiques rustiques des pirates finissent par payer, au point que seuls les vents de la mousson semblent pouvoir les arrêter. Les marines occidentales tentent d’adapter leur réponse à cette menace sécuritaire, en la basant sur l’escorte des convois, les patrouilles de dissuasion et dans une moindre mesure, la chasse en haute mer. Elles assurent également un rôle préventif en sensibilisant les équipages aux risques et en renforçant leurs opérations d’information.
En dernier recours, ce sont les forces spéciales embarquées qui sont chargées de reprendre les navires. Leur intervention, si elle demeure parfois l’unique option en cas de prise d’otages, n’est malheureusement pas une garantie de dénouement heureux et les pirates sont désormais capables de transformer un navire en coffre-fort mortel, y compris face à un gros contingent, comme l’a montré l’opération avortée du Hansa Stavenger.
Les industriels de défense tentent de pousser leurs produits sur le créneau de la lutte anti-piraterie, à l’aide de designs revisités, tels que le navire anti-piraterie DCNS ou la frégate allemande F125, tous deux centrés sur le déploiement rapide de commandos. Les PSC ne sont pas non plus absentes du secteur, en proposant les services de leurs agents de sécurité maritime sur les navires de commerce. Des projets plus poussés d’ armadas privées, à l’instar de la Blackwater Navy ou encore la sécurisation des côtes somaliennes, demeurent sans acheteurs.
Les affrontements entre puissances n’ont pas disparu des mers, mais ne s’expriment plus uniquement dans les stéréotypes hérités de la guerre froide. Bien que les patrouilles sous-marines soient toujours d’actualité avec les incidents médiatiques qu’elles entraînent parfois, d’autres opérations peu conventionnelles semblent s’installer dans l’arsenal des marines.
Le recours à des navires de pêche par la Chine, afin d’entraver les opérations de l’US Navy constitue un moyen efficace d’éviter des tensions diplomatiques qui auraient sans doute été plus grandes s’il s’était agi de navires de la PLAN.
Les provocations de cet ordre, visant à défendre une zone d’influence face aux mouvements d’une marine étrangère, sont également pratiquées par l’Iran, qui n’avait pas hésité à envoyer de petites embarcations militaires vers les navires américains qui entraient dans le détroit d’Hormuz, faisant fi des distances de sécurité. La protection par l’Iran d’un autre secteur maritime, celui de l’estuaire du Chatt-El-Arab, avait donné lieu en 2007 à la capture de 15 marins britanniques, incident qui avait démontré la détermination des Iraniens à défendre leur pré carré et à peser sur les opérations de stabilisation en Irak.
Le renseignement n’est pas absent de ces manœuvres et c’est encore l’Iran qui s’illustre en la matière, avec le déploiement en 2007 dans les ports koweitiens de plusieurs navires commerciaux embarquant du matériel d’interception dissimulé.
Le domaine maritime est également un théâtre pour la guerre asymétrique menée par des groupuscules terroristes ou des insurgés.
L’attaque sur l’USS Cole en 2000 est devenu le cas d’école de la menace terroriste sur les forces navales. D’autres épisodes, tels que le tir en 2006 d’un missile du Hezbollah sur la corvette israélienne INS Hanit, qui avait tué quatres membre d’équipages, ont rappelé que les navires ne sont pas hors d’atteinte dans ce type de conflits.
Comme l’a démontré le général Van Riper lors de l’exercice Millenium Challenge 2002, les embarcations légères, qui sont disponibles aux insurgés comme aux terroristes, représentent une menace réelle pour les flottes modernes, lorsqu’elles opèrent à proximité des côtes. Déployées en nombre suffisant et couplées à des missiles portatifs ou des explosifs, ces embarcations peuvent causer des dégâts suffisants pour immobiliser et endommager gravement des bâtiments modernes.
Les groupes armés ne s’intéressent pas qu’aux navires militaires et dirigent également leurs opérations vers des cibles molles telles que les plate-formes pétrolières, comme le montrent les récentes attaques du MEND. Ces attaques menacent des outils de production stratégiques, engendrant d’importantes pertes financières, voire des dégâts structurels.
Face à ce large spectre de menaces, les marines modernes se cherchent, comme l’indique l’ébullition de la blogosphère stratégique américaine, mais aussi française, dont certains débats semblent dessiner la nécessité d’un changement de formats lié à l’intégration navale des guerres hybrides.
Tags: contre-insurrection, Mer & marine, Stratégie, Terrorisme
Posted in Auteurs et blogs invités, Militaire, Sécurité, Thème du mois | No Comments »









