Edito: retrait?
Written by Stephane Taillat on juin 29, 2009 – 5:31 -Retour de Stéphane Taillat sur le retrait imminent des forces américaines du sein des villes irakiennes.
Demain, le retrait des forces américaines des avant-postes et autres Joint Security Stations placées au coeur des villes irakiennes lors de la campagne de 2007/2008 sera officiellement effectif dans l’ensemble de l’Irak, y compris à Mossoul. L’occasion de revenir sur les tenants et les aboutissants de cette affaire, qui ne peut faire l’économie d’un bilan de la contre-insurrection américaine en Irak et d’une analyse des dynamiques internes aux conflits irakiens.
Le retrait de demain est l’aboutissement d’un mouvement stratégique complexe. Sur la longue durée en effet, il faut se souvenir que l’objectif était inscrit dans la nature même de l’opération. Mais c’est surtout au nom du général Casey que reste attachée la volonté de transférer à tout prix la sécurité des Irakiens aux forces de sécurité irakiennes formées par les Américains. Le « sursaut » de 2007/2008 n’a été qu’un « ralenti sur action » de ce processus, selon les termes même du général Petraeus. Ralentir l’horloge de Washington et accélérer celle de Bagdad: tels étaients les buts politiques fixés à sa stratégie. En ce sens, la date du 30 juin 2009 est cruciale car elle marque les succès militaires de la Coalition.
Néanmoins, il faut la nuancer: les débats de la commission mixte américano-irakienne n’ont pas été de tout repos et ont donné lieu à de multiples compromis et marchandages. Au titre de ceux-ci: le statut des forces américaines en Irak, la définition des « troupes de combat » et la délimitation des zones urbaines (excluant par exemple certaines grandes bases américaines situées à la périphérie de Bagdad). Les Américains restent donc présents, que ce soit dans la logistique, mais surtout dans l’assistance technique et le conseil, via les « Transition Task Force » d’échelon bataillon voire de brigade. Cette force que l’on qualifie de « résiduelle » assure ainsi la pérennité de la mission donnée dans la phase III du « sursaut »: passer à la surveillance et à la supervision.
Du côté du gouvernement irakien, ce retrait est présenté comme une « victoire » sur les forces étrangères, ce qui ne laisse pas de surprendre tout observateur superficiel de l’Irak. En réalité, la rhétorique nationaliste dépend à la fois de la base politique du Premier Ministre (et de la position du Dawa, farouchement hostile à toute « solution américaine au problème irakien » dans les années 1990 par exemple) que de l’invocation du passé du pays. Ce retrait ressemble à cette indépendance si particulière acquise par le pays en 1932 avec le départ des Britanniques. A cet égard, il convient de rappeler la permanence de l’ambiguité vis à vis des Occidentaux en Irak: ce sont parfois des tuteurs nécessaires, mais il convient de s’en débarasser dès que possible.
Plus profondément toutefois, ce retrait pose la question du statut des conflits actuellement en cours en Irak. La nature subversive de la violence est facilement dénoncée par les Américains comme par le gouvernement irakien et les actions menées le sont en conséquence, plutôt avec succès pour ce qui concerne la « guerre de surface ». En revanche, la violence revendicative et la violence prédatrice sont plus difficilement gérables. Au demeurant, la « Reconstruction » et la « Réconciliation » entreprises par les Américains et par le Premier Ministre ne se ressemblent guère. Si les premiers ont tenu à présenter la dynamique conflictuelle comme une guerre civile dont ils pouvaient être les arbitres, le second a manoeuvré pour se constituer une clientèle au-delà des clivages ethnoconfessionnels et partisans. En revanche, la question de l’intégration nationale reste au coeur des difficultés actuelles du pays. Fragmentée par le pouvoir clanique de Saddam Hussein, la société irakienne a été victime de l’approfondissement des clivages confessionnels et ethniques à partir de l’occupation américaine, clivages qui ont été instrumentalisés après avoir été réactivés par les entrepreneurs politiques au coeur des communautés. On ne peut exclure de réelles difficultés à gérer et à atténuer cette violence: les succès militaires de la Coalition n’ont pas accouché des succès politiques promis.
Au final, les forces irakiennes -formatées pour mener la contre-insurrection à l’intérieur sur le modèle américain- sont-elles prêtes? Le général Odierno l’a dit le 15 juin lors d’une conférence de presse en Irak -où il se disait « à l’aise » avec la situation sécuritaire- puis aujourd’hui lors d’une interview sur Fox News. Cependant, il faut craindre, outre les difficultés politiques au niveau national autant qu’au niveau local, le retrait tactique des forces de sécurité irakiennes. En effet, le démantèlement progressif du système de sécurité au niveau local (les milices, les avant-postes) ne peut que profiter aux cellules de l’opposition armée.
Bonus: l’interview que j’ai donné ce matin à Radio Méditerranée Internationale ce midi.
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juin 30th, 2009 at 2:42
« Mais c’est surtout au nom du général Casey que reste attachée la volonté de transférer à tout prix la sécurité des Irakiens aux forces de sécurité irakiennes formées par les Américains. »
Tout cela fait penser à la vietnamisation de la guerre du Vietnam voulu par les Nixon et autres Kissinger. Chacun se souvient de ce « brillant succès » militaire étasunien qui se termina un certain 30 avril de l’année 1975.
juillet 9th, 2009 at 8:22
Pour le Viet Nam, je rappelle que c’est une offensive conventionnelle menée par l’armée du Nord Viet Nam qui a fait tomber Saigon; non une guérilla exsangue.