Édito : Éloge de la volonté

Written by Francois Duran on mars 23, 2009 – 9:35 -

François Duran commente, en citoyen, la décision de faire revenir pleinement la France dans l’OTAN.

L’on aurait pu croire, avec d’ailleurs autant de logique que de naïveté, que l’OTAN se saborderait sitôt sa mission accomplie, légitimement fière de son œuvre, rare dans l’histoire, d’avoir su, pour une alliance militaire, accomplir ce pour quoi elle fut créée à l’origine : préserver la paix en exerçant une dissuasion suffisante sur son adversaire pour l’empêcher d’attaquer ; mais aussi, concomitamment et grâce à cette réussite, permettre de réduire l’esprit politique partisan qui la menaçait à en rabattre, tout d’abord, puis à expirer sous ses propres contradictions. Le tout sans effusion de sang, sans même une escarmouche sur le théâtre qu’elle devait contrôler.

Voilà des bilans qui ne prêtent pas trop le flanc à la critique : l’OTAN, dés 1991, avait pleinement achevé son Grand Œuvre. Chapeau bas ! Dès lors, de grandioses funérailles auraient couronné ces succès et chacun, ami comme ennemi d’hier, aurait pu mener son propre chemin sans l’ombre obsédante, car en fait toujours présente, de ce souvenir des jours incertains où seule la promesse de la « mort assurée » empêchait d’en découdre.

Mais cessons là uchronie et naïveté historique : non seulement l’OTAN, quelle surprise !, n’a pas péri euthanasiée, mais la France, alliée difficile, remuante, frondeuse, et pourtant indispensable à l’Organisation lorsque le temps est venu de montrer la force, réintègre officiellement et pleinement ses structures de planification et de commandement ; un mouvement qui se fait sous les applaudissements de certains, les déclarations outragées de quelques autres, la résignation d’un grand nombre et l’indifférence, soyons francs, de la majorité des citoyens, de l’Hexagone et d’ailleurs.

Et puis d’ailleurs est-ce, au fond, une si grande affaire que cette réintégration ? Ne sont-elles pas également excessives et décalées les condamnations véhémentes des uns comme les célébrations tonitruantes des autres ? Le camp des résignés attentifs, des prudents, des vigilants, tous alliés dans la modération face à ce retour, n’est-il pas le plus sage, tant cet événement, pour peu que cela en soit un à l’échelle titanesque des défis du monde d’aujourd’hui, ne mérite, pour l’heure, ni excès d’indignité ni outrance de louanges ?

Car, en vrai et comme toujours, la France, l’Europe puissance, l’avenir de l’OTAN, alliance qui maintient la paix ou poil à gratter source de tension, seront ce que nous en ferons ! Ni trahison envers l’histoire, ni carcan débilitant, ni sublime et indispensable étape vers un avenir assurément glorieux, ce retour n’est au fond pour nous qu’un outil : de l’habileté, de la volonté de ceux qui auront à le façonner, et de la manière dont ils en useront, dépendront sa destinée nouvelle, puisqu’il a déjà entamé, d’une certaine manière, son deuxième âge.

Que ce retour soit donc l’occasion pour nos décideurs de penser ; d’abord de penser, de faire penser, puis d’agir en conséquence : sachons définir ce que nous souhaitons, sachons convaincre du bien-fondé de notre volonté, sachons impulser de la vitalité stimulante à cette organisation militaire, ô combien puissante, mais qui doit désormais trouver ses marques dans le contexte de l’après guerre froide pour organiser et exercer cette puissance de manière efficace. Elle le fut dans l’affrontement bloc contre bloc : elle peut, elle doit le redevenir maintenant, et la France a un beau rôle à jouer dans cette quête de l’efficience retrouvée, de la légitimité affirmée, revendiquée et comprise par tous.

En fait, et au risque de chagriner les apprentis tourneurs de tables par le truchement desquels, à chaque grand défi international, la voix magnifique du général de Gaulle s’exprime selon eux, la France de 2009 ne se renie pas en acceptant de faire siéger une poignée de ses officiers dans les quelques bureaux otaniens qui leur étaient jusque-là interdits : le grand homme était un penseur pragmatique, un exigeant patriote de son temps, d’abord et avant tout.

Les patriotes d’aujourd’hui, comme autrefois, comme toujours, ont de grands défis à relever, mais des défis différents de ceux de 1966. Qu’ils les affrontent en conscience, et avec la même énergie, la même ardeur volontaire, la même vision claire des événements, la même notion du temps long qui guide les Nations, et la France sortira grandie de cet épisode. Dans l’OTAN, puisqu’il en est ainsi. La trahison, la vraie, sera de se laisser porter, telle une feuille morte, par l’air du temps, de quelque bord que vienne la brise, sans imagination ni volonté, abdiquant ainsi notre bien le plus précieux, nous avertit le stratège : la liberté d’action.

Cette réintégration est en fait autant, si ce n’est plus, un défi qu’un pari : un défi stimulant, exigeant, de ceux qui révèlent les grands hommes, attisent les esprits et incitent aux décisions cruciales qui engagent l’avenir.

Relevons le gant sans timidité ni appréhension : pensons !

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No Comments to “Édito : Éloge de la volonté”

  1. anonyme Says:

    L’OTAN, c’est l’occupation militaire de l’Europe par une puissance étrangère.

    Sur ce thème, un article intéressant dans Alter-info :
    http://www.alterinfo.net/L-OTAN,-c-est-l-occupation-militaire-de-l-Europe-par-une-puissance-etrangere_a31007.html

  2. JPG Says:

    Monsieur l’Auteur, il y a beaucoup de personnes dans ce pays qui devraient lire votre billet !

  3. eric Says:

    je suis parfaitement d accord avec vous M l auteur

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