La Russie toutes griffes dehors

Written by AGS on mai 20, 2009 – 11:24 -

La Russie, sous l’impulsion de Vladimir Poutine, puis de Dmitry Medvedev, a entrepris de regagner son statut de puissance régionale, à travers une stratégie agressive, parfois marquée par l’intimidation et la déstabilisation.

Par le blog Zone d’Intérêt


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Afin de maintenir son autorité sur les pays de l’ancien pacte de Varsovie, que Moscou considère comme sa sphère d’influence naturelle, la Russie a mis en œuvre une forme de riposte graduée contre tout ce qu’elle peut considérer comme une atteinte à ses intérêts.


Les déclarations diplomatiques virulentes, sont abondamment utilisées par l’appareil gouvernemental russe. Par ce biais, Moscou a fait savoir sa désapprobation de la révolution orange en Ukraine, son opposition farouche au projet de bouclier anti-missiles américain (BMD) ou encore son soutien aux régions séparatistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie. Ces annonces sont parfois accompagnées de menaces, comme le déploiement de missiles Iskander à Kaliningrad pour contrer le BMD ou la négociation d’un partenariat avec la Syrie pour l’installation de missiles russes sur son territoire.


La Russie fait également usage de son pouvoir d’ingérence, en incitant ses voisins à entraver les opérations de l’OTAN. Le Kremlin a en effet fait pression sur le Kirghizistan pour fermer la
base de Manas, centrale pour les opérations américaines en Afghanistan. Plus récemment, six pays voisins de la Russie se sont retirés de l’exercice OTAN prévu en Géorgie, face à la colère de Moscou.


Afin de contrecarrer les agendas des États-Unis et de l’Union Européenne, la Russie s’efforce d’attiser des foyers d’instabilité, se rendant ainsi incontournable dans les négociations internationales. À cet effet, Moscou forme des partenariats stratégiques et utilise ses exportations comme levier stratégique, soutenant du même coup son industrie. Ses ventes de missiles air-sol Tor M-1 à l’Iran et à la Syrie, on suscité les inquiétudes d’Israël et des USA, tout comme la vente d’uranium à la centrale iranienne de Bushehr. La Russie a exploité ces craintes au cours de la crise géorgienne, en relançant les négociations pour la vente de systèmes S-300 avec Damas, une menace à peine dissimulée à l’intention de Washington.


La Russie est en outre devenue le principal fournisseur d’armes du Vénézuela d’Hugo Chavez, grâce à la vente de nombreux fusils d’assaut AK-103, de chasseurs Su-30 et d’hélicoptères de combat. Leur partenariat intègrerait notamment
l’implantation de deux usines de fabrication Kalashnikov au Vénézuela. Chavez a dernièrement exprimé sa gratitude en proposant à la Russie de mettre à sa disposition une base militaire sur l’île de La Orchila, afin d’accueillir des bombardiers stratégiques.


Très récemment, le ministre russe des affaires étrangères, Sergei Lavrov, a même offert à la Corée du Nord de lancer ses satellites depuis le sol russe.


Les provocations militaires font aussi partie de l’arsenal de rétorsion russe. Des 2007, au cours de la crise russo-géorgienne, l’armée de l’air russe n’a pas hésité à violer à plusieurs reprises l’espace aérien de son voisin. La reprise des vols de bombardiers stratégiques, en août 2007, avec les premiers vols vers Guam et la Norvège, a marqué le retour d’une pratique héritée de la guerre froide. En janvier 2008, deux bombardiers stratégiques supersoniques Tu-160 ont effectué des tirs de missiles d’exercice dans le golfe de Gascogne. Ce furent alors des chasseurs britanniques et norvégiens qui escortèrent les deux appareils russes, dans le cadre de leur mission de surveillance OTAN. La France, dont les chasseurs étaient mobilisés en OPEX, n’avait apparemment pas jugé nécessaire de réagir.


En août 2008, la Russie a fait la preuve que sa politique offensive n’était pas qu’une démonstration rhétorique, en attaquant la Géorgie. Cette courte guerre, déclenchée par l’opération militaire géorgienne sur Tskhinvali, a entraîné la destruction d’une grande partie des capacités de défense géorgiennes et la quasi-annexion de deux provinces géorgiennes par la Russie. Les opérations militaires russes ont notamment été marquées par le déploiement de miliciens ossètes et abkhazes au code éthique discutable, désignés comme des « volontaires » par Moscou et officiellement hors de son contrôle. La mise en œuvre au cours du conflit de missiles balistiques SS-21 en Ossétie du Sud, fut alors reçu par les américains comme une mise en garde directe de la part des Russes.


La reconnaissance consécutive par le gouvernement russe, des républiques séparatistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud, aura sans doute pour effet de ralentir sensiblement l’adhésion à l’OTAN et à l’UE d’une Géorgie désormais coupée en deux.


Dans cette stratégie de réaffirmation de la puissance russe, l’armée et les services de renseignement occupent une place majeure.



L’armée opère des missions de sécurité intérieure, particulièrement en Tchétchénie et au Dagestan et projete la puissance de la Russie hors de ses frontières, qu’ils s’agissent de la campagne de Géorgie, des vols de bombardiers stratégiques ou encore des
missions anti-piraterie. Elle fait toutefois face au défi de sa modernisation, à travers le renouvellement de ses matériels, la nécessaire réduction de son corps des officiers et la réorganisation de ses forces. Les forces armées sont également confrontées à des difficultés de recrutement, alors que la jeunesse russe s’efforce d’échapper à la conscription.


Les services secrets russes se sont fait remarquer à l’extérieur au cours d’opérations de déstabilisation et d’espionnage, par leurs actions en République Tchèque contre le BMD ou directement au siège de l’OTAN. Les services intérieurs, FSB en tête, jouent un rôle structurant de surveillance des organes de l’état, sous le contrôle direct du président et de son premier ministre. Le renseignement russe est réorganisé, parfois avec fermeté, sous l’autorité des ministères de tutelle, ministères eux-mêmes resserrés autour du premier ministre au sein d’un présidium.


Néanmoins, dans ce contexte de renforcement des tensions entre la Russie et l’occident, Moscou n’oublie pas l’importance de ses relations multilatérales, par des efforts en matière de coopération antiterroriste, des accords industriels, des transferts de technologies, des exercices militaires internationaux ou le prochain renouvellement des accords START.


Zone d’Intérêt


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No Comments to “La Russie toutes griffes dehors”

  1. clarisse Says:

    Vous écrivez :
    « En janvier 2008, deux bombardiers stratégiques supersoniques Tu-160 ont effectué des tirs de missiles d’exercice dans le golfe de Gascogne. Ce furent alors des chasseurs britanniques et norvégiens qui escortèrent les deux appareils russes, dans le cadre de leur mission de surveillance OTAN. La France, dont les chasseurs étaient mobilisés en OPEX, n’avait apparemment pas jugé nécessaire de réagir. »

    Cette phrase laisse supposer au lecteur que notre espace aérien n’a donc été ni surveillé ni défendu, faute de moyens disponibles.

    C’est une affirmation (vérifiable) ou une insinuation (gratuite ou non) ?

    Je lis pourtant ici une autre version :
    http://tinyurl.com/phlhw8

    « Du 14 au 17 janvier 2008, l’Amiral Chabanenko, escorteur qui fait partie de l’escadre du porte-avions Kusnetzov, a fait escale à Toulon. A cette occasion, des exercices se sont déroulés avec des unités françaises.

    Le 23 janvier 2008, l’escadre russe a manœuvré dans le golfe de Gascogne. Les Russes avaient réservé une zone située au large du Portugal pour conduire des tirs.

    Ces manœuvres se sont déroulées en dehors des eaux territoriales françaises. Conformément au droit de la mer, qui détermine ce que chaque État, chaque force armée d’un État, peut faire sur l’eau et dans l’espace aérien surjacent, les Russes avaient donc toute liberté d’action, comme d’ailleurs d’autres pays qui souhaiteraient faire des manœuvres.

    Le 24 janvier 2008, à 150 nautiques à l’Ouest au large de Brest, le Tourville fait également des exercices d’échange de procédures et de manœuvres nautiques avec l’escorteur Amiral Chabanenko : simulations de ravitaillement à la mer, entraînements avec les hélicoptères. »

    Laurent TEISSEIRE, porte-parole du ministère de la Défense & capitaine de vaisseau Christophe PRAZUCK, conseiller communication du CEMA

  2. MGN Says:

    Dans ce paragraphe, je tenais à souligner que la France n’avait pas envoyé une escorte de ses propres chasseurs, comme ont pu le faire d’autres pays (Norvège, USA) concernés par des vols de bombardiers stratégiques à proximité de leurs côtes, en eaux internationales. Ces escortes sont à la fois une mesure de sécurité et une réponse symbolique à la présence de bombardiers russes. Au cours de cet épisode, ce sont des appareils britanniques et norvégiens qui encadrent les appareils russes.

    Plusieurs lectures peuvent être faites de cet évènement; la France opérait des manoeuvres conjointes avec la Russie et n’a pas jugé nécessaire d’encadrer ces bombardiers, la France n’a pas souhaité répondre symboliquement à ces exercices, qui ont été assimilés à d’autres vols de bombardiers stratégiques par la presse internationale ou encore, le taux de disponibilité des chasseurs français (http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense/2007/11/un-avion-de-cha.htm), ainsi que la cannibalisation opérée sur les appareils en métropole pour fournir des pièces aux appareils déployés en OPEX (cf. Auditions LBDSN), font réfléchir à deux fois l’Etat-Major avant d’ordonner une sortie pour une surveillance déjà assurée par des collègues de l’OTAN. Je penche pour les trois à la fois.

    Il ne me semble pas avoir écrit que l’espace aérien français était menacé ou sans aucune défense, ou que les chasseurs étaient tous indisponibles. Mais il est juste que ces phrases pouvaient porter à confusion et que j’aurai du approfondir. Merci de l’avoir souligné.

  3. clarisse Says:

    Merci pour cette explication, c’est plus clair ainsi (et effectivement le raccourci pouvait être ambigu à la lecture).

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