Russie : les échelles du couchant (suite, un an après)

Written by Olivier Kempf on mai 28, 2009 – 12:25 -

EGEA nous présente sa perception de la géopolitique russe : par rapport à ce qu’il disait il y a un an, qu’y a-t-il de nouveau ? des confirmations ? des évolutions ?

Il y a un an, sur le vieil EGEA, je publiais un premier billet au sujet de la Russie. Le relire à distance permet d’examiner la justesse du diagnostic. Ma foi, ça se tient encore.

1/ “L’observateur constate l’existence de deux avant-postes de la Russie, à l’ouest : il s’agit de l’enclave de Kaliningrad, au nord, sur la Baltique, et, potentiellement, celui de la péninsule de Crimée, au sud, sur la mer Noire.

L’une et l’autre sont le siège des états-majors maritimes (flotte du nord et flotte du sud, respectivement).

Oblast de Kaliningrad : 15 000 km² pour 900 000 h. Crimée : 26 000 km² pour 2 M h

”Vous me direz : la Crimée appartient à l’Ukraine. Je répondrai :” et alors ?”

Elle est ukrainienne depuis 1954, et au train où vont les choses, la Russie peut tout à fait favoriser une fragmentation de ce pays. Tout l’y incite : l’histoire, la division linguistique et religieuse, l’éclatement politique, et le délai accordé par l’OTAN avant de proposer le MAP à l’Ukraine. Cela permettrait à la Russie de recouvrer une région qui lui “appartient” historiquement, de posséder un meilleur accès au rivage de la mer Noire, de faire de la mer d’Azov une quasi mer intérieure, de recréer un rideau défensif occidental à base de zones tampon, de faire indirectement pression sur la Géorgie ,… Nul doute que, conformément à ce que je suggérais dans ces colonnes, le Kremlin va faire un pas dans cette direction. Alors, Kaliningrad et Sébastopol seraient pour Moscou des échelles du Couchant, tout comme la France avait au XIX° siècle des échelles du Levant.”

carte1

(carte extraite de cette page).

2/ Qu’ajouter un an après ?

• que ces avants-postes sont d’utiles relais dans la cadre de la stratégie gazière russe
• qu’au sud, ils sont utilement complétés depuis un an par l’Abkhazie à l’est et la Transnistrie à l’ouest, deux régions “russophones” qui complètent bien le dispositif maritime ;
• qu’au nord, ils sont utilement complétés par le renouveau de l’accord avec la Biélorussie.

3/ Mais encore ?

• que tout ceci témoigne de l’intérêt russe d’abord pour la sphère européenne
• que cela s’accompagne d’un intérêt “marginal” (sur les marges) pour l’Asie centrale et pour l’Arctique
• qu’il y a une certaine négligence envers l’orient de la Russie

4/ Fort bien, mais alors ?

• Alors, la Russie se pense d’abord péri-européenne plus qu’eurasiatique, alors qu’on pourrait penser que cette vision géopolitique anime profondément Moscou (voir ici).
• Et que cette conclusion doit nous faire relativiser la volonté russe (et le plaisir de certains médias occidentaux) de se considérer comme le grand méchant loup.

O. Kempf, EGEA

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No Comments to “Russie : les échelles du couchant (suite, un an après)”

  1. Yannick Harrel Says:

    Bonjour,

    Effectivement, la question de la Crimée va devenir de plus en plus cruciale au fur et à mesure que se rapproche la date d’échéance de la location de la base Russe sur ce territoire (2017). Une réunion est d’ailleurs prévue le 10 juin à Kiev spécifiquement sur le sujet. La Crimée est un réel casse-tête pour les autorités Ukrainiennes en ce sens que la population autochtone est largement opposée au pouvoir central de Kiev, au point même d’être sporadiquement secouée par des manifestations pro-Russes.

    Sinon, toutefois un léger bémol : les autorités Russes lors du dernier sommet UE – Russie ont décidé que celui-ci se déroulerait à Khabarovsk. Or pour qui sait lire une carte, il apparait évident que l’on est en plein extrême-orient en lieu et place de la partie géographiquement Européenne de la Russie. Ce choix a été fort mesuré à mon humble avis, et quelques projets russo-chinois ou russo-japonais donneraient à penser qu’il y a une velléité ostentatoire de diversifier la distribution des ressources naturelles à d’autres partenaires commerciaux.

    Cordialement

  2. EGEA Says:

    Pour Khabarovsk, la chose peut s’interpréter à l’inverse : non comme un intérêt pour l’extrême orient, mais comme le moyen pour la Russie d’exprimer à l’Europe qu’elle a d’autres possibilités. Pour l’instant, la vente se fait à l’Europe, et seulement des projets avec l’orient….

  3. CB Says:

    Quid du retour de la Russie en Méditerranée? Ne s’agit-il pour vous que d’un projet?

  4. EGEA Says:

    Oui, c’est un projet : certes, on note des tentatives de reprendre pied (Libye, Active Endeavour)) mais je ne vois pas plus que ça, POUR L’INSTANT. DIsons que la Russie est malgré tout consciente de ses limites, et ne va pas courir tous les lièvres simultanément. Mais qu’elle lance des banderilles, pour voir et tester, et éventuellement saisir s’il y a opportunité, ça, oui.

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