L’autre guerre urbaine libanaise
Written by Olivier Kempf on avril 29, 2009 – 7:27 -Nous évoquons depuis un mois dans ce blogzine plusieurs exemples de guerres urbaines ou périrubaines proche-orientales : on pense d’abord aux nouvelles tactiques du Hezbollah, ou au conflit de Gaza l’hiver dernier, sans même parler des intifadas plus anciennes. On oublie pourtant l’affaire du camp de Nahr el Bared.
Souvenez-vous : de mai à septembre 2007, une organisation islamiste sunnite, le Fatah al islam, qui s’est installée dans le camp de réfugiés palestiniens de Nahr el Bareid, à 90 Km. au nord de Beyrouth, subit l’assaut de l’armée libanaise.
On se reportera à ce billet de septembre 2008 pour avoir quelques hypothèses géopolitiques. Mais, afin de coller au thème du mois, on peut regarder les choses selon la perspective de la guerre urbaine.

Vu à distance, que constate-t-on ?
Que les combats ont été très violents, et ont largement détruit la ville. Conclusion partielle 1 : la guerre urbaine passe souvent par ce paroxysme. Même de nos jours. Et que pour courir le moins de risque, face à un adversaire inférieur en nombre mais possédant le terrain et utilisant la ruse, la méthode du marteau pilon demeure principale (même si elle a été probablement agrémentée d’adaptations tactiques particulières que je ne connais pas).
Qu’en conséquence, les réfugiés qui y habitaient ont fui ou se sont terrés (ils n’étaient plus un enjeu, un peu à l’image de ce qui s’est passé à Gaza). Conclusion partielle 2 : Les théories en cours sur la guerre au sein des populations ne traduisent pas tous les aspects de la guerre contemporaine. Et que cette théorie est peut-être le fait de pays riches….
Que l’armée libanaise, hétéroclite, s’est bien comportée dans la durée. Conclusion partielle 3 : c’est à la fois une surprise (puisqu’on disait l’armée divisée sur la question du Hezbollah) et un facteur d’intégration pour l’avenir (l’armée comme moyen d’intégration nationale).
Pour le reste, je suis sûr que des spécialistes bien plus affutés que moi ont des choses à dire.
O. Kempf
Tags: combat urbain, Liban
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avril 30th, 2009 at 6:01
- Sur la conclusion partielle n°2
L’armée libanaise avait prévenu de son offensive à l’avance: la surprise n’a pas été utilisée. Les habitants et les membres de mouvements palestiniens autres que ceux du Fatah al Islam (FaI) ont eu le temps de fuir et une immense majorité la fait car les militaires libanais ont remporté la bataille de la conviction en rassurant ceux qui fuyaient : on s’occuperait d’eux donc ils ont plus à gagner à fuir qu’à rester malgré les appels du pied du FaI. Donc pas réellement une guerre au sein des populations : les miliciens du FaI et plusieurs de leurs familles. La population comme enjeu des deux camps l’a été avant la phase de combat. Mais une fois l’assaut lancé, la population n’était plus au cœur des réflexions.: une certaine temporalité de cette question ?
- Sur la conclusion partielle n°3
Par cette opération réussie, l’armée libanaise s’est refait une légitimité au Liban après 2006 où elle n’a rien fait face à Tsahal. Elle se l’ai refaite sur un ennemi qui fait consensus au sein de la société : on soutient sa cause nationale palestinienne mais le FaI reste des islamistes purs et durs et surtout des non-citoyens libanais. Finalement, même le Hezbollah n’a pas bougé malgré les possibles accointances : cela dessert sa respectabilité au Liban que de soutenir des « agités » et la cause de l’intérieur libanais prime sur l’extérieur.