L’URSS et l’Europe occidentale (1953-1985)

Cette analyse fait suite au résumé précédent d’un article traitant des relations entre l’URSS à la fin de l’ère stalienne et la construction européenne à ses débuts, entre 1947 et 1953.

Stéphane Mantoux (Historicoblog, Ifriqiya) étudie ici les rapports entre les deux pôles que sont l’Union Soviétique et l’Europe occidentale entre 1953, année qui voit la mort de Staline, et 1985, qui marque l’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev, homme d’État qui va conduire l’URSS à de profondes transformations, désirées ou non.
Il s’agit d’abord de voir comment la période où Khrouchtchev dirige l’URSS marque un premier tournant dans les relations soviéto-européennes. Puis ensuite, comment la période brejnévienne (qui inclut les règnes d’Andropov et Tchernienko entre 1982 et 1985 qui sont dans la continuité) se découpe en deux parties : une phase de détente jusqu’en 1978, puis une nouvelle poussée de guerre froide jusqu’en 1985.

I) Krouchtchev : un rendez-vous manqué ?

La disparition de Staline provoque un remaniement du pouvoir en URSS, qui se retrouve prise en main par une direction collégiale : Malenkov, Beria, Molotov et enfin Krouchtchev, qui prend la tête du Parti Communiste d’Union Soviétique (PCUS). 

La période est très troublée, et la grille d’analyse de l’époque stalienne demeure la référence en matière diplomatique. L’URSS est toujours perçue comme une puissance eurasiatique, le continent européen est donc un enjeu crucial : l’Europe, et la construction européenne, sont considérées comme hostiles. La crainte du renouveau d’un militarisme allemand est patente: l’URSS s’inquiète ainsi de la réincorporation d’anciens Waffen-SS dans la Bundeswehr, mais aussi du leadership d’Adenauer, que l’on croit animé d’un violent sentiment anticommuniste. Pire encore : l’Allemagne de l’Ouest s’incorpore progressivement au bloc américain.

Jusqu’en 1955, l’Europe constitue une menace pour l’URSS, même si les tenants de la ligne dure, Molotov et Krouchtchev, sont balancés par Beria, ouvert à de nouvelles approches. Celui-ci est favorable à une coexistence pacifique qui ne dit pas encore son nom avec l’Occident, et même à une éventuelle réunification de l’Allemagne : ce faisant, il heurte la doxa stalinienne très attachée à l’intégrité du glacis hérité de la Seconde guerre mondiale, et cela le conduit à sa chute en juillet 1953.

Cependant, la position soviétique évolue dès 1955 sous l’influence de Krouchtchev. L’échec de la conférence de Berlin, l’intégration de la RFA dans l’OTAN et la naissance du pacte de Varsovie montrent pourtant que la situation demeure tendue. Mais la même année, le traité autrichien met un terme à l’occupation du pays, tandis que la conférence de Genève en juillet décrispe les relations est-ouest. Krouchtchev cherche en fait à faire reconnaître l’intangibilité du glacis soviétique en Europe de l’est, ce qui implique une reconnaissance mutuelle des deux États allemands. Adenauer vient finalement en URSS pour discuter, notamment, du rapatriement des derniers prisonniers allemands retenus dans les camps soviétiques.

Le véritable tournant se situe pourtant dans le XXème congrès du PCUS en 1956. La dénonciation des crimes staliniens constitue une véritable révolution en interne pour l’URSS. Mais elle a aussi des conséquences à l’extérieur : Krouchtchev avance ici sa doctrine de la « coexistence pacifique« , qui veut en fait déplacer l’affrontement est-ouest du hard power (que j’entends au sens militaire) au soft power (confrontation économique relevant encore du hard power, et surtout culturelle), sauf pour les zones en voie de décolonisation où l’URSS s’investit massivement, dans le monde arabe et en Afrique surtout. L’URSS se mondialise et non contente de fournir à sa population un brevet de supériorité du socialisme sur le capitalisme, elle apporte de nouveaux fondements au legs stalinien. Cela passe par un dialogue privilégié avec les États-Unis, où Krouchtchev se rend en 1959 ; l’installation du téléphone rouge survit aux crises du début des années 60, et un traité sur l’interdiction des essais nucléaires est signé en 1963. Cette nouvelle relation est d’autant plus importante pour l’URSS que les rapports avec la Chine de Mao se dégradent : celui-ci est en effet mécontent de la politique de déstalinisation introduite en 1956, et par ailleurs, la Chine fait figure de modèle alternatif pour les pays décolonisés. La question européenne reste primordiale, puisqu’à côté d’un développement d’importantes capacités nucléaires militaires, l’Armée Rouge conserve et accroît un vaste dispositif de forces conventionnelles tourné contre l’Europe de l’Ouest. L’atlantisme est particulièrement craint à Moscou : la doctrine de « représailles massives » adoptée par les États-Unis en 1956 conduit à l’installation d’armes nucléaires en Europe. L’URSS a pour objectif, par contrecoup, de freiner l’unification européenne. La doctrine est donc offensive, même dans le cadre de la coexistence pacifique : l’accroissement des échanges économiques avec l’Europe sert ainsi à contourner le refus de transfert de technologies de la part des États-Unis.

Krouchtchev met en place une politique de séduction en rompant avec l’image austère de Staline : nombreux déplacements extérieurs, utilisation abondante des média… le but est de discréditer l’Europe communautaire, en défendant par exemple des thèses paneuropéennes ou en avançant l’idée d’un désarmement est-ouest qui passerait par l’ONU. D’un autre côté, l’URSS veut promouvoir l’interdiction des essais nucléaires, ce qui est logique puisque l’équilibre lui est alors défavorable en matière d’armements de ce type. Mais la diplomatie soviétique, particulièrement active entre 1956 et 1964, ne débouche pas sur beaucoup de résultats, tout comme l’approche dite « nationale« . Le maillon faible de l’Europe semble être en 1955 l’Italie, où le démocrate-chrétien de gauche Giovanni Gronchi a été élu président de la République. L’URSS échoue cependant à la détourner de l’Europe, même en passant par l’enjeu pontifical (la Papauté est approchée pour servir de « caution morale » au désarmement).

Moscou se tourne alors vers la France : le retour du général De Gaulle au pouvoir est bien perçu par les Soviétiques, qui font profil bas sur la question de la guerre d’Algérie. Mais la politique extérieure avancée par De Gaulle est loin de satisfaire l’URSS, d’autant plus que celui-ci reste indéfectiblement attachée à l’Alliance atlantique. C’est finalement avec la Grande-Bretagne que les liens sont les plus étroits : si au plan politique les positions restent éloignées, Londres devient rapidement le deuxième partenaire économique de l’URSS. En revanche, avec la RFA, les relations sont tendues : à la question des prisonniers allemands s’ajoute celle des citoyens soviétiques de nationalité allemande qui ne peuvent émigrer. Un rapprochement s’opère pourtant sur ces questions en 1958. Mais Krouchtchev s’arc-boute sur la reconnaissance de la RDA par l’Occident, et impose un ultimatum le 27 novembre 1958 : rattachement de Berlin-Ouest à la RDA ou instauration du statut de ville libre sous contrôle de l’ONU. La démarche écorne l’image de « pacifiste » que s’était construit Krouchtchev depuis la mort de Staline ; à la conférence de Genève, en mai 1959, il ne pousse cepandant pas son avantage alors qu’à la position très ferme des Français et des Allemands s’oppose une ligne plus modérée des Anglais et des Américains. Mais le leader soviétique, confronté à une opposition interne qui l’adjure d’être plus ferme, rompt les négociations en 1960, prenant prétexte de l’incident de l’avion-espion U-2 de Gary Powers, abattu au-dessus de l’URSS par la défense anti-aérienne soviétique. S’ensuit la construction du mur de Berlin dans la nuit du 12 au 13 août 1961.

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Ces événements font taire toute dissension dans le camp occidental : le pari de Krouchtchev a échoué. Le résultat est sans commune mesure avec les espoirs placés dans la nouvelle politique européenne. Cet élément contribue parmi d’autres à la chute de Krouchtchev, évincé le 13 octobre 1964 et remplacé par un nouvelle direction collégiale, qui à son tour avance une nouvelle orientation à l’égard de l’Europe.

II) L’ère brejnevienne : le retour du dilemme européen

La troïka qui supplante Krouchtchev rassemble Brejnev, Kossyguine et Podgorny et opère des changements de pure forme : le XXIIIème congrès du PCUS adopte en mars 1966 adopte le Politburo en sus du Praesidium, et le Premier Secrétaire devient le Secrétaire Général du PCUS. L’Europe passe au rang de pôle familier et démythifié dans les années suivantes. L’URSS affiche clairement sa volonté d’être une puissance mondiale : Kossyguine se déplace en Corée du Nord et au Nord-Viêtnam en 1965, et dans d’autres régions en voie de décolonisation. De nouveaux instituts sont créés en URSS pour explorer les possibilités d’action à l’étranger comme celui d’Extrême-Orient inauguré en 1966. Dans les années 70, Brejnev crée un réseau d’États-clients sur le continent africain : Éthiopie, Angola, Mozambique, auquel vient s’ajouter Cuba près des États-Unis, pays avec lequel les liens sont renforcés. Cette politique se base sur le facteur militaire, puisque la parité avec les États-Unis est quasiment atteinte à la fin des années 60 et au début des années 70 : on a donc un retour direct au hard power pur et dur. D’ailleurs le président Johnson et Kossyguine commencent à discuter sur la limitation des armes nucléaires stratégiques. La signature de SALT 1 en mai 1972 et le règlement conjoint de la crise du Kippour en octobre 1973 contribuent à faire des deux puissances des partenaires obligés.

L’Europe est pourtant toujours considérée comme hostile à la fin des années 60, d’autant plus que le bloc de l’est en Europe connaît un ralentissement économique et politique qui contraste avec le dynamisme communautaire. L’URSS plaide pour un retrait des troupes américaines d’Europe, qui n’intervient pas. Une confrontation intellectuelle oppose d’ailleurs le Département International du PCUS, qui voit l’affrontement est-ouest sous un angle idéologique, à l’IMEMO (Institut de l’Economie Mondiale et des Relations Internationales), partisan d’une lecture plus réaliste. Brejnev prononce un discours devant le Politburo le 7 janvier 1969 qui cautionne cette dernière analyse.

Brejnev est soutenu par toute une génération de dirigeants dont Gromyko, ce qui révèle une première faille dans l’armature idéologique de l’URSS, puisque celle-ci n’est plus convaincue de la supériorité intrinsèque du modèle socialiste sur le capitalisme. Le mouvement est appuyé par les organismes économiques comme le Commerce Extérieur, préoccupé par la situation dégradée de l’URSS sur le plan économique, justement. L’importation de biens manufacturés en provenance de l’Occident s’accélère, ce qui constitue un remède aux faiblesses soviétiques mais aussi un facteur de dépendance. Le dialogue franco-soviétique ouvert avec le voyage du général De Gaulle à Moscou en 1966 se poursuit sous Georges Pompidou. Les relations se décrispent avec Willy Brandt et la RFA quand celle-ci adhère au traité de non-prolifération nucléaire en 1969 ; le traité germano-soviétique sur la ligne Oder-Neisse est signé en août 1970.

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Pourtant, la méfiance à l’égard de l’Europe subsiste, notamment au sein du KGB et chez son directeur, Andropov, qui reproche vigoureusement l’influence culturelle occidentale sur la jeunesse soviétique, l’impact des dissidents et une forme de « subversion passive » prêtée à l’Europe. Pourtant, en URSS, les principaux mouvements de résistance sont alors plutôt nationalistes. Le mouvement pour la défense et la promotion des droits de l’homme est le plus marqué par les références occidentales : c’est particulièrement visible dans l’œuvre d’Andreï Sakharov. Pourtant, la réflexion tourne surtout autour d’un héritage proprement russe : soit le retour à un marxisme-léninisme authentique (général Grigorenko, frères Medvedev), soit la rupture avec la « fausse modernité » et l’avènement d’une nouvelle Russie orthodoxe (Soljenitsyne). On retrouve là l’opposition classique du XIXème siècle entre occidentalistes et slavophiles, ce qui est en soi assez intéressant sur les permanences de l’histoire russe.

Si les modalités du changement sont donc âprement discutées, tous s’entendent néanmoins pour faire de l’Europe un témoin de leur combat. Les premiers groupes de pression en faveur des dissidents soviétiques se constituent d’ailleurs à la fin des années 60 en Europe ; des mouvements spirituels naissent aussi, spécialement en faveur des Juifs soviétiques et de leur émigration en Israël ; enfin les radios comme Radio Free Europe et les maisons d’édition publiant les œuvres des dissidents participent de cette action offensive. Pour l’URSS, le dilemme est à l’orée des années 70 le suivant : comment s’ouvrir à l’Europe pour en tirer des profits économiques et techniques tout en évitant la « contamination » idéologique?

Brejnev avait défini trois objectifs par rapport à l’Europe occidentale : instaurer un climat de confiance pour distendre les liens avec les États-Unis ; sanctionner l’ordre territorial hérité de la Seconde guerre mondiale ; développer les échanges économiques et commerciaux. Durant la période 1964-1970, ce sont les échanges économiques qui se développent, mais cela est sans commune mesure avec la décennie précédente : 13 % des échanges extérieurs se font avec l’Europe dans les années 70, et d’abord avec la RFA. Sur le plan diplomatique, l’engagement plus agressif des Américains au Viêtnam ou à Saint-Domingue permet à l’URSS de trouver un terrain d’entente avec l’Europe : la critique de l’action américaine dans le monde. Cet antiaméricanisme se double d’un nouvel appel à une conférence paneuropéenne. L’URSS reste méfiante à l’égard de la RFA, mais un dialogue privilégié s’installe pourtant au sein de l’Europe entre celle-ci, la France, et l’URSS. La France refuse pourtant de renouveler un traité d’amitié et de non-agression identique à celui qui avait été signé en 1944. Concernant la RFA, l’URSS est très favorable à partir de 1970 à l’Ostpolitik de Willy Brandt qui débouche sur la reconnaissance mutuelle de la RFA et de la RDA en 1972.

L’URSS a donc réussi, cette fois, dans sa politique d’ouverture à l’Europe occidentale. En revanche, elle a dû faire des concessions aux États-Unis puis à l’Europe dans la préparation et la négociation de la Conférence sur la Sécurité et la Coopération (CSCE) en Europe d’Helsinki. Lancée par Molotov dès 1954, l’idée ne se concrétise que dans les années 1965-1972 par des préparations intensives sur le terrain diplomatique. L’Europe reste alors méfiante, mais en 1966 l’Italie annonce qu’elle y est favorable dans le but de desserrer l’étau sur le bloc de l’est sous contrôle soviétique. L’OTAN donne également un accord de principe en juin 1968 et la conférence elle-même s’ouvre en novembre 1972.

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L’URSS a alors déjà obtenu l’une de ces demandes, la reconnaissance des frontières héritées de la Grande Guerre Patriotique. Elle tient pourtant à la CSCE afin d’arracher un traité international garantissant à la fois cette emprise territoriale mais aussi la domination de l’URSS sur cet ensemble. Mais il s’agit aussi d’accentuer la distance entre l’Europe communautaire et les États-Unis, et surtout de dépasser le Marché Commun européen par une autre coopération économique. Les négociateurs soviétiques connaissent cependant des difficultés au cours des discussions : le bloc soviétique n’est pas uni puisque la Yougoslavie et la Roumanie commencent dès le début à émettre des réserves sur les positions de Moscou. Par ailleurs, les Occidentaux cherchent à avancer sur la question des libertés et des droits fondamentaux, ce que veulent absolument éviter les Soviétiques. Pour contrer ces tendances centrifuges et centripètes, Moscou prévoit des garde-fous : la deuxième conférence de Crimée en 1972 réaffirme la nécessité de l’unité socialiste et la prééminence du modèle soviétique. Une reprise en main du bloc soviétique par le renforcement du caractère intégrateur s’amorce donc, dans la lignée de l’écrasement de la révolte de Prague en 1968. En interne, la lutte contre la dissidence politique et religieuse est renforcée dès le début des années 70. Deux formes nouvelles de répression voient le jour : l’enfermement en hôpital psychiatrique (général Grigorenko) et le bannissement (J. Medvedev par exemple). Les conditions carcérales sont durcies puisque les prisonniers politiques sont transférés dans la région de Perm, particulièrement inhospitalière.

Cependant, si la démarche vise à désamorcer toute entrave aux objectifs soviétiques dans la CSCE, l’URSS ne peut empêcher l’ingérence occidentale dans ses affaires intérieures. Trois « corbeilles » sanctionnent la conférence : une sur la sécurité, une autre sur la coopération économique et financière, et la dernière sur les droits de l’homme dans les pays de l’Est. Pour la première corbeille, la diplomatique marque des points, même si elle fait trois concessions : les frontières européennes sont « inviolables » et non pas « intangibles« , on affirme le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, mais surtout tout mouvement de troupes sur une frontière doit être notifié par une déclaration officielle. En revanche, les Soviétiques ne parviennent pas à entamer l’entente de l’Europe occidentale et plus grave encore, les concessions sur les droits de l’homme provoquent un renouveau des contestations en 1976-1977 se réclamant explicitement d’Helsinki,  et impulsées par la référence occidentale. L’échec de la diplomatie soviétique est ici certain.

Dans le même temps, les Partis Communistes d’Europe occidentale se détachent de plus en plus de l’orbite moscovite en reconnaissant la construction européenne. L’URSS durcit donc le ton à partir de 1978-1979 : arrestation d’opposants et de certains négociateurs des accords d’Helsinki, qui s’ajoutent à l’invasion de l’Afghanistan en 1979 et à la grave crise polonaise de 1980-1981. L’installation des missiles SS-20 en Europe met celle-ci face à une vulnérabilité certaine en cas de conflit ; l’installation de missiles américains est contrée par l’URSS qui active des leviers traditionnels, noyautant par exemple des mouvements écologistes antinucléaires. En juin 1982, la sociale-démocratie allemande se prononce d’ailleurs contre l’installation des missiles américains. Il faut l’arrivée du leader de la CDU, Helmut Kohl, au pouvoir, en octobre 1982, pour débloquer la situation. L’URSS brise aussi les velléités d’indépendance du PCF en entraînant la faillite de ce que l’on a appelé « l’eurocommunisme« . La nouvelle agressivité des Soviétiques contre l’Europe entre 1978 et 1985 se heurte donc à un mur, puisque le camp occidental retrouve sa cohésion autour des missiles Pershing et de l’Initiative de Défense Stratégique (IDS) de Reagan, lancée en mars 1983. Le projet était-il vraiment viable ? La question reste discutée, mais ce que l’on peut affirmer, c’est qu’il provoque un choc dans la direction soviétique qui se rend bien compte qu’elle doit affronter là un défi impossible à relever. L’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev en mars 1985 et les premières mesures de réformes marquent bien la défaite de l’URSS.

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La période 1953-1985 se résume finalement par le changement de nature des relations entre l’Europe et l’URSS. Face à des échecs diplomatiques et à une économie en perte de vitesse, la direction brejnévienne a misé sur l’ouverture et la détente, qui ont en retour menacé le régime soviétique de l’intérieur. La réponse à ce problème conduit à des solutions contradictoires, dans le contexte d’une nouvelle poussée de la guerre froide à partir de la fin des années 70. Le règne de Gorbatchev tranchera finalement ce nœud gordien, mais en faisant disparaître, à terme, l’URSS elle-même.

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Cet article est tiré du chapitre 9 « L’URSS et l’Europe occidentale de 1953 à 1985 entre coopération, partenariat et subversion. »(p.277-331), de l’ouvrage de Marie-Pierre REY, Le dilemme russe. La Russie et l’Europe occidentale d’Ivan le Terrible à Boris Eltsine, Paris, Flammarion, 2002, 354 p.
Pour ceux qui préparent les concours en histoire-géo (CAPES et agrégation), cet ouvrage figure dans la bibliographie d’Historiens et Géographes pour le sujet d’histoire contemporaine (n°1017).

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Pour creuser un peu sur les relations entre l’URSS et son glacis en Europe de l’Est de 1945 à 1991 :

Jean-François SOULET, Histoire de l’Empire stalinien. L’URSS et les pays de l’Est depuis 1945, Paris, Le Livre de Poche, 2000, 252 p.
(ce n’est toutefois qu’une synthèse assez réduite, et le parti pris de l’auteur est très marqué par l’école historiographique dite totalitaire qui met surtout l’accent sur les errements, massacres et abus de l’URSS).

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Cet article a été publié conjointement sur Ifriqiya.

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2 Responses

  1. Hop dit :

    Merci ! ;)

  2. Gaye dit :

    Sujet intéressant et bien expliqué, merci !
    un seul très léger souci m’a dérangé : quant à l’écriture de Khrouchtchev, il manque le  »h » après le  »K » ;)

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