Édito : Justice et Paix au Soudan

Written by ZeusIrae on mars 9, 2009 – 9:10 -

C’était l’une des nouvelles de la semaine, le 4 mars, la Cour Pénale Internationale a émis un mandat d’arrêt contre le chef d’État du Soudan, Omar Al Bachir en tant que « coauteur indirect ou qu’auteur indirect, d’attaques intentionnellement dirigées contre une importante partie de la population civile du Darfour, de meurtres, d’actes d’extermination, de viol, de torture, ainsi que de transfert forcé d’un grand nombre de civils et de pillage de leurs biens ». N’étant pas un grand connaisseur de la question, je me bornerai à faire quelques remarques.

C’est une idée absolument désastreuse. Il n’y a sans doute pas de mots assez forts pour exprimer la désapprobation qu’une telle décision inspire. La réaction soudanaise ne s’est pas fait attendre et est tout à fait logique. Les ONG travaillant au Soudan ont été expulsées. Ces dernières peuvent se plaindre d’être victime d’un amalgame, rien n’y fera. Les ONG c’est l’Occident, ces organisations ont joué un rôle majeur sur la question du Darfour en sensibilisant l’opinion. Il est même étonnant qu’elles aient été tolérées aussi longtemps. Résultat immédiat, la situation des populations locales deviendra plus difficile.

C’est pour le très court terme, à long terme, on ne comprend pas très bien comment ce mandat d’arrêt favorise le retour à la paix. Il paraît assez difficile de négocier avec quelqu’un que l’on considère comme un criminel. Que faut-il attendre? Que le président soudanais se présente de lui-même devant la cour? Que ses associés décident de le livrer? Ou alors il faut envahir le Soudan? Si l’ennemi est un criminel alors il ne saurait être un égal avec des revendications légitimes, il faut le traquer et le juger comme un vulgaire délinquant. Aucun compromis n’est possible et la guerre aussi longue et cruelle soit-elle est l’unique option. Or la paix demande justement des compromis, des sacrifices, elle demande de pardonner et d’oublier les offenses. C’est une leçon confirmée maintes fois de l’Irlande du Nord à l’Afrique du Sud. Justice et paix ne font pas bon ménage.

Pour une vision plus  précise du problème, lire:  Making Sense of Darfur. (en anglais hélas…)

ZI

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No Comments to “Édito : Justice et Paix au Soudan”

  1. Cassandre Says:

    Malheureusement, cet événement illustre l’impuissance de la « communauté internationale ».

    Il faut paraît-il que « ce qui est fort soit juste, et que ce qui est juste soit fort ».

    L’implication des autorités soudanaises dans les « événements du Darfour » et le soutien au « Djanjawids » ne semble pas faire de doute.

    Les conséquences immédiates de ce mandat d’arrêt sont un arrêt du travail des ONG sur place. Soit.

    La survie (sous-vie devrait-on dire) dans des camps soutenus par les ONG et OI (organisations internationales) est-il le seul avenir qu’on puisse offrir à ces populations ?

    Ceux qui regrettent cette décision d’émission d’un mandat d’arrêt préfèreraient-ils le statu quo ?

  2. ZeusIrae Says:

    Ils préfèrent qu’il ne soit pas mis d’obstacle inutile à d’éventuelles négociations de paix. Le gouvernement soudanais a négocié dans le sud du pays, pourquoi ce ne serait pas le cas au Darfour?

    On peut débattre du reste mais le moins qu’on puisse dire est que ce geste a bien peu de poids…

  3. Cassandre Says:

    « Ils préfèrent qu’il ne soit pas mis d’obstacle inutile à d’éventuelles négociations de paix. »

    A ce tarif-là, Sarajevo serait encore bombardé ou nettoyé, les casques bleus de la FORPRONUserviraient de boucliers humains… et on laisserait tomber les enclaves comme Srebrenica…

    « ce geste a bien peu de poids » et c’est bien le drame. Soit la communauté internationale véhicule des valeurs « universelles » qui méritent d’être défendues… soit il faut laisser faire, cultiver son jardin et ne pas s’offusquer d’images affichant complaisemment les pires violences que produise l’Humanité.

  4. Kim Jong Ilien Says:

    Le conflit du Darfour est qualifié de génocide. Les USA font pression pour intervenir sur place, afin de protéger les populations déplacées. Voila la version officielle. Mais si les victimes sont bien réelles, cette guerre a pour véritable enjeu le contrôle du nouvel Eldorado pétrolier du Sahara. Et les protagonistes en sont la Chine et les Etats Unis, qui comme en Irak s’abritent derrière une noble cause pour mener une politique qui l’est fort peu. Pour paraphraser la célèbre réplique lors des débats de la présidentielle de 1992, lorsqu’un Bill Clinton alors inconnu, a lancé à George H. W. Bush, « c’est l’économie, idiot ! » le souci de l’actuelle administration de Washington concernant le Darfour au sud du Soudan n’est pas, si nous y regardons de plus près, celui du génocide contre les peuples dans la partie la plus pauvre d’une zone pauvre et abandonnée de l’Afrique.

    Non. « C’est le pétrole, idiot ! »

    Il y a là un histoire extrêmement cynique. Une histoire à l’image d’une administration américaine qui n’a cure du génocide dont elle est responsable en Irak, là où son contrôle des principales réserves de pétrole est en jeu. Qu’est ce qui est en jeu dans la bataille pour le Darfour ? Le contrôle du pétrole, de beaucoup, beaucoup de pétrole.

    Le cas du Darfour, un endroit désolé et aride dans la région sud du Soudan, illustre la nouvelle guerre froide pour le pétrole, où l’énorme augmentation de la demande de pétrole en Chine pour alimenter sa croissance vertigineuse a conduit Beijing à se lancer dans une politique agressive de diplomatie du « dollar » – ce qui ne manque pas de sel.

    Avec plus de mille trois cent milliards de dollars de réserves monétaires, essentiellement en dollars US, à la Banque Nationale du Peuple de Chine, Beijing s’est engagé dans une géopolitique active du pétrole. L’Afrique est un objectif majeur, et en Afrique, la région centrale entre le Soudan et le Tchad est une priorité. C’est ce qui en fait un nouveau front majeur entre Washington et Pékin, dans cette nouvelle guerre froide pour le contrôle des ressources principales de pétrole, débutée depuis l’invasion des USA de l’Irak en 2003. Jusqu’ici Pékin a abattu ses cartes un peu plus habilement que Washington. Le Darfour est un champ de bataille important dans cette rivalité à hauts enjeux pour le contrôle du pétrole.

    La diplomatie du pétrole de la Chine

    Ces derniers mois, Pékin s’est lancé dans une série d’initiatives conçues pour s’assurer des ressources à long terme de matières premières dans l’une des régions la plus dotée de la planète – le sous-continent africain. Aucune matière première ne revêt plus d’importance que le pétrole pour Beijing actuellement quant à son approvisionnement à long terme.

    Aujourd’hui la Chine obtient 30% environ de son pétrole brut de l’Afrique. C’est ce qui explique une remarquable série d’initiatives diplomatiques qui ont rendu Washington furieux. La Chine octroie des crédits en dollar sans exiger de contreparties afin d’accéder aux vastes richesses de matières premières de l’Afrique, prenant à contre-pied les règles du jeu par lesquelles Washington exerce habituellement son contrôle via la banque mondiale et le FMI. Qui donc voudrait utiliser les remèdes douloureux du FMI alors que la Chine offre des conditions avantageuses, et construit des routes et des écoles, pour commencer ?

    En novembre de l’année dernière Beijing a accueilli un sommet extraordinaire réunissant 40 chefs d’Etat africains. La Chine leur a littéralement déroulé le tapis rouge à ces dirigeants, entre autres d’Algérie, du Nigéria, du Mali, de l’Angola, de la République Centrafricaine, de la Zambie, de l’Afrique du Sud.

    La Chine vient tout juste de signer un contrat qui lie la République Populaire de Chine aux deux plus grandes nations du continent – le Nigéria et l’Afrique du Sud. La compagnie pétrolière nationale chinoise offshore, la CNOOC extraira le pétrole au Nigéria, par l’intermédiaire d’un consortium qui inclut également le South African Petroleum Co donnant l’accès a la Chine de ce qui pourrait représenter 175.000 barils par jour d’ici 2008. C’est un contrat de 2.27 milliards de dollars qui donne à la CNOOC une part de 45% dans un vaste gisement pétrolier au large du Nigéria. Précédemment, le Nigéria était considéré par Washington comme étant sous le contrôle des grands majors anglo-américains du pétrole comme ExxonMobil, Shell et Chevron.

    La Chine a distribué généreusement des prêts souples, sans intérêt ou droits de concession à certains des états débiteurs les plus pauvres de l’Afrique. Ces prêts sont allés à l’infrastructure, y compris des routes, des hôpitaux, et des écoles, en net contraste par rapport aux exigences brutales d’austérité de la banque mondiale et du FMI. En 2006 la Chine a distribué plus de 8 milliards de dollars au Nigéria, à l’Angola et au Mozambique, à comparer aux 2.3 milliards émanant de la banque mondiale pour toute l’Afrique sub-saharienne. Le Ghana négocie un prêt Chinois pour son secteur d’électricité de 1.2 milliards. À la différence de la banque mondiale, qui représente en réalité une arme de la politique économique étrangère des USA, la Chine ne pose astucieusement aucune condition à ses prêts.

    Cette diplomatie chinoise du pétrole a conduit Washington à porter l’étrange accusation que Beijing essaye « se garantir le pétrole à sa source, » alors que c’est la préoccupation de la politique étrangère de Washington depuis au moins un siècle.

    Aucune région pétrolière n’a été autant une cause du conflit pétrolier Chine-USA que le Soudan, et sa région du Darfour.

    Richesses pétrolières du Soudan

    La China National Petroleum Company, CNPC, de Beijing, est le plus grand investisseur étranger du Soudan, avec environ $5 milliards dans le développement des gisement de pétrole. Depuis 1999 la Chine a investi au moins 15 milliards de dollars au Soudan. Elle possède 50% d’une raffinerie de pétrole près de Khartoum avec le gouvernement du Soudan. Les gisements de pétrole (voir le graphique) sont concentrés dans le sud, emplacement d’une longue guerre civile larvée, en partie financée secrètement par les Etats-Unis, pour entraîner une rupture entre le sud et Khartoum l’islamique, située au nord.

    La CNPC a construit un oléoduc à partir de ses blocs de concession 1, 2 et 4 au sud du Soudan qui aboutit à un nouveau terminal à Port-Soudan sur la mer rouge où le pétrole est chargé sur des super-tankers à destination de la Chine. Huit pour cent du pétrole de la Chine viennent maintenant du sud du Soudan. La Chine prend jusqu’à 65% à 80% des 500.000 barils/jour de production de pétrole du Soudan. L’année dernière le Soudan était la quatrième plus grande source d’approvisionnement à l’étranger de la Chine. En 2006 la Chine a dépassé le Japon en tant que second plus grand importateur du monde de pétrole après les Etats-Unis, important 6.5 millions de barils d’or noir par jour. Avec sa demande de pétrole qui s’accroît de 30% par an environ, la Chine dépassera les Etats-Unis en quantité de pétrole importée dans quelques années. C’est cette réalité qui est le principal déterminant de la politique étrangère de Pékin en Afrique.
    http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1043

  5. eric Says:

    il faudrait vraiment reagir car là la situation est vraiment tres grave alors qu attendons nous?

  6. anonyme Says:

    L’occident avance les droits de l’homme comme d’habitude, alors qu’il veut le pétrole. Pour cela l’occident est prêt comme il l’a déjà fait en Yougoslavie (pour d’autres raisons) à démembrer ce pays. Le Soudan défend son intérêt national et ses richesses comme il le peut.

  7. Cassandre Says:

    « Le Soudan défend son intérêt national et ses richesses comme il le peut. »

    http://www.afrik.com/article12640.html

    Il ne faut pas tout mélanger.
    Les sources du conflit entre les Fur et le gouvernement de Khartoum sont effectivement à rechercher dans la redistribution des richesses du Darfur (!!!). Les Fur se sont révoltés parce qu’ils n’étaient pas représentés au gouvernement et ne recevaient que peu de subsides. Pourtant ils formaient une partie de l’armée à l’oeuvre au sud du Soudan…

    Lorsqu’ils se sont rebellés (il s’agit d’un peu plus que quelques banderoles et sit-in) le gouvernement a sous-traité le rétablissement de l’ordre aux « Djanjawids », selon le vocable trouvé dans la presse internationale. Mais le contrôle de ces supplétifs ne va pas de soi.

    Bilan connu: milliers de morts et millions de déplacés (et réfugiés au Tchad), déploiement d’ONG et OI, une force de maintien de la paix (AUCFC puis AMIS puis UNAMID)…

    Mais relisez plutôt:
    http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1136

    et la CPI six ans après le début des troubles émet un mandat d’arrêt contre le président soudanais.

    Il ne s’agit pas de démembrer le Soudan, qui n’est ni le Koweit, ni l’Irak, ni l’Arabie Saoudite… et le pétrole n’est pas au coeur du Darfour mais plutôt au Khordofan.

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